XLI: JOURNÉE
Le Fils instruit ceux qui lui sont donnés par le Pére. Ibid.
Voilà done par où Dieu commence pour former l'Eglise : le Pére choisit ceux qu'il donne à son Fils dans cette secréte communication qui est entre eux; et ceux qu'il choisit ainsi, il les rend siens par ce choix, et ils sont à lui. Mais ils sont aussi à son Fils, parce qu'il les lui donne et le Fils les recoit de sa main, et il leur fait connoître le nom de Dieu. Voilà la prédication de Jésus-
1Joan., xvi, 6. — 2 Ibid. — 8 I Joan., 1v, 10.
Christ, qui est le fondement extérieur de cette Eglise qu'il venoit former. Et encore que cette grace de la prédication soit pour le peuple, elle regarde principalement les apótres qu'il établissoit pour en être les docteurs. Ainsi il les instruit en particulier et leur apprend le nom de son Pére : ce nom de Pére qui envoie son Fils, et l'envoie par un pur amour pour étre le Sauveur du monde : voilà donc la prédication de Jésus- Christ.
Mais si sa prédication étoit purement extérieure, les apótres ne lui diroient pas : « Seigneur, augmentez-nous la foi !. » Par cette prière ils ne vouloient pas lui dire : Préchez-nous : car ils voyoient bien qu'il le faisoit et ne cessoit de les instruire : ils lui demandoient qu'il leur parlát au dedans pour leur augmenter la foi : et quand ils lui en demandoient l'accroissement, ce n'étoit pas qu'ils crussent en avoir eu le commencement par eux-mémes, mais ils demandoient le progrès à celui de qui ils tenoient le commencement. Et quand cet autre lui disoit : « Je crois, Seigneur; aidez mon incrédulité ?, » il entendoit bien que celui qu'il prioit d'en éteindre jusqu'au moindre reste , étoit celui qui avoit commencé de la détruire dans son cœur. Jésus-Christ étoit donc connu comme celui qui agissoit, qui parloit au dedans et au dehors : car il étoit la parole intérieure du Pére; et quand il s'étoit revétu de notre nature, pour exercer au dehors le ministère de la parole, il n'avoit pas perdu pour cela cette qualité de parole intérieure qui demeuroit dans le sein du Père , mais qui aussi s'insinuoit dans tousles cœurs, «en illuminant tout homme qui vient au monde ? ;» et parlant à qui il lui plait, sans que personne puisse entendre la vérité qu'autant que le Verbe lui parle de la manière qu'il sait ; ni en particulier les vérités du salut qu'autant qu'il lui insinue dans le fond du cœur ce nom secret de son Père, qui veut devenir le leur en les donnant à son Fils ; qui les fait fils et enfans à leur manière, lorsqu'il les unit à lui et les fait ses membres.
Combien donc dois-je étre attentif et au dedans et au dehors, à la prédication, à la lecture de l'Evangile; et combien dois-je préter l'oreille du cœur à cette douce insinuation de la vérité, qui se fait entendre sans bruit, sans articuler des paroles qui se suivent les
1 Luc., XVII, 5. — ? Marc., 1x, 23. — 9 Joan., 1, 9.
unes les autres et n'ont de sens qu'à la fin ; mais tout ensemble et par un seul trait, autant qu'il lui plait de parler! O Jésus, j'écoute: parlez : luisez : éclairez, tonnez : échauffez : fendez les cœurs.
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XLII JOURNÉE
Comment le Pére donne les élus au Fils. Ibid.
« Ils étoient à vous, et vous me les avez donnés !. » Mais le Fils ne se les a-t-il pas donnés lui-même? D’où vient done qu'il disoit dans le chapitre précédent : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi : c'est moi qui vous ai choisis *? » Et quand le Père les a choisis, si ce n'est pas par le Fils qu'il a fait ce choix, saint Paul auroit-il dit «que Dieu nous a choisis en lui et par lui *?» Autrement il ne seroit pas véritable que nous lui devrions tout, puisque nous aurions été choisis sans lui. Entendons donc que le Pére inspire à l'ame sainte de son Fils fait homme, de choisir ceux qu'il devoit choisir : et le Fils, qui ne fait rien que ce qu'il voit faire à son Père‘, les choisit aprés lui : et le Père ne veut pas que son choix ait son effet, jusqu'à ce que le Fils y soit entré. Mais le Fils, qui de son côté ne fait rien que selon qu'il voit la volonté de son Père, choisit ceux qu'il veut. Ainsi le Pére qui dirigeoit, animoit et inspiroit la volonté de son Fils, étoit le premier qui choisissoit; c'est pourquoi le Fils dit : « Ils étoient à vous, et vous me les avez donnés. »
Et que dirons-nous du Fils comme Dieu? Ces bienheureux choisis de Dieu, n'étoient-ils pas à lui comme au Pére? Oui sans doute, comme il dit aprés : « Tout ce qui est à vous est à moi, et tout ce qui est à moi est à vous *. » Mais c'est son langage ordinaire de tout rapporter à son Père, de qui il tire lui-même son origine : et encore selon ce sens, ils étoient au Fils dès là qu'ils étoient au Père. Tout leur est commun; et tout venant du Fils au Père, tout lui est aussi rapporté. C'est le langage du Fils, le langage mystérieux et sacré de sa mutuelle communication avec son
1 Joan., xvi, 6. — ? Joan.
xv, 16. — 3 Ephes., 1, 4, 5. — * j Es 5 Joan., xvii, 10. pure en amr à
Père : en un mot, le langage de la Trinité, que Jésus-Christ n'auroit point parlé devant les hommes , s'il ne les vouloit introduire dans ce secret par la foi, pour un jour les y introduire par la claire vue. Croyons donc, et nous verrons.
