‹ Œuvres complètes de Bordeu (volume 2)Chapitre 1 sur 25 · Œuvres complètes de Bordeu · texte numérisé non relu

Œuvres complètes de Bordeu

regarde communément la Charité de Paris comme Fliopitaî destiné au soulagement et a la guérison des ouvriers attaqués de la colique métallique. Le public croît même qu’on y trouve un remède particulier , un arcane , une méthode enfin infaillible , qu’on ne connoît pas ailleurs. H y a beaucoup de médecins qui pensent comme le public , avec cette différence qu’ils connoissent , la plupart , quelque chose de cette méthode , et qu’il y en a quelquesuns qui prétendent l’avoir analysée et éprouvée, autant qu’il étoit possible ; mais on ignore comment cette méthode s’est introduite à la Charité, les variations qu’elle y a souffertes , et comment l’hôpital de la Charité a acquis la célébrité dont il jouit à cet égard. L’examen de ces différens objets, qui semblent d’abord de peu de conséquence , est néanmoins important pour l’histoire de la maladie , pour l’iiistoire du traitement, et même pour celle de la médecine.

Les religieux de la Charité s’établirent à Paris , et y jetèrent les fondemens de leur hôpital en 1602. Ils venoient d’Italie, où ils avoient reçu des médecins-chimistes , fort communs en ce tempslà , les formules de quelques remèdes , qu’ils emportèrent avec eux : du nombre de ces remèdes^ étoit celui qu’ils nommoient ma~ caroni ; préparation qui est encore connue chez eux, par tradition , et même employée quelquefois dans leurs hôpitaux de province. En voici la composition :

'Prenez deux parties de sucre , sur une de verre d’antimoine ; le tout bien exactement mêlé, et rais en poudre très-fine

Il y a quelques personnes qui pensent que le vrai macaroni étoit une espèce de pâte ou de tablette faite avec le sucre , le verre d’antimoine, et un peu d’eau, etc.

On sait que peu de temps avant l’établissement des religieux de la Charité , à Paris , les disputes sur l’antimoine y furent trèsvives. Ceux qui employoient ce remède furent obligés de se cacher et de le distribuer sous diverses dénominations , pour se dérober aux poursuites des esprits inquiets de ce siècle. Les religieux qui prirent un médecin pour avoir soin de leurs malades , dès que rhôpital fut fondé par la reine Marie de Médicis , parlèrent sans

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doute â leur médecin du macaroni , ainsi que de quelques autres remèdes empiriques. Le médecin , nommé Delorme , et qui ne pouvoit manquer d’être gêné dans ses ordonnances , par le peu de fonds et de richesses de l’hôpital naissant, ne trouva aucun inconvénient à faire usage de ce nouveau remède , dont il ne voulut peut-être pas même connoître la composition , se contentant dé juger du remède par ses effets j méthode encore suivie par bien des médecins. Peut-être aussi Delorme se crut-il obligé d’employer le macaroni et d’en cacher la composition , s’il la savoit ; ce qu’il qu’il y a de certain , c’est que cette espèce de spécifique étoit , dans les premiers temps de l’hôpital de la Charité , à Paris , le principal remède, celui qu’on employoit le plus communément: on le donnoit à diverses doses , dans presque toutes les maladies graves ^ la tradition a même conservé , parmi les religieux de la Charité , la mémoire d’un grand nombre de guérisons surprenantes , dues à ce remède, qu’on n’a pas encore cessé de regretter entièrement parmi eux. On suivoit , lorsque cet hôpital étoit encore naissant, une sorte d’empirisme, que le peu de fonds, pour, avoir des remèdes , rendoit nécessaire , et que les circonstances dans lesquelles se trouvoit la médecine , à cause des débats sur l’antimoine, favorisoient. On traitoit les maladies par le maca^roni , dont la préparation étoit facile , peu coûteuse , et fort dans le goût du siècle fécond en panacées , remèdes universels et arcanes chimiques.

Les chimistes faisoient peu de cas de la saignée ; ils l’avoient , pour ainsi dire , en horreur. Tous les bons et les grands remèdes étoient réputés venir des chimistes, et n’étoient, la plupart, que des préparations de métaux. Il sufïisoit qu’on s’en servît, pour qu’on jugeât que la saignée ne s’accordoit point, ni avec l’usage de ces remèdes , ni avec les principes de ceux qui proposoient ou célébroient des arcanes. On possédoit , à la Charité , le maca-^ roni , venu d’Italie , et qui étoit par-là regardé comme d’autant plus, précieux. Il falloit sûrement peu saigner, avec cette sorte de panacée ; aussi saignoit-on peu à la Charité , dans les premières > années de la fondation de cet hôpital. Peut-être même Delorme • n’aimoit-il pas la saignée , et donnoit-il la préférence aux préparations d’antimoine.

Le règne de ce -médecin , et celui des religieux italiens, instituteurs de l’hôpital de la Charité, fut très-long. Un médecin qui * vieillit dans un canton ou dans un hôpital , y laisse ordinairement une réputation proportionnée au nombre de ses années : une longue pratique, appuyée d’une suite infinie d’expériences, ne manque pas de faire une impression , de laquelle les hommes ne reviennent qu’après plusieurs générations ; cette pratique , fût-elle mauvaise , on aime à oublier les cas oii elle n’a pas réussi : on multijdie , on ne cesse de vanter ceux oh elle a paru favorable : les préjugés antiques ont plus de droit sur les hommes que les vérités nouvelles les mieux établies. Il ne falloit donc qu’un usage , depuis long-temps reçu , du macaroni , pour en exalter les vertus 3 ç’çst ce qui arriva à l’hôpitai de la Charité pour

lequel le peuple , qui y avoit été traité par un remède ancien , étranger, inconnu, aisé à prendre, et appliqué dans presque toute sorte de cas, et sans saignée, ne manqua pas de prendre une vénération particulière. Les motifs de cette vénération , qui passoit des pères aux enfans , des maîtres , dans tous les métiers , à leurs apprentifs , se réduisaient aux idées vagues que peut laisser un tissu d’histoires anciennes , mutilées et altérées par les temps.

La réputation de Fliopital de la Charité est trop solidement établie , j>our qu’il ne soit pas permis de dire ici , sans prétendre infirmer en rien l’idée favorable qu’on a de cet établissement, un des mieux ordonnés du royaume , que ce qu’on vient d’exposer est un des principaux fondemens de la réputation de cet hôpital , pour la colique, métallique. Cette réputation ne pouvait, dans les derniers siècles , être acquise par aucun des hôpitaux de Paris , à cause du penchant naturel des hommes pour les remèdes inconnus. L’Hôtel-Dieu , dont les médecins furent la plupart opposés h l’usage de l’antimoine , donnait un nouveau relief et un nouvel avantage à celui de la Charité, devenu l’asile des remèdes chimiques , partout poursuivis , et proscrits partout. Le public a plus d’une fois protégé avec enthousiasme , et adopté sans nulle sorte de réserve , les remèdes les plus combattus dans leur origine , surtout lorsque ce qu’on leur a d’abord opposé , a été dicté ^par la passion , comme il ne faut pas avoir honte de convenir que cela est arrivé au sujet de l’antimoine.

Delorme mourut 5 les religieux italiens furent remplacés par des François. Hardouin de Saint-Jacques succéda à Delorme, et Hardouin fut remplacé par Le Vasseur , auquel succédèrent Colot et Imbert. En ce temps-là les disputes sur l’antimoine étoient cessées : on avoit su s’élever au-dessus des plaisanteries de Guy Patin • les Valot triomphoieiit à proportion des persécutions qu’ils avoient essuyées : la circulation du sang occupait tous les esprits qui , laissant à part les disputes de chimie , ne pensèrent qu’au mouvement des liqueurs dans leurs vaisseaux , auxquels s’adaptèrent fort aisément les idées et les principes de Botal. On renouvela pour lors en France, au sujet de la saignée, ce qui s’étoit passé à Rome,, du temps de Celse , sur le même sujet : Sangitinem , incisa vena , mitti noviim non est; sed nullum pene esse morbum in quo non mittatur novum est. (Cels. lib. 2 , c. 3.)

On commença donc à ébranler dans l’hôpital de la Charité l’empire du macaroni ; ce changement ne se fit pas tout d’un coup , et sans de grandes difficultés. Que chacun se mette à la place d’un médecin nouvellement arrivé dans un hôpital , oii il entend prôner une pratique qui y est établie depuis long-temps , et qu’il Youdroit cependant abolir. De quel art ne faut-il pas qu’il use , pour ramener des esprits difficiles , j^révenus , nourris d’anciens préjugés , attachés à de vieilles constitutions, dont ils prétendent avoir éprouvé les bons effets , à des remèdes qu’ils ont vu longtemps employer , avec un succès qu’ils ne peuvent attendre d’aucun autre , surtout de ceux qui semblent évidemment opposés

aux remèdes usités î Rien ne paroissoit plus contraire au macaroni, au sucra (autre préparation particulière , venue d’Italie , qui Ti’étoit qu’une tablette de jalap) , aux remèdes chimiques , que les délayans , les adoucissans , et surtout la saignée. D’ailleurs , s’il devenoit nécessaire de faire beaucoup plus de saignées qu’autrefois , cela exigeoit quelque changement dans la forme de l’administration de l’hôpital , autre source de résistance à la multiplicité des saignées. Ces obstacles et bien d’autres qui en découlent , arrêtèrent rétablissement de l’usage fréquent de la saignée , à la Charité. H y a même toute apparence qu’il fut un temps où la saignée fut bornée aux maladies , avec beaucoup de fièvre et de chaleur, et qu’elle parut devoir être interdite dans les indigestions , les maladies catarrheuses , les rhumatismes , la fièvre tierce , la fièvre quarte , les menaces d’hydropisie , les paralvsies , les coliq lies de toute espèce , et surtout celle des métaux : toutes ces maladies demeurèrent sous le domaine du macaroni ; elles furent de son ressort et de celui des remèdes qui pouvoient se ressentir d’une sorte de luxe, qu’amenoient naturellement dans l’hôpital des fonds et des richesses plus considérables que dans son etablissement.

Cependant la théorie de l’inflammation , prenant le dessus dans les écoles de médecine , elle devint le principal objet des médecins, dans toutes les maladies : ils ne s’attachèrent qu’à la combattre , ainsi que ses suites. Tout le monde apprit à craindre l’inflammation , le feu , la gangrène : on voulut être rafraîchi , lavé , calmé, saigné^ au lieu que les anciens voulaient toujours être fortifiés, préservés des poisons, échauffés, en suivant les idées des médecins de leur temps , qui ne^cherchoient que des remèdes contre la malignité, pour purifier le sang, vider la bile et la pituite : la saignée prit entièrement le dessus sur tout autre remède. L’hôpital de la Charité fut mis au niveau de tous les autres : on y traita les malades comme on les traitoit dans la ville : toutes les maladies qu’on avait d’abord abandonnées au macaroni , lui furent enlevées^ à peine employa-t-on ce remède pour les apoplexies , pour la fièvre quarte , pour les hydropisies , qui devinrent même sujettes à la saignée. Il est vrai que la colique métallique fut la maladie sur laquelle le macaroni parut le plus conserver de ses droits. La raison de cette exception tient à l’idee qu’on s’étoit formée de la colique , et de la nécessite du macaroni ^ bien plus qu’aux effets qu’on étoit accoutumé de voir produire à ce remède. En effet , il y avoit un nombre infini d’experiences rassemblées , qui prouvoient ou paroissoient prouver que le macaroni guérissoit, comme par enchantement, toutes les maladies. La somme de toutes ces guérisons étant bien plus considérable que celle dés cures faites dans la colique métallique , maladie moins fréquente que bien d’autres , il semble qu’il etoit naturel , en suivant l’histoire des événemens , ou de conserver le macaroni pour toutes les maladies , ou de l’abandonner aussi pour la colique des ouvriers en métaux.

Voici ce qni perpétua vraisemblablement une partie de la re-

putatîoii du macaroni f daus la colique métallique. Toutes les maladies furent censées dépendre de l’engorgement des vaisseaux , d’une perte d’équilibre entre les vaisseaux et la colonne des humeurs qu’ils contiennent : cette idée simple , mécanique , à la portée de tout le monde , séduisit tous les esprits. Hecquet publia , afficha , répéta ses idées. Il mit au grand jour un néologisme, qui passa de la capitale dans les provinces , des écoles et des grandes maisons dans les hôpitaux. On bannit, et on se flatta de bannir pour toujours toutes sortes d’idées de miasmes , de poison , de semences particulières des maladies. Tout ce que les anciens avoient mis dans l’esprit du peuple sur les qualités putrides , hétérogènes, délétères , tout cela fut proscrit^ mais la colique des métaux avoit son miasme , sa cause matérielle inhérente dans le corps , et indépendante des engorgemens des vaisseaux^ et tout cela étoit si apparent : il étoit si clair aux yeux des médecins , tout comme à ceux des malades et des personnes qui les entouroient , que les parcelles des métaux , avalées , respirées , infusées dans le sang , nichées dans les entrailles , y faisoient des ravages , qu’il ne fut pas possible de se refuser à l’idée d’un remède contraire à ce miasme métallique , propre à le combattre et à le chasser. D’ailleurs , à proportion que les médecins ornoient leur esjorit de la connoissance de l’inflammation des petits vaisseaux , des globules du sang , des lois de la circulation , des lois d’hydraulique, de l’anatomie et de la physique rationnelle, ils oublièrent entièrement toute idée de chimie. Ce qui tenoit à cet art fut regardé comme si abstrait , si extravagant , et tellement éloigné des lois de l’économie animale , où tout fut changé en moulins, pilons, leviers , pressoirs et autres machines , qu’on ne fit plus de cas de Paracelse ni de Van-Helmont. On aublia le peu de chimie qu’on pouvoit savoir : cet art n’étant encore que dans son berceau, on se fit gloire de l’ignorer* et par une suite de l’acharnement des derniers des Galénistes , contre les premiers chimistes , les épigrammes de Guy Patin acquirent de nouvelles grâces et de nouvelles formes. On parvint à regarder tout ce qui étoit le produit des fourneaux avec une sorte d’horreur , d’où s’ensuivit nécessairement une ignorance si j)rofonde sur la nature des miasmes métalliques , qu’on voyoit pourtant être la cause de la colique métallique , qu’on ne fut point en état d’appliquer la manière d’agir de ces miasmes , et la manière de les expulser hors du corps , aux lois de la physique mécanique. On abandonna ces miasmes à l’action inconnue , mais anciennement et empiriquement adoptée, dji macaroni. Ce remède les chassoit ou les corrigeoit , ainsi que le mercure guérissoit les maladies vénériennes , et le quinquina les fièvres intermittentes. L’effet de l’antidote sur le poison, regardé comme constant, chassa toute idee d aucun autre remede possible y il ne fallut pas même le chercher. On rappela, on combina, on exagéra les effets salutaires de cet antidote : on se tut sur ses effets quelquefois pernicieux.

Qu’aiiroit fait la saignée contre ce poison? Comment étoit-ii

possible qu’on conçut le projet de la mettre à la place du macaroni, ni de faire partager avec la saignée , remède nouveau ou renouvelé , sourdement combattu , directement opposé aux préjugés populaires , les guérisons de la colique , par le macaroni , qui seul pouvoit tout , qui avoit tout fait , depuis long-temps , à lui seul, et auquel il restoit même d’anciens droits sur la plupart des autres maladies? Toute l’attention des médecins , tournée du côté de l’inflammation , des grands effets de la saignée'i&t des relâclians , fit un objet entièrement séparé des coliques des ouvriers en métaux , qu’on continua de traiter , suivant la vieille méthode , à l’italienne , c’est-à-dire , sans savoir pourquoi. Eh ! comment l’auroit-on su? Outre ce qui vient d’être remarqué , oncommençoitàne plus lire les Galénistes ; on n’avoit, sur la théorie et l’histoire de cette colique des métaux , d’autre ressource ni d’autres instructions , que ce qu’ avoit écrit Citois, médecin de province. Citois avoit parlé de la colique de Poitiers : « Colique de Poitiers , colique des potiers » : CoîicaPictonum ^ colicapictorum. On avoit des idées confuses de ces maladies , qu’on n’osoit identifier , qu’on vouloit différencier , sans savoir trop comment. Citois n’avoit pas manqué de crier à l’épidémie : une épidémie étoit , comme elle l’est encore aujourd hui dans bien des têtes, fort éloignée, à plusieurs égards, des mal^ dies ordinaires , et de la manière de les combattre. Il restoit peut-être quelque souvenir du reproche insultant qu on avoit ose faire aux médecins de Paris (dit M. Astruc (i)) : Jnconsiderate an maligne dicam, , facidtati nostrŒ iniista a Salmasio , Cjui narrai vidisse se , cum: ignorarent Parisienses medici cjualis esset morbiis , qui Pictavicœ colicœ nomen habet. Les médecins de riiôpital de la Charité, sur qui rouloit l’honneur des cures qui se faisoient dans cet hôpital , et qui jouissoient de toute la réputation de l’inconnu m^c<7ro/2G voyoient régner, au sujet dë la maladie métallique, une sorte d’incertitude ou d’indécision dans les opinions , qui faisoit rejaillir sur eux d’autant plus de gloire qu ils étoient mieux instruits des hauts faits du spécifique. Enfin , les religieux successeurs des premiers instituteurs de la Chante, et qui avoient été évincés par la saignée , peu connue à leurs predé- ' cesseurs , voyoient avec plaisir le m.acaroni employé au moins sur les coliques des ouvriers en métaux : ils répandoient avec art les merveilles du macaroni * tout cela faisoit qu on etoit , sur cette matière, dans une très-profonde obscurité j on n’avoit aucune idée bien nette , bien précisé y la pratique n étoit qu une pure et simple imitation de celle qu avoient suivie les anciens.

A peine les médecins de la Chantée osèrent-ils changer le nom du macaroni et en diminuer la dose , pour en diminuer la violence ! On le donnoit jusqu’alors à la dose d’un scrupule , et plus souvent d’un scrupule que moins. Il fut donne par grains , à dix ou douze , ou environ. Il fut nommé m.ochUqiie, Cette dénomination plus médicinale prit le dessus. Le mocblique entra dans tous les droits du macaroni. Il régna seul , d’une manière moins

i^i) An rnorbo colicœ Pktonum dicto l'cnœ sectio in ciibito

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tyrannique et mieux menagëe que le macaroni , qui avoit trop long-temps subjugLié les esprits et vivement secoué les corps des malades. Le domaine du mochlique fut ensuite ébranlé de plus d une manière : la crainte des effets qu’il pouvoit produire jeta de profondes racines dans les têtes récemment accoutumées à évb 1er toute cause d’inflammation. On redoubla de précautions y pour éviter les cjinpi^oqiio. On recueillit plusieurs histoires , qui prouvoient que quelques malades qui n’avoient pas la colique , ayant pris le mochlique , en étoient morts ^ ce à quoi on ne prenoit pas garde pendant le cours du siècle précédent , puisque le macaroni , plus fort que le mochlique , étoit employé dans presque toutes les maladies. On voyoit encore , il y a environ quinze ans , cette sorte de crainte du mochlicjue , portée à un point considérable. Samuel, infirrhier depuis plus de quarante ans, qui a\oit ete témoin de tous les reproches faits au mochlique par les partisans de la nouvelle pratique , et qui faisoit là-dessus plusieurs histoires , du temps de sa jeunesse , ne laissoit jamais prendie le mochlique , sans qrie le malade fût administré. Il étoit pénétre de respect pour ce remède • mais il craignoit sa férocité. Les malades meme de l’hôpital , fort sujets à y revenir souvent pour la meme maladie , savoient à quelles secousses ils dévoient s attendre. Ils ne manquoient jamais de s’assembler en foule autour du ht de celui qui venoit de prendre le mochlique . Les convulsions, les vomissemens de sang, le transport des malades, dans I effet du médicament , etoient regardés comme une révolution terrible , décisive. Les parens et les amis des malades accou- 1 oient au spectacle. Le mochlique agit , disoit-on ; il va agir • il tiavaille : c etoit 1 oracle qui alloit parler* c’étoit la mine qui alloit éclater. Les jeunes médecins qui suivoient l’hôpital de la Cliarité ne connoissoient rien , ni à la maladie , ni à la nature du remède. Ls ne savoient à quoi ils dévoient attribuer les accidens dont ii^ étoient témoins : on leur cachoit tout, comme à des profanes tiop curieux ; c étoit une méthode antique et particulière , de laquelle il ne falloit pas meme demander les raisons ÿ mais tandis que Samuel , esprit ferme , droit , et qui avoit une trèsgrande expérience , encourageoit les malades à l’effet du mocli-^ lique , et que sans se trop flatter sur les accidens qui pouvoient survenir, il montroit beaucoup de sécurité, un amateur àe la .saignee , un partisan outre de la nouvelle médecine , Stanislas , infirmier , ne se plaisoit qu’à voir verser du sang , usant du privilège des religieux , qui décident les remèdes que le médecin a cru devoir laisser douteux (^si videtur') , et qui font les premiers remèdes a un malade qui arrive en l’absence du médecin. Il ne manquoit jamais de donner la préférence aux saignées , qu’il aimoit a compter par douzaines , par vingtaines , par trentaines. Apiès la sixième , il en falloit une septième (suivant sa manière proA'^erbiale de s exprimer ) , parce qu’il y a sept jours dans la semaine ^ après la septième, une huitième, pour faire le compte 1 ond 'y et puis la neuvième , parce que numéro D eus impari gaudel 3 etc. etc. etc. Stanislas, homme d’ailleurs plein de piété, et

très-respectaWe , s’attaclioit fort scrupuleusement , pendant les effets du mocliliqiie ^ à en relever les suites fâcheuses et funestes j il eut voulu qu’on saignât tous les malades également ; et s’il eut vécU;, sûrement les coliques métalliques eussent été entièrement et promptement enlevées au mochlique ; car Samuel finissoit sa longue carrière. Voilà le contraste singulier , et qui se renouveloit chaque jour dans l’hôpital. Il servoit à augmenter l’emharras des jeunes médecins : on saigne , à toute outrance , d’un cote , et l’on ne saigne presque point de l’autre : des flots de sang répandus dans la plupart des maladies , annoncent quelque chose de bien extraordinaire au sujet des autres, pour lesquelles on purge , on fait vomir , jusqu’à mettre les malades dans des convulsions que quatre hommes ne peuvent contenir : les cris de douleur , de désespoir , de transport , font retentir les salles de l’hôpital. 11 n’est pas rare de voir vomir jusqu’aux excrémens. On ne sait si un pareil orage est l’effet du remède ou la suite de la maladie.il n’y avoit d’autre parti à prendre que celui de regarder le mochliqiie comme un spécifique féroce , mais respectable par son ancienneté. Il falloit publier que l’hôpital de la Charité étoit seul en possession de cet arcane redoutable , mais nécessaire , et que la colique métallique étoit hors de toutes les règles ordinaires : c’est le parti qu’on prenoit^ et voilà ce qui, joint à tout ce qu’on a dit jusqu’ici, a fait regarder cet hôpital comme l’asile sacré des malades attaques de la colique des métaux, rebelle à toute autre méthode.

Burette et Reneaume , médecins de la Faculté de Paris, trèsinstruits , et qui laissèrent bien loin d’eux ceux qui les avoient précédés à l’hôpital (Colot et Imbert), portèrent les premiers coups au macaroni vers le commencement de notre siècle. Ils démasquèrent cet arcane , dont ils osèrent fixer les effets : c est vraisemblablement à eux qu’est due la dénomination de rnochlique , donnée au macaroni , diminué de sa dose, et restreint dans des bornes moins étendues. On sait, par une thèse fameuse de M. Dubois , médecin de la Charité , le premier qui ait publie quelque chose d’intéressant sur le traitement de la colique rnetallique dans cet hôpital , qu’ayant adopte et très-bien manie le tartre émétique, contre lequel on avoit tant crie , Burette et Reneaume n’hésitèrent point de substituer quelquefois cet émétique au moclilique ) diminutif du macaroni. Ils preféroieiit meme le vin émétique au tartre stibie ^ mais ce n etoit encoie qu en tremblant qu’on touchoit à la méthode de nos peres ; on avoit mille reproches à lui faire , et l’on continuoit a 1 encenser. M. Dubois demeura dans les memes principes et dans les memes bornes de respect pour le mochlique . C’est à ce respect sans doute qu est due sa thèse j ce n’est qu’une espèce de chant de reconnoissance pour l’ancien remède , une manière de temple voue à la vieille idole , qui ne fut plus , depuis M. Dubois, perchee sur les échasses de l’empirisme. On prétendit , au contraire , l’étayer par une foule de raisonnemens, suivant les lois de la physique corpusculaire. Lemery, devenu célèbre par ses expériences et ses leçons chimiques , venoit de porter ses prétentions jusque sur les premières parties

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des corps dont il régloit et devinoit la figure. Il rendit la chimie moins rebelle à la physique du temps : il réveilla les médecins cartésiens j ceux-ci se crurent en droit de publier leurs théories légères , parce que Descartes avoit créé la matière globuleuse et la matière subtile y petits êtres avec lesquels ce beau génie amusoit rimagination bouillante des physiciens. Les médecins , à leur imitation , voulurent aussi avoir de l’imagination , et figurer les parties intégrantes des liqueurs du corps humain , celle des médicamens et des premières parties métalliques.

