‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 63 sur 96 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Du pouls qui annonce la sueur critique.

Tl est décidé par les auteurs anciens et modernes , que la sueur critique est précédée du pouls plein , souple ^ ondulant : ce pouls paroît être le seul pouls critique décrit par Galien, qu’on s’est longtemps contenté de copier, sans faire des efforts pour aller plus loin que lui , et que les modernes ont trop négligé au sujet de l’histoire du pouls.

Solano soutient que le pouls qui annonce la sueur critique , et qu’il nomme inciduus , est celui « dans lequel deux pulsations, » trois ou quatre tout au plus, s’élèvent non-seulement au-dessus » des autres , mais aussi , par degrés , chacune au-dessus de la pré- » cédente - la seconde au-dessus de la première, et ainsi de suite, » jusqu’àla quatrième inclusivement^ car Solano n’a jamais observé î> plus de quatre pulsations consécutives de cette sorte. » M. Niheli ii’a jamais observé le pouls inciduus.

Ce pouls inciduus paroît être différent de V ondulant , avec lequel le pouls pectoral simple se trouveroit avoir plus de rajiport.

On pourroit inférer de là , que les cas où les anciens ont trouvé le pouls ondulant, étoient des cas compliqués d’un double mouvement critique , qui tendoit en même temps à l’excrétion des crachats et à celle de la sueur.

En effet , le mélange du pouls pectoral HYec celui de la sueur n’est pas rare; aussi n’est-il pas rare de voir des malades qui crachent et qui suent abondamment en même temps : mais il n’est question ici que du pouls simple de la sueur.

Ce pouls, lorsqu’il est bien critique, est constamment plein ^ souple , développé , fort ; il a tant de rapports avec le pouls supérieur , qu’à moins d’une attention particulière , ou d’une grande habitude d’en juger, il est diiiicile de ne pas les confondre; il est au contraire très-rare de le trouver joint au pouls inférieur ; aussi les anciens mettoient-ils la rougeur de la face , qui indique le transport des huineurs vers les pa^’ties supérieures , parmi les signes les plus certains de la sueur.

Le développeinent qui est un caj-actère du pouls de la s’nen/’ critique , est prouvé même par les observations de Solano. 11 dit ayoir trouvé le pouls de la sueur mou j cette mollesse n’est auti e chose que le développement C[\\i , ainsi qu’on l’a dit en son lieu, est un signe propre à tous les pouls critiques.

SUR LE POULS. 3oS

Voici la clescription du pouls critique de la sueur. Lorsque le pouls est plein f souple , deueloppe ^ jort , qii à ces modifie citions se joint une inégalité dans laquelle quelques pulsations s’élk-^ vent au-dessus des pulsations ordinaires , et ■vont en augmentant jusqu à la dernière , qui se fait distinguer par une dilatation et en meme temps une souplesse plus marquée que dans les autres pulsations , il faut toujours attendre une sueur critique.

Il est dit dans cette description, qu’il j a quelques pulsations qui s elevent au-dessus des autres ^ et qui 'vont en augmentant Solano a borné le nombre de ces pulsations ainsi graduées à celui de quatre, et communément on n’en trouve que deux ou trois. Un auteur plus moderne que Solano, et cité dans la préface, dit avoir obsei\ e plii-s de cinq élévations graduées ce sur quoi il faut attendre la décision des observateurs.

On né saiiroit trop répéter que la première condition du pouls critique de la sueur est d’étre développé , dilaté , et surtout assez égal dans les intervalles des pulsations ; car il j a des pouls compliqués , dans lesquels deux ou trois pulsations sont plus fortes que les ordinaires , et où il semble qu’il y ait quelque sorte de gradation , sans que ces pouls soient suivis de sueur • mais dans ces cas il y a une roideur , une tension, une sécheresse considérable de l’artère, timd cpé on sautillement et une inégalité ‘ésnis, les dU stances des pulsations , qui ne se trouvent point dans le pouls simple de la sueur critique.

