CHAPITRE XL
Du *poiils Cfiii cmnonce les évacuations critiques clu ventre ^ ou
intestinal simple.
Le pouls intestinal simple est celui qui annonce et qui accom-” pagne ordinairement les évacuations critiques qui se font par le canal intestinal ; ce pouls subsiste aussi quelquefois , ainsi que les autres pouls critiques ^ après que les évacuations sont faites; ce qui n’arrive que parce que la crise n’a pas été complète pendant les premiers jours.
Les raisons de cette définition ne peuvent être bien entendues que par la comparaison de tout ce qu’il reste à éclaircir dans les suites de cet ouvrage ) il s’agit simplement ici de constater l’espèce de pouls qui précède les excrétions critiques intestinales qui terminent les incommodités et les maladies. On examinera ailleurs ce qui a rapj)ort aux excrétions symptomatiques.
Voici en quoi consiste la nature ou l’état du pouls intestinal critique : il est beaucoup plus développé que le pouls du vomis~> sement ÿ ses dix pulsations sont assez fortes , comme arrondies ^ et surtout inégales^ tant dans leur force que dans leurs intervalles , ce qui est tres-aisé à distinguer, puisqu il arrive presque toujours qu apres deux ou trois pulsations assez égales et assez élevées , il en paroit deux ou trois qui sont moins développées , plus promptes , plus rapprochées ^ et comme siihintrantes ; de là résulte une sorte de sautillement ou d’ explosion de V artere plus ou moins régulier ^ aux irrégularités de ce pouls , se joignent souvent des intermittences trés-remarquables . Il n est jamais aussi plein, aussi développé que le pouls supérieur : il na point nécessairement d’ordre marqué dans ses intermittences ^ c’est au contraire par son désordre qu’il se rend reconnoissable.
Solano a avancé que le pouls qui annonce le dévoiement est le pouls intermittent ^ cet auteur n’a fait attention qu’aux intermittences, et c’est avec d’autant moins de raison , qu’il n’est pas rare d’observer des dévoiemens critiques bien décidés, qui ne sont précédés et accompagnés que du pouls intestinal tel qu’il vient d’être décrit, sans qu’il y ait presque à’ intermittences .
Il est vrai que V intermittence du pouls est souvent suivie du dévoiement, mais cela n’arrive pas toujours; et V intermittence , jointe aux irrégularités , annonce plus cerîamement cette crise; c’est donc à ces irrégularités qu’il faut d’abord faire attention lorsqu’il s’agit de juger du pouls du dévoiement critique. Au reste , on fera voir en son lieu combien il yst important de distinguer ces irrégularités d’avec celles qui se trouvent dans les pouls compliqués avec le pouls éé irritation , car celles-ci ne sont pas toujours bien critiques (1). Il ne faut jamais perdre de vue que les pouls excréteurs critiques , dont il est actuellement question ^ sont toujours précédés d’un pouls bien développé,
(i) X.X.III et les suivrais.
Ol?s. XLT^IIJ. Un jeune homme d’une forte constitution , qui se trouvoit un peu incommodé , me demanda de lui tâter le pouls ; je le trouvai fréquent , fort , trhs-inégal , sautillant à peu près à chaque troisième pulsation ^ il j' avoit de temps en temps quel^ que pulsation à peine sensible , et tout près de former une Traie intermittence y ce qui me fit dire qu’il se passoit quelque révolution extraordinaire dans les entrailles ; il se trouva en effet qu’il avoit depuis la veille un léger dévoiement accompagné de quelques douleurs de colique ^ ce dévoiement dura près de trois jours , et se termina naturellement.
Un jeune homme d’une constitution délicate m’ayant demandé de lui tâter le pouls, je le trouvai fort irrégulier , inégal , sau-iillant y intermittent y tantôt de quatre en quatre^ tantôt de sept en sept pulsations : je parlai d’une disposition prochaine au dévoiement et d’un embarras d’entrailles y à quoi le jeune homme me répondit qu’il étoit vrai qu’il avoit eu le dévoiement , mais qu’il ne l’avoit plus depuis deux jours, étant dans l’usage de la rhubarbe prise à petites doses; je répondis que le dévoiement reviendroit , ce qui arriva en effet dès le lendemain; cette évacuation , qui fut fort abondante , et qui dura plusieurs jours , ne pouvoit être attribuée à la rhubarbe , puisqu’on en avoit pris très-peu : quoi qu’il en soit , le pouls annonçoit l’évacuation du ventre.