M. Le Hoc , médecin , qui jouit aujourd’hui de la réj)utation la mieux méritée , porta au macaroni et au moclilique des coups encore plus forts que Burette , Reneaume et M. Dubois. Il fixa de plus près , et la colique métallique , et les moyens par lesquels on la combattoit. Il essaya d’assujettir entièrement cette maladie aux méthodes communes. Ilemj)loyoit (outre le mochlique) , entre autres remèdes très-connus, i°. le tartre stibié y 3°. quelquefois la saignée... Oui , l’on a vu ce grand praticien faire saigner dans la colique métallique, faire saigner ou au bras, ou au pied, ou à la veine j ugulaire, suivant les accidens , et lorsqu’ils se trouvoient de nature à exiger la saignée plutôt que les purgatifs et les caïmans. (M. de La Breuille a suivi la même méthode avec beaucoup de succès.) On a vu M. Le Hoc insister sur les caïmans plus que ses prédécesseurs. Les observations que sa longue expérience l’a mis à portée de faire , ses remarques sur cette maladie , qu’il a vue dans sa jeunesse assujettie au pur empirisme , formeroient un ouvrage précieux , qu’il seroit bien à souhaiter qu’il voulût publier et joindre aux savantes et élégantes Réflexions de M. Combalusier , sur cette matière. C’est M. Le Hoc qui doit être regardé comme le fondateur d’une méthode que le temps développera et perfectionnera encore plus qu’elle n’est aujourd’hui. C’est M. Le Hoc enfin qui a singulièrement contribué à chasser de l’hôpital de la Charité , et le macaroni y et son diminutif, le mochlique. Un religieux , successeur de Samuel et de Stanislas ( , beaucoup plus in-

struit que ses prédécesseurs , conduit par les lumières de la bonne chimie , et de profondes connoissances en pharmacie , a achevé de sentir et de faire sentir les inconvéniens du vieux mochlique. Il n’est plus question de cette composition à l’hôpital de la Charité de Paris depuis quelques années. On n’y emploie d’autre émétique que le tartre stibié ou d’autres vomitifs moins efficaces. Il faudra examiner dans la suite jusqu’à quel point ce remède doit jouir de la réputation particulière et exclusive qu’on avoit faite au macaroni et au mochlique. On traitera alors des autres remèdes usités autrefois et aujourd’hui , pour la colique métallique , à l’hôpital de la Charité.

M. Astruc paroît avoir fait peu d’attention à la méthode établie à l’hôpital de la Charité de Paris , au sujet de la colique métallique. Il publia, en (i), une thèse dont les principes, la

théorie et la pratique j)euvent fort bien être appliqués ’à la co-

(i) An morbo, colicœ Pictonum dicto 'vence sectio in cubito Conclu, affirin.

Aoi

lique métallique. Fidèle aux dogmes de la nouvelle médecine , M. Astruc osa les essayer sur la colique de Poitou , dont la colique métallique ne semble être qu’une branche ou une espèce. Il soumit aux lumières de sa théorie les idées des anciens , qu’il trouva plongés dans une profonde obscurité , et perpétuellement en contradiction avec les connoissances de l’économie animale , qu’ils n’avoient point. On ne peut nier que le système de M. Astruc ne soit bien suivi , bien lié aux jorincipes reçus. Il faut renoncer à ces principes , ou regarder comme des vérités incontestables les assertions qui en découlent, et faire de toutes les histoires , et même des pratiques contraires , le cas qu’on fait de ce qui se débite journellement contre les méthodes de traitement les plus généralement adoptées. S’il est vrai , d’ailleurs , que la méthode de la Charité se soit principalement établie par le laps de temps ( i) , sans un examen suffisant , sans des essais contradictoires , des épreuves variées et éclairées par une saine théorie , cette méthode doit plier vis-àvis des raisonnemens de M. Astruc , à moins que ce qu’on a publié depuis lui n’ait porté des éclaircissemens ultérieurs. Le parallèle de ce qu’on peut avoir écrit de contraire à l’opinion de M. Astruc, et des principes contenus dans sa thèse , ne peut que répandre de nouvelles lumières , et piquer la curiosité des médecins , aujourd’hui réveillée sur cette matière.

Écoutons M. Astruc^ tâchons de saisir l’esprit de sa dissertation. S’il est vrai que les paralysies commençantes , ou les menaces de paralysie dépendent, ainsi que la plus grande partie des médecins en conviennent, de l’engorgement de l’origine des nerfs, et des compressions qui en résultent } si , pour pourvoir à cet engorgement , on ne manque guère d’avoir recours aux saignées , comme le remède le plus convenable , et celui dont on attend les meilleurs effets , il suit nécessairement de ces règles de pratique , que la disposition à la paralysie , qui est lin des plus graves accidens de la maladie des métaux , est due à la compression des nerfs dans leur origine. Il est donc évident que cette disposition à la paralysie doit être traitée par les remèdes propres à remettre l’origine des nerfs dans leur état natureR et à l’abri des compressions occasionnées par les engorgemens des vaisseaux du cerveau et de la moelle épinière, c’est-à-dire, par la saignée. Il n’y a que deux partis à prendre , après ce raisonnement , qui est un des principes fondamentaux de M. Astruc ; c’est d’adopter les saignées pour la disposition à la paralysie des maladies des métaux , ou d’y renoncer pour les autres espèces de 2>aral'ysies , à moins de prétendre qu’on ne fait pas saigner dans cette dernière maladie , dans l’objet de dégorger les vaisseaux du cerveau , etc.

Si l’on 23rétend qu’il y a des jiaralysies dont la cause ou l’engorgement de l’origine des nerfs n’est point du ressort de la saignée , puisqu’elle n’est qu’un amas d’humeurs tenaces , pituiteuses , épaisses, que les saignées augmentent au lieu de la diminuer, M, Astruc ne niera point qu’il n’y ait aussi des paralysies des mé-

(^} le Journal du mois de janvier î';02 ; pag. ii et suiv.

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taux de cette espèce froide— et-pituite use , pour lesquelles la saignée est moins nécessaire que pour les paralysies, qui sont la suite d’un engorgement de sang. Maiip qu’on fasse attention aux idées et à la pratique des différens médecins : en est-il qui , dans une menace d’apoplexie ou d’une pararïysie en train de se former, et de quelque espèce qu’elle puisse être , ne croie devoir placer quelques saignées? Pourquoi cette occasion ne se présenteroitelle point dans les paralysies des métaux les moins sanguines, les plus froides?

Dira-t-on que la paralysie étant la fin , et une sorte de terminaison de la maladie métallique, cette paralysie ne doit pas faire l’objet du traitement , au moins dans les commencemens de la maladie , et que les accidens les plus urgens dans ces commencemens , n’exigeant point de saignées , il ne faut pas y avoir recours ? , Ce seroit convenir que la saignée est au moins utile et nécessaire, pendant que la paralysie s’établit ou se forme. Mais pourquoi les menaces d’apoplexie , les avant-coureurs de la paralysie , pourquoi toutes les maladies cérébrales et nerveuses ^ sont-elles , dans leur principe, combattues par la saignée? Pourquoi est-il convenu qu’il faut traiter les maladies dans leur principe , les arrêter dans leur marche , empêcher leurs progrès , aller a'u-devant des accidens , et cela par les remèdes nécessaires à ces accidens , lorsqu’ils sont arrivés? Si dans les premiers temps d’une maladie, quelle qu’elle puisse être , deux médecins étant consultés , l’un disoit qu’il faut , pour éviter la paralysie qui peut survenir , et qui s’annonce déjà , avoir recours à la saignée , et que l’autre prétendît qu’il faut renvoyer la saignée pour le temps oh la paralysie fera l’objet principal , quels reproches ne feroit-on pas à ce dernier médecin pour n’avoir pas prévenu cette paralysie ? Il en est comme des maladies aiguës , dans lesquelles V expectation , la patience et V attente des crises donnent lieu à tant de réflexions.

« N’attendez pas, dit-on, patiemment que la nature subjugue » les maladies par ses seules forces j ne vous amusez point à exci- » ter de prétendues crises » : Principiis ohsta , sero medicina paratur. Saignons donc avec confiance , dans les menaces de paralysie de la colique métallique ) tâchons de diminuer l’engorgement des vaisseaux qui compriment l’origine des nerfs, qui diminuent l’influence du fluide nerveux.

La douleur surtout, lorsqu’elle est des plus vives , comme dans la colique métallique , dans laquelle on voit des malades pousser des cris furieux , se rouler et se tordre le corps , sans trouver aucune position favorable , les mouvenvens convulsifs quelquefois si considérables , dans cette maladie , qu’on est obligé d’attacher les malades , les mouvemens épileptiques auxquels ils sont quelquefois sujets , le délire , le transport sôuvent furieux qui les agite, la rétention ou la suppression d’urine , le hoquet , les étouffemens , la rougeur du visage quelquefois très-considérable , ainsi que celle des yeux , les saigneraens de nez , les points de coté , les crachemens et les vomissemens de sang , tous ces accidens qi i paroissQut ordinairemenî, indiquer la nécessité de la saignée , pour-

quoi cessGroient-ils de fournir la meme indicaîîoii dans la maladie métallique, lorsqu’ils se rencontrent avec elle? Tous les médecins prétendent que les convulsions , les douleurs , le transport , l’étouffement et les autres symptômes de cette classe , sont à craindre , par l’étranglement subit qu’ils peuvent occasionner par la déchirure des vaisseaux , qui risque d’en être la suite , ainsi que les engorgemens disposés à l’inflammation et à la gangrène; tout le monde répète en ces cas-là, qu’z/ faut donner du jour au sang , quil faut désemplir les vaisseaux. Par quel prestige ces craintes , si elles sont bien fondées , cesseroient-elles dans la maladie métallique? et ces axiomes, pourquoi seroient-ils de nulle valeur dans cette maladie?

Il y a quelque apparence que le peu d’usage que les anciens médecins faisoient de la saignée dans les coliques , a servi de fondement pour faire craindre la saignée dans la maladie métallique , considérée comme une espèce de colique ; mais il est certain que de très-grands médecins ont eu recours à la saignee pour la colique bilieuse et sanguine. On ne fera jamais croire à personne que la colique métallique ne se trouve, au moins ^quelquefois , sur des sujets pléthoriques sanguins; et il faudra nécessairement convenir qu’il est bon de saigner dans ces cas -la , ou fouler aux pieds les règles de pratique qui , si elles ne sont point évidemment inébranlables , sont formées du moins d après les observations et les exemples des médecins de la plus grande réputation , et dont les décisions méritent beaucoup d attention. M. Astruc , en faisant la liste d’un grand nombre d’auteurs qui ont parlé de la maladie dont il est question , depuis 1 annee i i3o jusqu en 1621 , a Tirouvé sans réplique que cette maladie a ete connue , depuis plusieurs siècles , et notamment depuis Paul d’Ægine , ainsi que Citois en convient. Il y a de ces auteurs, cites parM. Astruc, qui n’ont pas hésité d’employer la saignee dans le traitement de cette maladie; ce qui fournit une nouvelle preuve en faveur de ce remède , qu’il est à présumer que de grands hommes n eussent point mis en œuvre , si les expériences ne leur eussent démontré , au moins , que la saignée n’étoit pas nuisible en ce cas-là. L expérience paroît donc être d’accord avec le raisonnement, et la pratique avec la théorie , pour établir l’usage de la saignee dans la maladie métallique comme dans d’autres maladies , et pour dissiper les nuages qu’on voudroit répandre sur 1 usage de ce remede ,

en pareil cas. -• n- 1

L’ouverture des corps morts de la colique métallique est quelj-

quefôis si favorable à M. Astruc , qu’il est bien étonnant qu il n’ait pas employé cette sorte de preuves pour établir son système.

Première ouverture de corps. Un peintre , âge d en\iion trentesix ans , qui avoit eu plusieurs fois la colique , dont il avoit ete traité (et guéri , suivant les apparences) à l’hôpital de la Chante , y mourut enfin , malgré tous les secours ordinaires. On trouva les intestins, surtout le colon, étranglés, rapetissés , singulièrement rétrécis dans plusieurs portions de leur longueur : les endroits de quçlques-uns des étranglemens étoient marqués par aes especes

de meurtrissures, des eugorgemens eVideiis , des points gangreneux sensibles ; le jéjunum et riléum pleins de ces meurtrissures ou écbymoses 7 les vaisseaux sanguins dans un état très-marqué de plénitude ^ 1 estomac , surtout , dans sa face interne , plein de larges taches noires, livides, et enduit d’une sorte de vernis d’un rouge brun , qui sembloit suinter d’une nombre infini de vaisseaux rampans dans le tissu de ce viscère , qui paroissoit entièrement enflammé : le foie, la rate , et meme le diaphragme , avoient leurs vaisseaux fort distendus } la vessie , surtout vers le cou , très-rouge visiblement enflammée : la totalité des intestins avoit porté le diaphragme si considérablement vers la poitrine , que les poumons en paroissoient étranglés ^ ils étoient , à cela près , ainsi que le cerveau , dans leur état naturel.

Deuxième ouverture de corps, üri jeune peintre mourut à l’hôpital de la Charité , après y avoir eu , à la suite de la colique le ti anspoi t , des etouffemens considérables , des convulsions afïreuses : le corps devint , quelques heures après la mort, noir et livide dans tout le bas-ventre et sur une grande partie de fa poitrine, ainsi qu au cou et au visage , qui parut se dégorger après la mort , par un suintement abondant de sang et de matière ichoreuse par le nez; 1 épiploon étoit gangrené , ainsi qu’une partie des intestins gieles : le colon ne sembloit etre qu’un cylindre , sans cavité ou

un très-petit diamètre, dans sa plus grande partie: le cæcum, tres-distendu , et en putréfaction ; le foie livide , la vésicule du fiel pleine d une matière noirâtre ; la ^^lèvre , les poumons et le cœur meme , d un rouge brun livide , avec des engorgemens évidens; les vaisseaux du cerveau très-pleins, très-distendus.

Troisième ouverture de corps. Un cordonnier pour femme ivrogne décidé , et au point qu’ayant la colique à la Charité ou lui trouva une bouteille de vin dont il faisoit sa boisson , étant mort dans des douleurs de colique très-considérables , le ventre tres-tendu , on trouva l’estomac gangrené , le jéjunum et l’iléum pourris en plusieurs endroits, troués et déchirés dans d’autres sans qu’il fût possible de penser que ces déchirures s’étoient faites apres la mort; le mésentère parsemé de meurtrissures et de taches e gangiene; la rate en dissolution ou en pourriture* le foie

marqué de larges plaques livides; la poitrine et la tête en assez bon état.

^ Quatrième ouverture de corps. Un plombier , assez avancé en âge , et qui parut guéri de la colique après avoir pris des lavemens adoucissans et purgatifs , de la thériaque et un vomitif, tomba dans des etouffemens considérables, avec la fièvre et un point de douleur fixe , mais sourde , dans l’hypocondre droit : le ventre se tendit , et le malade mourut , avec tous les symptômes d’un engorgement au ventre et à la poitrine : il cracha , deux jours ayant sa mort, quelques filets de sang : les intestins furent trouvés tres-transparens , vides de sang dans leur tissu , et pleins d’air dans leur cavité : le colon fort distendu vers la région épigastrique* le foie comprime entre le colon et le diaphragme , et meurtri dans

le lieu (îe la compression ; le poumon droit entièrement engorgé , plein de matière ichorense , purulente , et de beaucoup de sangle poumon gauclie engorgé aussi , enduit d’une sorte de matière muqueuse , et nageant dans une assez grande quantité de sérosité.

Cinquième ouverture de corps. Un lapidaire , âgé d’environ cinquante ans, resta à l’hôpital de la Charité , près de trois semaines , pour une suite de colique qu’il avoit eu un mois auparavant; les doigts des mains étoient roides et presque sans mouvement : l’émétique , deux purgations fortes et des lavemens très-actifs parurent le soulager considérablement : il ne ressentoit plus de douleurs; le mouvement des doigts étoit revenu. Quelques jours après, le ventre se tendit , devint douloureux ; la fièvre lente s’établit ; l’alfaissement devint considérable, et le malade mourut. Les intestins furent trouvés livides , nageant dans une sanie purulente ; rien de particulier dans l’estomac ni dans les intestins grêles : le colon rempli , par intervalles , de morceaux d’excrémens durs ; îe foie et la rate «d’une couleur livide ; le poumon droit rempli de concrétions, les unes dures , les autres comme cartilagineuses: il y avoit aussi des endroits qui rendoient beaücoup de pus.

Sixième ouverture de corps. Un cordonnier pour femme mourut à la Charité , après un délire de trois jours. Les reins , le foie , la rate étoient parfaitement sains , ainsi que le mésentère. On pouvoit dire la même chose de toute la masse intestinale, à l’exception d’un tiers du colon et de tout le rectum, qui étoient considérablement distendus, parsemés çà et là dans l’intérieur, de taches gangreneuses , remplis exactement d’une matière tenace, dure, qui avoit mordu sur la tunique interne de l’intestin. Il y avoit à l’intestin colon plusieurs étranglemens : les poumons n’offroient rien de particulier ; le gauche étoit adhérent. 11 n’y avoit au cerveau, ni dépôt, ni trace d’une matière ou d’ùn fluide, qui se fut porté vers ce viscère, ainsi qu’on auroit pu l’imaginer.

colique

colique; les derniers jours de la vie la fièvre fut très-vive : il eut un mal de tête considérable , et des douleurs aiguës dans le basventre et les extrémités ; le délire et les convulsions furent les derniers accidens ; la poitrine étoit en bon étal ; dans le basventre, l’épiploon engorgé; l’estomac altA'é* vers la petite courbure, d’une couleur terne, blafarde, plombée; une partie du duodénum et du jéjunum , plus des deux tiers de l’iléum enflammés , d’un rouge obscur : le mésentère a paru sain ; le mésorectura engorgé ; tout l’intérieur de l’estomac animé d’un rouge vif, et comme semé de points inflammatoires saiîlans.

Huitième ouverture de corps. Un peintre barbouilleur eut la colique compliquée , avec un crachement de sang, sans fièvre bien décidée, dont il mourut. Cn trouva un épanchement de liqueur rougeâtre, au côté droit de la poitrine ; les poumons et la plevre,

adberens et enflammes ; le cœur contenoît une concrétion poijpense : restomae , dans son intérieur, enflammé, d’un rouge yif; une partie du duodénum, du jéjunum et de l’iléum engorgés , d’un rouge fort pâle, dans bien des endroits : le foie fort volumineux et obstrué, de même que le pancréas^ la rate et le mésentère en bon état 5 le rein droit très-gros 5 le gauche fort petit.

ISteiivieme ouverture de corps. Un garçon chaudronnier, arrivé mourant à l’hôpital , y fut ouvert le lendemain de sa mort, dans l’intention d’examiner si on ne découvriroit pas quelques traces de l’impression des métaux qu’il manioit. Les intestins étoient extraordinairement gonflés; les grêles , comme les gros, d’un diamètre double de leur diamètre naturel , parsemés çà et là de taches livides et noires , qui étoient en plus grand nombre sur le colon : ces taches avoient le caractère et la couleur c[u’on remarque à celles qui se trouvent sur les intestins de ceux qui meurent de la colique des métaux; le colon étranglé en plusieurs endroits , surtout aux environs du rectum , ou les matières ne pouvoient passer; le mésentère parfaitement sain , de même que les reins , lai-ate et le foie • le poumon gauche gangrené en partie ; le droit aussi dur que l’est le foie , et rempli de pus (i).

La cinquième , la septième et la neuvième de ces observations sont tirées d’un registre conservé à l’hôpital de la Chariié , et que chacun peut consuber , en s adressant aux religieux , qui apprendront aussi le nom des médecins auteurs de ces observations. On aura lieu de remarquer dans les suites ce qu’elles paroissent d’abord indiquer sur l’usage du mochlique, et sur toute méthode brusque et vive; mais il ne faut pas se presser de tirer des conclusions trop générales et trop décisives. Il suffit qu’on sache que les médecins qui avoient soin des malades qui font le sujet de ces observations , modéroient et dirigeoient leur traitement, suivant les accidens que l’état des viscères ne pouvaient qu’occasionner. INoiis nous bornerons ici à rappeler, en faveur de M. Astruc , quelques remarques du fameux Lhirac. Il jirononce « c|ue l’unique moven » de découvrir les causes internes des maladies, consiste dans l’ob- » servation de l’état des principaux viscères de ceux qui meurent » de ces maladies — cpie l’ouverture des corps, qui fait voir des » taches rouges et livides, des plaques, des engorgemen-s , dé- » montre distinctement et clairement les causes des maladies....

» que la nature de ces engorgeraens des réseaux vasculeux , dans » lesquels le sang croupit et se corrompt , sont les fondemens » théoriques et pratiques des indications des maladies.... que ces » épanchemens de sang sont précisément les causes contenantes » des maladies ... q,ue ces épanchemens, et cette plénitude des » vaisseaux n étant qu une suite de l’abord continuel de celui qui » roule dans les artères , on ne sauroit trop précipiter par la sai- « gnée l’évacuation et la diminution du volume du sang. . que rien

(i) Il manque, dans quelques-unes de ces oWevations , des circonstances deîaillees par les medeeins qui les ont faites, et sur lesquelles ou reviendra dan-* la suite, lorsqu’il sera quesîion d’autres ouvertures de corps , et du registre d’ou celles qu oa rapporte ici sont tirées.

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» ire doit empêclier un médecin qui a établi ses indications sur » rengorgement des vaisseaux des viscères , qui demandent évi- » demment la saignée , à mettre ce remède en usage , quelque « opposition qu’il trouve de la part des assistans et du peuple igno- » rant et prévenu par des idées chimériques (i) ». Ces assertions décisives, devenues la règle de la médecine en France, où elles sont tous les jours tant répétées, tant retournées, présentées de tant de manière ^ ces principes enfin dont on a voulu faire autant d’aphorismes , il faut les appliquer à la colique métallique , puisque l’ouverture de ceux qui meurent de cette maladie démontre les engorgemens des vaisseaux • ou bien il faut convenir que ces principes tant vantés , ne sont pas plus certains que tout ce que les anciens ont publié sur les miasmes , les sucs hétérogènes , les causes occultes. On pourroit en même temps s’exposer, si on se relâchoit sur ces principes , à se voir forcé d’y renoncer dans presque toutes les maladies. Ceux qui ont adopté la théorie de Chirac au point de craindre la décadence de la médecine , si la théorie venoit à changer , doivent faire tous leurs efforts pour soutenir l’opinion de M. Astruc sur la nécessité de la saignée dans la colique des métaux ^ car* ils seroient en contradiction avec leurs principes , s’ils exceptoient cette colique.

M. Astruc a très-bien senti la force des objections qu’on pouvoit lui faire au sujet de la fièvre dans la maladie dont il est question. Il rapporte l’assertion de Citois , qui prétend que la colique de Poitou se trouve quelquefois sans fièvre, et le plus souvent avec une sorte de fièvre lente sine fehre , sœpius cum fehre lenld)^

M. Astruc paroît rester dans le doute à cet égard , ou du moins il croit que la fièvre n’accompagne pas toujours la colique : « Si , » dit-il , la fièvre se met de la partie {si fehrein sociani habeat) , » si la maladie n’est point accompagnée de fièvre {si febris absit y omnino) » j d’où il suit que la maladie dont parle M. Astruc est , suivant lui , de deux espèces , l’une sanguine , inflammatoire , de la classe des maladies aiguës , et avec plus ou moins de fièvre ; l’autre , au contraire , lymphatique , séreuse , froide , chronique et sans fièvre. M. Astruc prétend que , dans la première espèce , il faut presser la saignée , qui est moins utile et moins nécessaire dans la deuxième espèce ^ ainsi les divers degrés , les divers états et les divers temps de la colique de Poitou viennent se plier tout naturellement aux explications et à la théorie de M. Astruc. On doit en dire autant de la colique métallique , dans laquelle les accidens , semblables à ceux de la colique de Poitou, ne peuvent, suivant les principes de M. Astruc , dépendre que d’une cause accidentelle, qui agit comme les mauvaises qualités des alimens , comme l’air et les autres causes non naturelles : Sanguinis et Ijmphœ spissitudo prœternatiiralis inducta largiore diœia ^ vita nimis otiosa , alimentorum mit potulentorum vitio , aëris qui ducitiir pestilentia , latente seminio venereo , strinnoso , scorbiitico , humore arthritico in retropulsa vel anomala arthritide , etc.

(i) Chirac, des fièvres maligaes et pestilentielles. . . passî/n, etc.

SUR LA COLIQUE DE POITOU. Soz

L’effet (les poisons métalliques rentre évidemment dans la liste de toutes ces causes.

On peut enfin présumer qu’il n’a manqué à la méthode de M. Astruc , pour être généralement adoptée , que de paroître dans le temps oii la saignée reprenoit les droits que les chimistes avoient vouki lui enlever (i). Quii sait si Chirac eut mis les pieds à l’hôpital de la Charité de Paris , et qu’il y eut fait autant d’ouvertures de corps qu’à Rochefort , il n’y eut point aussi assujetti la maladie métalliquie aux lois de la saignée? Ce qu’il y a de bien certain ^ c’est que M. Astruc , qui a travaillé de concert avec les Chirac, les Silva , les Helvétius , etc. à l’établissement de la théorie mécaniquie , a le premier tiré le voile obscuir qui régnoit sur la colique de Poitou et sur celle des métaux. M. Maloet , aujourd’hui un des médecins de l’hôpital de la Charité , et qui est par -là à portée de faire une collection précieuse d’observations , a soutenu aux écoles de Paris l’opinion de M. Astruc , qui n’est , pour ainsi dire, qu’un supplément ou une addition à la brillante dissertation , communément attribuiée à Silva , et à laquelle on sait que M. Malouin eut beaucoup de part (2). Cette dissertation contient le détail des diverses inflammations ou des divers engorgemens qui affectent la tête , la poitrine , le has-ventre , etc. Il y manquoit i’histoire des engorgemens de la moelle épinière , qui se trouve dans la thèse de M. Astruc. La thèse donne de nouvelles forces à la dissertation , qui , au rapport de celui qui en publia la traduction , tcnoü cV aillant plus au cœur (de Silva), cpi on V alla quoi l de plus de côtés (3). « On entend (disoit Silva lui-même) (4) crier partout » que l’amour de la nouveauté renverse ce qu’il y a de plus sacré en

» médecine — Quelques médecins même très-habiles trouvent

» mauvais et se plaignent hautement que des personnes de notre )> temps osent s’élever contre les sentimens des anciens : ils crient » partout qu’il est dangereux et odieux de prétendre qu’ils se » soient trompés , et même de s’écarter de leur façon de pen- » ser (5) ». Ce n’est pas sans douté avec de pareilles armes , que ceux qui pourroient être encore les partisans du vieux mochli(pie ou macaroni de la Charité de Paris , devroient attaquer l’opinion de M. Astruc ; elle paroît d’autant plus difficile à combattre , qu’on risqueroit , ainsi qu’on l’a remarqué ci-dessus , d’ébranler l’échafaudage de la théorie moderne.