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XLIIE JOURNÉE
Jésus parle ici des onze apôtres. Joan., xvir, 6-8.
« Et ils ont gardé votre parole : ils ont maintenant connu que tout ce que vous m'avez donné vient de vous, parce que je leur ai donné les paroles que vous m'avez données; et ils ont connu véritablement que je suis sorti de vous; ils ont cru que vous m'avez envoyé !. »
Il parle de ceux qui étoient actuellement avec lui. Judas s'étoit retiré incontinent après la cene, et n'avoit aucune part au discours qui avoit suivi. Ce traître s'étant retiré pour consommer son crime « et ensuite aller en son lieu ?, » on pouvoit dire véritablement de tous ceux qui étoient présens, qu'ils avoient recu la parole et qu'ils avoient connu que Jésus-Christ étoit sorti de Dieu. Car ils venoient de lui dire : « Nous croyons que vous êtes sorti de Dieu ? : » qui est la parole que Jésus-Christ répète ici; et il semble avoir approuvé comme véritable ce qu'ils lui disoient alors, en leur répondant: « Vous croyez présentement?» Modo creditis *? Mais encore que cela soit véritable jusqu'ici et que les apótres ne se soient pas encore démentis, il semble que Jésus- Christ les regarde non-seulement dans l'état oü ils étoient , mais encore et beaucoup plus dans celui où ils alloient être incontinent apres la descente du Saint-Esprit. Et de méme que, lorsqu'il dit qu'il «a consommé l'ouvrage que son Père lui a ordonné *, » il ne parloit point seulement de ce qu'il avoit fait jusqu'alors et regardoit principalement ce qu'il alloit faire, qui étoit la plus essentielle partie et la consommation de ce grand ouvrage, ainsi tout ce qu'il dit de ses apôtres, regarde principalement l'avenir. |
1 Joan., XVII, 6-8. — ? Acl., 1, 25. — 3 Joan., XVI, 30, — ^ Ibid., 31, — 5 Joan., XVII, 4.
En effet cette parole qu'il dit ici : « Ils ont connu véritablement, » semble regarder quelque chose de plus parfait dans la foi que l'état douteux et chancelant oü étoient alors les apótres, qui dans un moment alloient tomber non-seulement dans la foiblesse de l'abandonner, mais encore dans une entière incrédulité. C'est aussi ce que Jésus-Christ lui-même venoit de leur répondre, après qu'ils lui eurent dit : « Nous croyons que vous êtes sorti de Dieu. — Vous croyez maintenant? » leur avoit-il dit; « l'heure est venue que vous allez être dispersés, et que vous me laisserez seul *. » Comme s'il eüt dit : Vous appelez cela croire? Est-ce croire que d'étre assez foibles pour me quitter dans un moment? Est-ce là connoitre vraiment que je suis venu de Dieu? Une foi si vacillante méritoit-elle cet éloge de la bouche du Fils de Dieu : « Ils ont vraiment connu ? »
Quoi qu'il en soit, on ne peut douter que Jésus-Christ ne parle des onze qui l'écoutoient actuellement, et que ce ne soit par conséquent ceux qu'il regardoit comme étant à lui et comme lui étant donnés par son Père. Ecoutons donc ce qu'il va en dire : mais avant que de passer outre, remarquons que ceux qui sont véritablement à lui, sont ceux qui demeurent : les autres sont de ceux dont il est écrit : « Ils étoient parmi nous, mais ils n'étoient pas des nôtres : » ils n'étoient pas véritablement de notre troupeau : «car s'ils en avoient été, ils y seroient demeurés ?; » mais leur sortie fait connoitre que tous ceux qui sont parmi nous ne sont pas pour cela de notre société. Demeurons donc en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous, afin d'étre véritablement, c'est-à-dire sincèrement et constamment de ceux qui sont en lui.
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XLIVe JOURNÉE.
Jésus prie pour eux et pour les élus. Joan., xvi, 9, 10.