W n’y a pas beaucoup de sueurs bien critic|ues , elles ne sont le plus souvent que symptomatiques. Hippocrate a prononcé que U les sueurs promptes et violentes , celles meme qui arrivent aux » jours critiques , sont dangereuses , ainsi que celles qui sortent î) du front en manière de gouttes, et les sérosités saillantes fort » froides et en quantité ; car il faut nécessairement que de telles w sueurs soient faites avec beaucoup de violence , par un travail » excessif, et par une longue expression (i). » On trouve toujours, en ces cas— la , le pouls de la sueur complique avec celui éé irritation.

Quant aux sueurs symptomatiques , u celles qui coulent toujours , » dit encore Hippocrate , font juger que le corps abonde en liu- » meuis, et qu il faut évacuer (2). La sueur qui survient à un » fébricitant sans que la lièvre cesse , est un mal , parce quelle » signifie que la maladie sera longue (3). » Il ne faut pas clierciier dans ces sueurs tous les signes des sueurs critiques.

Solano prétend qu’il ne trouvoit pas le pouls inciduus dans les sueurs qui arrivent a la fn des accès de fi'evre intermittente : cette réglé n est pas geneiale , car Je pouls de la sueur se trouve quelquefois dans les derniers accès de fièvre , c’est-à-dire sur la Sn de la maladie.

Les sueurs critiques arrivent aussi dans les maladies aiguës et continues , sui la fin , ou du moins dans des jours marqués par

(1) Aplior. 4 , sect. 8.

(2) Idem 61 , sect. 4.

(3) Idem 56 , sect. 4.

3o6 RECHERCHES

les signes dlune bonne coction ( i ) • elles sont précédées d’une especé singulière de tremblement et de la suppression des urines (2) , qui , selon Avicenne , sont en ces cas-là 7'ouges et fort enflam^ mées : ces espèces de sueurs ne manquent jamais d’être précédées et même accompagnées du pouls critique qui leur est propre.

On trouve à peu près le même pouls dans l’éruption favorable de la rougeole et de la petite-vérole, excepté qu’il n’a pas toutà-fait le même degré de mollesse ; car quoic[ue le pouls soit ordinairement non critique au commencement de ces maladies , il se développe bientôt lorsqu’elles sont bénignes : il est fort ordinaire de trouver alors le pouls de la sueur qui indique le transport des humeurs vers la surface de la peau ; cependant il y a toujours une tendance marc|uée au rebondissement , qui se change, pour ainsi dire , en oïidulation dans le cas d’une éruption favorable ; c’est ce qui montre parfaitement le rapport du pouls de la sueur avec le poufs supérieur auquel il se trouve souvent joint.

Plusieurs auteurs célèbres ont avancé que quelquefois « le mouj# veinent tonique vital paroît se déterminer de l’intérieur du » corps à l’extérieur, et réciproquement de l’extérieur à l’inté- »> rieur (3) » ; c’est de ce changement qu’il faut déduire le tremblement et le resserrement qui, suivant Hippocrate, précède la sueur 'y la chaleur qui survient après le frissonnement est une preuve que les viscères se sont dégagés de la surabondance d’humeurs dont ils se trouvoient chargés pendant le resserrement.

C’est vraisemblablement à la faveur de ces principes qu’on parviendra à découvrir les causes particulières des divers changemens du pouls dans toutes les excrétions critiques.

Obs. LXXXJ^ I. Une fdle fort âgée est sujette à suer toutes leé nuits depuis plus de dix ans : elle a une si grande disposition à la sueur, que pour yieu qu’elle approche du feu, ou qu’elle soit couverte dans son lit, il lui vient tout d’un coup des sueurs abondantes; la seule vue du soleil, un ravon même qui tombe sur sa main , et les lumières dans une chambre fermée lui excitent d’abord la sueur y il faut qu’elle soit toujours dans l’obscurité et presque point couverte dans son lit ; son pouls est ordinairement plein, fort, assez égal ^ dès qu’elle sent une augmentation do chaleur, ce qu’elle appelle sa sueur qui vient, le pouls devient plus plein , plus souple , inégal ; c’est-à-dire , qu il j a deux pulsations beaucoup plus élevées que les autres ; plus ces pulsations reviennent souvent, et plus la sueur est prochaine et abondante.