Obs. XLIX. Une fille âgée de dix-neuf à vingt ans , qui se trouve incommodée, a le pouls plein y inégal y vif y avec quelques intermittences fréquentes qui viennent irrégulièrement : j’annonçai un dévoiement prochain; cette fille assura que cela ne sauroit être , parce qu’elle étoit naturellement très-constipée ; le ventre s’ouvrit pourtant la nuit suivante , et il y eut onze évacuations.
Obs. L. Un malade attaqué d’une fièvre continue avoit eu pendant les neuf premiers jours le pouls très-serré y et de temps en temps un peu variable , surtout à la suite des remèdes ordinaires; vers le onzième, le pouls devint développé y plus élevé y inégal y sautillant avec quelques intermittences qui paroissoient tantôt après six y tantôt après neuf y tantôt après dix pulsations ^ il fut suivi , vers le quatorzième de la maladie , d’abondantes évacuations bilieuses , qui jusque-là n’avoient point été de cette qualité dans l’effet des émétiques et des purgatifs qui avoient précédé.
Cette crise dura trois ou quatre jours : je tâtai souvent le pouls dans cet espace de temps ; il gardoit à peu près le même ordre ; mais de temps en temps il s’ élevoit promptement , il sautilloit plus qu’à l’ordinaire ; cette élévation ou ce sautillement étoit constamment suivi d’une évacuation; ce qui dura jusque vers le vingtième , qui fut le terme de la maladie.
Cette observation sur le sautillement extraordinaire du pouls , qui annonce une évacuation très-prochaine , dans l’état du dévoiement critique , a été souvent répétée.
Obs. LJ. Un jeune homme très-vigoureux fut attaqué d’une
fièvre sans redoublemens bien marqués , et avec un violent mal à la tête ; le pouls fut serré et non critique , jusque vers le quatrième jour : alors il devint inégal , les pulsatiom étoient tantôt dures , tantôt molles ^ on cairoit ditcjuilj avoit daris V artère une sorte de nceud qui la rendait plus saillante dans de certaines pul~ sations que dans d’ autres ’ il f aooit surtout quelques intervalles trh s-consi dérables . Je jugeai qu’il y auroit des évacuations bilieuses j elles arrivèrent en effet du sixième au neuvième, et elles dégagèrent la tête , ce que deux saignées du pied et l’émétique îi’aVoient point opéré ; le pouls redevint souple et à peu près égal vers le dixième jour; le malade entra en convalescence vers le quatorzième , après avoir pris un léger purgatif placé dans un temps où le pouls étoit redevenu intestinal.
Obs. LU. Un malade au cinquième jour d’une fièvre putride , pour laquelle 011 a fait trois saignées et donné l’émétique , a le pouls intestinal .* il y a deux ou trois pulsations fortes et assez égales , V artère s élève ensuite . comme en sursaut, et paraît , dans cet instant, rouler pour ainsi dire sous le doigt : le malade prit au septième jour deux onces de manne et deux gros de sel d’Epsom , qui produisirent vingt-trois évacuations très-bilieuses , et la. maladie se termina bientôt après.
Un vieillard qui se sentoit depuis deux ou trois jours très-abattu , fut attaqué d’une fièvre qui commença par un violent frisson* le pouls , qui étoit tr'es-cojicentré les premiers jours , se développa vers le sixième , le lendemain il devint inégal , comme tremblotant avec quelques intermittences irrégulières ) le ventre grouilloit beaucoup , le malade avoit d’inutiles et fréquentes envies d’aller : pour déterminer les évacuations que le pouls annonçoit , on donna deux onces de manne qui purgèrent abondamment , le pouls se releva ensuite, il àey'mt pectoral yqys le onzième, et la crise s’acheva par l’expectoration.
Obs. LUI. Le pouls devient intestinal , d' est-à-dire , irrégulier, arrondi , intermittent à peu près à chaque quatrième pulsation , vers le sixième jour d’une fièvre continue^ le malade, qui étoit jeune et bien constitué , eut un dévoiement critique qui dura pendant trois jours ^ cette crise vint à la suite d’un trèsléger purgatif qu’il avoit pris le septième. Il est bon de remarquer que le malade rendit près de trois aunes de ver solitaire ^ le pouls ayant repris son égalité vers le douzième , la maladie fut bientôt terminée.
Obs. LIJ^. Fièvre assez forte dans un homme vigoureux ; le pouls fut depuis le deuxième jour interjni ttent k ch3i^[ue huitième pulsation , irrégulier et sautillant ^ il se développa et devint plus fréquetit vers le neuvième; le malade eut ce jour-là un dévoiement abondant, et dès le douzième jour de la maladie le pouls fut presque rétabli dans son état naturel.