On trouve encore, dans l’ouvrage de M. Astruc , bien des choses utiles pour la théorie et l’histoire de la maladie dont il est question. C’est une idée brillante et très-remarquable, d’avoir présenté la colique de Poitou comme une affection de l’épine du dos (rachialgia) ; cette espèce de paradoxe mérite la plus grande attention : cette manière de considérer la maladie la range dans 1

(1) Journal de médecine du mois de janvier 1762 , pag. ir et suivantes , etc.

(2) Dissertation sur la saignée , qui se trouve avec les dissertations et consultations médicinales de Chirac et Silva.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

{5} Ibid.

5o2 ÏIECHERCHES

la classe des affections nerveuses , comparables en tout à celles dont le siège est dans le cerveau^ elle met à portée d’expliquer la plupart des accidens , surtout la paralysie , dont l’explication , jusqu’ici tentée par quelques auteurs, n’étoit pas-, à beaucoup près , aussi plausible que celle de M. Astruc, L’établissement, les progrès, l’espèce et les divers degrés de paralvsie à la suite de la colique 5 sont des phénomènes des plus singuliers et des plus piquans pour la curiosité des médecins , qui ne manqueront pas sans doute de suivre et d’approfondir cette matière. Il semble qu’un des meilleurs moyens pour y réussir , seroit l’ouverture des corps , dans lesquels on devroit toujours avoir soin d’examiner la moelle épinière. Quelques tentatives déjà faites là-dessus , tant dans des corps morts de la maladie des métaux que dans d’autres , n’ont rien appris de bien remarquable ; il ne faut pas se rebuter pour cela : il faut en prendre occasion de perfectionner et de rendre de quelque utilité réelle l’ouverture des corps j opération trop souvent réitérée , sans succès , presque toujours faite trop légèrement , et qui est bien plus longue et plus difficile qu’on ne l’imagine ordinairement. Les professeurs de la Faculté de Montpellier qui ont senti la fécondité de l’idée de M. Astruc , viennent de proposer un problème sur les maladies de l’épine du dos. II faut donc espérer qu’on sera désormais plus attentif sur cette matière qu’on ne l’a été jusqu’à présent. Mais qui osera partager avec M. Astruc le reproche dont il accable tous les auteurs qui Font précédé , et qu’il accuse de n’avoir pas connu les maladies de la moelle épinière , ou du moins de n^en avoir rien dit? Hac tenus me dulla spi-nalis J quoprwilegionescifniis ,'uisa est nulli m.orbo , niilli noxæ patere.'YjQ seul passage suivant, tiré de Galien, prouve que les médecins ont pensé aux maladies de la moelle épinière : Affecta dors ali medülla serisus corporis erit in his partibus qiiœ ex ea

aljecta enascimtur Si signum aliquod adfuerit patientis ine-

aidlœ dors ali s , tum tremorem. , tum aliani nervorum afjectionein fcre expecta (i). Galien parle des-affections de la moelle épinière dans un autre endroit (2) , de même que Trallien fd) et Aetnarius (4)* R y ^ modernes qui ont fait sur la même matière des réflexions particulières , en traitant de la maladie nommée tabes dors ali s : une espèce de cette maladie a , suivant quelques auteurs , son siège dans la moelle épinière , ce à quoi Hippocrate avoit déjà pensé (5) , et que Tulpius a prouvé par sa propre expérience 5 car il dit avoir trouvé en pareil cas une grande quantité de pituite dans le canal de la moelle épinière (6). Hoffman parle d’une paralvsie des parties inférieures , par l’étranglement de la moelle épinière , sans aucun dérangement des vertèbres (7), Enfin

(1) Galen. in prima Prov. lîipp. coinm. 2 , «”7.

(2) Idem , de lacis affect.,.

(3l Lib. I , cap. i6.

(4) De methodo medendi, cap. 7 et%.

^5) Hipp. lib. de glandai.

(6) Nieol. Tulp. Observ, medic. lib. 3.

(7; Hüffmaîi. De uermrujnxesÿluiiûnid'-.

SUR LA COLIQUE DE POITOU. 5o3

on sait , par bien des exemples eonnus , à quels accidens exposent les Uixations des dilTerentes portions de l’ëpine , sa bifurcation , les tumeurs et la carie auxquelles elle peut être sujette , ses divers plis ou contours ; mais cette matière n’est pas encore épuisée , à beaucoup près; et c’est là sans doute ce qu’a voulu dire M, Asfruc , que le médecin par lequel le problème proposé à Montpellier a été résolu , s’est contenté de copier.

L’observation rapportée par M. Astruc , au sujet des douleurs d’entrailles et d’une espèce de colique , à la suite d’une chute qui avoit dérangé les vertèbres des lombes , n’est point sans exemple ; ce qui rend l’opinion que ce médecin établit d’après les suites de cette chute, plus probable que si son observation eût eu tout le mérite de la nouveauté. Fernel fait l’histoire d’une colique avec une douleur de l’épine du dos (i) , dont voici l’extrait : Un Allemand sentit, par les mouvemens violens et la forte secousse d’un cheval qu’il montoit , que son épine du dos se retournoit brusquement vers les parties postérieures ^ il éprouva en meme temps une sorte de douleur poignante , qui se répandit dans tout le corps : il devint depuis ce moment-là sujet à des vives douleurs d’entrailles, tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche, et qui s’élendoient quelquefois jusqu’au testicule droit j ces douleurs avoient les apparences d’une espèce de colique , qui aiigmentoit dès que le ventre n’étoit pas libre, et que les évacuations s’apaisoient. Outre ccs douleurs intérieures, il y en avoit d’externes., qui s’étendoient depuis les lombes jusqu’aux muscles de l’épigastre et du basventre, vers les hypocondres , et qui faisoient le tour du corps, en manière de ceinture. Fernel soupçonnoit que l’épine du dos et les parties qui la composent, pouvoient être affectées. Il conseilla , entre autres remèdes , des fomentations, des frictions , des embrocations le long de l’épine et dans les lombes , des emplâtres , des ventouses , en un mot, tout ce que M. Astruc conseille pour la rachialgie. Un homme âgé de trente-deux ans , dit Warthoii (2) , fit une chute de cheval sur la région des lombes, qui fut sensiblement meurtrie j deux ans après il devint sujet à des douleurs vagues et passagères de la partie affectée par la chute * ces douleurs étoient accompagnées de divers accidens , et notamment d’une douleur de colique qui reparoissoit souvent, d’une diminution sensible , et quelquefois d’une suppression d’urines , de voinissèmens fréquens , d’une douleLir sciatique : il s’y joignit par la suite beaucoup de difficulté dans la respiration , une toux vio--' lente et continue , une maigreur générale j enfin , le malade tomba dans le marasme, et il mourut d’un engorgement à la poitrine. On trouva, à l’ouverture du corps, une tumeur considérable sur la portion lombaire de l’épine , depuis les attaches du diaphragme jusqu’au coxis : cette tumeur paroissoit charnue , et elle enlouroit tous les vaisseaux et les nerfs de cette région. L’observation de Warthon n’est pas précisément aussi favorable à M. Astruc que

(l'i Fernel. Consi/ra , Consil. 5r.

(2) Warllion , Adeno^raÿh. cap, ii.

5o4 RECHERCHES

celle de Fcrnel : on aura lieu de le remarquer dans la suite; mais les accidens dont ces auteurs parlent se présentent assez souvent.

Il n’est point de médecin , surtout dé ceux qui sont à portée des eaux minérales , qui n’en ait vu de semblables. On a même observé dans des chiens et des chats auxquels on coupoit la queue , qu’après l’opération ces animaux deviennent quelquefois sujets à des convulsions , des vomissemens , de fortes constipations , de vives douleurs , des attaques d’épilepsie. On en a trouvé qui perdoient la vue , d’autres dans lesquels la couleur des yeux changeoit : telle est l’influence de la moelle épinière sur tout le corj)s. Cette manière d’établir la théorie des maladies intérieures , d’après les accidens occasionnés par des chutes ou autres causes extérieures (manière adoptée ici par M. Astruc), mériteroit d’être suivie. Il est étonnant qu’on l’ait autant négligée , surtout dans les armées , oii l’on n’auroit que trop d’occasions de tirer , au moins , quelque fruit de la grande quantité de blessures auxquelles tant de braves soldats s’exposent. Ce seroit là , bien mieux que sur des animaux immolés par cet usage , que les malheureuses circonstances de la guerre mettroient à portée de ramasser des matériaux pour les fondemens d’une excellente physiologie, pour connoître l’usage des parties , leurs degrés de sensibilité , leurs liaisons , leurs déparlemens. On nous dit tant de choses sur les maladies des armées ; on nous apprend tant d’accidens divers î Quelqu’un n’entre23rendra-t-il point de lier , d’analyser , de suivre tous ces faits de pratique ? Jamais on n’a pu bien dire , que dans les armées , après les horreurs des batailles, locus ubi mors g au de t succurrere vitœ ; mais il est plus aisé de discourir sur le mauvais air , sur les miasmes , la pourriture et d’autres causes vagues et générales , que d’entrer dans un détail éclairé des faits qui se perdent.

L’opinion de M. Astruc sur le siège de la colique , devient d’autant plus intéressante qu’il y a des médecins qui ont pensé comme lui. Ils ont eu , à très-peu de choses près , les mêmes idées; ils les ont appuyées presque par les mêmes raisons. Charles Le Poix [Carolus Piso) a avancé formellement que « la cause de la colique » réside dans le cerveau ; que cette cause est un amas de sérosités » dans la partie postérieure du cerveau , par laquelle les principes 3> des nerfs sont imbibés et ensuite irrités. Le Poix veut prouver » son opinion par l’ouverture du corps d’un homme qui mourut » d’une attaque de colique , et dans lequel on trouva , aux en- * » virons du cervelet , un amas de seVosité qui avoit singulièrement ramolli la moelle allongée (i) ». H est vrai que Le Poix prétend que cette matière porte son influence sur les nerfs du péritoine , qui est un autre siège de la colique ; mais il n’y a pas moins une conformité sensible entre l’opinion de M. Astruc et celle de Le Poix. En voici une autre , qui paroît , ainsi qu^ celle de M. Astruc , être née de celle de Le Poix , ou qui n’est que la même opinion rendue en d’autres termes. « 11 ne faut pas penser (c’est Willis qui ^ parle) que la cause de la colique soit la bile ni les autres hu-

i^ï) Colluv. seras, sect. 4 j 2.

SUR LA COLIQUE DE POITOU. 5o5

» meurs contenuies dans les entrailles; c’est plutôt une Immeur qui )) roule dans le genre nerveux , et qui tombe du cerveau dans les î' plexus mésentériques ^ comme il se joint souvent aux coliques » de très-vives douleurs dans la région des lombes , il j a lieu de « penser que les humeurs contenues dans les nerfs lombaires , et » ceux du dos , se précipitent de ces parties vers le mésentère , » qui est le lieu principal où les humeurs contenues dans les nerfs » viennent aboutir. Quant à l’amas d’humeurs dans le cerveau » dont parle Le Poix , et quhl regarde comme la cause principale » de la colique , il est probable que cette cause n’étoit que la » cause éloignée de la colique, et que cet amas avoit fourni quel- » que chose au mesentère , au moyen des nerfs qui sont le vrai » siégé de la colique (t) ». Voilà donc des auteurs, et meme de ceux dont la manière de penser est d’un grand poids , qui ont , ainsi que M. Astruc, considéré la colique comme une maladie des nerfs dont la cause est dans leur origine, ou flottante dans leurs cavités. On dira peut-etre que cette idée sur la nature de la maladie ne pafoît pas conduire à la saignée , qui est l’objet de M. Astruc , aussi directement que si on faisoit dépendre la maladie des engorgemens dans les vaisseaux des entrailles ^ tant il est vrai que la^pratique se lie toujours avec la théorie. Mais il est bon de remarquer , qu’outre que AI. Astruc regarde la rachialgie comme dépendante des engorgemens de la moelle épinière , pareils à c.eux qui causent les apoplexies et les paralysies ordinaires , pour lesquelles la saignée est réputée plus ou moins nécessaire ^ Willis meme, qui faisoit voltiger les esprits, plus ou moins chargés de leur copule explosive , dans la cavité des nerfs, n’en a pas moins a\ancé , ainsi que plusieurs autres auteurs , et de meme que AI. Astruc, qu’il falloit avoir recours à la saignée dans la colique^ c est ce qu il décidé expressément à l’endroit cité ci-dessus.

La manière dont AL Astruc veut établir que, dans la maladie dont il parle , il n’y a point de cause matérielle qui séjourne dans les entrailles, exige quelques considérations. Il prétend « que, de » quelque façon qu’on tâte le ventre des malades , et soit qu’il se » trouve tendu ou mou, on n’augmente point les douleurs; d’où » il conclut que le siège de la douleur n’est point dans les parties » que l’on manie, puisque la douleur devroit augmenter en tâ- » tant et maniant ces parties. ». In colicce Pictonicœ impetu , diim tormina torqiient vehementissime , venter sive mollis sit ut interdum , sive tensiis et convulsus ut plerumque , non contrectari modo , sed etiam premi constringi potest sine iilla doloris acces^ sione : unde consequens est intestina cœterasque partes ventre compreJiensas , quœ pressum non sentiunt , causce nulli morbi-^ ficœ, quœ illis insit, subjacere. Les malades attaqués de la maladie dont il s’agit n’ont pas tous le ventre insensible ou indolent lorsqu’on le tâte , même dans les momens où les douleurs de colique ne se font point sentir; la plupart éprouvent , vers la région épigastrique , une tension , un poids incommode , souvent très-

(i) Willis, (/e çolica.

5o6 IIEGHERCÎIES

sensible J et qui va jusqu’à la douleur lorsqu’on comprime ces parties. Il y en a aussi qui sentent vivement la compression lorsqu’on la fait vers les aines et les flancs , surtout dans le siège du cæcum , qui est souvent distendu. D’ailleurs , et c’est une chose à laquelle on ne fait pas assez d’attention , les douleurs surviennent dans cette maladie , comme dans bien d’autres , par petits paroxysmes , par tranchées J elles se calment pendant quelque temps, pour reparoître ensuite plus fortement : le ventre peut être comprime dans les mornens du calme , sans qu’on produise une sensation notable J mais au moment des tranchées , le ventre est quelquefois très-sensible aux effets de. la pression. Il est vrai que, dans ces mornens d’agitation et de fortes douleurs , la compression du ventre, souvent même très-forte, ne produit aucune augmentation de douleur, ou bien elle soulage le malade. Dans le premier cas , la forte douleur de la colique détruit l’effet de la compression j et dans le second , l’effet de la compression devient favorable , en agissant sur les parties, sur les intestins , par exemple , en diminuant l’écartement ou le tiraillement de leurs fibres, occasionnés par la présence des vents ou par quelque autre cause. Cet effet n’indique-t”il pas lui-même contre M. Astruc , que le siège du mal est dans les entrailles , puisque étant diversement modifiées par la compression , elles deviennent*taoins douloureuses? On peut encore lui rappeler les en fans et autres , dans lesquels la presence des vers dans les intestins cause quelquefois de très-vives coliques, sans que la pression du ventre augmente les douleurs. On peut prendre, pour un exemple notable de cette espèce d’ insensibilité des entrailles , indépendamment d’une cause d irritation fixee dans ces parties , l’état de quelques* femmes en travail d enfant , dans lesquelles la pression du ventre , loin de faire du mal ^ apporte du soulagement. On peut enfin avoir recours à l’état d’inflammation des intestins, comme devant , par sa présence ou par son absence , servir de bornes aux douleurs , qui sont de l’espèce à etre augmentées ou diminuées , ou qui restent dans le meme état pendant la compression du ventre; mais tout cela n’est pas bien clair pour qui sait y regarder. « La variabilité (dira M. Astruc) des » douleurs de la rachialgie , prouve que sa cause n’est point dans î) les intestins,' puisque la douleur court d un lieu à un autie , » qu’elle ne laisse aucune impression marquée dans les parties » qu’elle abandonne, qu’elle s’étend fort au— delà de 1 enceinte oes

» entrailles enfin les purgatifs n’évacuant, dans ce cas-la,

» aucune humeur bilieuse , il est évident qu il n y a dans les in- » testiiis ni bile ni aucune autre humeur ». La première de ces réflexions paroît seulement indiquer qu’il y a, dans cette espèce de colique, beaucoup d’accidens nerveux et purement sympathiques; elle peut fournir de fortes présomptions contre ceux qui feroient voyager une humeur dans toutes les partie douloureuses; mais l’argument de M. Astruc ne proirveroit rien contre ceux qui , supposant un établissement fixe dans les entrailles , comme la cause principale de la maladie, prétendroient que cet établissement devient une espèce de centre , d’où partent des traînées

crirritation , qui se cominuniquent tantôt à une partie, tantôt à I autre. Quant à ce que M. Aslruc veut conclure du peu d’effet des purgatifs , il n’est que trop vrai qu’on en donne beaucoup en pure perte ; mais il n’en faut pas conclure que la matière à purger n’abonde point ; il s’ensuit seulement qu’il ne faut point l’attaquer lorsqu’elle n’est point mobile. Tout ceci pourra s’éclaircir dans la suite , et il faut avouer franchement que toutes les questions auxquelles M. Astruc touche dans cet article, ont grand besoin d’éclaircissement, non pour ceux qui savent tout, ou qui ne doutent de rien , Iis rohur et œs triplex circa peciiis, mais pour ceux qui veulent entendre , sentir , analyser , bien saisir efc bien évaluer le peu qu’ils savent.

« Les causes générales de la rachialgie , quelle qu’en soit l’éner- »> gie, ne sauroient agir particulièrement sur la moelle é])inière, » et y causer un engorgement, s’il n’y a pas quelque dérange- » ment local qui détermine l’elfet des causes générales sur l’épine » : Causas universales quantæcmnque siipponantur energiœ , stasim nullam. , nullumve infarctum in spinali medulla parère unquain possimt , si labes aliqiia localis non intercesserk , quœ , licet incomperta , vini universalis caiisœ , me dullœ spinali specialim opplicet. C’est un des principes fondamentaux de M. Astruc , et qui est peut-etre aussi de tous les points de médecine à traiter un de ceux qui pourroient conduire à des discussions les plus graves , les plus importantes sur les fondemens meme de l’art. S’il est vrai que les causes générales connues sous le nom de choses non nalii-^ relies , ne font , sur la moelle épinière , une impression propre à occasionner la rachialgie , qu’à proportion de la disposition particulière de cette meme moelle épinière , on peut en dire autant , on est même forcé d’en dire autant de toute sorte de maladie : allant de conclusion en concluwon, il y auroit lieu de croire, suivant ces principes , que toutes les maladies cérébrales , les pleurésies , les fièvres de toute espèce , les dysscnteries , la plupart des maladies enfin n’ont pu s’établir que par une disposition particulière du sujet ainsi les épidémies, par exemple, qu’on se plaît tant à considérer , eu égard aux variations de l’air, aux diversilés de nourritures , et aux changernens des saisons , il faudroit les considérer, eu égard ajjx modifications particulières de ceux qui ont été blessés par des causes générales, auxquelles un médecin ne peut rien; ainsi les maladies mortelles ne le seroient point i précisément par leur nature , mais par la fragilité de certaines ; parties qui y succombent : que feroit donc le traitement sur les maladies considérées sous ce point de vue? Quelle foule de problèmes à résoudre! On pourroit peut-être, en partant de pareils principes , qu’il seroit sans, doute nécessaire de modérer, d’adoucir et de manier bien sagement , établir les ditïérences essentielles entre les maladies , composées et compliquées j ce

qui répandroit quelque clarté sur leur théorie, leur traitement et leur pronostic. Ce n’est point ici le lieu de faire de semblables essap; mais il n’est pas possible de déguiser les conséquences excessives auxquelles peut conduire le principe de M. Astruc. Il est

^o8 rvECHERCHES

sans doute Lien éloigné d’approuver des assertions qui découlent nécessairement de la supposition d’une prédisposition organique ou physique , ou bien d’une modification préétàhlie des parties qui succombent aux causes générales des maladies. Cette prédisposition organique y qu’un physicien hardi trouveroit le moyen de faire naître dès le ventre de la mère , oh il verroit le germe de la derniere maladie mêlé avec celui de la vie , paroît avoir été pressentie ou reconnue et admise par quelques médecins : d’autres y ont eu recours dans l’explication ou l’histoire des maladies qu’ils n’ont pu guérir. Ï1 en est peu qui en aient aussi franchement et aussi libéralement usé qu’un auteur moderne dont voici quelques traits remarquables , et qu’on ne doit pas perdre l’occasion de mettre sous les yeux des maîtres de l’art : l’auteur nous permettra de le copier. « Je regarde la constitution particulière des malades » comme la cause unique ou principale des effets salutaires ou » funestes de la petite-vérole La constitution particulière des

sujets coopérant avec le mal, rend la catastrophe nécessaire- » ment fatale — Tous les malades qui sont morts de la petite-vé-

» rôle peut-être depuis qu’elle existe , se trouvoient dans le

» malheureux cas d’avoir la poitrine ou la tête , ou bien l’une et » l’autre attaquées, par la disposition nécessaire du virus varioj) lique à se porter sur des viscères déjà affoiblis.... J’approuve M que , dans la suppuration , le médecin ne soit que^ simple spec- 1) lateur , parce qu’il ne sauroit jamais se conduire aussi bien et » aussi heureusement que le fait la nature^ et que, pendant la » fièvre de suppuratfon , laquelle est un ouvrage de coction , la » nature n’a pas besoin de médecin • il est alors son plus grand 3) ennemi ; s’il tente le moindre remède , sous prétexte d’agir de » concert avec elle , il trouble et change ses sages dispositions j il

» confond tout Je me suis confirmé dans l’opinion que l’art

)> rend souvent la nature défectueuse là oh l’on pouvoit supposer , » avec raison , qu’elle auroit pu se suffire à elle-même , et que là » oh elle est défectueuse par elle-même, tout l’art de la médecine î) ne sauroit remédier à son impuissance (i) ». L’auteur se dénonce lui-même , api’ès toutes ces assertions , comme ayant mis , dans sa profession , qu’il exerce avec’ honneur à Bordeaux , un qieu trop de philosophie (2). Il faut tolérer quelque liberté de penser, en médecine , dans un auteur qui respire le même air que Montaigne respira. Il faut l’encourager à fouler aux pieds le murmure obscur de ceux qui regardent un médecin philosophe comme un esjjrit inquiet et cauteleux , qui les importune , qui les éblouit , et contre lequel ils sont toujours prêts à déposer y parce que leurs foibles yeux ne peuvent fixer la vérité toute nue. Quoi qu’il en soit , il n’est pas moin» vrai que tout ce que le médecin de Bordeaux avance , semble être une suite nécessaire du système de \ai prédisposition organique des parties, dans chaque individu. Il est encore certain que le principe adopté par M. Astruc, au sujet des causes de la rachialgie, déterminées vers l’épine,

(i) Objets et Réflexions sur la petite vérole, ... A Bordeaux j par B. G.

(•^. j Ihid.

par un état particulier de cette partie , peut conduire à la façon de penser adoptée par le médecin de Bordeaux. Combien , après tout cela , n’a-t-on pas besoin du secours et des lumières des médecins , qui ont pris pour devise , Natiiram errantein dirigimiis , et collabentem sustinem.iis , non otiosi spectatores ! Nous maîtrisons la nature, nous! C’est ainsi que parloient les Asclépiade et les Van-Helmont^ et c’est ainsi qu’il faut parler quand 011 pense de meme. Nous essayerons de faire en son lieu l’application du princijaede M. Astruc à la colique dont il est question , dans la vue de rendre à l’art et à la nature ce qui lui est dû , eu égard à cette maladie. Ut arti nimis iniillum tribuere , cinn miiltis manca sit ac deficiat, vitio non caret ^ ita tantum ei detrahere ut nihil posait jpsa per se , errore non vacat (i). • ^

La dernière réflexion qu’on fera ici au sujet de la thèse de AI. Astruc, regarde le traitement de la maladie. U y a lieu d’être surpris qu’il n’ait pas trouvé quelque circonstance ou quelque état de cette maladie qui pût exiger l’émétique. Il semble pourtant que ce remède paroîtroit très-convenable pour aider, en certains cas , à la résolution de la cause de la rachialgie. On devroit le donner dans cette maladie comme dans celles de la tête ; mais M. Astruc ne l’a pas jugé convenable. Il s’est borné aux saignées , aux adoucissans , aux narcotiques et aux résolutifs. Il se contente d’avoir recours à des purgatifs légers et à des lavemens qui ne soient point d’une certaine efficacité , et encore se relâche-t-il au sujet de ces remèdes , dans la vue de ne pas heurter de front les préjugés populaires. Catfiariica sœpius exhibeantur aiit enemata inj'undaiviur , dummodo niliil acrius nimisve drasticum admisceatur...,

Nobis persuasissimum est alviim purgatione frustra sollicitari

sed hœc facile possunt prœjudicio vulgi , inio œgrotantium. crrori conclonari. Quelques observations de pratique, quelques histoires de la maladie dont il est question , guérie par la méthode des adoucissans, la saignée et les autres de cette classe , auroient rendu l’ouvrage de M. Astruc beaucoup plus utile , et son opinion plus difficile à combattre. Les remarques suivantes pourront, en attendant mieux , remplir le vide que M. Astruc a volontairement laissé dans sa thèse.