« Je prie pour eux : je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous : et tout
1 Joan., XVI, 30-32. — ? I Joan., 11, 19.
ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi : et jai été glorifié en eux !. » Il parle des onze, et de ceux-là seulement dont la foi et l'obéissance l'ont glorifié, selon ce qu'il avoit dit : «Ils ont gardé votre parole, et ils ont cru, et ils ont connu que vous m'avez envoyé ?. » Voilà done ceux qu'il a en vue, et pour qui il prie en cet endroit. Et lorsqu'il dit qu'il a été glorifié en eux, il les regarde principalement dans l'état où ils seroient mis aprés sa résurrection et la descente du Saint-Esprit. Car c'est alors seulement qu'il a été véritablement glorifié en eux, ne l'ayant été que très-foiblement jusqu'alors, et au contraire ayant été plutôt déshonoré par leur fuite et par leur incrédulité. Mais il prie Dieu de les affermir ; et voilà , encore un coup, ceux pour qui il prie dans ce verset. Car priant ici principalement pour la formation de son corps mystique , qui est son Eglise, il commence par prier pour ceux qui en devoient étre aprés lui les fondateurs par la prédication, et il prie ensuite « pour ceux qui devoient croire par leur parole?. » Car c'est ainsi que tout le corps est complet par la 'sainte société de ceux qui enseignent et de ceux qui sont dociles à apprendre la vérité : et tout cela est une suite de la prière du Fils de Dieu. | Il semble qu'on voit par là que cette prière de Jésus-Christ n'enferme pas tout ce dont il a prié son Père, mais seulement tout ce dont il l'a prié pour une certaine fin. Car il avoit, outre les apôtres, beaucoup de disciples qui croyoient en lui sincèrement, comme Nieodéme , comme Joseph d'Arimathie , comme Lazare et ses sœurs, comme les Maries, comme beaucoup d’autres, et au-dessus de tous les autres, comme sa sainte et digne Mère, qui ayant tous part à son sacrifice, ont eu aussi part à sa prière, quoique celle-ci semble faite pour une autre fin et ne les pas regarder : car ils ne sont point du nombre des apôtres, dont il parle dans ces versets 9 et 10. Ils ne sont non plus du nombre de ceux dont il . parle au verset 20, parce que ceux-là sont ceux qui devoient croire par la parole des apótres. Or ceux qu'on vient de nommer croyoient déjà , et ce n'étoit point par la parole des apôtres, mais par celle de Jésus-Christ , et sa sainte Mère avant tout cela par 1 Joan., XVII, 9, 10. — ? Ibid., 6-8. — ? Ibid., 20.
celle de l'ange. Et dans le temps de sa passion, ceux qui s'en retournoient frappant leur poitrine, et le Centenier qui disoit : « Vraiment celui-ci étoit le Fils de Dieu‘, » étoient bien de ceux qui devolent eroire, mais non par la parole des apótres. Et quand on voudroit dire que quelques-uns d'eux eurent: besoin d’être confirmés dans la foi par leur ministère, le peut-on dire de sa sainte Mère et le peut-on dire des femmes pieuses qui persistèrent à suivre Jésus à la croix et dans le tombeau, pendant que les apótres étoient dans le trouble et dans l'inerédulité, et qui furent aussi les premières à qui il apprit lui-même sa résurrection ? Le bon larron fut aussi de ceux qui crurent; mais on sait que ce ne fut point par le ministère des apôtres. L'exemple de Jésus-Christ le convertit, et sa promesse l'assura de son salut.
Disons done que cette prière regardant principalement la fondation de son Eglise, Jésus-Christ n'y a considéré que les moyens ordinaires dont il se vouloit servir pour l'établir, et que pour cela il ne parle dans cette prière que des apôtres qui étoient présens et de ceux qui devoient croire par leur parole. Il ne faut done point douter que Jésus-Christ n'ait recommandé à son Père, publiquement ou secrétement, d'autres personnes que celles dont il est fait mention en cet endroit : car qui doute qu'il n'ait secrétement recommandé le bon larron, et qui ne sait la prière qu'il fit hautement à la croix pour ceux qui l’y avoient mis? Mais la prière qu'il fait ici regardoit principalement les apôtres, pour l'instruction de qui il la fit tout haut, qu'il vouloit encourager à l’œuvre qu'il leur avoit confiée, en leur faisant voir ce qu'il faisoit et ce qu'il demandoit à son Père pour en assurer le succès. Dans cet esprit, il dit à son Père : «Je prie pour eux : je ne prie pas pour le monde; mais pour ceux que vous m'avez donnés et que vous avez tirés du monde pour me les donner?. » Comme donc ils sont déjà séparés du monde, il n'a pas à prier son Pére de les en tirer. Quand Dieu les tira du monde pour les lui donner, ce fut sans doute selon le désir et à la prière de son cher Fils, par qui il les appeloit. Lorsqu'il voulut former le corps des douze apótres, il est expressément marqué qu'auparavant « il se retira sur une montagne et
1 Matth., xxvit, 545 Luc., XXI, #1, 48, — 2? Joan., XVII, 9.
y passa la nuit en prieére! :» ce qui nous donne à entendre qu'une prière secrète précédoit ses actions ; ou plutôt qui peut douter qu'il ne füt dans une perpétuelle communication avec son Père , et qu'il ne lui demandât tout et n'accomplit en tout sa volonté ?
