LIVRE IV, SONNETS
Aussi ma gloire est si grande D'un trésor si précieux , Que je ne sais quelle offrande M'en peut acquitter aux cieux '.
Tout le soin qui me demeure N'est que d'obtenir du sort Que ce qu'elle est à cette heure Elle * soit jusqu'à la mort.
De moi , c'est chose sans doute Que l'astre qui fait les jours Luira dans une autre voûte Quand j'aurai d'autres amours.
Est-ce à jamais, folle Espérance, Que tes infidèles appas Empêcheront la délivrance Que me propose le trépas?
La raison veut , et la nature , Qu'après le mal vienne le bien :
Mais en ma funeste aventure Leurs règles ne servent de rien.
C'est fait de moi , quoi que je fasse. .) 'ai beau plaindre et beau soupirer 3, Le seul remède en ma disgrâce, C'est qu'il n'en faut point espérer.
Une résistance mortelle Ne m'empêche point son retour; Quelque dieu qui brûle pour elle Fait cette injure à mon amour.
Ainsi trompé de mon attente, Je me consume vainement; Et les remèdes que je tente Demeurent sans événement.
Toute nuit enfin se termine; La mienne seule a ce destin , Que d'autant plus qu'elle chemine ■*, Moins elle approche du matin.
1 Cette Faconde parler est remarquable. Je ne me souviens l u de l'avoir vue ailleurs. Ml N.
J 11 faut elle le soit. Nos anciens auraient dit : eV le i Ht,
1 Remarquez plaindre en signification active. Malherbe s'est
encore -er\i ailleurs de celte façon de parler, que je ne liens
p >s mauvaise. Mi x.)
tes postérieurs a Homère ont donné un char à la
Nuil, et sel, m cette liction, on peut bien direqœ la nuit clie-
Adieu donc , importune peste , A qui j'ai trop donné de foi.
Le meilleur avis qui me reste, C'est de me séparer de toi.
Sors de mon âme, et t'en va suivre Ceux qui désirent de guérir.
Plus tu me conseilles de vivre Plus je me résous de mourir.