1°. Celui qui parla le premier de la colique connue aujourd’hui sous le nom de Colique de Poitou , Paul d’Ægine , prétend « qu’un médecin d’Italie avoit la témérité de traiter cette » colique , alors nouvelle , par un régime et des remèdes fort ra-?

» fraîchissans : ce médecin mettoit ses malades attaqués de la co- » lique , à l’usage des laitues crues .... Il les faisoit vivre de )» pommes , de raisins , de poissons durs , de pieds de veau et autres » choses semblables , froides même au tact — Il leur faisoit boire

» de -T eau froide Il leur interdisoit tout aliment chaud. Ce

« qu’il y a d’incroyable (ajoute Paul) c’est que ce médecin guérit » plusieurs malades de cette espèce , même quelques-uns de ceux » qui avoient déjà eu des attaques d’épilepsie , ou qui commeii-

(i) \lix\\ox\ , Consil . 34 > Id^. i.

Sio- RECHERCHES

» çoicnt à devenir paralytiques » : Sic œgroîantes m.edicus qui-^ dam in Ilalia curavit , incredihili quodam ac frigefactorio vicliL conslituto . . . . lactucas exhihcbat non codas.... u^as ^

inala — et sunilia non solum, potentia , sed actu frigida et

pliirimos hoc modo ^ prœter omnium, opinionem sanavit , et ex his ah quos qui jam ad morhiun comitialein , aiit resolutionem delahi cœpissent (i). Paul s’explique d’une manière si positive, qu’il n’est guère possible de douter des succès du médecin italien • d’ailleurs , cet usage des rafraîcbissans paroissoit si incroyable , si téméraire , si contraire à la méthode reçue , que Paul ne pouvoit c[u’eîi être étonné ^ mais son étonnement ne l’empêchoit point de rapporter les laits tels qu’il les savoit , et il ne s’exlialoit point en prop os contre le médecin italien , qui avoit sans doute ses raisons pour appuyer sa méthode rafraîchissante , confirmée par des guérisons dont Paul étoit forcé de convenir.

Don Heado , médecin fameux en Espagne , qui voyoit mada me de « la guérit de V entripado avec des orgeats , limo-

» nade et petit-lait La malade , avant de prendre ces remèdes , :» n’avoit aucune opinion de son médecin j elle croyoit qu’il revoit •

» mais elle s’en trouva si bien , qu’elle conseilloit ces remèdes à » tous ceux qui etoient attaqués de la même maladie.... » Extrait d’une lettre écrite par unç personne de la première considération en Espagne , qui annonce dans la même lettre , que doni Segura , médecin françois des environs de Bayonne , et qui jouit à Madrid de la plus grande réputation , dit avoir un travail prêt à voir le jour sur V entripado. îl faut espérer qu’il fera généralement connoître V entripado , qu’on croit être une espèce de colique de Poitou, et qu’il comparera la méthode espagnole avec celle des autres pays , qu’on sait qu’il connoît lui-même parfaitement depuis longtemps. Au reste , on voit ici madame aussi surprise du trai-

tement que lui proposoit don Heado, que Paul d’Ægine l’étoit de celui du médecin italien ; c’est une preuve que les médecins qu’avoit d’abord vusmadameS^'^'^ ne pensoient point comme don Heado.

3". Le célèbre Henchel , médecin allemand , dont l’ouvrage qui avoit vu le jour long-temps avant la thèse de M. Astruc , vient d’être traduit , rapporte l’observation suivante dans son Histoire des maladies des métaux, qui a été revue par M. Roux, médecin de Paris, très-connu par l’étendue de ses lumières. « Un » fondeur , jeune , vigoureux , d’un tempérament sanguin , fut » attaqué subitement de la colique des fonderies ; après en avoir }) été tourmenté misérablement pendant sept jours, il se mani- » fosta , deux ou trois travers de doigt au-dessous du nombril , du » côté droit, une tumeur rouge, douloureuse, qu’on crut pou- » voir regarder comme critique , ce qui obligea de l’amener à

)> suppuration Je me rappelai la disposition pléthorique du su-

» jôt.... • mais comme je ne le vis qu’au troisième jour de la maj) ladie , je ne jugeai pas à propos d’avoir recours aux saignées: » je ne rapporte ceci? que pour faire connoîîrc la cause de i’ab-

(i) Paul AEgiu. de re mcd. lib. ni , cap. 45.

SUR LA COLIQUE DE POITOU. 5îî

» CCS.... Il nTst pas douteux que le poison n’eût passé dans le » sang , et qu’il ne l’eut mis dans un elat de rarélactioii extraor-

» dinaire la nature se trouva en état de se débarrasser le

)) sang ne trouvant aucune issue , forma un abcès qui procura la

» sortie de la matière virulente l’inllammation avoit commencé

» dans le péritoine , etc. etc. La colique des fonderies (dit en- » core LIenckel) , dont on sait que les personnes d’un tempéra- » ment sanguin et atîd étique sont bien plus vivement alï'ectées. . ., » produit quelquefois une inflammation dans les intestins (i) ou » dans le mésentère, qui se termine souvent par la suppuration » et la gangrène — les vapeurs métalliques pénètrent dans le sang » avec le chyle , et produisent des inflammations — la circida- » tion du sang est arretée , tant par son éj^aississement que par la » contraction des vaisseaux • ce qui produit nécessairement des 3) obstructions (2) ». Henckel parle ici , au sujet des maladies métalliques, Ae crise injlammation ,Ae raréfaction et Aéépais-^ sissenient du sau^ , A^ obstructions , ou d’embarras causés, par la constriction des vaisseaux , etc. Quel vaste champ pour faire éclater en faveur de l’opinion de M. Astruc (ou plutôt de l’opinion qu’il a adoptée), la théorie mécaniquel les principes de l’école françoise , les explications dont regorgent les livnes classiques J il faudra revenir dans la suite à tous ces faits de théorie , qu’un médecin trop austère appeloit jmerilia BoerJiaaviana. Contentons-nous de faire ici deux réflexions; la première regarde ce qu’avance Henckel au sujet des exises , de la nature qui se trouva en état de se débarrasser ; quoi! des crises dans les maladies métalliques! On oseroit avancer que la nature dirige et conduit aussi Ces maladies I Henckel ne savoit donc point ce qui a été remarqué ci-dessus « qu’il ne faut pas attendre patiemment que » la nature subjugue les maladies par ses propres forces; qu’il ne » faut pas s’amuser à exciter de prétendues crises; ipae sola re- » media sanant ; que satins est anceps experiri reine dium. quant » nullum ».' Notre seconde réflexion roule sur la conformité singulière qui se trouve , au f< ad , dans la manière de penser de M. Astruc et de Henckel. Ou sait d’ailleurs que Hoffman , M. Tronchin et M. De Haen sont entièrement décidés pour la méthode douce et calmante dans la colique de Poitou ; qu’ainsi ces cinq illustres médecins pensent à peu près comme le médecin italien de Paul d’Ægine, et comme don Heado , médecin espagnol.

4°. ‘‘ Nous agitâmes (dit Al. Combalusier , en parlant de M. Verdelhan , aujourd’hui un des médecins de l’iiopital de la Charité) ,

» nous agitâmes si nous donnerions le mochlique dans une co™ » iique métallique; mais toute réflexion faite , et surtout d’après » ce que M. Verdelhan avoit observé de ses effets , nous en redou- 3) tâmes la violence (3) Je savois d’ailleurs qu’à la Charité on ne

(i; Vojez ci-dessus l’ouverture des corps morts de la colique métallique.

(‘i) Précis des maladies des ouvriers aux mines, etc. Voyez la Pvritologie. A Paris, chez Hérissant , 1 760.

(^3) Observât, et réflex sur la coliquç de Poitou, page 7 t.

5i2 recherches

se servoit plus du mochlique , et qu’on lui avoit substitué le » tartre émétique, comme plus sûr et moins âcre (i) » : donc il suit qu’il y a des occasions dans lesquelles le mochlique est regardé comme trop violent et trop dcre par M. Verdelhan, qui se fonde sur ce qu’il a observé de ses effets. Suivant une thèse à laquelle le meme M. Verdelhan vient de présider à la Faculté de Paris « les » observations auxquelles on peut se fier sont celles qui sont certi- » fiées par plusieurs honnêtes gens qui savent la médecine , qui se » sont faites en divers pays sur divers tempéramens , qui appar- » tiennent, à peu de chose près, aux divers âges, et qui con- » viennent à tous les temps de l’année ». His jîdendum. (observationibus) qiiœ a pUiribus viris probis , in arte inedica peritis asseruntur , quœ in diversis regionibus observatœ y ad divers a pertinent temperamentay quœ q-d singulas spectanti^paucis mutatis') y vitœ periodos et omnibus congruunt anni tempestatibiis (2). On ne sait si , lorsqu’il s’y agit entre M. Verdelhan et M. Combalusier , de la violence du mochlique y et de ce que M. Verdelhan avoit observé de ses effets , M. Combalusier pensa , avant de s’en rapporter à Y observation dont on lui faisoit part, à la règle proposée dans la thèse concernant la légitimité des observations. Ce qu’il y a de certain , c’est que , d’après ce qu’on vient de remarquer à l’article précédent , M. Verdelhan auroit pu en appeler au médecin italien de Paul d’Ægine, àHoffman, à M. Tronchin , à M. De Haen , à M. Astruc , et peut-être à don Heado. Il pouvoit faire valoir la règle de la thèse sur les qualités requises dans les observations auxquelles on peut se fier • 1°. in diversis regionibus , tous ces médecins partisans de la méthode adoucissante , it par conséquent opposés , dans tous les cas de colique de Poitou , au mochlique y sont de différens pays ^ et, de plus, ils ont vécu en différens siècles (ce que la règle pour les observations auroitpeut-être pu exiger)^ 2*^. addiversa temperamentay ad singulas ( paucis mutatis ) vitœ periodos. Il y a à parier que les malades traités par les sept médecins qui se trouvent si bien d’accord, n’étoient pas de même âge , ni de même tempérament ^ il y avoit au moins la différence qu’exige le paucis mutatis ÿ 3°. omnibus anni tempe statibiis ; la seule différence des lieux habités par nos sept médecins , paroît rassurer sur cette condition exigée ;

pluribiis viris probis in arte medica peritis ; les sept médecins dont il est question , sont sans doute des plus savans : quant y leur probité y on doit être assuré que personne ne s’avisera jamais de la mettre en doute , ni de se faire leur accusateur.

Il suit de tout ce qu’on vient de remarquer , que l’usage des remèdes adoucissans , dans la colique de Poitou, paroît être appuyé sur des fondemens très-solides , et auxquels il semble qu’on ne puisse essayer de loucher qu’avec les égards et le respect dii aux médecins qui l’ont adopté , et notamment aux sept nommés

(1) Otserv. et réflex. snr la colique de Poitou , pag. 240.

(2) Jn in pulsu inæquali aut intermiitente purgnntia ?... 7 janvier con-

clus. affirin.

SUR LA COLIQUE DE POITOU. 5i3

ci-dessus, qui se prêtent des forces Tun à l’autre, et qui peuvent avoir bien des partisans dont on ignore encore la façon de penser. Comment l’approcher cette méthode de celle qui passe pour être en usage à l’hôpital de la Charité de Paris (i)?

La dissertation de M. Astruc excita beaucoup de fermentation dans l’École de Paris , surtout parmi les partisans du mochliquc de la Charité. On peut en juger par une thèse qui parut peu de temps après ^ c’est celle de M. Dubois, qui entre en lice , comme le vengeur d’une méthode dont M. Astruc sembloit avoir dédaigné de parler (2). Le style de cette thèse, la vivacité qui y règne, la sécurité que l’auteur montre, ses raisonnemens , sa théorie simple et facile à saisir, ses observations présentées sous un jour trèsfavorable ; tout cela fait un ensemble intéressant , et qui séduit même , d’autant plus , qu’on y voit le triomphe d’un traitement actif, décidé, prompt, appuyé par un grand nombre dç faits, consacré par la vénération qu’on a pour les ojiinions anciennes et nationales, que nul doute de la part de l’auteur n’obscurcit. Ce petit ouvrage , regardé par un auteur d’un grand mérite comme digne du siècle cVJuguste, par la beauté du stjle , et des jours les plus brillans de la médecine , par la profondeur de la doctrine (3) , est la principale ressourcé du mochlique. Il faut , pour en juger sans partialité et avec les connoissances nécessaires , diviser en deux parties l’examen qu’on en va faire : l’une regardera la théorie de M. Dubois, et l’autre sa pratique. Il faut encore s’accoutumer, clans le cours de .cet examen, à voir marcher la colique de Poitou et celle des potiers, à côté l’une de l’autre , jusqu’à ce qu’on soit parvenu au point de déterminer les différences essentielles de ces deux maladies, s’il est vrai qu’il y en ait en effet.

Le mésentère est, suivant M. Dubois, le principal siège de la colique , ou du moins la partie qui contient le plus des miasmes métalliques , qui sont la cause de cette maladie : il ne dit point que les autres parties du corps ne puissent en contenir aussi. In medio intestino , medicis me s enter io..... prœcipua est morbi sedes. L’opinion de ceux qui regardent le mésentère comme le siège de beaucoup de ‘maladies, a sa source dans les écrits des anciens, qui ont dit bien des choses sur le mésentère , ses usao-es celui de ses glandes et de ses vaisseaux. Fernel se plaint cependant , avec raison , de ce que les anciens , hors Galien et Avicenne qu’il cite (4), n’avoient pas parlé, avec l’exactitude convenable, des maladies du mésentère : il le regarde, veliiti totius corporis sen^^ tinam (5) , et comme le siège de presque toutes les maladies , même I des inconnues, latentium denique morborum (6). Bâillon dit en

(1) F" oyez le Journal de médecine du mois de janvier 1762,

(2) An colicis ftgulims ooenœ sectio ?... ConcXns. negat. ann.x’^Si; et réimpric mée en 1756 , sans aucun changement.

(3) Cours de chimie , par M. Baron, docteur-régent de la Faculté de médecine 1 de Paris, page 298.

(4) Voyez Galen. de loc. affect. Ub. 5 , etc. etc, et Avicen. lib. 3 , fen. 14

tract. 3, cap. it et 12. ’

(5 et 6) Fernel , Pathol, lib. v] , cap. vif

5i4 KECHERCHES

propres termes , que la cause de presque toutes les fièvres est dans le mésentère : Credo omnes febres ( sjmptom.aticas cjuasdam. excludo) causain habere in mesenterio inclusam (i). On sait que cette idée a pris beaucoup de faveur, depuis que Baglivi a dit quelque chose des fièvres qu’il nomme mésentériques (2) • il ne s’est pourtant pas plus étendu ni plus expliqué que Fernel et Baillou. Willis a aussi regardé le mésentère comme le siège principal de la colique {m.orbi sedes) (3); ainsi M. Dubois auroit pu s’aider de l’autorité de ces grands hommes et de quelques autres. Il montre tant de confiance en ses propres lumières , qu’il n’a besoin du secours de personne. Sa sécurité est une suite de la théorie qu’il a embrassée : il part toujours des idées qu’il a sur la structure des parties, sur la nature des miasmes qui causent la maladie , et sur la manière d’agir du remède qu’il propose. Voyons comment il prétend que le mésentère reçoit les particules métalliques , et que le mochlique les détruit ou les chasse.

Les exhalaisons des métaux ou leurs particules , qui sont d’autanl plus nuisibles , qu’elles sont plus petites et plus atténuées , dit M. Dubois , P articulœ quarum naiura tenuitate asperatur neduin mansuescat , sont entraînées dans le poumon , avec l’air que les ouvriers respirent, ou avalées avec la salive, lesalimfens et la boisson • on pourroit même avancer que ces particules sont absorbées par les pores de la peau : elles vont toutes aboutir au mésentère , qui est un viscère très-foible , très-mou et entièrement garni de glandes, de nerfs, de vaisseaux et de graisse : Mesenterium... glandularum , nervorum, , variorumque ductuum... congeries est , adipe ojfluens, et solo mollis simarum membranarum prœsidio mimita. Çuid ad alligandas eî retinendas metalli minutias magis idoneum. jingl aiit excogitari potest ? P articulœ , partim cum anima ducuntur spiritu (4) , partïm cum alimentis deglutiuntur — cum sanguine rolvuntuCy donec cb ventiim sit,, ubi propier motus iiiertiam mo-rentur... in mesenterio quàm apta qiiàm commoda najiciscuntur hospitia. C’est dans l’intérieur où l’entre-deux de ces membranes foibles et mollasses, que les particules des métaux vont se nicher après avoir parcouru les routes de la circulation ; c’est là le principal siège , le rendez-vous de la cause de la maladie , dont les effets se portent ailleurs par la sympathie des nerfs. Si on eût demandé à M. Dubois , pourquoi ces parcelles des métaux ne s’arrêtent pas précisément dans le tissu du poumon ? comment il peut «e faire qu’elles soient assez déliées pour entrer dans les veines lactées, et s’arrêter pourtant dans les glandes du mésentère, oit .les veines lactées ont au moins dix fois plus de diamètre que dans la cavité des intestins? pourquoi elles ne s’assemblent ou ne s’arrêtent point dans le cerveau , la rate , le foie , dans tout le tissu

(1) Ballon , de urîn. hiposL

(2) Prax. medic. lib. j, ff. j.

(3) De passione col ica.

(4) On voit bien que cette pénocle est modiis loquendl. Elle est tirée de Cicéron, de ISatnr. Dcor. ainsi que bien d entres de la thèse.

SÜR LA COLÎQUE DE POITOÎL SiB

ïnnqiieux ou .cellulaire du corps, plutôt que dans le mesentère , qui, quoi qu’on en puisse dire, a tout autant de consistance, et s’oppose à l’arrêt des humeurs , autant que ces autres parties? pourquoi des corpuscules qui ont pu pénétrer les pores de la peau, et le tissu du poumon ne peuvent pas passer aisément dans tous les vaisseaux du mésentère? Il auroit peut^-être eu recours à des explications auxquelles on avoit pensé avant lui, et qu’on a présentées depuis sous un nouveau jour. Il en sera question dans la suite. Il SLiffisoit sans doute à M, Dubois, que Fernel , Baillou , Daglivi , Willis eussent dit ou indiqué que le mésentère est une espèce de réservoir oii les humeurs s’accumulent fort aisément* et on peut, après tout, lui passer cette opinion , puisée dans de si bonnes sources; mais il faut convenir aussi qu’elle ne paroît pas avoir des fondemens plus solides que celle de M. Astruc , sur la moelle épinière, qu’on pourroit faire, usant de la même liberté que M. Dubois , le rendez-vous des corpuscules métalliques. Encore une fois , il est très-difficile d’imaginer et de faire croire aux autres que les parcelles des métaux, qui peuvent irriter le tissu du mésentère lorsqu’elles sont parvenues entre ces deux lames, n’aient point irrité les orifices des veines lactées , de manière à les froncer et à les fermer. Un auteur du premier rang a fait , sur cette matière , un aveu de conséquence pourvoi! école , dont il fait le principal ornement. Non tam. facilis ingressiis acrium in minima vasa , ac crediderunt multi (i). Cette remarque dérange en effet des systèmes fort commodes , fort amusans , et qui ont çté attaqués dans un ouvrage de nos jours (2). On dit que toutes ceS acrimonies , si bien trouvées , n’osent presque plus se montrer à Montpellier; elles y avoient pourtant pris des racines d’autant plus profondes , qu’elles y étoient nées avec la théorie des petits vaisseaux et des engorgemens de ces vaisseaux (3) , adoptée depuis dans V école de Van-Swieten.... Ces réflexions et celles qu’il seroit aisé d’y joindre , mèneroient fort loin M. Dubois et ceux qui soutiendroient son opinion. On seroit au moins toujours en droit de leur faire remarquer que si la mollesse qu’on suppose dans le mésentère semble favoriser l’amas des particules métalliques , cette même mollesse paroît aussi mettre le mésentère à l’abri de toute irritation. Sur quel fondement et par quelle sorte de prestige choisis^ sent-iîs pour le siège des plus vives douleurs, la partie du corps îa plus mollasse, la moins sensible en soi, tandis que, lorsqu’il est question d’autres douleurs de la même espèce , par exemple de celles de la goutte , ils ne manquent jamais de parler des par-^

I ties ligamenteuses , dures , tendues , rénitentes ; que l’humeur âcre 1 de la goutte déchire ; ce qui occasionne la vivacité de la douleur?

1 Si l’on a recours aux nerfs du mésentère , autant valoit-il s’occupei*

J des nerfs du nez, de la bouche, de la p'èau , de la poitrine , qui j ne souffrent ou ne paroissent rien souffrir de la présence des niolé«

1 (t) Vati-Swieteii , Comment, tom. i , pag\ 80.

, (2) Specimen novi medicinee conspectûsi

\ (3) Vieusseas , N09. syst. i.'ason

BiG ÏIECHERCHES

cules métalliques... Il j a là-dedans quelque chose dé plus caché ^ de plus difficile à débrouiller, que ne le pensoit M. Dubois. On en parlera ailleurs ; et Ton prendra aussi la liberté d’observer combien ce médecin^ est peu fondé à soutenir, sans hésiter, que les parcelles des métaux conservent leur nature métallique , lorsqu’elles ont passé dans les couloirs avec les humeurs.

Ces parcelles métalliques , ajqute M. Dubois , sont très-pesantes^ eu égard à leur volume ; cette pesanteur fatigue les parties voisines : Inest pro exigiiitate pondus ingens.... gravitaie fibrillis^ xbn inferunt. Il y a pourtant lieu de croire que les parties des métaux sont de meme poids que les humeurs , lorsqu’elles sont entraînées dans les vaisseaux : cette égalité de poids paroît être une suite nécessaire de la combinaison , sans laquelle les humeurs n’entraîneroient point les parties métalliques ; ainsi les couloirs n’ont pas plus à craindre de la pesanteur des parties métalliques , que de celle des humeurs qu’ils contiennent ordinairement. On sait qu’un médecin distingué (i) a fondé sur la diversité du poids spécifique des parties du sang une théorie des sécrétions , la plus ingénieuse que les méxdniciens aient produite , et qui a occasionné des expériences de détail fort curieuses ; cette opinion ne cadre point avec ce qu’on connoît de la sensibilité , de l’activité , des mouvemens gradués et spontanés, dont jouissent les organes sécrétoires qui se préparent pour leurs fonctions , qui se modifient de même que des êtres vivans ou des animalcules, qui choisissent , retiennent et admettent certaines humeurs , par une sorte de prédilection , par une manière d’instinct ou de goût comparable à celui de l’estomac (2). D’ailleurs, le travail des sécrétions , qui est tout organique de la part des vaisseaux , des viscères , des glandes et de leurs nerfs, a quelque chose de chimique ^ c’est-à-dire qu’il arrive dans les humeurs même, des changemens, des mélanges intestins, comme dans la fermentation et dans la pourriture des corps qui y sont sujets (3) : d’oii il suit , en se prêtant même à la théorie de Hamberger, que les particules des métaux, entraînées par les humeurs, c’est-à-dire, combinées avec elles, devroient, pour s’en séparer et séjourner dans l’organe où elles se sépareroient, trouver dans cet organe une disposition particulière, un rapport entre sa pesanteur spécifique et celle de ces mêmes particules métalliques. C’est ainsi que Hamberger a cherché à trouver un rapport de pesanteur entre les organes sécrétoires et les humeurs qui s’y séparent. Or, quel rapport y a-t-il entre le poids des glandes ou des vaisseaux du mésentère et celui des parcelles de métal, supposant toujours qu’elles conservent leur nature métallique? Rien,, en un mot, ne paroît pouvoir forcer les particules métalliques à s’arrêter dans le mésentère , si elles ont été eiitraî-

(1) Hamberger , Elément, physiol.

(2) Recberches anatomiques sur les glandes et leur action... Voyez aussi, à ce sujet , les ouvrages des Stahliens.

(3) Utrum ex unico systemat. legum deduci possint phœnotn, çacon. animal... Conclus, negat. Thèse de M. Roux... Paris , ann. 1760.