On doit donc croire très-certainement qu'il demandoit à son Père tous ceux qu'il convertissoit, et qu'il retiroit de la corruption du monde. Alors il prioit du moins pour quelque partie du monde, mais afin que cette partie cessàt d'en être. Et quand il dit à la croix : «Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font?, » ceux pour qui il prioit étoient encore de ce monde pervers; mais ici ceux pour qui il prie n'en étoient déjà plus, puisque son Pére les en avoit tirés pour leslui donner; ce qui lui fait dire dans la suite : « Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde”. » Autre est donc la prière par laquelle le Sauveur prie pour tirer quelqu'un du monde, autre celle par laquelle il prie pour obtenir ce qu'il faut à ceux qui en sont déjà tirés. Et c'est ce dernier genre de prière qu'il fait ici, lorsqu'il demande pour ceux dont il parle, « qu'ils soient un comme le Père et le Fils sont un *: » qui est une chose dont le monde, tant qu'il est monde, n'est pas capable.
Il est vrai que cette partie du monde qui devoit croire, comme nous verrons dans la suite, devoit par conséquent venir à cette unité ; mais afin qu'elle en füt capable, il eût fallu demander pour elle les dons nécessaires pour ly préparer par la grace, qui les devoit tirer du monde. Mais nous ne voyons pas que Jésus-Christ le fasse ici, ni enfin qu'il fasse autre chose que de prier pour ceux qui étoient déjà tirés du monde, ainsi que nous le venons de voir.
Mon Dieu , n'est-ce point ici un vain travail et une recherche trop curieuse de vos paroles? Je ne le crois pas : car je tâche à les entendre par elles-mêmes et par ce qu'elles contiennent , et il n'y a rien d'inutile dans ce que vous dites. Il n'est donc pas inutile de le rechercher. Car qui sait le fruit que vous voudrez qu'on y trouve? Quoi qu'il en soit, je vous offre mes foibles recherches, mes foibles pensées. Criblez-les, Seigneur, criblez-les : que le vent emporte la poussière, le mauvais grain, les ordures , tout ce qui
1 Luc., VI, 12, 13. — ? Luc., XXIII, 34. — 3 Joan., xvi, 16. — * Ibid, M.
n'est pas le pur froment; et ne permettez pas qu'il demeure autre chose dans mon cœur que ce qui est propre à le nourrir pour la vie éternelle.
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XLV* JOURNÉE
Jésus ne prie pas pour le monde. Joan., xvi, 9.
«Je ne prie pas pour le monde.» Je ne prie pas pour les hommes vains et amoureux d'eux-mémes, qui ne veulent que paroitre bons, et se trompent les uns les autres : car tout cela c'est le monde : je ne prie pas pour ce monde plein de haine, de jalousie, de dissimulation, de tromperie; pour ce monde dont les maximes sont toutes contraires à la vérité, à la piété, à la sincérité, à l'humilité, à la paix. O monde, la vérité te condamne ici et Jésus-Christ t'exclut de sa charité; mais plutót tu t'en exclus toi-même et tu te rends incapable du grand fruit de sa prière, qui est cette parfaite unité qu'il demande pour ses apótres et pour tous ses autres fidèles.
Le monde porte corruption et division, parce qu'il porte concupiscence, intérét, avarice, orgueil; et tout cela ne corrompt pas seulement, mais encore divise les cœurs. Témoin, dans les liaisons qui semblent les plus étroites et les plus vives, ou selon l'esprit ou méme selon la chair, les dégoüts , les défiancés, les jalousies, les légèretés, les infidélités, les ruptures. Où trouve-t-on des amis qui ne soient en garde l'un contre l'autre, et séparés par quelque endroit? Et quand on trouveroit dans tout l'univers un ou deux couples d'amis véritables, qui peut dire que cette union sera durable et qu'on n'en viendra jamais au point délicat où l’on ne se pourra plus supporter l'un l'autre? Et quel est ce point délicat, si ce n'est l'amour de son excellence propre et de la prééminence du mérite, qui fait qu'il n'y a rien de sincère ni de cordial parmi les hommes? On se sera mis au-dessus d'un bas intérét, je le
veux, quoique cela soit rare; mais cet intérêt d'excellence , cette 1 Joan., UT, i9. A
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XLVIe JOURNÉE. 621
jalousie de gloire et de mérite, qui l'extirpera du fond des cœurs? qui l'empéchera de régner dans le monde, et d'y porter la division partout ? Non, le monde n'est pas capable de cette union d'esprit et de cœur, que Jésus-Christ demande pour ses apôtres, «afin qu'ils soient un '. » Il n’y a que le Saint-Esprit qui puisse mettre cette unité dans les cœurs. Elle fut dans les fidèles, après que cet esprit d'unité fut descendu sur eux : « et ils n'avoient tous qu'un coeur et qu'une ame, et personne ne croyoit avoir rien de propre parmi eux *. » Mais cet Esprit qui porte la paix et l'union dans les cœurs, notre Sauveur vient de dire que «le monde ne le peut pas recevoir?;» et c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si Jésus- Christ dédaigne de prier pour le monde. Ce n'est pas en vain qu'il parle ainsi, lui qui est si bon, si charitable; ce n'est pas en vain qu'il nous dit qu'il ne prie pas pour le monde ; il faut que nous entendions combien nous devons hair le monde et l'esprit du monde : de ce monde dont Jésus-Christ ne veut pas se souvenir , lorsqu'il prie pour ses fidéles.
