‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 60 sur 96 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Du pouls simple du foie.

Quelques historiens rapportent que les médecins chinois y qu’on dit être dans l’usage de juger des maladies par les divers états du pouls , assurent qu’il y a un pouls particulier pour Iç foie (i) ; c’est ce qui a principalement donné l’idée d’examiner s’il y avoit réellement un pouls hépatique , sans chercher s’il étoit tel que les médecins chinois l’ont décrit , parce que ce qu’ils ont dit à cet égard ne mérite jaas attention.

J’ai trouvé que les içtériques ont un pouls qui leur est projare ; ïl est à la vérité difficile à reconnoître d’abord y mais il devient

(5) Histoire des Chinois.

pins marqué lorsqu’il commence à se faire dans le foie quelque mouvement critique; et ce qui est très-remarquable, c’est que ce caractère particulier du pouls se montre beaucoup plus sensiblement du côté droit que du côté gauche.

Ce pouls est évidemment inférieur ^ après le stomacal ^ il n’y a point de pouls critique aussi concentré ; il n’a ni dureté ni roideur, il est inégal ^ et cette inégalité consiste en ce que deux ou trois pulsations inégales entre elles , succèdent à deux ou trois pulsations parfaitement égales , et qui semblent souvent natu-~ relies.

Ce pouls est moins fort, moins brusque que celui de la matrice, et encore moins vif, moins irrégulier que V intestinal : on ne le trouve jamais rebondissant , à moins qu’il ne soit compliqué avec quelque autre espèce de pouls critique , à laquelle le rebondisse^ ment soit nécessairement joint.

Mais ces marques qui caractérisent exactement le pouls hépa’tique, ne suffisent pas pour le faire reconnoître facilement; il est si souvent compliqué avec d’autres espèces de pouls critique , principalement avec le stomacal et V intestinal , que les occasions de le trouver avec son caractère simple sont fort rares , excepté le moment dans lequel là crise du foie se détermine parfaitement.

Il faut d’ailleurs observer qu’indépendamment de la jaunisse , le foie est sujet à plusieurs sortes d’embarras , qui ne peuvent manquer de produire dans le pouls des changemens qui tiennent du caractère hépatique. Lorsque ces embarras ne se trouvent pas être supérieurs à Fenort critique , les changemens du pouls suivent à peu près le même ordre que dans les jaunisses , c’est-à-dire , que ces changemens sont peu reconnoissables dans les commencemens , et beaucoup plus marqués à proportion du progrès de la crise.

Le pronostic d’une jaunisse critique , que Solano dit avoir fait par le pouls , est fort remarquable. « Ce médecin vojoit , avec deux » ou trois célèbres praticiens de Madrid , un malade qui tomba I» dans une mélancolie opiniâtre , causée par le chagrin qu’il » conçut d’être louche. Solano aperçut le pouls de la sueur, qu’il » appeloit inciduus » , (et qui n’est qu’une gradation de deux ou trois pulsations qui vont en augmentant; ) c’étoit « après chaque » vingtième diastole, avec une tension considérable à l’artère; ce »> pouls revenoit ensuite régulièrement entre la septième et la » huitième pulsation. Solano dit alors que la crise approchoit; et >♦ par la dureté du pouls, et quelques autres circonstances de la » maladie , il jugea et pronostiqua ouvertement que ce seroit une » jaunisse ; le malade devint en effet tout jaune du troisième au >* quatrième jour depuis le pronostic ».

M. Nihell remarque que « Solano connut bien , par la dureté du » pouls , que cette crise ne seroit pas une sueur ; mais il ne dit pas , *» ajoute M. Nihell , ce qui le détermina à assurer que ce seroit » une jaunisse , à moins que , comme il survint au malade , trois^ » jours avant la crise , une douleur et une tension aux hypo- * condres , Solano ne jugeât que cette maladif ne se termineî oit

zgS RECHERCHES

î) pas par la diarrîiee , le vomissement , etc. , parce que le pouls 5) annonçoit une autre espèce de crise , et que la jaunisse ne pou- » voit être regardée que comme une conséquence naturelle de 3) l’état de la maladie ».