ïiées dans ses vaisseaLix avec les liumeLirs , m a graviter sur ses vaisseaux. Il farit que les partisans de M. Dubois imaginent quelque lieu plus propre que le mésentère, ad alligandas et retinendas metalli ininutias . Il semble qu’ils ne sont point en droit de dire : Quid magis idoneum fingi aut excogitari potest ?... Mais ces particules sont hérissées de j>ointes j elles sont comme des coins, comme des aiguilles. Nervi durioribus , rigidiorihus , aciitioribus angulis et ciispidibiis lancinantur... habiiimiis mille cimeos Jlecti indociles. ... intrusi siint aculei ; cela peut etre quoiqu’on ne puisse rien assurer sur la figure de ces particules , et encore moins fonder une théorie satisfaisante et supportable sur cette figure devinée , ou supposée à la pointe de l’imagination , si on peut

ainsi parler Il est à craindre que ces petits coins , si on ne les

ôte bientôt de leurs gaines ou de leurs niches, ne soient enfin enfermés de tous côtés , d’autant plus qu’ils sont entourés de petits rnarteaiix , qui ne cessent de les enfoncer de plus en plus : Fibrorinn ictibus tanqiiam ferientibus undique malleis j adacti cuneoli suas ita distendant producuntque vaginiilas ^ ut metus sit ne his tandem includantur penitusque recondantiir . Il a fallu nécessairement répéter cette phrase de M. Dubois pour bien prendre son sens. Comment a-t-il imaginé , non point ces petits marteaux , non point ces petites gaines , non point ces aiguilles et ces coins ^ tout cela se ressent de la physique du temps, et n’appartient pas plus à M. Dubois qu’au moindre des régens de philosophie du siècle dernier et du commencement du nôtre ; ce sont les lieux communs des écoles de Descartes et de Gassendi. Mais comment M. Dubois a-t-il pu avancer qu’il étoit à craindre que les petits coins métalliques , nichés dans le tissu du mésentère , ne parvinssent , si on les laissoit en place , à etre enfin enfermés de tous côtes , ne includantur penitusque recondantur ? Est-ce qu’ils ne sont pas déjà entourés de toutes parts, étant dans le tissu et dans les glandes du mésentère? On ne peut pas dire que M. Dubois parle ici des coins plantés dans les parois des intestins , et répondant , d’un côte , à la cavité de ces memes intestins 5 car premièrement il s’est expliqueformellement : il les veut dans le propre tissu du mésentère. D’ailleurs , un coin dont la base eut répondu à la cavité des intestins ^ n’auroit pas demandé de si prompts secours , que ceux que M. Dubois exige, parce que les petits marteaux , ou les fibres qui auroient entou-ré les côtés du coin et sa pointe , aurôient pu fort aisément chasser ce coin dans la cavité des intestins. Ilfalloit emporter cette maladie d’emblée , arracher sa cause du milieu du mésentère , faire briller un traitement actif et leste , s’il en fut jamais : Tarn facile , tam cito , œgrum ad sanitatemreduximus ! . . . gaudet , valet f surgit, sanaius est œgerl... totu curaito quatridui est.... non secure disseramus... Parlons d? aiguilles et de coins, de gaines et de marteaux. Quelle théorie pour servir de fondement à la pratique ou même d’explication à des faits de pratique observés !

L’éloge que fait M. Baron de la thèse de M. Dubois 7 en la disant

5'i8 RECHERCHES

digjie du siecle d’Auguste , rappelle ici naturellement un mecîe-cin fameux , qui vivoit peu de temps avant cet empereur. C’est Asclëpiade , très-beau parleur, suivant Cicéron , et qui , au rapport de Pline (i) , changea la face de la médecine, et la rendit conjecturale, en la réduisant à la r"echerche des causes des maladies. Asclépiade prétendoit, entre autres choses, qu’il falloit guérir les malades, tuto , celeriter et jucundh. M. Dubois écrit avec élégance et avec beaucoup de légèreté : il se fait lire avec plaisir; il montre d’ailleurs le meme courage, il a le meme projet, et il fait les memes promesses qu’ Asclépiade : Tarn facile , tam. cito , œgriim

ad samtatem reduximus gaudet , valet y surgit œger ^ ce qui

confirme le jugement de M. Baron. Il y a plus : on trouve un rapport bien singulier, entre la théorie d’ Asclépiade et celle de M. Dubois, On vient de lire son histoire des particules métalli-> qiies, des coins, des aiguilles, des gaines, des pointes et des mar-^ te aux. Asclépiade prétendoit que les maladies , surtout celles de douleur (telle sans doute que la colique) , provenoient de l’embarras Ae?>petits corps on atomes retenus dans leurs pores, parleurs figures irrégulières ou autrement* cette rétention des petits corps dans îes pores, formoit des stases, c’est-à-dire , suivant Cassius , cité et traduit par Le Clerc, un amas qui se fait dans les pores, et qui les bouche comme si on j mettoit un coin (2) : voilà les coins de M. Dubois; toutes ses autres machines se trouveroient aisément dans la secte coiyusculaire de médecine et de physique , qui dafe depuis Démocrite et Epicure. Boyle a mis au jour une Dissertation (3) qui vient ici fort à propos; elle a pour titre : Expérimenta circa corrosioitatis et corrosihilitatis originemif). On y trouve i’histoire de la grosseur, de la dureté et de la figure des parties corrosives : on n’y oublie pas leur agilité ; enfin , on y peint ces parties entrant dans les pores du corps à corroder, et y entrant par les coups redoublés de la matière subtile , de manière qu’ils brisent le corps dans lequel ils entrent comme des coins poussés

avec force : A transcurrente subiili materie, intromissa cor~>

puscula , lot veluti eiinei intrb adacti , partes inter quas sese insinuaruit divellant : voilà presque les propres termes de M. Dubois; ses idées sont d’ailleurs intimement liées à celles des auteurs qui ont figuré les parties du sang et des liqueurs^ les pointes des acides et les trous ou les gaines des alkalis. Ne reste-t-il pas encore des traces de ces systèmes, enfans de l’imagination , dans nos histoires des acrimonies des humeurs, surtout de cette singulière acrimonie mécanique , qui est l’effet de la contusion ou de l’éclat des globules du sang, et qui a trouvé place dans la liste si rebattue des acrimonies adoptées par Boerhaave ? Laissons donc M. Dubois faire jouer à volonté ses coins et ses aiguille.s ^ mais convenons aussi qu’on pourroit reprocher à ce système de n’avoir l’air que

(i) H. N. /. xxvj, caf- 3. Voyez Le Clerc, Hist. d© la méd, 2 p. liv. xis , cîiap. ly.

(a) Id. ibid.

(3) Boyle Opem>

(4) icL ibid.

tVun jeu d’esprit : monnoie dont (si on s’en rapporte à la satire de Le Clerc) Asclépiade pajoit le monde , et que Von prend aujourd’hui pour bonne aussi-bien qu on la prenait autrefois (i).

Les particules des métaux ayant pénétré le tissu du mesentère , doivent en être chassées , sans quoi il n’y a point de guérison à attendre : Salutis nulla spes , nisi refxa spicula fuerint et foras * amandata. Or, voici comment il faut que cela se fasse, et comment cela se pratique en effet. On arrache les particules métalliques , on les déloge et on les chasse , comme on ôte la poussière d’une étoffe de laine : il faut l’étendre et la tenir bien tendue entre deux points fixes , la battre, la secouer vivement, et la poussière s’envole ) c’est ainsi que la 230udre métallique est chassée du tissu du mésentère : cette comparaison dissipe toute sorte de doutes à cet égard. L,uculentiori comparatione omnem discutiamus cahginem, Quomodo pulvis excutitur ex laneo panno 2 Hic si libéré ac soluté ita suspensus sit , ut sinus ejus undantes , Jiiic illue flecti possint ^ baccillis frustrà fériés , vix quid exiliet. Panniis expandaturffbulisqiie aut manibus contineatur oppositis ^ taliiriim. inflige , continub pulvis multus erumpet , specie referens nubeculas aut fumi volinnina ^ simili prorsus modo à vellicatis atque irritatis fbris , metallicus puhis excuti debet. On ne sauroit être trop exact, dans l’exposition d’une pareille opinion , à rapporter fidèlement les propres termes de l’auteur. On a peine à concevoir qu’une théorie aussi extraordinaire , qu’une comparaison de cette espèce aient pu trouver place dans une thèse. La diffél'ence qu’il y a d’une étoffe de laine (et sans doute de toute autre espèce d’étoffe) au mésentère, de la poussière qui est contenue dans cette étoffe , aux particules métalliques contenues dans le tissu du mésentère, et enfin de la manière dont on secoue et on bat l’étoffe pour la nettoyer, avec celle dont on peut secouer le mésentère , cette différence saute aux yeux ^ on n’a pas même besoin de l’indiquer aux moins clairvoyans. Au reste , ces secousses prétendues nécessaires pour chasser la poussière métallique , se ressentent encore un peu de la doctrine d’Asclépiade^ grand partisan de la gestation et des frictions. Il conseilloit l’exercice et des frictions même dans les maladies, et après que les malades avoient mangé ^ le tout , ainsi que l’observe Le Clerc (2) , dans la vue de faire passer les petits corps qui causent les maladies par leur séjour y ou bien, en s’exprimant comme M. Dubois, dans la vue d’arracher et d’expulser les petits coins : Nisi refxa spicula fue-^ rint et foràs amandata.

Ce nouveau trait de ressemblance entre deux médecins qui ont vécu à dix-huit siècles l’un de l’autre , fournit une occasion favo-* rable pour réconcilier en quelques points Asclépiade avec les modernes. On l’attaque de toutes parts, sans faire attention que les réflexions qu’on se permet sur sa doctrine , conviennent également à la plupart des théories modernes : Mutato domine de te fabula

(1) Le Clerc, Ubi sup.

(2) Id. ibid.

narratur. Un auteur de notre temps très-connu , très-digne de sa réputation, et dont les œuvres marquées au bon coin ne respirent que le plus pur esprit d’Hippocrate , apprend à ses lecteurs, qu’z7

a la plus haute admiration pour les ouvrages de Bo^rhaave.

qui y entre tous les modernes , est le génie qui ait fait un usage plus Mile de la phj'sique moderne , combinée avec les observations des anciens (i). Le même auteur parle ainsi d’Asclépiade : Ce médecin qui , sans avoir ni la science d’un grand médecin , ni la conduite d’un homme estimable , a joui à Rome, dans un siècle éclairé , d’une réputation que la nouveauté des dogmes et l’ enthousiasme du vulgaire et des grands a quelquefois procurée à des sujets aussi peu estimables que lui (f). Il semble cependant qu’il est possible de faire d’Asclépiade et de Boerliaave un parallèle assez frappant, surtout pour ceux qui sont bien sincèrement attachés aux dogmes d’Hippocrate , et qui doivent peut-être placer dans la même classe le médecin romain et le médecin hollandais . Jetons ici quelques matériaux de ce parallèle , qui , manié comme le sujet le comporteroit , pourroit être de quelque utilité : i°. Asclépiade commença par enseigner la rhétorique : il n’emploja pas ses premières veilles à l’étude de la médecine , à laquelle il pensa un j)eu tard; il n’eut point de maître connu pour cette science. Boerhaave commença par enseigner les mathématiques : il s’appliqua beaucoup à la théologie à laquelle il se destinoit; il entreprit de pénétrer les secrets de la médecine sans le secours d’aucun professeur. 2°. Asclépiade réforma la médecine à Rome , oii elle étoit tombée en discrédit depuis Archagatus^ il prit le contre-pied de son prédécesseur, et traita les malades beaucoup plus doucement que lui. Boerhaave réforma la médecine à Leyde , où il eut k combattre la secte de Sylvius-Deleboé son prédécesseur : cette secte tenoit beaucoup de l’esprit impérieux de Paracelse et de Van- Helmont ’ elle assujettissoit les malades à une méthode artificielle, aussi dure , à proportion , que celle d’Archagatus. 3®. Asclépiade se fit bien vouloir à Rome , en déclarant qu’il n’y avoit rien de cruel ni d’effrayant dans sa méthode : il étoit très-attentif à employer les remèdes les plus doux • il donnoit la préférence aux rafraîchissans ÿ il se moquoit de la magie alors fort en vogue. Boerhaave , dès qu’il fut reçu professeur, se proposa de rendre à la médecine cette aimable simplicité qui paroît dans tous les ouvrages de la nature. Il conçut le projet de la délivrer du fardeau inutile des remèdes chauds et violens , dont on l’avoit chargée avant lui : il travailla à réformer la chimie, qui étoit la magie à la mode.

Asclépiade tira beaucoup d’avantages de la bienveillance dont un grand roi (Mithridate) l’honoroit : il fut l’ami de Cicéron ( ou de Crassus l’orateur), qui, sans doute, lui donna beaucoup de vogue , et qui faisoit grand cas de son éloquence. Boerhaave fut honoré d’une visite par le czar Pierre-le-Grand , et reçut des marques d’estime*des plus grands princes. Un illustre magistrat (Jean Yan^

(i) Essai sur l’usage des alimens , t. ii, Préface, page

(s) 3id. page 36o.

SUR LA COLIQUE DE POITOU. Su

<len-Berg) lui accorda son amitié, s’intéressa à sa fortune, le fit : charger de rexamen des manuscrits d’Isaac Vossius. 5^. Asclépiade : disoit qu’un médecin est bien chétif, qui n’a pas deux ou trois : compositions toutes prêtes , et dont il a fait l’expérience pour toute i sorte de maladies j il n’aimoit pas à donner des purgatifs , et ne ! haïssoit pas la saignée ; il employait beaucoup les frictions , et il : faisait user du vin dans quelques maladies ^ ce qui paroissoit assez singulier. Boerhaave avoit une liste , une chaîne de formules : usuelles pour les maladies prises suivant sa manière de les consi- I dérer ; il purgeoit en général peu , et ne laissoitpas d’avoir recours j à la saignée^ il faisoit grand cas des frictions : il avoit plusieurs i recettes de pommades et autres compositions au vin , sur l’usage desquelles on a varié. 6°. Asclépiade jouit de la plus grande réputation pendant sa longue vie^ et après sa mort, il étoit regardé comme le premier des médecins après Hippocrate ; on lui érigea ! une statue ou un buste de marbre , pareil à ceux qu’on faisoit pour I les dieux ; l’étendue de l’empire romain ne contribua pas peu à ] faire voler sa réputation dans tout le monde connu. Boerhaave a j été célébré dans les quatre parties du monde : la ville de Leyde I donna des signes publics de joie dans la convalescence d’une maladie I qu’essuya ce médecin • on assure qu’il reçut un jour, du fond de i l’Asie, une lettre dont la suscription étoit , à M. BoerJiaaue y mt- ! decin, en Europe ^ le commerce des Hollandois et leur attention à : tirer parti de toute sorte de denrées, servit beaucoup à réjiandre i sa gloire et à publier ses cures. . Asclépiade se trouva dans une circonstance des plus rares et des plus brillantes où puisse se trouver un médecin : il guérit une personne dont on alloi’t faire les funérailles ; il soutint et prouva que cet homme n’étoit pas mort : ce dont les héritiers parurent fort mécontens. Il connut si bien sa propre constitution et la bonté de son tempérament, qu’il osa gager qu’il ne seroit jamais malade : il gagna la gageure ) car il mourut d’une chute , dans une grande vieillesse. Boerhaave s’acquit beaucoup d’honneur par la découverte d’une maladie qui n’avoit jamais été connue ni décrite par aucun médecin. Asclépiade parut ressusciter son mort. Boerhaave ne guérit pas sa maladie sans exemple ; mais il traça , par la relation qu’il en fit , uii modèle pour le. bien commun des médecins et de la médecine, non moins destinée à bien distinguer les maladies mortelles d’avec celles qui ne le sont point, qu’a guérir celles qui peuvent l’être. Boerhaave eut le talent de contenter tout le monde dans cette occasion délicate. Il ne se trompa point sur les avant-coureurs de sa dernière maladie : il prévit et annonça sa propre mort à un de ses amis. B*’. Asclépiade eut l’avantage d’être célébré par Celse , instituteur de la médecine romaine ou latine. M. Sénac a publié I en françois une espèce de commentaire des OEuvres de Boerhaave qui a servi beaucoup à l’illustration de la médecine française , et à la réputation de Boerhaave même. g*’. Asclépiade eut plusieurs disciples qui furent les premiers médecins de leur siècle , un Thémison , un Cassius, un Métrodore : quelques historiens mettent de cc nombre le médecin qui, le jour de la bataille de Philippes,

traiîoit Auguste qu’on porta sur le champ de bataille , tout malade qu’il étoit. Boerliaave eut entre autres disciples célèbres un Van- Swieten , un Haller, un Troncliin : quelques-uns mettent de ce nombre le médecin qui , le jour de la bataille de Fontenoi , traitoit Maurice de Saxe qu’on porta sur le champ de bataille , tout malade qu’il étoit. io°. Asclépiade fut taxé d’avoir des opinions philosophiques , perverses et ridicules sur le bien et le mal moral : il badinoit sur la médecine ancienne , qu’il appeloit (sans doute pour en dire un bon mot , c[ui lui a été souvent reproché ) une médi-talion sur la mort. Il profitoit des lumières des écoles de Cos et autres, dont il sembloit ne pas faire grand cas j il ne disoit pas grand’chose d’un de ses prédécesseurs nommé Cléophante , auquel il auroit du bien des éloges. Galien , toujours fort occupé des défauts de ceux qui ne pensoientpas comme lui , exerça sa mauvaise humeur contre Asclépiade ) mais Galien fut plus modéré ou plus concis sur ce point que Cœlius Aurélianus. Eoerhaave fut accusé de spino^ sisme y de pyrrhonisme. Il aimoit beaucoup à badiner ; il faisoit sur des maladies des aphorismes qu’il se plaisoit (sans doute pour arrondir ses périodes ) à finir par le mot mors, après avoir répété la liste de tous lés accidens dangereux ^ chose peu nécessaire , suivant la remarque de AI. Lieutaud (i). Boerhaave faisoit son profit des découvertes ou des opinions nées à Alontpellier et dans d’autres écoles , qu’il citoit très-peu : il affecta toujours un silence marqué au sujet de Stahl , qui le valoit bien du côté du génie. Andala écrivit contre Boerhaave , avec entêtement , avec prévention. Jamais don Quichotte ( ce sont les expressions des historiens de Boerhaave) ne soutint plus vivement la beauté de sa Dulcinée, que cet Andala (qui ne vouloit pas qu’on le soupçonnât de com-» battre pour sa propre gloire) soutint ses idées contre celles de Boerhaave ; mais Andala fut bien plus modéré que celui qui , ayant couché sur ses tablettes des choses concernant Boerhaave , alla , se répandant dans tous les cercles de Leyde , l’accuser et le rendre suspect. 1 1°. Asclépiade fut , de tous les médecins grecs , celui qui connut le mieux les principes de Démocrite et d’Èpicure : il leur donna même quelque nouvelle tournure 5 il fit l’application de cette philosophie à la médecine , qu’il illustra ou à laquelle il donna au moins quelque chose de plus brillant aux yeux des physiciens , chez qui elle étoit regardée comme un art muet et de simple imitation. Boerhaave eut souvent occasion de discuter les systèmes de Descartes et de Newton. Il s’occupa principalement de l’application de la mécanique aux lois de l’économie animale : il ne contribua pas peu à rendre la médecine du goiit des académiciens modernes et des physiciens , qui se conduisent principalement par l’experience faite au poids, au compas, soumise au calcul. 12°. Asclépiade osa se flatter d’assujettir les lois de l’écbnomie animale à celles de la physique corpusculaire. Il s’occupa principalement des causes des maladies , et se crut assuré de remédier à tous les déraugemens dont il connoîtroit l’existence et la rùanière d’être} ses

(i) Précis de Méd. întroduct.

grands et ses petits corps, ses grands et ses petits pores faisoient tout dans le corps vivant ^ la vie et la santé dépendoient de Taccord des petits corps avec leurs pores , et des efforts gradués et réciproques qui en résultoient^ les maladies n’étoient que le dérangement de la marche des petits corps plus ou moins retenus et égarés dans les divers jDores. Boerhaave suivoit toujours pour guide , dans l’explication des phénomènes et des causes de la vie, les lois de l’hydraulique et de la statique : il ramenoit à ces lois les causes de la santé et de la maladie^ il s’occupoit dans les maladies à en rechercher les causes autant que les phénomènes ^ il considéroit le corps humain comme une machine composée d’un nombre infini de vaisseaux de différens ordres , remplis chacun d’une liqueur proportionnée* la santé dépendoit de l’équilibration qui résulte des efforts gradués des liqueurs sur les solides, et réciproquement ; cette harmonie se derangeoit dans les maladies , et ce dérangement provenoit principalement de la déviation des liqueurs dans des vaisseaux qui ne leur étoient point destinés. i3®. Asclépiade , entrant dans le détail des maladies particulières , auxquelles il fàisoit l’application de ses principes généraux, disoit, par exemple, surMes fièvres , que les quotidiennes sont causées par la rétention des plus grands de tous les petits, cor|)s ; les tierces , j^ar le séjour des corpuscules plus petits que les premiers; et les quartes, par l’arrêt des plus petits de tous les corjis , qui avoient plus de peine à se dégager que tous les autres. Tl y avoit des maladies, telles que 1 hydropisie , causées par le relâchement ou la trop grande ouverture des pores; d’autres, telles que la pleurésie, par le séjour ou î incunéation des petits corps. Boerhaave insistoit beaucoup sur les séries aes vaisseaux et leurs diverses espèces ou leurs calibres , proportionnés à la quantité des globules qui composent les liqueurs contenues; 1 obstruction , l’embarras, l’arrêt des humeurs dans les vaisseaux divers , faisoient les diverses maladies longues , aiguës , inliammatoires ou sereiises. Il entroit dans le plus grand détail sur les acrimonies des humeurs ou sur leurs diverses tournures , épaississement ou dissolution , douceur ou âcreté , rondeur ou autre figure. Il attribuoit la fièvre à l’augmentation du cours du fluide nerveux du cervelet dans les muscles , et à l’augmentation du mouvement du sang dans* les vaisseaux et dans le coeur. Il avoit porté le scrupule et l’attention jusqu’à l’examen de cette espèce de péripneumonie , qu’il disoit être la suite de l’engorgement des petites arteres bronchiales : il avoit suivi le detail des inflammations, jusqu’à celle de la pie-mère et à celle des quatre muscles ptérigostaphilins du voile du palais ; il évaluoit ou calculoit la débilite des fibres par 1 adunation et l’adhesion des matériaux des fibies qui étoient si légères, qu’elles ne resistoient point aux mou— vemens qui sont l’effet de la santé ; il faisoit une maladie de cette débilité : il suivoit les humeurs âcres voyageant dans le sang, et allant picoter les fibres du cerveau; il pensoit que la cause prochaine des fièvres intermittentes pouvoit être la viscidité du fluide pciveux du cerveau et du cervelet, destiné pour le cœur (i)= Il (ï) Boeihaave , cjui paxic ainsi dans ses Aptiorisnies ^ prétend , dans ses Instè

prétendoit que les fièvres intermittentes font beaucoup d’impression sur les viscères , en arrêtant , en obstruant , en coagulant , en poussant, en résolvant, en atténuant. i4°- Asclépiade n’avoit point de confiance aux jours critiques des anciens. Il prétendoit qu’un médecin devoit diriger et décider la nature de laquelle il n’y avoit pas à attendre plus de bien que de mal : il blâmoit l’inaction , Vexpec^ tation d’Hippocrate et de ses sectateurs dans les maladies 3 mais lorsqu’il s’agissoit d’en venir à l’application des remèdes , il étoit obligé de modérer ses prétentions : il avoit recours à des remèdes doux, qui ne pouvoient déranger la nature. Il composa des ouvrages , dont on n’a que des lambeaux qui furent conservés par ses disciples et ses commentateurs. Boerliaave faisoit grand cas d’Hippocrate. La pratique de la médecine le fortifia dans ce goût , qu’il ii’avoit d’abord pris que par la lecture. Il ne laissoit pas , en certains cas , de heurter la nature de front , par exemple , lorsqu’il faisoit saigner par plusieurs veines à la fois, à la gorge, au front et au pied en même temps , ou bien , lorsqu’il se proposoit d’évacuer brusquement une grande quantité de sang par la saignée , et d’envoyer, par la boisson , une colonne considérable d’eau dans les vaisseaux sanguins. Il étoit surtout forcé d’agir promptement et vigoureusement dans les maladies des humeurs qui, par leurs mouvemens intestins, tendoient à des mauvaises tournures. Il a laissé d’excellens ouvrages qui ont acquis beaucoup de relief, et qui sont devenus plus utiles et plus durables par les soins des savans commentateurs, qui, à propos de ces ouvrages , ont publié leurs découvertes et leurs opinions.

On ne peut ici pousser plus loin le parallèle des deux réformateurs ) ce qui vient d’être remarqué suffit pour faire voir qu’ils méritent l’un et l’autre d’être mis au rang des hommes, des médecins, des philosophes de la première classe. On voit aussi, par ce qui a fait la réputation d’ Asclépiade et de Boerliaave, ce que peuvent, à cet égard, le génie , le savoir, l’éducation , les amis et les ennemis , la conduite , les mœurs , le lieu , les temps , les révolutions des sciences et des états, le hasard. Les diverses circonstances oii se trouve un médecin, et auxquelles il ne peut souvent rien , font de lui un homme célèbre ou un inconnu; le génie seul fait le grand homme , l’homme rare. Si l’on est forcé de donner la préférence à Boerliaave sur Asclépiade , celui-ci y gagne toujours beaucoup, en paroissant digne de quelque considération, de la part des modernes; ils ne peuvent, après tout, la lui refuser. Ct^mme lui , la plupart d’entre eux se sont principalement occupés deis causes des maladies : ils ont cherché à assujettir le corps humain aux lois de la physique corpusculaire , à tirer leurs indications de la connoissance des causes qui font la santé et les maladies : ils ont refusé d’ajouter foi aux observations et aux lois des anciens : ils ont voulu et ils se sont vantés de pouvoir maîtriser la nature.

tûtes , que le fluide nerveux ou les esprits ne peuvent être composes que de globules très-solides, très-fluides , très-mobiles , fort peu éloignés de la nature de l’eau ; ainsi cette eau , un peu troublée ou épaissie , si elle peut fètre , est une des causes des fièvres iuterrailteates.

SUR LA COLIQUE DE POITOU. ' SsS

^ Asclepiade doit elre regardé comme un des principaux partisans ! de leurs opinions. Il n’y a pas bien loin de ses idées , de sa secte, J à celle de Chirac. Cette secte , qui date peut-être du temps d’Éra- I sistrate , presque contemporain d’Hippocrate , en se parant de . toute son ancienneté , n’en devient que plus respectable. M. Dubois ‘ et ses partisans doivent au moins convenir des rajiports de leur ; théorie avec celle d’Asclépiade. Ils n’ont pas autant de droit de » gronder contre ce réformateur, que ceux qui sont intimement,

I î eellement et dans la pratique , attaches a la medecine Jiippocrci— i tique , pure et simjile.