AAXAAARAATRAAVULATYVVALVUSLTVLAUVA ULVATRUVUVAVVLALVVVV EU EU VV VEVUVMVLUVVYVUUUUV VUL VU UV VV
XLVI JOURNÉE
Il prie pour ceux en qui Dieu est glorifié. Ibid.
« Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous; et j'ai été glorifié en eux *. » Jésus-Christ est glorifié en nous, quand son Père y est glorifié ; et son Pére y est glorifié, quand non-seulement nous portons « beaucoup de fruit*, » comme Jésus-Christ le dit lui-même, mais encore que nous rapportons tout ce fruit « à la louange de la gloire de sa grace, par laquelleil nous a rendus agréables à ses yeux et nous a élargi ses dons en Jésus-Christ son Fils bienaimé 5; » en sorte « que nulle chair, » nul homme, « ne se glorifie en lui-méme, mais que celui qui se glorifie , se glorifie uniquement en Notre-Seigneur *. » Soyons done de ceux dont Jésus-
1 Joan., XVII, 14. — ? Act., 1v, 32. — ? Joan., XIV, 11. — * Joan., xvI1, 9, 10. — 5 Joan., xv, 8. — 6 Ephes., 1, 6. — * 1 Cor., 1, 31.
Christ se glorifie auprès de son Père, en lui disant, comme il vient de faire de ses apótres : « Ils ont gardé votre parole; et comme je leur ai donné la parole que vous m'avez donnée, ils ont été fideles à la recevoir comme une parole qui venoit de vous, de qui moiméme je viens! : » soyons de ceux à qui Jésus-Christ rend ce témoignage; mais soyons aussi de ceux qui reconnoissent que tout cela nous vient de Dieu, et que notre fidéle coopération à la grace de Jésus-Christ est le premier effet de cette grace. Amen, il est ainsi. Et si nous avons en nous-mêmes ce sentiment, le témoignage de Dieu sera en nous : nous serons les vrais disciples de la grace de Jésus-Christ, et il sera vraiment glorifié en nous, ne pouvant jamais l'étre en ceux qui se glorifient, pour peu que ce soit en eux-mémes, parce qu'il estle vrai et seul Dieu, « qui ne donnera pas sa gloire à un autre ?. » Rentrons done sérieusement en nousmémes ; et toutes les fois que nous y trouverons un secret appui dans nos œuvres, dans nos lumières, dans notre travail, dans notre mérite, dans nos propres forces, sortons de nous-mémes pour nous laisser aller à l'abandon entre les bras de celui qui nous soutient, et ne tenons qu'à lui seul.
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XLVIIF JOURNÉE.
Il demande qu’ils soient un avec son Pére et lui. Joan., xvu, 11.
«Je ne suis plus dans le monde : » toujours selon cette facon de parler qui lui fait énoncer comme déjà accompli, ce qui va l'être. Je ne suis donc plus dans le monde : «Je pars , et je viens à vous; mais pour eux, ils sont dans le monde : Mon Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous ?. » Voilà donc ce que Jésus-Christ demande pour ses apótres, et en eux pour tous ses élus , ainsi qu'il l'expliquera plus clairement dans la suite. S'il demande cela pour eux, il n'est pas permis de douter qu'il ne l'obtienne; car c'est luiméme qui a dit:« Je sais, mon Père, que vous m'écoutez tou-
! Joan., xvir, 6, 8. — ? Isa., XLI1,.8. — 9Joan., xvi, 44.
jours *. » Il est donc bien assuré d’être écouté, lorsqu'il demande à son Père de les garder tellement qu'ils soient un : et ils le seront, puisque Jésus-Christ a demandé qu'ils le fussent.