Obs. LV. Douleurs de coliques, avec le pouls fort irrégulier et intermittent à chaque dix ou douzième pulsation ; ces douleurs
spo
se terminent par des évacuations très-abondantes du quatrième au septième , et du septième au onzième jour de la maladie.
Obs. LVJ. Fluxion de poitrine avec crachement de sang dans un vieillard; le pouls reste convulsif et indécis jusque vers le douzième de la maladie , et dans cet intervalle il n’y eut presque
Î>oint d’évacuations , malgré l’usage de quelques légers purgatifs; e pouls se développe alors, il devient dur, inégal, irrégulier, sautillant , les évacuations bilieuses sont annoncées, et elles sont fort abondantes vers le quatorze ; le pouls change ensuite , il devient pectoral, les évacuations du ventre cessent , les crachats sont abondans et comme purulens; ils terminent la maladie.
Obs, LJ^II. Un jeune homme robuste est attaqué d’une fièvre continue avec une bouffissure de tout le corps, et un gonflement si considérable de la langue, qu’elle sortoit hors de la bouche; le pouls est dur, plein, égal , rebondissant presque à chaque pulsation ; il y a du saignement de nez du six au dix de la maladie ; le ventre, pendant ce temps-îà, demeure resserré, malgré un usage journalier d’apozèmes purgatifs ; vers le onzième le pouls chan'ge presque subitement : il se développe médiocrement , ses pulsations sont inégales, et surtout à des distances tres-dijférentes ^ il y a même quelques légères intermittences / vers le quatorzième jour il survient un dévoiement considérable , qui cependant ne termine pas la maladie.
Obs, LT^III. Fièvre continue, qui avoit pour principal accident une douleur vive du côté droit depuis l’aine jusqu’aux fausses côtes; malgré plusieurs saignées et l’usage des potions huileuses, le pouls demeura concentré , vif, convulsif, et le ventre trèsresserré pendant les cinq premiers jours de la maladie : vers le sixième , le pouls devint plus plein , moins égal , quelquefois intermittent , et ilj avoit des pulsations qui paroissoient subintr antes; du dix au onze, il survint des évacuations bilieuses fort abondantes , entretenues par de légers purgatifs , et la maladie fut ainsi terminée en peu de jours.
Obs. LIX. Une femme , après des couches dont toutes les suites paroissoient se bien passer, mangea un potage le quatrième jour; dès le soir même elle eut un frisson ; le pouls étoit vif et serré pendant le frisson ; il se développa un peu pendant la chaleur, et îe lendemain il devint dur, irrégulier , intermittent ; le ventre se bouffit ; la malade rendit naturellement le sixième jour une quantité prodigieuse de matières bilieuses et laiteuses ; le pouls se remit peu à peu vers le neuvième , et le lendemain le cours des vidanges fut rétabli.
Obs. LX. Un homme de complexion délicate, qui cependant paroît jouir d’une bonne santé, a depuis trois .ou quatre ans une excessive liberté de ventre , au point d’aller ordinairement trois ou quatre fois par jour; il s’est aperçu lui-même que toutes les fois qu’une évacuation se prépare , son pouls s^éleve , sa chaleur fiugmente ; il sent une révolution générale dans toute la machine; |e pouls est habituellement serré et un peu intestinal, il se déve^
SUR LE POULS. agi
loppe cîe temps eti temps, il devient inégal, sautillant , il jr a des pulsations qui sont fort éloignées les unes des autres , d’autres sont si près que l’une n’attend pas Vautre , et cette révolution du pouls est constamment suivie d’une évacuation , après quoi le pouls se remet dans son état ordinaire.
On trouvera à peu près les mêmes phénomènes dans presque tous les dévoiemens critiques, comme on Fa déjà vu dans l’observation L.
Mais il y a des maladies accompagnées de dévoiement oii le pouls est si convulsif , qu’il ne peut presque point obéir aux déterminations propres à le rendre intestinal ^ ces évacuations sont presque toujours symptomatiques. {J^oj. chapitre XXÏII et les suivans. )
Au reste , les occasions de faire des observations pareilles à celles qu’on vient de rapporter sont si communes , que tout praticien peut aisément les vérifier en peu de temps ; la proposition qui fait le sujet de ce chapitre peut être établie d’une manière à lais» ser peu de doutes. M. Nihell a laissé d’excellentes remarques sur le pouls intermittent.