Oi?s. Un hypocondriaque rend des urines rouges ,

chargées^ le ventre est un peu gonflé , le malade est tourmenté de flatuosités ; il y a des grouillemens considérables 3 le pouls devient intestinal bien décidé , la bile coule • il y a des évacuations copieuses jusque vers le sixième jour, que le malade fut vivement affecté d’un chagrin qu’on lui causa 3 le j)ouls devient fort concentré , il perd beaucoup de son ressort , et il n’est presque plus inégal les urines sont claires, le ventre s’arrête , les grouilleîîiens sont suspendus, et, vers la fin du septième jour , le malade devient extrêmement jaune par tout le corps 3 le pouls reste dans le même état de constriction et de faiblesse jusque vers le onrième de la maladie 3 il redevient intestinal ÿ la bile coule abondamment avec le secours de quelques légers purgatifs , et la maladie est terminée.

Oh s. LXIX. Un jeune homme qui a du chagrin tombe dans un abattement singulier 3 il se plaint d’un bouleversement générai qu’il dit se faire dans ses entrailles 3 le pouls est inférieur être déterminé à aucune excrétion 3 dans cét état, le malade mange I^eaucoiip et se donne une indigestion qui se termine par des voiiiissemens 3 le pouls, qui a paru convulsifs stomacal pendant le travail de l’indigestion , est le lendemain plus tranquille y égal , mieux réglé qu’il ne î’étoit avant le vomissement 3 le ventre est resserré 3 les urines coulent peu , et deux jours après cette indigestion l"e malade devient très-jaune en peu d’heures.

Le pouls annondoit un embarras dans le bas-ventre avant l’indigestion 3 cet embarras, qui anroit du naturellement être suivi d’évacuation , ne le fut point 3 l’indigestion suspendit l’effort des entrailles 3 elle changea le pouls : si l’on avoit fait attention à ce changement , et qu’on eut jugé que les matières qui ne s’étoient pas évacuées par les voies ordinaires dévoient devenir une cause d’irritation qui ne pouvoitque changer l’ordre de l’action des viscères , auroit-on pu légitimement soupçonner qu’il arriveroit une jaunisse ?

Obs. LXX. Abattement général , embarras d’entrailles , pesanteur de tête, fièvre dans un vieux goutteux 3 le pouls est tres-dé^ rangé les deux premiers jours, les pulsations sont inégales , mais le pouls n’est pas exactement intestinal ^ son irrégularité est us CMdente du coté droit que du côté gauche : quoiqu’il n’y eût ni douleur ni tumeur du côté du foie, je jugeai néanmoins qu’il étoit fort à craindre qu’il ne se formât quelque embarras dans ce viscère 3 le malade fut saigné du bras , et on le mit dans l’usage d’apozèiiies faits avec des plantes nitreuses 3 ce qui n’empêcha pas qu’au quatrième de la maladie le malade ne devînt jaune par tout le corps 3 vers le neuvième, le j^ouls se développe, il est beaucoup plus inégal : il devient intestinal bien déclaré , et la

SUR LE POULS. 2c)7

maladie se termine par de copieuses évacuations que produisent quelques légers purgatifs.

On voit par cette observation , que dans l’état où se troiivoit lô pouls du côté droit au troisième jour de la maladie , on auroit pii prédire une jaunisse.

Obs. LXXI. Un jeune homme âgé de quinze ans avoit depuis son enfance un embarras marqué à la rate; il se plaignoit de temps en temps de douleurs très-vives dans l’iippocondre gauche; le pouls gauche étoit ordinairement , et surtout dans les paroxysmes de cette douleur, plus irrégulier y plus vif, plus tendu que celui du côté droit.

11 est à présumer que les variations que l’action de la rate opère sur le pouls , doivent être rapportées à la classe du pouls d’irritation^ cependant, si la rate forme un réservoir particulier pour le sang, ce réservoir fait vraiseinblablemenl , lorsqu’il se vide ou lorsqu’il se remplit , des changemens sur le pouls; ces changemens, lorsqu’on sera parvenu à les bien déterminer, serviront à caractériser le pouls simple de la rate , que je n’ai pas eu occasion d’observer assez pour en bien connoître les signes distinctifs.

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