« Je vous prie, mon Père, qu'ils soient un : » que l'esprit de dissension, d'envie, de jalousie, de vengeance, d'animosité, de soupcon et de défiance ne soit point en eux : « Qu'ils soient un comme nous :» ce n'est pas assez qu'ils soient un, comme le Pére et le Fils, dans la nature qui leur est commune, de méme que le Père et le Fils sont un dans la nature qui leur est commune; mais quils aient comme eux une méme volonté, une méme pensée, un méme amour : « qu'ils soient donc un comme nous. »
Ce comme ne fait pas descendre l'unité du Père et du Fils jusqu'à l'imperfection de la créature, ainsi que les ariens se l'imaginoient; mais au contraire il relève l’imperfection de la créature jusqu'à prendre autant qu'elle peut, pour son modèle l'unité parfaite du Père et du Fils : « Qu'ils soient un comme nous : » c'est donc à dire que nous soyons le modéle de leur union, non qu'ils puissent jamais atteindre à la perfection de ce modèle, mais néanmoins qu'ils y tendent; de méme que lorsqu'on nous dit : « Soyez saints comme je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu?;» et encore : « Soyez parfaits, soyez miséricordieux comme votre Pére céleste est parfait et miséricordieux ?, » nous entendons bien qu'il ne nous appartient pas d’être saints, d’être bons, d’être parfaits. dans la transcendance qui convient à la nature divine; mais seulement qu'il nous appartient d'y tendre, et que nous devons nous proposer ee modéle pour en approcher de plus en plus. Ainsi « qu'ils soient un comme nous, » c'est-à-dire qu'ils le soient, s'avancant aujourd'hui et aprés et tous les jours de .plus en plus à cette perfection, et y avancant d'autant plus infatigablement qu'on ne peut jamais atteindre au sommet. Car plus on avance, plus on connoit la distance; et elle paroit de plus en plus infinie, et on s'abaisse et on s'humilie jusqu'à l'infini, jusqu'au néant.
« Qu'ils soient donc un comme nous, » s'unissant ensemble, en toute cordialité et vérité, non de paroles seulement, mais par les œuvres et par les effets d’une charité sincère : qu'ils soient un vé-
1 Joan., XI, 42. — ? Levit., X1, 44. — ? Matth., v, 48; Luc., vi, 36.
ritablement : qu'ils soient un inséparablement : qu'ils montrent et qu'ils voient en eux-mêmes, dans la perpétuelle persévérance de leur union mutuelle, une image de cette éternelle et incompréhensible unité par laquelle le Père et le Fils étant un dans une méme et simple nature individuelle, ils n'ont aussi qu'une seule et simple intelligence, avec un seul et simple amour, et par tout cela font un seul Dieu : ainsi qu'ils fassent entre eux un seul corps, une seule ame, un seul Jésus-Christ. Car s'il est réservé à Dieu et aux personnes divines d'étre un d'une parfaite unité, il nous convient d'étre un comme faits à leur image, et c'est la grace que Jésus-Christ demande pour nous.
Il ne dit pas, qu'ils solent « un avec nous, » ou que « nous et eux nous ne soyons qu'une seule et méme chose; » ce qui seroit égaler les hommes à Dieu; mais « qu'ils soient un comme nous, » selon la proportion qui convient à ceux que nous avons faits à notre image, en disant : « Faisons l'homme à notre image et ressemblance !. » O image, de qui es-tu l'image? Du Père et du Fils et du Saint- Esprit, qui ont prononcé d'une voix commune : « Faisons l'homme à notre image. » Achève donc le portrait, et imprime en toi tous les traits de cette divine ressemblance. Otons de plus en plus ce qui nous divise de nos frères: ôtons nos propriétés, nos propres désirs, nos propres pensées, notre amourpropre : il ne resteroit plus que le bien commun, qui est Dieu, en qui nous serons une méme chose.
VAL VV LU UV AL EU UV EVE EUUU YU VU UNA VOV£AAU TATUS CULA VUUUUULULE UU 27A RAV
XLVIIF JOURNÉE.
L'enfant de perdition. Joan., xvn, 12.
«Pendant que j'étois avec eux, je les conservois en votre nom; j'ai gardé ceux que vous m'avez donnés et aucun d'eux n'est péri, si ce n'est l'enfant de perdition, afin que l'Ecriture fût accomplie *. » On entend bien que cet enfant de perdition, c’est le traître disciple. Il n'est enfant de perdition, enfant de la géhenne, enfant de
1 Genes. 1, 26.—2 Joan., XVII, 12.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XLVIIIe JOURNÉE. 62
l'enfer, que par lui-même et par sa faute : car Jésus-Christ l'avoit
appelé non-seulement à la foi, mais encore à l'apostolat ; et s'il se
füt purifié, il auroit été, comme dit saint Paul, « un vaisseau
d'honneur, sanctifié au Seigneur, » au lieu qu'il s'est fait lui-
méme un vaisseau de rebut et de mépris ‘. Ce n'est donc pas Dieu
qui l'a précipité dans le crime pour aecomplir les prédictions de
son Ecriture : car ces prédictions du péché le supposent comme
devant étre, et ne le font pas. Cela est clair, cela est certain; et il ne faut rien écouter contre. Judas n'a pas été poussé au crime, si ce n'est par le diable et par sa propre malice. Mais Jésus-Christ le rappeloit: pendant le traître baiser, il l'appelle encore son ami;
il lui dit encore : « Mon ami, pourquoi es-tu venu ici? Quoi! tu trahis le Fils de l'homme avec un baiser ? ! » Et il recoit son baiser,
et lui-même lui donne le sien. Mais parce qu'il s'endurcit au mi-
lieu de toutes ses graces, il le laisse à lui-méme, et au mauvais
esprit qui le possédoit, et à son propre désespoir. C'est ainsi « qu'il est allé en son lieu, » comme il est porté dans les Acfes? : au lieu qui lui avoit été préparé par une juste punition de son crime;
mais quil avoit lui-même choisi, et qu'il s'étoit comme appro-. prié par sa libre et volontaire dépravation.