Semblable à des intestins dans un état de dévoiement, la peau de cette fille est toujours dans une disposition prochaine à la sueur, souple ^ onctueuse ; le pouls plus ou moins mou, plein ^ dilaté ; les urines sont en très-petite quantité et rendues difficilement ; le ventre est fort resserré : ce qui indique que cette sueur tient beaucoup de la sueur critique.

(1) Hipp. Aphor. 36 , sect. 4-

(2) Idem , Epid sect. i, liv. 6.

(3) lîofftnanu. Mcdec. rais. T. Ht, sect. x, cbap. G. Voyez Stali] ^ Thèse de.s eaux. d’Aquitaine , etc.

Obs. LXXXKIL Sueurs abondantes toutes les nuits depuis fort long-temps dans un homme âgé de quarante-cinq ans; il croit avoir remarqué que de deux nuits Tune sa sueur est plus considérable. Il lui arrive souvent, en entrant dans son lit, une sorte de frisson et de tremblement par tout le corps ; ce frisson lui dénote que sa sueur sera très-abondante.

Le pouls est habituellement assez dilaté ^ égal , lent : néanmoins V artere parolt a\’oir quelque tension , et cette tension cesse aux approches de la sueur : alors le pouls devient plus plein, plus fréquent : on sent tres-souvent des pulsations plus éleuées que les autres : ilj en a quelquefois deux , quelquefois trois qui s élevent par gradations . Cet état du pouls subsiste jusqu’au déclin de la sueur*

Lorsque la sueur est moindre qu’à l’ordinaire , le pouls n’est pas à beaucoup près aussi dilaté , aussi souple ^ et il y a moinâ de pulsations élevées par-dessus les autres.

Obs. LXXXVJJI. Un homme , âgé de vingt-six ans , et qui paroît bien constitué, est attaqué d’une fièvre continue^ il a le pouls rebondissant presque à chaque pulsation dès le premier jour , et ce jour-là meme il fut saigné trois fois du bras ; cela n’empécha pas que le soir il ne saignât du nez. Le lendemain le visage est très-rouge, le pouls trei-plein , moins dur , et point rebondissant : on fait une saignée du pied. Vers le soir du quatrième jour le malade est fort agité et fort inquiet ^ il sent des bouffées de chaleur qui lui montent à la tête.

Le pouls est plein , vigoureux , souple ^ on sent des pulsations beaucoup plus pleines , plus molles les unes que les autres : et le lendemain , à l’entrée du cinquième jour, le malade est ea sueur ; le pouls est encore plus plein, plus mou ^ il y a plus souvent des pulsations élevées : la sueur dure deux jours consécutifs;; elle est universelle , très-grasse , fétide ; le pouls se soutient dans le même état pendant ce temps-Ià , les urines ne coulent presque point; le ventre ne s’ouvre que vers la fin du septième jour , et alors le pouls est devenu intestinal : on donne au huitième un i léger purgatif , qui réussit bien , et le malade entre en convales-^

I cence.

Obs. LXXXIX. Fièvre continue avec redoublemens ; le pouls I est plus ou moins convulsif, non critique , pendant les douze pre- ; miers jours ; il y a de temps en temps , dans cet intervalle, quelr ques légers rebondis seinens le malade saigne du nez en petite r quantité et à plusieurs reprises ; le pouls se développe vers le f quatorzième jour , il devient égal , mou ^ on y découvre quelques \ pulsations plus élevées : ces pulsations sont plus fréquentes du i quinze au seize ; j’annonçai la sueur pour le dix-huitième, ou le j vingtième; elle parut en effet, et dura jusque vers le vingt- ( unième , que le pouls devint intestinal : on donna les jours suij vans quelques légers purgatifs , et au vingt-cincj la maladie fqt

{ terminée.