Revenons à l’ouvrage de M. Dubois. Il n’est pas possible de contif nuer l’etude de la théorie qui en fait le fondement , qu’on n’ait exa— î miné comment et jusqu’à quel point les ouvriers sont exposés i aux poisons métalliques , et quels sont ces ouvriers. M. Dubois ! en a dit quelque chose. Il a surtout insisté sur les ouvriers en ■ cuivre de Ville-Dieu-lez-Toëles , bourg de la basse Normandie. Il ' etoit né en cette province fertile en grands hommes , au nombre I desquels elle le met sans doute. Il est juste de le suivre dans : ce qu’il en a dit. La lettre suivante , qui est de M. Robert, doc- ) teur-regent de la faculté de Pans, et natif de la même province ,

( pourra servir de guide dans cet objet.

« vous m’avez demandé mon avis. Monsieur, sur l’article de ^ la thèse de M. Dubois, où il fait mention des habitans de Ville- I Dieu-lez— Poeles , bourg de la Normandie , sur lesquels il s’explique sinsi • Re ^iicint ibi Inclus coiivniums publi eus dolov y squcilop ' unwersus, habitus corporis macie civica torridus ; ibi 'vultus et capilli œra crinita m.etiuntur ; ibi vertigo , cœ<^itas , surditas , omnium sensuum hebetudo , colli , spinæ y arltiumque distor^ i siones y totiiis corporis tremor et im,becillitas y juvenem y ado- T lescentem , puerum quemque immatiiro senio conjiciunt ,* vix . ut ulla discernatur œtas, Quid causœ est? Metallica de cœlo t ducitur anima y sedatur stanneo potu sitisj c&reo pane vivitur g i mzrwT??- lociim eum incoliint ccrarii mille pj'racmones ^ qui ifabricœ suæ veneno J ovem , Cererem et Bacchum indesinenter I injîciunt. C’est d’après cette description poétique que M. Comi balusier a dit avec le même feu, et touché , ainsi que M. Du- I bois , des misères des habitans' de Ville-Dieu-lez-Poëles : Le spec- 1 tacle effrayant qu offre le bourg de Ville-Dieu-lez-Poëles , est ï une preuve frappante {que le cuivre peut être volatilisé et'suspendu dans V atmosphère y au grand détriment de ceux qui Vha- I bitené). Une calamite publique et un deuil commun y régnent \ perpétuellement y on nf voit que des corps hideux et en coriruption; leurs visages et leurs cheveux ressemblent à ceux des \ statues d’airain^ le vertige y la surdité, V aveuglement y Venlgourdissem.ent de tous les sens, les distorsions du cou y de ^ V épine et des membres , le tremblement et une faiblesse ’unii verselle attaquent indistinctement tout le monde y et semblent y confondre tous les âges, (^uel est donc le principe de ce désastre? la nature métallique de l air qu on y respire et des ali— mens dont on s y nourrit. Ce lieu infortuné est habité par un

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millier de chaudronniers qui ne cessent d'infecter V air , le pain et la boisson du venin qu’ils forgent eux-mêmes... Une vapeur épaisse et cuivreuse s’élève de toutes paris , et répand au loin les maux et la désolation — J’ai empî'unié cette description imitée de T'^irgile , de la belle thèse de M. Dubois (i).

« Pour juger des faits qu’avance M. Dubois, je vous envoie, ï®. une. lettre de M. Gilbert, habitant notable de Ville-Dieu-lez- Pocles. Vous verruz dans cette lettre qu’on se plaint des imputations faites aux habitans de ce bourg, que ces habitans vivent à peu près aussi long-temps que ceux des environs et des autres pays j qu’ils sont grands comme le commun des hommes , et peut-être plus forts et plus robustes..,. En gênerai, assez bien bâtis.... Qu’il y a de très-beaux hommes et de très-belles et trèsjolies femmes — Que s’il s’en trouve quelques-uns de contrefaits, ce sont des accidens : ils ne sont j^as plus maigres que d’autres.... ils paroîtront basanés et laids à qui ne les verra que dans leurs

ateliers , comme tous les forgerons Que ceux qui sont jaloux

d’être propres , ont le teint aussi frais que les perruquiers de Paris% — Qu’ils n’ont aucune tache de vert sur le visage ni le reste

du corps Qu’on voit des cheveux verts , c’est-à-dire , d’un beau

vert pâle et clair j mais toutes sortes de cheveux ne sont pas sujets à cette teinture ; les cheveux noirs en sont absolument exempts : les blonds prennent le plus beau vert , et la propreté prévient cet inconvénient Quant aux femmes , leur coiffure met leurs cheveux à l’abri de la teinture Qu’ils sont sujets à la surdité , à

cause du bruit continuel des marteaux : ils ne sont pas vraiment

sourds; ils on t^^^euleinent l’ouïe un peu endurcie Qu’on n’a

jamais ouï dire qu’aucun fut sujet aux vertiges..... Que l’abus de la boisson , surtout l’eau-de-vie , dont la plupart font un usage extraordinaire , leur occasionne des tremblemens , puisque ceux qui ne font point usage d’eau-de-vie sont exempts de ces accidens , même parmi les ouvriers Que les femmes qui travaillent

au métier , et en font la partie la plus sale et en apparence la plus

dangereuse , ne sont point sujettes à cette insensibilité .Que

quelques anciens disent qu’autrefois on y avoit souffert beaucoup des coliques; mais aujourd’hui on n’y en voit plus. Une preuve que l’air qu’on respire à Ville-Dieu-lez-Poëles n’est pas malsain , c’est que tous les étrangers qui y séjournent et même s’y établissent, n’y éprouvent aucune infirmité. On le voit tous les jours par les troupes qui y sont en quartier : jamais aucun de ces corps n’a eu à se plaindre du mauvais effet de cet air : il en est de même des employés dans les aides et les gabelles, qui habitent ce bourg quinze et vingt ans. Plusieurs soldats ont obtenu leur congé pour s’y établir : aucun n’y a été exposé aux mauvais effets qu’on attribue à la manufacture Que le cuivre qu’il faut fondre , ne

l’est point à Ville-Dieu, mais bien dans des moulins, au nombre de quatre ou 'cinq , à une lieue de distance de ce bourg. Ceux qui habitent ces moulins, comme les ouvriers qui les font valoir, se

(i) Observations et réflexions sur la colique île Poitou ou des peintres, p ir;*

portent très-bien. Il y a aussi des fondeurs à Ville-Dieu. Ceux (ju;^ travaillent à la font.e ou qui la préparent , comme les femmes I qui font la partie la plus sale du métier , jouissent d’une santé j parfaite : ceu^t qui fondent des cloches, des canons, des rnar- 1 mites , quoique continuellement exposés à l’effet de la fonte, ne i sont sujets à aucun accident, et meme n’ont aucune apparence de ! surdité, preuve que le bruit seul des marteaux l’occasionne.

» 2°. Un extrait en forme des registres des sépultures de Notrei Dame de Ville-Dieu. M. Gilbert s’est fait délivrer cet extrait de : différentes années, prises sans aucun choix ; il l’a vérifié lui-même

: sur les registres et il l’a fait signer de M. Hiiart , .vicaire du

1 lieu : cet extrait fait connoître la vérité de ce qu’il avance sur la

I lo ngueur des jours de ses compatriotes Il comprend les an-

' nées 1715 , 1722 , 1732 , 1749, 1757 , 1758, 1759 , 1760 , 1761.

: On trouve , pour l’année 1715, trois morts , âgés , ï’un de soixante- : dix-sept ans , l’autre de soixante-douze , et le troisième de soixante- : quinze; pour l’année 1722 , trois morts , âgés, l’im de soixantei seize ans, l’autre de quatre-vingt-deux, et le troisième de quatre- , vingt; pour l’année 1782, trois morts, âgés, l’un de soixantequinze ans, l’autre de soixante-dix-huit , et le troisième de quatrevingts; pour l’année 1749, I^^^tre morts , âgés , l’un de quatrevingt-deux ans , l’autre de. soixante-dix-sept , le troisième de ] quatre-vingt-dix, et le quatrième (qui étoit une femme) de cent , ans; pour l’année 17^7, deux morts (femmes aussi), l’un de j quatre-vingt-onze ans, l’autre de quatre-yingt-six ; pour l’année 1758, quatre morts, l’un (homme) âgé "de quatre-vingtdouze ans , Fautre de quatre-vingt-deux , le troisième de quatrevingt-sept , et le quatrième de quatre-vingt-six ; pour l’année 1759, cinq morts, l’un de quatre-vingt, l’autre de soixante-dixi huit, le troisième de soixante-dix-huit, le quatrième de quatrevingt, et le cinquième de quatre-vingt-dix; pour l’année 1760, trois morts, l’un âgé de soixante-dix-huit ans, l’autre de soixantei dix-neuf, le troisième (homme) de quatre-vingt douze; pour l’ani née 1761 , huit morts, l’un âgé de soixante-dix-sept ans , l’autre ! de soixante-seiïe , le troisième de soixante-quatorze, le quatrième ! de soixante-dix-sept , le cinquième de soixante-quinze , le sixième ' de soixante-quinze, le septième de soixante-dix-sept, le huitième

de soixante-cinq M. Gilbert observe dans sa lettre, qu’il meurt

I à Ville-Dieu-lez-Poëles, comme sans doute partout ailleurs, beau- : coup cPenfans au-dessous de l’âge de dix ans; peut-être même ! en meurt-il plus que dans d’autres pays , vu la fécondité extraor- I dinaire des habitans , et surtout des ouvriers, dont la plupart ! attendent à peine l’âge de puberté pour se marier M. Gil-

bert annonce que, s’il le faut, il vérifiera au juste tout ce qui i peut regarder le nombre des nouveau-nés eu égard au nombre des morts par chaque année , et les causes’^ de la mort de beaucoup cl’enfans , dont la principale, à son avis , est la misère des ouvriers.

» Une lettre de M. Obelin , habitant considérable de Ville- Dieu-lez-Poëles , qui se récrie sur ce que , en pariant des habi-

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tans de ce bourg, on sacrifie la vérité, on la traliit , sans songer

au démenti qui doit en être le prix 11 dit que ce bourg, tout

affreux qu’on a voulu le peindre, ne laisse pas d’avoir ses agrémens. Il nous apprend qu’il existoit dès l’année ii32 , qu’avant i3oo il J avoit des poesliers , a présent poëliers ; que le commerce qui s’y fait de toutes sortes d’ouvrages de cuivre pur ou altéré et mélangé , quoique bien moins considérable à présent qu’autrefois, fait subsister quatre à cinq mille liabitans. 11 paroît penser que l’atmosphère épaisse , qui ordinairement le soir couvre le bourg , et qu’il attribue tant aux vapeurs que produisent la rivière de Sienne et les prairies qu’elle arrose , qu’à celles (jue la vivacité du feu fait exhaler du cuivre , 'préserve peut-être le bourg de l’air contagieux qui infecte souvent les paroisses et les villes voisines.

» 4°* Ene note sur la consommation d’eau-de-vie qui se fait à Ville-Dieu-lez-Poëles. M. Gilbert a consulté , à cet égard , le receveur des aides , qui lui a dit avoir mis la consommation annuelle au moins qu’elle puisse se porter , suivant l’idée qu’il a de celle qu’on fait entrer en fraudant les droits : or, cette consommation monte à quatre mille pots par an, à plus de trois cents pots par mois^ il en étoit consommé , il y a vingt-cinq ans, au moins moitié plus. Il est mort cet hiver un habitant qui étoit le plus fameux buveur d’eau-de-vie qui subsistât alors : sur la fin de ses jours , on l’avoit fait se modérer , à forces d’instances , au point qu’il n’en buvoit qu’à peu près un pot par jour. M. Gilbert auroit bien voulu pouvoir envoyer une note sur la quantité de cidre qui se boit annuellement à Ville-Dieu ; mais il n’étoit pas en état de le faire au moment où il écrivit sa lettre ^ il le fera dans la suite , s’il en est question.

» 5°. Une lettre de M. Le Tellier , docteur en médecine et médecin de Ville-Dieu-lez-Poèles. Il observe qu’on a fait un bien hideux tableau des habitans de ce bourg • mais qu’il faut , avant de croire et de juger , être instruit de la vérité. Il apprend que les habitans de Ville-Dieu , ouvriers en cuivre , sont généralement bien faits, forts et robustes^ qu’ils jouissent d’une santé parfaite. Les maladies épidémiques semblent même les respecter , pendant que les lieux voisins du bourg en sont affectés presque tous les ans. Il n’y a point de maladie endémique : quinze ou vingt personnes.au plus (sur quatre ou cinq mille) peuvent chaque année éprouver la colique. Cette colique ne différé point de celle qui attaque les villages et les villes des qn virons , oh elle est, cœ teins paribus y plus commune qu’à Ville-Dieu. La colique, accompagnée de convulsions et suivie d’une sorte de paralysie , ou plutôt d’une foiblesse des bras , est si rare et si peu connue , qu’on ne compteroit pas actuellement à Ville-Dieu quatre personnes affectées de cette incommodité à la suite de la colique : or, cette colique se guérit à Ville-Dieu par la saignée , dans les sujets pléthoriques J les délayans , les anodins et les purgatifs minoratifs ; les stomachiques apéritifs rétablissent la santé.

» Il faut , dit M. Le Tellier , observer qu’une partie de l’ouvrage des cuivres s’opère par les femmes ; elles brisent le cuivre rouge

an fonmeau , avec des inslmmens faits comme des honiettes de ])crger ^ elles le réduisent, par des coups long-temps répétés, eu très-petits morceauv. Pendant celte opération , une vapeur ou fu* niée ti ès-abondante s’exhale^ de sorte cpie les femmes, après leur travail , ont le visage , la bouche et les narines pleines de crasse et d’excrémens de cuivre : ces femmes se portent bien : on n’en a point vu qui fut sujette à la colique.

» Il faut encore observer que le travail dur et pénible des on^ \ riers les oblige à boire, beaucoup de cidre ^ liqueur ordin aire à

\ille-Dieu D’ailleurs, la plupart boivent beaucoup d’eau-de^

vie chaque matin , avant d’aller à leur ouvrage. Ces deux observations mettent à portée de juger si la colique est occasionnée au peu d’iiabitans qui j sont sujets , par les exhalaisons cuivreuses seulement, ou ensemble par la boisson assez abondante de cidre et d’eau-de-vie.

» 11 n'est point vrai, ajoute M. Le Tellier, qu’il y ait à Ville- Dieu une calamité publique , relative à la nature du travail des habitans... On n’y voit point de corps en consomption, ni hideux, à moins qu’on n’appelle hideux des ouvriers noircis par le charbon , aufjuel cas les forgerons sont tous hideux On n’y est

point sujet aux vertiges, à l’aveuglement , aux distorsions du cou ni des autres membres : les âges n’y sont point confondus: leui diffeience y est pour le moins aussi apparente qu’en aucun pays.

» Du reste , les aîimens sont très-bons à Ville-Dieu : le pain est de pur froment ^ la viande est bonne ^ le veau y est excellent et réputé le meilleur des villes voisines. Le cidre y est bon ^ une rivière qui coule au bas du bourg fournit beaucoup de pois* son d un goût exquis , quoiqu elle reçoive tous les excrémens du cuivre. Ce récit fidèle fait voir combien on a calomnié les habitans de \ i]le-Dieu. Il faut espérer qu’on perdra les impressions qu’au* roit pu faire l’infidèle tableau que l’on en a tracé.

» A Ville-Dieu, ce 14 avril 1762.

^ igné lÆTEi.iAm ^ docteur en médecine.

» Lue pièce importante, qui vient à l’appui de la lettre de M. LeTelher , et qui meme y est jointe, comme on le voit par ce qui suit : Je soussigné , chirurgien à Ville-Dieu depuis quarante ans , atteste la meme chose que ci-dessus.

Si^nc Le Xellife*

» Nous soussignés officiers , bourgeois et habitans de Ville-Dieu-^ lez-Poeles, en basse Normandie, certifions que la lettre ci-dessus contient vérité , en tant qu’elle concerne la nature du pays et la santé et tempérament des habitans de ce bourg. ^ ’

.. Signé à l’original , André de la Ligottiere , killif de Villepeu lieutenant de Ville-Dieu; Le Monnrer du

Goyel; P. F. /Leim curé de Ville-Dieu; Huard, vicaire; Le //erieux, prieur; P, tel, pretre ; Loger, prêtre; Le Monnrer

i, P- Haoard; D. Gdlé’-

N. André ; R Gohier ; Ohelin , âgé de soixante-deutc ans - Lel Jebrre, âge de soixanté-nn ans; Le Maître, syndic, ùé de

JÔO

soixante-im ans ; Pierre Ravard , âgé de soixante-deux ans 5 G. Autter, âgé de soixante-quatre ans) P . Engerrau , âgé de soixante ans; V. Biel , âgé de soixante-dix ans) J. Le Do, âgé de soixante-quinze ans; J. Me s sain y âgé de soixante-onze ans.

» M. Gilbert annonce qu’il a choisi , pour faire souscrire la lettre de M. Le Tellier , médecin , ceux qui , par état , sont plus dignes de foi , et , de plus , quelques-uns des anciens , presque tous ouvriers et travaillant^ encore journellement , malgré leur grand âge , qu’ils ont marqué sous leur signature. M. Gilbert ajoute que , si quelques-unes de ces signatures paroissent chancelantes, il faut l’attribuer à la dureté de l’exercice ordinaire des ouvriers, plutôt qu’à leur foiblesse ) qu’on trouveroit à Ville-Dieu un plus grand nombre d’hommes et de femmes aussi âgés et même plus que ceux qui ont souscrit) mais plusieurs n’ont jamais su signer ) les autres l’ont oublié.

» Vous voyez , Monsieur , que M. Dubois avoit eu de faux méixioires sur les habitans de Ville -Dieu -lez -Poêles. Vous pouvez mettre M. Le Tellier, médecin de ce bourg, parmi les partisans de la méthode calmante dans le traitement de la 'colique des métaux , et le joindre au médecin italien de Paul d’Ægine, à Hofman , Henkel , D. Heado, M. de Haën , à M. Troncbin et à M. Astruc.

5) J’ai l’honneur d’être, etc.

P. S. Je crois devoir vous dire que j’ai fait voir toutes les pièces dont il est question à M. Roux, auteur du Journal de médecine ,,et à quelques autres de nos confrères. » ^

M. Dubois entre dans un détail où l’on est obligé de le suivre , au sujet des ouvriers qui manient les métaux , comme autant de glaives préparés contre eux-mêmes , tanquam enses totidem. in operarios districti. Il débute par une apostrophe pathétique aux grands seigneurs : Apprenez , s’ecrie-t-il , grands de la^ terre , à quels malheurs votre luxe expose les hommes ! Attendue , magnâtes, et discite quo periculo.... maniium vobis famidetiir industria: quot vestri luxas victimœ sint : quoi malis , quot dolorilus , quot funeribus vestrœ conflentur œdes. Il s’élève ensuite contre Cicéron , qui , en parlant de certains ouvriers , les a mis dans la classe des derniers citoyens , comme exerçant des arts mécaniques. Opifices in sordidd arte versantur... (i) et opijices,^ tabernarios , atque illam omnem fœcem cwitatum. , quid negotii est concitare? dit Cicéron. M. Dubois ne lui pardonne pas ces traits ; l’orateur romain tenoit pourtant le langage ordinaire aux législateurs et aux cours souveraines. Il prend même occasion de louer la médecine (2) , qui auroit pu tenir à Rome un rang d’autant plus considérable, que la prêtrise, les armes et la robe n’y étoient point séparées, comme parmi nous. Au leste, il semble qu’on seroit en droit d’opposer à ces raisonnemens (peut-être trop peu philosophiques sur les grands , dont on blâme le luxe , et sur les ouvriers, au sujet desquels on s’attendrit) l’apologue si connu de Menenius sur la conspiration des membres du corps humain

(i et 2) De Ofüc. hh. i , cap. 42. Qndus aiitem artihns aut prudentia major încsî f (iut non mcdiooris udlUas qncvritur y ut mcdicina , etc.

SUR LA COLIQUE DE POiTOU. 53 1

contre restomac , sous prétexte que ^ sans travailler, il jouissoit lui seul du travail de tous les autres. D’ailleurs, M. Dubois, qui ne vojoit dans les ouvriers que des citoyens à guérir, que vojoit-iî. autre chose dans les grands? Eli I n’ont-ils pas besoin des secours de la médecine encore plus que les plus vils ouvriers? Quidquid cogitaveris , aiit dixeris , veniarn concédas , necne ^ infœce illâ civitatiim, , spectamus cives , ipsîsque openi , civiliter feremiis ^ dit-il à Cicéron , non sans avoir fait un compliment à ses mânes s Parce , Pulli , reverendi mânes , ignosciie. Il j a toute apparence que Cicéron aurait répondu qu’on espéroit de la civilité de M. Dubois qu’il voudroit bien guérir aussi les grands comme les ouvriers , civiliter. Paracelse parloit un autre langage que M. Dubois. « L’homme , suivant Paracelse , cherche et travaille les métaux avec passion : il ne craint point de s’exposer à mille maux , à » cause du bien qui résulte de ses recherches; il risque sa santé, ï) et meme sa vie pour jouir des trésors cachés des mines : le Créa- » teur, qui permet ces travaux, a aussi enseigné aux médecins

» les moyens d’en prévenir les mauvaises suites (i) Les hommes

» ne sauroient jouir des commodités de la vie sans les secours qu’ils » retirent de l’or, de l’argent, du fer, de l’étain, du cuivre, du plomb , du mercure , et des autres corps métalliques : cepen- » dant , lorsqu’ils travaillent les métaux, ils manient les plus » cruels ennemis de la vie ; mais la médecine vient à leur secours » en ces occasions, comme en tant d’autres (2) ». Je dis que les idées de Paracelse sont plus étendues , plus générales , plus mâles, moins resserrées dans la sphère des déclamations que celles de M. Dubois.

Quoi qu’il en soit , notre docteur , toujours attendri pour les ouvriers , et touché surtout des malheurs prétendus de ses compatriotes , les ouvriers en cuivre de YilIe-Dieu-lez-Poëles , essaie d’abord de consoler les habitans de ce bourg, et de les préparer à ce qu’il va dire d’adligeant pour eux. Il fait un grand éloge de leurs vertiis avant de tracer le tableau touchant de leurs maladies. Ptegnant ibi {in oppiduîo ^ gallice Ville-Dieu-lez-Poëles ) non cjiiidem errores et necjuitia œrarii Alexandri , cpiern e fideliurn eœ lu D . Paulus expulit (3). « On ne trouve à Ville-Dieu-lez- ») Poêles aucune trace des horreurs reprochées par Saint-Paul à. » un certain Alexandre». C’est ainsi que s’exprime M. Dubois. ïi apprend qu’il parle des habitans de ce bourg , en partie pour condescendre aux désirs d’un de ses compatriotes, médecin de la : faculté de Paris , qui lui avoit écrit en ces termes : « Ne direz-vous » rien de nos pauvres habitans de Ville-Dieu (4)? » Cet Alexandre

• dont parle M. Dubois fut un des frères réprouvés qui donnèrent ) lieu à ces paroles , qu’on ne doit jamais perdre de vue un homme

accusé , et qui se voit abandonné par ceux qui auroient du le

• soutenir. « La première fois que j’ai défendu ma cause, personne

) (1) De morb. rnetollicis , lih. ii , tractat, i, cap, i.

) (2) Ibid. lib. T , tractat iii , cap. i.

) (3) F.pist. 1 , ad Timoth. cap. iv.

) (4) M. Louis Alexandre Viellarcî.

f>* ry

» lie m’a secouru^ mais tous se sont retirés de moi ». Jri priwd ineâ defcnsione rteino niihi adfuit; sed onmes me derelîcjueriint.., Alexander AErarhis midla mala milii osiendit. C’est l’apôtre fjui parle (i) ; c’est M. Dubois qui le cite , et qui , à propos de cet Alexandre, publie les vertus des habitans de Ville-Dieu. La lettre de M. Pvobert (2) prouve en effet que les principaux de ces habilans n’ont point été étonnés de quelques faux bruits et de quelques faits imaginaires réj)andus dans le monde contre eux et leurs concitoyens. Ils ont répondu à ces faux bruits avec courage , et soutenu la vérité contre des imputations hasardées. Combien ne sontils pas dignes des éloges que M. Dubois leur donne ? Ils le sont beaucoup plus qu’il ne le pensoit lui-méme ; c’est ce qui se prouve , et qui va s’éclaircir j^ar l’eîs^amen des beaux vers dont il orna sa thèse à l’occasion de ces habitans.

Notre auteur avoit du talent pour la poésie y il ne manqua jamais, pendant les dix dernières années de sa vie, de présenter ses hommages , en vers françois, à une auguste princesse dont il avoit eu je bonheur d’être protégé lorsqu’il étoit à Paris , et dont il célébroit régulièrement l’anniversaire. Il a même eu soin , dans la tlièse que nous suivons pied à pied, d’invoquer Apollon, et de remarquer que ce dieu insjiiroit les médecins comme les poètes : son invocation , qui peut servir de formule générale en pareil cas , est un petit emprunt f|u’il a fait à Virgile y c’est le sixième et le septième vers du quatrième livre des Géorgiques.

In tenui lahor ^ at tennis non gîoria , si qnem Numina Iceva sinunt, auditque 'vocatus Apollo.