« Il falloit donc que l'Ecriture s'accomplit en lui, » comme dit saint Pierre *, parce que Dieu accomplit sa volonté juste dans ceux-là mémes qui s'opposent, autant qu'il est en eux, à sa volonté. Car, comme dit saint Augustin, « il fait ce qu'il veut de ceux qui ne font pas ce qu'il veut *; » et en voulant se soustraire à l'empire de sa vérité, ils y retombent en subissant les lois de sa justice. O justice! Ô justice! 6 justice! il faut adorer tes saintes et inexorables rigueurs. A force de pardonner, Dieu en vient enfin en quelque facon à ne pouvoir plus pardonner, et il faut que sa justice s'accomplisse.
1 1I Tímoth., 11, 20, 21. — ? Matth., xxv, 505 Lue,, xxii, 48. — ? Act., 1, 25. — * Act,, 1, 46. — 5 Enchirid., cap. CIV, n. 28.
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XLIX° JOURNÉE
Qu'est-ce à dire : Aucun n'a péri que l'enfant de perdition? Ibid.
« Aucun n'a péri que l'enfant de perdition ‘. » Je ne sais que dire de ce perfide. Est-il venu d'abord à Jésus-Christ avec un esprit trompeur? Il le semble, selon ces paroles : « Jésus savoit dés le commencement qui étoient ceux qui ne croyoient pas, et qui étoit celui qui le devoit trahir ?. » Est-ce donc que ce perfide ne croyoit pas dès le commencement, ou bien est-ce que Jésus- Christ voyoit dés le commencement qui étoient ceux qui dans la suite ne croiroient plus? Mais il distingue les temps : il savoit ceux qui ne croyoient pas alors et dans ce temps-là; et ensuite dans le futur, il savoit qui le devoit trahir. On pourroit done soupconner que ce malheureux, qui devoit trabir son Maitre, dés le commencement n'y croyoit pas, et qu'avee toute la confiance qu'il lui avoit témoignée en le recevant au nombre de ses disciples, et méme en lui confiant la garde de ce qu'il recevoit des peuples pour sa subsistance, il ne faisoit que le tolérer pour nous donner un exemple de patience.
Mais, dirons-nous que la vocation de Jésus-Christ n'aura eu aucun effet dans ce traître? S'il n'avoit jamais cru, auroit-il dit dans son désespoir : « J'ai péché en livrant le sang innocent ?, » et auroit-il rendu aux Juifs le prix de son iniquité ? ll semble donc qu'il ait cru, du moins durant quelque temps, de bonne foi; et qu'un reste de sa premiére croyance s'étant réveillé, au lieu d'en profiter pour scn salut, il l'ait fait servir à sa perte. Car s'il eût bien entendu la parole qu'il disoit: « J'ai péché en vous livrant ce sang innocent, » ce sang juste, il auroit vu que ce sang étant véritablement un sang juste où le péché n'avoit jamais trouvé de place, il y avoit dans la justice et la sainteté de ce sang de quoi expier le crime de celui qui l'avoit vendu. Il ne l'a pas compris, le malheureux; et sa pénitence désespérée, avec sa croyance infructueuse lui tournent à damnation,
1 Joan., xvit, 12. — ? Joan., vi, 65. — ? Matth., XXI GE
Quoi qu'il en soit, j'oserai dire avec assurance qu'il n'est pas de ceux dont Jésus - Christ a dit ici : « Ils étoient à vous, et vous me les avez donnés ‘ : » car ceux dont il le dit étoient ceux qui étoient présens lorsqu'il prioit, qui avoient gardé sa parole, qui croyoient, en la foi desquels il étoit glorifié et le devoit étre. Que le Père l'ait donné au Fils en un certain sens, lorsqu'il le lui a donné pour apótre ; et que le Fils l'ait recu de lui, lorsqu'il l'appela, eonformément à cette parole : « Je vous ai élus douze, et un de vous est un diable ?, » on n'en peut douter. Au méme sens qu'il l'a donné, au méme sens, quel qu'il soit, il étoit à lui. Mais qu'il fût à lui de cette manière singulière dont Jésus-Christ parle ici, la vérité de ses paroles ne permet pas de le penser. S'il n'est pas de ceux dont Jésus-Christ a dit : « Ils ont cru à votre parole et j'ai été glorifié en eux, » il n'est donc pas aussi de ceux dont il a dit : «Je les conservois en votre nom; » encore moins de ceux dont ila dit: « J'ai gardé ceux que vous m'avez donnés; » encore moins de ceux dont il a dit : « Aucun d'eux n'a péri?. » Et quand il ajoute : « Si ce n'est l'enfant de perdition, » il semble que c'est au méme sens dont il dit ailleurs : « Personne ne sait rien de ce dernier jour, ni les anges, ni le Fils, si ce.n'est le Pére*; » en sousentendant : Ni personne, si ce n’est le Père ; ou bien: Ni personne, « mais le Père seul *; » ou, comme il est porté dans saint Paul : « Personne n'est justifié par les œuvres de la loi, si ce n'est par la foi en Jésus-Christ, » c'est-à-dire ni autrement que par la foi en Jésus-Christ; ou bien : Mais seulement par cette foi; ou, comme on lit dans l'Apocalypse : « Rien de souillé n'entrera dans la cité sainte, ni aucun de ceux qui commettent des abominations et des. mensonges, si ce n'est ceux qui sont écrits au livre de vie de l'Agneau?; » c'est-à-dire: Mais seulement ceux, etc. Ainsi «aucun d'eux n'est péri, si ce n'est l'enfant de perdition, » c'est-à-dire mais seulement cet enfant de perdition, qui s'est perdu lui-méme en me quittant (d).