Obs. XC. Fluxion de poitrine avec le pouls éé irritation bien i marqué , et crachement de sang au quatrième jour : le pouls se

SI

3oS RECHERCHES

développe au sixième , il s'étend et se ramollit .• il y a ües pulsations plus élevées les unes que les autres , qui me parurent d’abord tenir du pouls redoublé : j’annonçai les crachats , au lieu desquels la sueur se déclare au septième 3 elle est fort abondante jusqu’au neuvième : la maladie est terminée le onzième par des évacuations du ventre , précédées du pouls qui les annonce , et qui furent aidées par un purgatif placé sur l’indication du pouls.

Je n’avois pas remarqué , faute d’une suffisante attention , en annonçant la crise par les crachats , que le pouls étoit plus tourné à la sueur qu’à l’expectoration , ce dont je fus convaincu pendant que la sueur dura 3 car le pouls/«^ toujours plein , mou , et il j avoit fi^éqiiemment des pulsations élevées au-dessus des autres, et qui étaient tantôt deux à deux , tantôt trois à trois.

Obs. XCI. Plusieurs rougeoles , dans lesquelles le pouls est au temps de l’éruption mou , plein , avec des pulsations plus élevées \ que les autres 5 les malades suent assez abondamment , à propor- j , tion que l’éruption rougit et s’étend davantage. ^ |

Le pouls a paru moins souple , moins plein , moins dilaté , dans ! les rougeoles dans lesquelles la toux a été opiniâtre ^ il étoit encore 'pXnsvif, plus serré , irrégulier, sautillant dans celles où il y avoit j lin dévoiement considérable : enfin dans celles où il y a eu un sai- r gnement de nez , le pouls a été rebondissant : et il y en a eu de > malignes, ou opiniâtres, dans lesquelles l’on a distingué le pouls | nasal , V intestinal avec des intermittences , et le pouls de la ^

sueur qui se suivoient d’assez près. . . . '

Dans les rougeoles où il est arrivé que la crise s’est faite princi- [ paiement par l’expectoration , elle n’a pas manqué d’être annoncée | par le pouls pectoral simple ou compliqué.

On a observé les mêmes variations et complications dans le pouls .j des petites-véroles bénignes, dans lesquelles il est fort ordinaire d de le trouver , apres l’eruption , dans un état de souplesse etd égalité jusque vers le onzième ou le quatorzième jour; alors le pouls . devient de lui— meme nasal ou guttural ^ il est suivi d excietioiis j muqueuses et même sanguinolentes par le nez; ou bien il devient irrégulier et intestinal , quand les évacuations du ventre teimi-»'’

lient la maladie. ^

Petite-vérole confluente, dans laquelle l’éruption se faisoit oif-ficilement ; la tête fut prise vers le septième jour ; le pouls devint . X,Yés—convulsiJ^i on fit une saignee du pied , le pouls demeura sei je,. et la tête également embarrassée : on appliqua des vésicatoires aux. jambes , et on imagina en même temps de mettre au malade une^ chemise d’un autre , dont la petite-vérole étoit en pleine suppu-ration. Cette chemise , qui étoit imbibée de pus en plusieurs eii-droits , se colla à la peau du malade ; au neuvième jour les vésicatoires ayant assez bien mordu , le pouls se développa , et devint:! bientôt rebondissant : il y eut le soir même un saignement de nez. | Le lendemain le pouls ne fut plus l'ebondissant , il 1 esta nean-» ■ I moins assez dilaté , il fut inégal avec quelques pulsations fort ele-~ Sr'ées ^ mais il étoit fort lent et d une extreme mollesse .* on eut l

rèCôurs à des potions cordiales , la peau paroissoit s^assoiiplir et s’humecter, la tête restoit toujours dans le même embarras: vers le soir du onzième jour le malade eut un violent frisson , et mourut îe lendemain dans la sueuiv

Cette observation fait voir que , même dans les plus fâcheux evénemens des maladies , le pouls est quelquefois suivi de l’espèce de crise qu’il annonce.

ZJji malade extrêmement foihle , disoient les anciens , -peut mourir avant la fin de la crise , et un tel cas , s’il arrive , ajoute Solano , ne peut point altérer la vérité des observations sur le pouls.

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