On sait qu’il y a eu beaucoup de médecins qui se sont distingués dans la poésie. Un de ceux qui ne sont pas du dernier rang en ce genre , a remarqué , avec beaucoup de candeur , que les médecins font rarement de bons vers, à cause de leurs tristes occupations : JJ,xigiint carmina\festwinn ingenium y quamobrem à medicis rarb optima panguntur (3) y cette règle n’est pas sans exception assurément } et il est certain que le génie de la poésie , celui de la peinture et celui de la médecine ont beaucoup de rapport. On peut avancer , au sujet des médecins , ce qu’on a dit des pdètes : la nature les fait* nascimlur medici (4). C’est en v^ain que quelqu’un s’applique à la médecine , sdl ne sent point du ciel F influence secrète g si son astre , en naissant , ne Va fait naître médecin. A ce prix-là, il doit y avoir aussi j^eu de grands médecins que de grands poètes et de grands peintres ^ il doit y avoir de même autant de têtes qui se mêlent de la médecine qu’il y en a qui se mêlent de faire des vers , et qu’il y a de peintres barbouilleurs. ■ —

M. Dubois, plein du feu qu’inspire Virgile à ceux qui le lisent et qui l’entendent , a puisé dans ce poète une peinture des travaux

(1) Même épître 2 à Timothée , et même chap. iv.

(2) Elle est inséi'éü dans le Journal du mois de septembre dernier. Oa fera dans la suite quelques remarques sur cette lettre.

(3) Freitagü noctes medicœ po< jnatum inanipidus dedieatio.

(4) Freind. Epistol. de purgant lus.

SUil L/V COLIQUE DE POITOU. 533

(le Yille-Dîeu-lez-Poëles. Il en a tiré le ceriton suivant , qui mérite d’étre copié :

Nec inora , nec l'eqiàes... fornacibus ignis anhelat ^

Fervet opiis... fliiit CCS rwis... stridentia dngiint Æra Incii... celeres , 'vahdique incudihus ictus j4uditi referunt gemilnm... coUesque résultant ,

Tecta fremunl... sonitu ingenti.,. tremit excita tellus (i).

L’auteur ne laissoit pas de trouver quelque embarras pour faire l’application de ces vers aux liabitans de Ville-Dieu. Eu elFet , le centon rappelle les belles images des forges de Vulcain , que de grands peintres ont pris pour sujet de leurs tableaux. Comment appliquer ces images aux travaux de Yille-Dieu , dont les ouvriers n’étoient , à entendre M. Dubois, qu’une triste assemblée d’inbrmes , d’estropiés, de bossus, de gens en consomption , d’enfans vieillis par l’efiet du poison ? Ce spectacle rappeloit mieux un hôpital que les forges de Yiilcain. M. Dubois en convenoit ; et il s’étoit ménagé les moyens de sortir de cet embarras par les ressources de l’école , par des distinguo : Operarii celeres , validique ictus , delineatœ incolarum valetudini pariun congruere 'uidenliir : speciem conlradictionis arguenti satisjiet. Mais ou est presque sûr aujourd’hui que les ouvriers de Yille-Dieu sont dignes du tableau tiré de Yirgile. Ils doivent quelque reconnoissance à M. Dubois , pour les avoir , sans s’en douter , peints de couleurs si vraies. Ils en doivent beaucoup plus à M. Robert , pour leur avoir ôté la mauvaise réputation qu’on leur donnoit sur leur constitution et leur santé. Le bourg de Yille-Dieu n’esl pas le seul endroit en France oh l’on puisse faire des observations précieuses au sujet des ouvriers en cuivre. Les Pyrénées fournissent un exemple frappant du peu de fond qu’on doit faire sur ce qui se débite des dangers que courent ces ouvriers , et de la fréquence des maladies auxquelles ils sont sujets. Il y a, dans ces montagnes , une petite vallée uommée B ay g orri , oh l’on exploite des mines de cuivre connues des Romains. Cette vallée , non moins agréable que toutes les autres des Pyrénées , se trouve à quatre lieues de la vallée de Roncevaux ^ et à la même distance de Saint- Jean-pied-de-Port , ville capitale de la Basse-Navarre. C’est dans ce réduit, entouré des plus hautes montagnes , qu’habite un petit peuple de mineurs qui jouissent de la plus brillante santé , et dont les femmes ni les enfans n’ont rien perdu de leur antique candeur , de même que de l’agilité , de la force , de la gaîté qui firent toujours le caractère spécial des Basques. Ils sont grands , robustes , bien faits. Ils ne connoissent les misères de l’humanité , et surtout les maladies qu’on attribue aux mineurs , que de nom seulement J à peine en ont-ils dans leur langue pour exprimer les vertiges , les paralysies , raveuglement , les mauvaises tournures de l’épine , la consomption • la plupart de ces montagnards regardent ces infirmités comme les fléaux des infortunés liabitans des vdle.v (]ue le luxe accable. Il faitbeaiiles voir aller à l’ouvrage , et même

(() Virgil.

53/, r.ECHERCIIES

en revenir avec cette gaîté qu’inspirent la bonne santé , la vertu et la bonne conscience. Leurs filles, leurs enfans, leurs femmes , tous les suivent à l’ouvrage des mines , à la fonte et autres , et les partagent avec eux, sans le moindre danger, ou, ce qui vaut mieux encore, sans* la moindre crainte. Que ne pourroit-on pas dire de l’air pur qu’ils respirent, des ruisseaux agréables dont la nature enrichit leurs vallons , de ces montagnes augustes qui élèvent les âmes de ces habitans autant qu’elles leur ôtent toute sorte de terreur , de leurs mœurs douces , et les memes encore que du temps des Romains, de leur courage, qu’éprouvèrent autrefois ces tyrans du monde , de leurs repas rustiques et sains , de leur parure simple et commode , de leurs danses et de leurs chansons , consacrées encore, comme j^armi tous les autres habitans «les Pyrénées , à célébrer les louanges de leurs rois bien-aimés , Henri , dont la mémoire vivra dans leurs cœurs tant qu’existeront leurs montagnes, Louis, qui fut et qui sera toujours pour eux le Lis de Henri (i) ?

Omnibus una qides operum.,. labo?' omnibus unus,

Mollibus e stratis... opéra ad fabrilia surgunt.

Mane ruiint tectis... juvenum manus emicat ardens.

Fervet opus... properant.. conjux dilecta mariturn Inseqidtur... ccleres... lœta mi brachia toUunt.

Nec mora , nec requies... ipsi haud diu ah ubere raptî Qneis et avi numerantur avorum... et lustra miginti Sacra canunt , plaudunt Choreas... et carmina dibunt Mutuaque inter se lœti comdvict curant.

Ise quis sit lucus quo se plus jactet A polio ;

Cara Deum sobolesl... sunt ilds initia poma y Castaneœ molles et pressi copia lactis :

Sunt agni pingues et sunt mollissirna mina ;

Fl on liquidi grc gibus fontes , non gramina desunt ^

Sunt somni dulces densœque in mondhus umbree ,

His secura qides et nescia fallere mita (2).

Le centon de M. Dubois est beaucoup plus heureux et plus régulier que ce petit nombre de vers rassemblés dans Virgile , en faveur des habitans des Pyrénées. Il est aisé d’en juger , suivant les règles proposées par Ausone, poète célèbre de l’ancienne Aquitaine. Nous en convenons aisément, et nous saisirons ici l’occasion de faire , au sujet de ce poète , une courte digression, qui ne peut manquer d’intéresser les médecins. Ausone étoit fils d’un grand médecin, natif de Bazas. Il n’en rougissoit point, même lorsqu’il fut élevé à Rome à la dignité de consul. Il nous a transmis l’éloge «le son. tendre et vertueux père. C’est sur cet éloge qu’on prend la liberté de proposer quelques réflexions à MM. les médecins de Guienne , principalement à ceux de Bordeaux , oii Ausone le père se fit une grande réputation.

1°. Ausone s’exprime ainsi au sujet de son père : JJt niillum

(1) ^ Aci<ju’ei l’arc-hil île noalc grand ITenric !

Vers de l’inscription de la statue pédestre de Louis XIV, à Pau.

Voici le pctil-fils de noire grand Henri.

(2) Virgil. passim.

Aiisoniiis qiiein sectaretiir liabebat , sic nullinnqiii se mine imiteliir habet : « Mon père ne trouva aucun modèle , et personne ne î> Finiita. » Ces expressions ontdonné lieu à deux sortes de commentaires de la part des historiens. Les uns ont dit que le père d’Aiisone ne suivit pas les dogmes des anciens médecins , quhl se fraya des routes nouvelles y qu’il fut l’inventeur de la médecine ou de la méthode médicinale qu’il exerçoit. Les autres prétendent que ce ' qu’Ausone dit de son père regarde sa probité , ses mœurs , sa prud’hommie comparable à celle des sept sages, et qu’il avoit voulu indiquer que son père, qui étoit un homme inimitable , n’avoit imité personne. Il importeroit aux médecins successeurs d’Ausone Je père, de savoir s’il reste des traces de sa médecine particulière, si , et en quoi Ausone avoit eu le courage de s’écarter des anciens dogmes , et enfin s’il seroit possible de connoître s(is opinions autrement que par le peu qu’en rapportent Vindicianus et Marcellus Empiricus , qui étoit aussi médecin de Bordeaux. Il est vrai que si Ausone mérita les éloges de Marcellus son confrère, pour avoir pensé à peu près comme lui , les regrets sur la perte des opinions d’Ausone devroient diminuer. En effet, on sait que Marcellus n’a laissé qu’une liste sèche et stérile des remèdes convenables aux maladies^ et encore ces remèdes sont-ils quelquefois si ridicules , qu’on a peine à concevoir qu’il y ait eu des malades assez faciles , assez foibles pour en essayer , et des médecins assez bornés ou assez oses pour les conseiller. Jugeons -en par quelques secours que Alarcelliis pro23ose jDOLir la colique , ce qui ne nous écarte jioint du sujet principal que nous traitons. « Il propose la boisson de l’urine humaine. Il veut qu’on jiorte une amulette avec la fiente de lou]> renfermée dans une petite boîte de métal , que le malade attachera à son bras, et dont on lui fera prendre quelque joarcelle au besoin. Il veut qu’on enferme des bouts de queues de lézardes dans une boîte d’or, qu’on appliquera sur le nombril. Il conseille un anneau d’or, avec une inscription particulière , que le malade 2:)ortera aux doigts de la main droite ou gauche , suivant le côte affecté 23ar la colique. Il veut qu’un malade sujet à la colique ne manque jamais de se chausser du pied gauche le premier. Il veut qu’on attache à la jambe gauche ou à la droite une lame d’or , sur laquelle on aura gravé trois fois quelques lettres qu’il indique. 11 veut enfin qu’on fasse une jietite corde avec du poil arraché à un lièvre vivant, qu’on fasse une ceinture pour le malade d’une ]3ortion de cette corde , et qu’on fasse d’une autre iTortion une ligature autour de la jambe du lièvre , qu’il faut ensuite laisser échapper , mais en lui disant , au moment où on le lâche : Va-t-en, va~t~eii , petit lievre , et emporte avec toi la colique • Fiige , fuge , lepiiscule , et teciim au fer coli dolorem ». De pareils conseils se trouvent ailleurs que dans Marcellus. Il y a bien des auteurs qui les étalent , ainsi que d’autres contes de cette espèce, sur lesquels nous aurons lieu de revenir dans la suite ) vaines et grossières erreurs, auxquelles (suivant les sages remarques de Alalebranche) (i) donnent naissance des propos de pâtres , de ser- (i) Recherche de la vérité , livre ii y etc. etc,

RFXHERCIIES

vantes , de nourrices et de poslillons , maïs auxquelles le de'li'ie des opinions , et ensuite l’avarice , l’envie ou quelque autre passion sordide essaient de donner de la consistance et de Teclat. Successeurs d’Ausone , médecins de Bordeaux, qui avez peut-efre encoie sous vos jeux des exemples de ce que peuvent, en médecine les préjugés et les rumeurs populaires , achevez dhnstruire le public, en démasquant ces plats successeurs de Alarcellus , qui aiietent les passans pour les forcer d’écouter des rêveries , produit d une imaginaiion déréglée et d’un cœur noir et ulcéré.

2 . La deuxième remarque qu’on placera ici, au sujet du père d Ausone , roule sur un autre éloge que son fils fait de lui : Indict me niillus , sed neque teste périt : « Mon père ne fut jamais ni témoin , ni dénonciateur contre la vie de personne. » A quel propos Ausone fait-il un mérite à son père de n’avoir jamais servi t e témoin . On ne peut se dispenser d’être témoin lorsque la justice le requiert ; mais il est des dépositions volontaires dont un homme tel qu’étoit Ausone , peut et doit avoir horreur. Il ne faut point, par exemple, qu’il vende son témoignage , qu’il fasse le meîier de témoigner, qu’il s’attache au char d’un calomnialenr pour i aider a. sortir d’un embarras ou il s’est volontairement mis^ qu il orne ce qu'il sait ou ce qu’il ne sait point de circonstances et de paraphrases qui ne font rien à la chose sur laquelle il dépose, qu ih use , dans ses dépositions, d’expressions vagues, indéfinies, oiseuses , qu il s expose enfin à laisser paroitre sa passion contre 1 accuse , et ses liaisons intimes avec l’accusateur ; tout cela néclaiicit pas encore entièrement le dire d’Ansone dans l’éloge de son pèie , Nulhis me teste périt. Il faut, pour entendre exactement cet endroit , se transporter dans le siècle auquel vivoient Ausone le père et le fils; on trouvera que le bien que le fils dit du père, fait lejaillir beaucoup de, gloire sur la profession libre de ce dernier, et même sur les médecins, ses descendans, Cju’une conduite opposée à celle que peint le poète Ausone , n’auroit pu manquer d humilier. Ausone père et fils vécurent long-temps dans la (juienne , leur patrie , au quatrième siècle de l’église. On sait qu’en ce temps-là les erreurs de Priscillien fii’^nt grand bruit à Bordeaux, oii se tint un concile contre cet hérétique. On sait aussi que Delpliide , fils d’Atthis Patera , célèbre professeur de Bo rdeaux , plaida , dans ce meme siècle , une famexise cause contre Numerius , honnete homme accuse devant Julien l’Apostat. La manière dont on poui suivit Priscillien déplut beaucoup a k>aint - Grégoire de Tours ; elle remplit la Guienne de toutes les horreurs des schismes : le peuple devint inquiet, querelleur et plaideur; les dissensions domesliques se multiplièrent à l’infini : les tribunaux retentirent de mille accusations; cependant la belle réponse de Julien au I heteui llelphide fit la plus vive sensation. « Ile, César (s’écrioit celui-ci^en plaidant contre Numérius , qui prétendoit qu’il n’j avoit point de preuves contre lui) , quel coupable ne passera point » pour Innocent , s’il en est quitte pour nier ses crimes I « Hé,

» quel innocent (reprit sagement Julien) ne jiassera point pour il coupable, s il suffit d etre accusé I » Ausone le fils suv>pose que son

père pouvoit avoir eu coniioissance d^un grand nombre de querelles qui bouleversoient les familles , et des tracasseries qu’on faisoit à ceux dont on prétendoit noircir la conduite. Il suppose qu’il eut horreur de toutes ces menées, qu’il ne se laissa pas entamer par les chercheurs de témoins , qu’il fut du nombre de ceux qui pensoieut comme Saint-Grégoire de Tours , et conformément à la décision de Julien , devenue ( dans la Guienne comme partout ailleurs) la règle des vrais magistrats qui ont succédé de siècle en siècle aux fonctions de juge que Julien faisoit alors. Tout cela suppose aussi qu’Ausone le médecin voyoit la bonne compagnie , qu’il étoit pénétré de l’honneur et de la gloire de sa profession , qu’il étoit éloigné de tout esprit de faction ; ainsi sa conduite doit être regardée comme la règle des médecins, ses compatriotes, Elle les honore et les assujettit à fuir toute occasion de rixes , de procès et di espionnages. On n’est plus aussi embarrassé de trouver les raisons de l’éloge singulier qu’Ausone le poète faisoit de son pere , en disant qu’zZ ne servit jamais de témoin conti'e personne } cela veut dire qu’il ne s’abaissa point jusqu’à mêler sa voix aux cris impurs d’une populace subornée , pour faire un premier bruit, qui finit par s’anéantir devant les juges souverains , auxquels il est réservé de penser comme Julien , et qui ne cessent de pourvoir à la sûreté des particuliers , en jugeant comme lui, et en calmant des agitations, dont ils pénètrent bientôt l’objet et les ressorts. Quel honneur pour les médecins de Bordeaux , et pour ceux de toute la Guienne, qui peuvent se dire les successeurs légitimes d’Ausone , et qui vivent sous la protection de magistrats non moins équitables que Julien I Heureux mille fois le poète Ausone d’avoir pu immortaliser son père , illustrer la médecine , et célébrer sa patrie par de si beaux endroits!

Revenons aux ouvriers de la vallée de Baygorri. Ils sont si peu sujets à des maladies qu’on puisse attribuer au minéral qu’ils manient, qu’on ne trouve parmi eux presque aucun exemple de ces maladies. Voici ce qu’écrit à cet égard M. Hettlinger (i), chirurgien aux mines , récemment prié de vérifier ce qui regarde les maladies des mineurs, dont on n’avoit trouvé aucune trace ni aucun exemple en lyéQ- « Les habitans de Baygorri sont grands et forts. Ils ont généralement un air de santé et de bienaise 'j ils ont beaucoup d’agilité... Les mineurs étrangers se trouvent bien de ce séjour,.. Je ne trouve rien sur la personne des mineurs du pays ni des étrangers, que je puisse rapporter à leur I métier... Les vapeurs qui s’exhalent du grillage et de la fonte de notre cuivre , ne sont pas nuisibles , n’étant pas mêlées de parties ■arsenicales ou mercurielles, comme l’exemple de nos fondeurs le démontre. La plupart d’entre eux travaillent depuis longues an- • nées sans aucune incommodité dont on puisse accuser les mé-

; taux. (La mine de cuivre contient quelque peu d’argent ) Je

n ai vu, depuis six ans , que deux mineurs qui , pressés par la Isoif, burent de l’eau de la mine, qui est toujours chargée de

i (i) Pans une lettre adiessée à M. Vidal , médecin de Eaioane^

parties cuivreuses. Ils en eurent des douleurs cruelles de ventre , Fun avec vomissement et ténesme, l’autre avec des convulsions.

Je leur fis avaler un grand verre d’huile d’olives , qui calma Es . symptômes, et le lendemain un purgatif (t) ».

Le bourg de Ville-Dieu et la vallée de Baygorri , en basse Navarre , lieux habités par des ouvriers en cuivre , j)euvent n’étre pas à la portée des observateurs , surtout de ceux de Paris. Voici un troisième atelier , oii il leur est aisé de s’instruire sur les^^efFets du cuivre , sur les maladies qu’il occasionne aux ouvriers qui le manient , et sur la manière de les guérir. Il y a environ douze ans qu’on a établi au village du Moulin galant , près d’Essone , une manufacture de cuivre. « On y reçoit la matière première (appelée rosette) des mines de cuivre qui sont près de Lyon , et oh la mine a déjà reçu une première préparation. On fait au Moulin galant une seconde fonte de métal , pour lui donner ensuite différentes formes sous le marteau. M. Duclos , médecin du lieu, a remarqué que le charbon de bois qu’on emploie pour la fonte , et dont les ouvriers se servoient jadis dans leur chambre, peut être regardé comme la cause principale des maladies des ouvriers, puisque ces maladies sont moins fréquentes depuis que les ouvriers ont du bois pour brûler dans leurs chambres. Or, parmi ces maladies il y a des coliques. L’ouvrier qui est chargé de la fonte en a de plus violentes que les autres. M. Duclos , en traitant ces coliques , commence par faire usage des corps gras , tels que l’huile d’amandes douces , et de tous les remèdes qu’il croit capables de calmer l’irritation des nerfs qui souffrent un ébranlement continuel des coups de marteau qui frappent sur le cuivre que les ouvriers soutiennent avec de fortes tenailles. Le cou et les chemises des ouvriers deviennent verts... Ils sont tous mariés , et ont une grande quantité d’enfans. Il ne paroît pas que la poussière du cuivre fasse impression sur leur santé ni sur la couleur de leurs cheveux, y en ayaùt de blonds et de bruns... On a reconnu une propriété particulière à l’eau, dans laquelle on plonge le cuivre encore rouge ^ cette eau , qui détache quelques particules du cuivre , passe pour un remède si infaillible contre la gale, que ceux qui en sont couverts viennent s’y plonger une ou deux fois seulement , et se trouvent guéris. On y guérit aussi , par le même remède , les chiens qui ont la même maladie (2) » .

Ce qu’on vient d’exposer au sujet des ouvriers qui manient et travaillent le cuivre à Ville-Dieu-lez-Poëles , à Baygorri et aui Moulin galant, doit rassurer contre la crainte d’un nombre infinii de maladies , même incurables, auxquelles M. Dubois (qui, sui — vant la remarque de M. Robert, avoit eu de mauvais mémoires)) a prétendu qu’ils étoient exposés. Il y a toute apparence qu’oni trouveroit dans tous les autres lieux , soit des mines , soit d’autress ateliers oh l’on travaille, le cuivre pur et sans mélange , de quoiii

(1) La lettre dont on donne ici l’extrait, a été vue par M. Roux , auteur doii Journal de médecine.

(2) Extrait d’une lettre vue par M. Roux , auteur du Journal de médecine.

SUR LA COLiQUE DE POITOU. 5.î(>

confirmer dans cette heureuse sécurité. On verra dans la suite <[u’il est des moyens de pourvoir au petit nombre d’accidens auxquels doivent se réduire les incommodités de ces ouvriers , dont les malheurs, prétendus avoient été fort exagérés et peints de couleurs trop vives et trop peu mesurées. En attendant , il faut mettre au nombre des partisans de la méthode adoucissante pour la colique, M. Hettlinger, M. Dnclos, et les joindre, en cette partie, au médecin italien de Paul d’Ægine , à Hoffmann , Henchel , M. de Haën, D. Heado , M. Astruc , M. Tronchin , et à M. Le lellier , médecin de Ville-Dieu.

Les accidens attribués au cuivre par M. Dubois , et par ceux dont il avoit suivi les opinions , ne pouvoient manquer de jeter les médecins dans un labyrinthe d’incertitudes ; il étoit même à craindre que ces accidens , annoncés dans le public , n’y répandissent les plus vives alarmes. Aujourd’hui les médecins peuvent s’eii tenir, sans crainte, à l’égard des effets pernicieux du cuivre , au résultat d’un grand nombre d’observations faites en divers temps, consignées dans les fastes de l’art , appuyées de l’expérience de tous les siècles : tout le monde continuera , pour les mêmes raisons, de manier et d’employer le cuivre avec sécurité s’il peut résulter ' de cet emploi quelques accidens auxquels la négligence seule donneroit lieu, la médecine indique les moyens d’éviter les suites de cette négligence ^ elle fournit des secours assurés , et dès long-temps éprouvés. Il ne s’agit plus de ré|)andre et d’exagérer les effets fâcheux d’un métal des plus commodes, des plus utiles et des plus usités. Il ne faut plus rebuter ni épouvanter les ouvriers, non plus que tous ceux qui sont à portée de manier le cuivre et de se ressentir de ses mauvais effets. Tout cela va se prouver par une histoire abrégée de l’usage du cuivre , et par celle des remèdes propres à détruire les impressions qu’il peut faire sur la santé. Il ne faudra pas oublier de présenter , dans toute leur force, les raisonnemens de ceux qui sont intimidés des ravages qu’on attribue au cuivre , et qui le sont même au point de vouloir entièrement bannir ce métal de beaucoup d’usages auxquels on l’emploie depuis un temps immémorial, i L’histoire sacrée apprend que , dès les premiers siècles du I monde , on connut l’usage du cuivre. Tubalcain fut forgeron ^

' et travailloit toute sorte d’ ouvrages de cuivre (i). Il fallut, avant i d’en venir à forger ces métaux , les tirer de leurs mines ^ et on en fit sans doute de bonne heure des bijoux et des ustensiles : de ménage, peut-être même avant qu’on songeât à en faire des i armes : tout cela suppose des travaux longs , pénibles et suivis J sur ces métaux. Il y a apparence qu’on s’aperçut bientôt de leurs effets , eu égard à la santé : on ne se rebuta point , et l’on se contenta de borner chacun de ces métaux à des usages particuliers. L’Écriture retrace ceux auxquels fut destiné le cuivre , et l’estime dans laquelle étoit ce métal , le plus souvent joint à l’or et à l’argent , ou qui venoit toujours immédiatement après eux,

(r) Mallcator et faber , in cuncta opéra cerîs et ferru

54o ÜECHERCÎÎES

Abimcîccli dit à Sara qu’il avoit fait donner mille pièces d’argent à Abraliam.Ce patriarche acheta sa sépulture quarante sicles d’argent. Son envoyé ht présent à Rebecca d’une paire de boucles d’oreilles et d’une paire de bracelets d’or , à quoi il ajouta des vases d’or et d’argent. On ignore de quelle matière étoient les idoles

que Racliel prit à Laban , et celles que Jacob enfouit, de même

que l’anneau et le bracelet que Juda donna à Thamar. La coupe de Pharaon , qui fit présent à Jacob d’un anneau et d’un collier d’or, étoit apparemment de ce métal, quoique celle qui servoit à Joseph , et qu’il fit mettre dans le sac de Benjamin , fût d’argent. Joseph donna à Benjamin trois cents pièces d’argent , et il en envoya autant à son père. îl rassembla de grandes sommes , qu’il lit porter dans le trésor public , ou le trésor de cuivre (i) , qui avoit sans doute pris son nom de la monnoie de cuivre qu’il ^

contenoit. On ne sait de quoi étoient les coupes ou les vases dans ^

lesquels Moïse ramassa le sang de quelques victimes. Lorsqu’il voul ut construire l’arche du Seigneur, il demanda au peuple de l’or, de l’argent et du cuivre. Il en fit faire divers ustensiles pour les sacrifices , et notamment des fioles ou des tasses, qui étoient d’or pur; mais il v avoit des chaudrons y des fourchettes y des pincettes de cuivre , et en général , il y avoit de toutes sortes de vases faits de ce métal (2) , et ces vases étoient destinés à t07/te sorte ddisag^es et pour les cérémonies (3). Il fit faire un grand bassin de cuivre y pour contenir Veau destinée à laver les Lévites (q). Beséléel , distingué par ses talens , présida à la fabrique de tous les ornemens et ustensiles d’or , d’argent et de cuivre. Aaaron ' voulant fondre une idole , demanda aux femmes leurs boucles d’oreilles , et précisément celles qui étoient d’or (5) ; ce qui feroit penser qu’il y en avoit d’autre métal , sans doute de cuivre. Ce qu’il y a de certain, et qui est répété dans l’Écriture, c’est qu’il y avoit , poür le service de l’arche , divers vases et d’autres instrurnens d’usage, un autel avec tous ses vases y qui étoient de cidvre (6). On trouve aussi que M-oïse ordonna que, si le vaisseau dans lequel on auroit fait cuire une certaine offrande que les Lévites dévoient manger , étoit de cuivre , il devoit être récuré et ensuite lavé (y) ; précaution remarquable. Les douze chefs des tribus d’Israël n’offrirent dans la dédicace du tabernacle^ que des ’ vaisseaux d’or et d’argent. Les deux trompettes que Moïse fit faire , suivant l’ordre de Dieu , étoient d’argent. On piloit quelquefois la manne dans un liiorlier, pour la faire ensuite cuire dans une marmite ou dans un pot (8). La finesse des grains de la manne | indique que ces mortiers étoient de cuivre , plus aisés à porte^r

{d In œrario.