1 Joan., XVII, 6. — 2-Joan., VI, 74. — 3 Joan., xvi1, 6, 8, 10, 12. — ^ Matth., xxlv, 36. — * Marc., xiu, 32. — 6 Galat., 11, 16. — " Apoc., XXI, 21.
(a) Le passage suivant, que les précédentes éditions donnent dans le texte de
ouvrage, ne se trouve ni dans le manuscrit original ni dans les anciennes copies : Jésus-Christ s'est servi lui-même de cette facon de parler en deux
Qu'on prenne garde que je ne dis pas que Judas n'ait été en aucane sorte donné à Jésus-Christ; mais qu'il y a une certaine manière particulière selon laquelle nul n'est au Père et nul n'est donné au Fils que ceux qui gardent sa parole, et en qui il est glorifié éternellement, et que c'est de cette manière secrète et particulière que Jésus-Christ parle ici. Prions-le donc que nous soyons à lui de cette manière : Unissons-nous à sa prière avec un cœur rempli de confiance. Seigneur, que je sois de ceux qui conservent votre parole jusqu'à la fin, afin que je sois de ceux en qui vous serez glorifié éternellement.
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IL* JOURNÉE
Jésus-Christ garde les fidèles dans le corps comme dans l'ame. Ibid.
« J'ai gardé ceux que vous m'avez donnés ‘. » Je les ai gardés, méme selon le corps, conformément à l'explication que saint Jean nous donne lui-même : « Laissez, dit le Sauveur, aller ceux-ci, afin que la parole qu'il avoit prononcée füt accomplie : Je n'ai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés ?, » pour nous montrer que Jésus-Christ a soin et de notre corps et de notre ame ; et que nous ne perdons rien de ce qu'il veut garder. C'est encore ce qui détermine à dire que cette parole ne se doit entendre que de ceux qui étoient présens : « Laissez, dit-il, aller ceux-ci, » en montrant les onze apótres qui restoient auprés de lui. Car pour Judas qui l'avoit quitté, il n'avoit rien à craindre des Juifs, à qui il s'étoit donné, et il devoit périr d'une autre sorte. Songeons done à ne rien craindre méme pour nos corps. Car Jésus-Christ les garde tant qu'il lui plait : « et un seul cheveu ne tombe pas
1 Joan., XVI1, 12. — ? Joan., xvin, 8, 9.
versets consécutifs : « ll y avoit, dit-il, plusieurs veuves en Israël du temps d’Elie : et ce prophète n'a été envoyé chez aucune d'elles, mais chez une femme veuve de Sarepte dans le pays des Sidoniens. ll y avoit de méme plusieurs lépreux en Israël du temps d'Elisée, et il n'a été envoyé à aueun d'eux, mais seulement à Naaman Syrien. » (Luc., 1v, 25-27.) Ainsi, dit-il, « nul na péri vem exp l'enfant de perdition, » c'est-à-dire qu'il a péri seul, selon ce que dit
de notre tête sans notre Père céleste !. » Dans les persécutions, dans les travaux , dans les maladies, Jésus-Christ prend soin de nos corps autant qu'il faut; et on ne peut rien contre nous, comme on n’a rien pu contre lui, que lorsque l'heure a été venue.
Mais songeons qu'il garde nos corps au prix du sien. C'est en se livrant à ses ennemis qu'il leur dit : « Laissez aller ceux-ci. » Sa mort délivre nos corps comme nos ames, et c’est la marque qu'un jour il les tirera entièrement de la mort.
Apprenons de cette explication de saint Jean que les paroles de l'Ecriture, et celles du Fils de Dieu méme peuvent avoir un double sens. Il est clair que celles-ci de Jésus-Christ : « Aucun de ceux que vous m'avez donnés ne périra ?, » s'entendent de l'ame; et toute la suite, qui regarde l'ame , le fera paroitre; mais il est clair par saint Jean que cette parole s'entend aussi du corps. Méditons donc à fond l’Ecriture, et tournons-la de tous côtés pour en tirer tout le sens et tout le suc. Car tout y est esprit, tout y est vie, et Jésus-Christ a des paroles de vie éternelle.
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