(2) Lebetes , forcipes , fuscinulas... omnia uasa ex œre.

(3) CuncLa 'vasa tahernaculi in omnes unis et cœremomas ex œre^

(4) Labrum œneum ad lamndum.

(5) Inaures a lire as.

(6) Altarc œneum , omnia que -vas a ad nsiim ejus.

(7) Si vas œneum , defrieahitur et lavabitur.

S^S) Terebatur in mortario et coqiiebatur in oUa^

clans le désert que ceux de marbre. Les deux cent cinquante encensoirs que les compagnons de Coré avoient , lorscjn’ils lurent punis de mort, étoient de cuivre. Personne n’ignore Pélévation du serpent d’airain ou de cuivre^ et on voit ici ce métaj i:^iis à un bien important usage , sur lequel on peut consulter les commentateurs. L’or , l’argent , le cuivre , le 1er , le plomb et l’élain , que le peuple de Dieu prit sur les Madianites , furent purgés par le feu (ï). Josué donna , à la prise de Jéricho , des ordres positifs sur l’or, l’argent , et les vaisseaux de cuivre et de fer x^iiï se troiiveroient (2). Il fit placer dans le trésor public , de l’or, de l’argent , du fer , et des vaisseaux de cuivre (3). Acban fut jmni pour avoir mis de côté , à Jériclio , deux cents sicles d’argent et une règle d’or (4). Josné renvoya une partie des tribus auxquelles il fit donner de l’argent, de l’or, du cuivre et du fer. Gédéou prit sur les Madianites mille sept cents sicles d’or en pendans d’oreilles, et de plus, des colliers d’or pour les cliameaux (5), Miebas rendit à sa mère onze cents pièces d’argent , Cjui en donna une partie à un orfèvre pour en faire des idoles. Les enfans d’Héli avoient coutume , lorscju’oii faisoit cuire des viandes pour des sacrifices , de pjxndre avec une fourchette des morceaux de viande , soit dans le chaudron , soit dans la marmite , soit dans le pot y soit dans le poêle ou la casserole dont on se servoit (6). Les docteurs des Philistins leur conseillèrent de renvoyer l’arebe du Seigneur , avec dix simulacres d’or , d’une figure particulière. Il fut un temps, du règne de Saül , où il n’y avoit point de forgerons dans tout Israël. Les Philistins s’étoient approprié le commerce des métaux , et ils fournissoient sans doute les Israélites de vaisseaux de enivre. Goliath étoit armé d’un casque de cuivre et d’une cuirasse de meme métal ; ses bottines étoient aussi de cuivre , de même que son bouclier^ ce qui donne une idée de l’armnre des Philistins. Saül fit essayer à David son casque de cuivre et sa cuirasse, qu’il trouva trop embarrassante; ce qui indique aussi quelle étoit l’armure des Israélites. David se saisit des armes d'or f) des serviteurs du roi Adazezer. Il emporta aussi beaucoup de cuivre d’une des villes de ce roi. Un autre roi envova à David des vases d’or, d’argent et de cuivre. On mit sur la tê\e de David im diadème d’or , orné de pierreries , pris sur les ennemis. Salomon employa une grande quantité d’or et de cuivre dans la- construction du temple ; il y en avoit en outre un très-grand bassm et d’autres meubles , beaucoup de vases de cuivre , et entre autres , des chaudrons y des éciielles y des crochets ou fourchettes (8). Ce monarque

( x) Igné purgahitur.

(2) Vasorum œneorum ac ferri.

Vasis ceueis. , «

(4) Regulam aurcam. »

{5) Pondus inaurium (aureorum) mille scptlngenta auri sidi... preeter torques anreas cnmeloruin.

(6) Füscinulam tridentem , mittehatin îebetem , vel in caîdariam , ont in ollam , swe m cacahiun.

, (7) Arma aiirea,

(5) Lebetes y scutras y hamulas.

biivoit dans des vases d’or* toute la vaisselle d’une de ses maisons étoit de ce métal : il n’j en avoit point d’argent , qui étoit alors fort baissé de son prix, jéroboam fit deux veaux d’or , que ses sujets alloient adorer. Nabuzardan , qui n’avoit pas été le {>remier à piller le temple de Salomon , fit emporter à Babylone toutes les marmites ou pots de cuivre , les cuillers ou écumoirs , les fourchettes ^ les coupes ou vases, les mortiers et tous les autres vases de cuivre dont on se servoit dans le temple (i).

Il suit évidemment de tous ces passages de l’Écriture , que le cuivre fut d’un très-grand usage chez les Juifs et chez leurs voisins : on l’employoit dans les mêmes occasions où on l’emploie encore aujourd’hui : on le manioit de toutes les façons possilDles ; on lui avoit marqué le rang qu’il doit tenir après l’or et l’argent: on en faisoit des ustensiles de cuisine , et même des vases et des coupes. Mais si Moïse fit des vases de cuivre pour le service de l’arche sainte , si l’on piloit la manne dans des mortiers de cuivre , si du temps des enfans d’Héli on faisoit cuire les viandes sacrifiées au Seigneur , et destinées pour la nourriture des Lévites , dans des vaisseaux de cuivre ; si Salomon , qui avoit une si grande quantité d’or, fit pour le temple jusqu’à des coupes , des cuillers et des fourchettes de cuivre , que faisoit-on alors chez les particuliers , chez les pauvres gens qui ne pouvoient avoir des vases d’or et d’argent? Si Joseph buvoit dans une tasse d’argent , dans quelle espèce de vases buvoit le peuple d’Egypte , surtout à la guerre , ou dans des voyages où les vases de terre étoient beaucoup plus exposés que dans les ménages ? Si les patriarches faisoient porter à leurs femmes des boucles d’oreilles et des bracelets d’or^ si les chefs des tribus d’Israël offroient au Seigneur des vaisseaux d’or et d’argent , quels ornemens avoient les femmes d’un ordre médiocre , et celles du peuple ? Quels vaisseaux olFroient au Seigneur les Israélites d’un rang moins élevé que les cliefs des tribus , et qui se distinguoient sans doute des gens d’un plus bas étage? La loi avoit ordonné d’offrir de l’or, de l’argent et du cuivre ) ce dernier métal étoit le partage de ceux qui ne pouvoient avoir des vaisseaux et d’autres meubles d’or ou d’argent, pour les offrir, et qui vouloient en avoir dans leurs ménages qui ne fussent point aussi fragiles que la terre , et qui imitassent ceux d’or on d’argent : il étoit devenu d’une nécessité indispensable , et il étoit regardé comme une partie des richesses d’un état ou d’une maison. Aussi Josiié eut-il grand soin àes vases de cuivre et de fer trouvés à Jéricho 'y aussi ce roi , qui envoya des présens à David , envoyat-il des vaisseaux de cuivre avec ceux d’or et d’argent y aussi David lui-même emporta-t-il beaucoup de cuivre d’une des villes d’Adazezer. Le cuivre , enfin , faisoit l’ornement des temples , des tables et des cuisines , comme celui des édifices remarquables. Il suppléait à l’or et à l’argent, avec lesquels on apprit bientôt à le mêler et à le combiner.

(i) OUas cci'eas , trnUas , tridentes , scyphos , mortariola , vasa in quibus rninisirubant.

Cn prétend , en elfet , que l’or dont Hiran fit présent à Salomon , étoit un mélange pareil au cuivre de Corinthe (i) • peut— I être aussi les armes des serviteurs du roi Adazezer étoieiit-eîles J d’un métal de composition , puisque des armes offensives d’or r, eussent été de bien j^eu d’usage , et que les autres armes ou -I l’armure des combattans eussent été d’un poids énorme? Ne peut- \ on pas en dire autant des colliers d’or destinés aux chameaux , et i dont Gédéon s’emj^ara , de meme que de la règle d’or dont Achan j s’étoit emparé , de meme enfin que de plusieurs autres usten- I siles, et d’autant mieux que l’Écriture se sert quelquefois du mot ' à' or pur (2) lorsqu’elle parle de l’or fin? Tout cela démontre de 1 plus en plus le grand usage du cuivre chez le peuple de Dieu.

I Seroit-il possible que Moïse , Salomon , et tous les Israélites , ' n’eussent point eu connoissance de quelques inconvéniens propres au cuivre ? Non sans doute 5 et il reste quelques traces des préservatifs qu’il paroîtque Aloïse avoit crus suffisans. Sa loi portoit que ; si le vase dans lequel on auroit fait cuire certains holocaustes que 1 les Lévites devoieilt manger , e/oz? de cuivre , il fallait le récu- \ rer et ensuite le laver. Cette loi , qui avoit aisément pu s’étendre J du sanctuaire dans les ménages particuliers, prouve, d’un côté,

J qu’on mangeoit des viandes cuites dans du cuivre; elle indique L aussi qu’on connoissoit l’importa*nce dont il est de bien nettoyer le cuivre. Or , dès que Moïse ne fit point contre le cuivre une loi \ rigoureuse qui en interdît l’usage domestique , peut-il y avoir des I législateurs modernes qui doivent aller plus loin ? 11 ne s’agit point I ici d’un fait simplement curieux et de théorie, sur lequelle divin ;i législateur ne daigna pas de s’expliquer ; il est question de préil server les hommes d’une sorte de poison journalier ; Moïse leur dit :

Tenez vos vaisseaux de cuivre propres , et vous n’avez rien a ;j craindre ; il n’v a donc rien à craindre , en effet , en prenant avec Ij attention les précautions convenables ; si ces précautions n’avoient <! point suffi, Moïse eût exposé le peuple de Dieu, lui qui étoit en îjtré dans les plus grands détails sur ce qui poüvoit regarder les ali- (irnens et tout le reste. Mais de l’ordre qui obligeoit de tenir les : vaisseaux de cuivre très-propres , découle naturellement l’atten- (ition qu’on doit avoir, et que les Israélites avoient apparemment , de ne point laisser refroidir dans le cuivre les différens mets qu’on y fait cuire ; les Israélites avoient celte attention , et voici ce qui Z lève toutes sortes de doutes à cet égard. Moïse, de meme que Salamon, avoit placé de grands vases de cuivre à l’entrée du 1 sanctuaire , pour y contenir l’eau destinée à laver les prêtres • il ^ n’est pas possible que ces mêmes prêtres, à qui la propreté étoit I tant recommandée , ne se trouvassent bientôt obligés à nettoyer le vert-de-gris qui se formoit dans ces vaisseaux ; ils ai^prirent à 1 connoître le temps qu’il falloit à l’eau pour se corrompre , et au i cuivre pour verdir; et , de proche en proche , on apprit dans les î ménages à distinguer les matières qui étoient plus ou moins sus-

(i) Encyclopédie , au mot Cxtivre,

' ('^0 imindissimo , aiiro purissimo.

ceplibîes de se gâter dans le cuivre , et de le verdir lui-méme ou de le dissoudre , de même que le temps qu’il falloit à ces matières et au cuivre pour qu’il en résultât du vert-de-gris dans les vases et du mauvais goût dans ce qu’ils contenoient. On parvint , par ce moyen , à des règles fixes , qui se sont transmises d’une génération à l’autre , et que les Israélites avoient peut-être reçues des Egyptiens. Ces règles sont et seront toujours les mêmes • elles etoient suffisantes aux Israélites , elles peuvent et doivent l’être pour nous , d’autant plus que nous avons la ressource de l’étamage, et qui, s’il peut être utile et nécessaire à notre négligence, à notre mollesse, à notre inquiétude et à notre minutieuse

noltronerie . etoit Simarflu nmir nr» ■npm'itp c»nçci Qrki'kl 1 rr n iQ once."

j)oltronerie , étoit superflu pour un peuple aussi appliqué , aussi soigneux et aussi scrupuleux observateur des rits et coutumes, que l’étoit le peuple juif, tant qu’il suivit exactement les lois qui lui avoient été imposées.

La maladie dont les Philistins furent attaqués du temps de Samuel , et qui semble ayoït été une espèce de colique ou de dyssentene hémorrhoïdale , avoit d’autres accidens que ceux qu’on, auroit pu attribuer à quelque poison , et nommément au cuivrer en considérant cependant les choses avec les préjugés de M. Dubois , on pourroit présumer que les Philistins , qui avoient parmi eux beaucoup d’ouvriers en métaux, et qui avoient, à cet égard , succède àTubalcain et à Béséléeffi s’étoient mal trouvés de l’usage du cuivre ^ ce qu’il y a de certain , c’est que si les habitans de Ville- Dieu-lez-Poëles avoient eu une maladie pareille à celle des Philistins , M. Dubois n’auroit pas manqué d’en accuser le cuivre.

Il est étonnant que ce médecin n’ait pas rappelé dans sa thèse un passage de l’biCriture , qu’avoit pris pour épigraphe , ou plutôt pour texte d’une dissertation contre le cuivre , un auteur qui avoit déclaré la guerre à ce métal avant le médecin de Paris. C’est l’endroit oh des jeunes gens qu’Élisée régaloit à Galgala, s’écrièrent avec autant de vivacité que d’élégance : Homme de Dieu , la mort est dans la marmite (i) ‘ ce passage auroit bien fait avec celui de M. Dubois, qui dit aussi fort élégamment, qu on se nourrit , à Hille-Dieu , de pain de cuiere (2) • il ne peut cependant être d’aucun prétexte , ni fournir aucun indice contre ce métal ; c’est ce qii’ii importe d’éclaircir en faveur de ceux qui se laisscroient séduire par l’application qu’a fait de ce passage un ennemi du cuivre.

On ignore si la marmite dont il est question étoit de cuivre ou de terre y on pourroit présumer qu’elle étoit de cuivre , et cela pour deux raisons : premièrement , parce qu’elle étoit fort grande. Mettez la grande marmite au feu (3) , avoit dit le prophète , qui vouloit faire apprêter à manger pour plusieurs personnes; c’étoit .sans doute celle dont on n’usoit que dans les occasions de marque, comme

cela se pratique encore dans les ménages ordinaires de

(i) Mors w ollâ , nnr Dei !

f) Æreo pane , 'luvitur.

i j>) Pone ollam grcinUetn,

nos carapagnes • en second lieu , parce que les prophètes etoient j)i ecisemeiît de la classe des citoyens dont la vaisselle étoit de cuivre , pour imiter celle des grands seigneurs , qui ëtoit d’or ou d argent, et parce qu’encore les prophètes avoient peut-être leur vaisselle comme celle dont les Lévites usoient dans le service de J arche : cela posé , on trouveroit aisément la raison du cri des entans du prophète à qui Elisée faisoit préparer à manger dans sa grande marmite : La mort est dans la marmite , \\ y a du poison, il y a du vert-de-gris! Mais quand même la grande marmite d’EIisee eut été de cuivre , ou que n’étant pas d’un usage journalier dans son petit ménage, elle auroit pu être enduite de vert-de-gns, d’autant plus qu’EIisee venoit de faire une assez longue absence , ce n’est pas au mauvais goût du cuivré qu’il faudroit attribuer le cri des convives ^ en effet , l’écriture apprend que le potage fut mauvais , parce qu’un jeune homme sans expérience avoit fait le bouillon a^^ec des coloquintes (i) ; ainsi le poison ou le mauvais goût contenu dans la marmite, ne venoit point de la marmite elle-même; elle contenoit du poison , parce qu’on en avoit misj d’oii il suit que l’application de Fauteur qui a pris ce passage , /n mort est dans la marmite, pour le titre de son ouvrage , n’est pas aussi heureuse qu’elle le paroît d’abord • elle est exagerée ou hors de sa place , comme cet apopthegme de M Dubois : On se nourrit,^ à Ville-Dieu, de pain de cuVre.

Il suit aussi de cette scène qui se passa dans le ménage d’un grand prophète ,. et dans laquelle il trouva le moyen de faire éclater la sainteté de sa mission , que nous devons être très-précautionnés dans nos maisons. W’allez point imprudemment confier votre vaisselle et votre pot au feu à des valets étourdis et sans expérience ; redoublez d’attention lorsque vous aurez fait quelque absence considérable , et lorsqu’il s’y agira de la grande mainnite , qui sert rarement, et seulement lorsque vous avez beaucoup de monde à traiter. Ayez vous-même l’œil à vos affaires, et qu’une sage et instruite ménagère aille présider à la cuisine , ou qu elle y fasse au moins de fréquentes visites : il en est peu qui soient aussi grandes daines que les Sara et les Rebecca qui rnettoient la main à tout dans leurs ménages , comme nos grand meres le faisoient , et comme cela se fait encore dans nos provinces, oh la maîtresse du logis (2) fait travailler ses domestiques et ses filles sous ses yeux , à la cave comme à la cuisine : elle instruit et forme elle-même ses chambrières j et , suivant l’ordre de Moïse, elle a soin àe faire bien récurer et la^er ses marmites-

ce qui est un moyen suffisant pour mettre toute la maison à l’abri du vert-de-gris.

Prenez garde surtout à ces pratiques funestes, qu’on n’apprend point dans les ménagés ordinaires et bien réglés par l’oeil du maître et de la maîtresse , mais qui ont pris naissance dans ces

et concidit in oUam,,. nesciehat

(i) Unus ex pueris... coUegit colocyntidas. enim qidd esset.

^ niaîfresse

cuisinés livrées aux esclaves , où règne , avec rorgueiîleiix attirail du luxe , un savoir perfide et ralliné ; s’il arrive à votre cuisinière de s’apercevoir qu’il s’est glissé du goût de cuivre ou du vertde-gris dans ses sauces , elle n’ira point masquer le cuivre , dont les alimens sont mêlés , avec des drogues particulières qui peuvent tromper votre goût, mais qui qui risquent de nuire à votre estomac : Elisée se fît apporter de la farine, qii il mêla avec la soupe pour en corriger le mauvais goût ^ si ce mélange eut un succès marqué (i) , ce fut un miracle par lequel le prophète voulut instruire ces jeunes gens. On ne sait pas encore un moyen naturel de corriger le vert-de-gris répandu dans une sauce ^ peut-être l’apprendra-t-on un jour , et sans doute il est plus court de s’appliquer à chercher ce moyen , qui ne doit servir que très-rarement , que de renoncer absolument aux vaisseaux de cuivre , qui sont d’un usage si fréquent et si commode. La science sera-t-elle donc perpétuellement bornée à nous faire apercevoir et à nous grossir les dangers?

Quant à la faute des enfans d’ïiéli, on ne sauroit la regarder ) comme une espièglerie, puisqu’ils troubloient le service divin : je crains bien que cette faute n’ait eu sa source dans un raffineiiient d’idées semblables à celles des ennemis du cuivre; ils ne vouloient’pas , disoient-ils à ceux qui offroient des viandes, les recevoir cuites de leurs mains , mais seulement crues, pour les faire cuire à leur façon (2) : ces jeunes gens commençoient à philosopher et à se gâter ; ils avoient peut-être ouï parler, parmi les prêtres dépositaires des sciences et chargés de nettoyer les vaisseaux pour les sacrifices , des mauvaises impressions que le cuivre peut faire sur les viandes lorsqu’elles y restent trop longtemps; iis craignoient quelque négligence de la part de quelquesuns du grand nombre de ceux qui venoient faire des sacrifices (3) ; ils pouvoient être rebutés et effrayés de leur malpropreté ; ils se grossissoient les objets , à force de raisonner ; ce qu’il y a de certain , c’est que l’excès du scrupule et de la crainte , au sujet des vaisseaux de cuivre , auroit pu leur servir de prétexte , les induire à prendre le parti qu’ils prenoient , et que les ennemis du cuivre ne pourroient encore aujourd’hui désapprouver entièrement*sans renoncer à leurs principes, ou du moins sans leur donner quelque entorse.

Mais l’Écriture nous apprend combien peu de fond il y a à faire sur ces idées si raffinées; elle se contente de recommander la propreté lorsqu’on se sert de vaisseaux de cuivre ; les détracteurs de ce métal ont-ils bonne grâce à prétendre aller plus loin ? Il seroit à souhaiter que ce divin livre nousffiistruisît autant sur les autres points de médecine que sur ce qui regarde l’usage du cuivre. Cependant , disons-le , puisque l’occasion s*en présente , on trouve dans l’Écriture bien des préceptes de médecine fort importuns ,

(i) Farinam misit in ollam... et non fuit amplius quidquam amaritudinis in oUa.

(a) Da ntihi carnem ut coquain sacerdoti... non accipiam a te carnem coctam.

(tj Sic favebat unWerso ïsraeii 'vementium in Silo.

e.t sur lesquels on a passé trop légèrement , quoiqTou ait fait riiistoire des maladies dont il y est fait mention.

Les vases sacrés, et notamment les calices, ont été faits dans î’église chrétienne, d’or, d’argent ou de vermeil; elle a quelquefois mis en usage les vases de verre , qu’elle a proscrits ensuite , peut-être d’après ce qui arriva à saint Athanase , patriarche d’Alexandrie; nous ne pouvons nous empêcher de le rapporter ici , puisqu’on a dit de ce grand saint , que si on rencontre quelque irait qui le regarde , il le faut écrire sur ses habits si on manque de papier. Un homme que saint Athanase avoit démasqué , lui suscita, parmi ses confrères, des ennemis, qui s’unirent ensuite à d’autres ; ils accusèrent le saint d’avoir fait mourir quelqu’un dont on produisoit la main ; l’accusation éloit énorme , et la preuve contre l’assassin paroissoit sans réplique , à des yeux qui cherchoient un coupable , avant de savoir s’il y avoit un crime; mais le prétendu mort se trouva vivant, et il montra ses deux mains en fort bon état. Quelle fut la confusion des ennemis du saint! Ils se retournèrent d’une autre manière; et pour s’assurer de' la possibilité d’un corps de délit, ils accusèrent saint Athanase d’avoir cassé ou fait casser un calice de verre , fort loin de l’endroit oii se faisoit la dénonciation , et long -temps avant qu’elle se fît : l’accusation tomboit d’ellemême (i); mais la chose étoit possible; et l’accusé ne pouvoit prouver évidemment qu’il n’y avoit point eu de calice cassé , comme il avoit prouvé que le prétendu mort n’avoit pas été tué , et que sa main n’avoit pas été coupée. On fit beaucoup de bruit dans l’assemblée; on nomma six commissaires, dont les recherches et le rapport ne sont point parvenus jusqu’à nous; le monde entier retentit de l’histoire du calice de verre cassé, que chacun ornoit à sa guise, et sur laquelle on ne cessoit de crier , de toutes parts , au crime , à l’indécence I Le rôle que chacun joue , en pareil cas, est assez connu; l’air grave que les uns prennent, Tes propos que les autres tiennent, les doutes que les autres sèment, jusqu’aux gestes des acteurs de ces scènes, tout est su, tout est deviné : les accusateurs, qui avoient résolu de former de cette affaire une affaire de corps , virent avec douleur que la plus grande partie des membres ne prenoient pas le change : les corps sont trop sages pour se porter à des excès; enfin , l’affaire fut portée devant l’empereur, qui daigna s’expliquer en faveur de Lac- : cusé. Tout cela nous faisoit dire ci-dessus que l’église défendit : dans la suite, l’usage des calices de verre, peut-être d’après l’affaire suscitée à saint Athanase. Si les calices eussent été de cuivre I ils auroient pu servir de prétexte à l’accusation d’empoisonne»

! ment; malheur alors à saint Athanase ! ses accusateurs auroient i pu essayer de faire passer des possibilités pour des faits , des idées Trnaginaires pour des réalités; comment l’accusé auroit-il prouvé r qu’il n’avoit point fait avaler du vert-de-gris à quelqu’un , par ï exemple à un malade qu’il auroit administré, et qui seroit mort?

I (i) Etsi hr^c cahanma ipsa ^uavanitote corrueret. Annales ecclesiaslici Baronü , auu. Ciiristi J35.

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RECHERGHES

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