LI: JOURNÉE
Qw'est-ce à dire Garder du mal? Joan., xvi, 45.
« Je ne vous prie pas de les tirer du monde, mais de les garder du mal ?. » Aprés ce que Jésus-Christ vient de dire de ses apótres, il pourroit sembler qu'il les voulüt retirer du monde, et qu'ils ne devoient plus y être aprés que lui-même il l'auroit quitté. Mais il falloit qu'ils y fissent leur temps, comme lui-même l'y avoit fait. Ils devoient luire comme de grands luminaires dans le monde ; et Jésus-Christ qui avoit dit de lui-même : « Je suis la lumière du monde ?, » avoit daigné en dire autant de ses apôtres : « Vous êtes la lumière du monde, et des flambeaux qu'il ne faut pas mettre sous le boisseau , mais sur le chandelier pour éclairer toute la maison *. » Et c'est pourquoi il dit à son Père : «Je ne vous dis pas
1 Joan., XVM, 14, 16. — ? Ibid., 45. — ? Joan., vi, 12. — * Matth., v, 14-16;
que vous les tiriez du monde : mais que vous les délivriez du mal» dont le monde abonde, « tout le monde étant dans le mal, » disoit saint Jean !. Ainsi en les laissant dans le monde, je vous prie « de les garder du mal: » que le monde ne les gagne pas par ses attraits : qu'il ne les épouvante pas par ses menaces. Mon Père, « gardez-les du mal, » et qu'ils soient dans le monde sans en étre.
C'est la grande merveille de la grace de Dieu, et c'est cette grace que Jésus-Christ demande pour eux. Il nous apprend aussi à la demander, lorsqu'il nous enseigne à dire : « Délivrez-nous du mal ?. » Mais nous le demanderions en vain, s'il ne l'avoit auparavant demandé pour nous : « Mon Pére, gardez-les du mal : si le Seigneur ne garde une ville, ses sentinelles veillent en vain sur ses murailles : si le Seigneur ne garde une ville, ceux qui l'ont bâtie avec tant de soin ont travaillé inutilement ?. »
« Mon Pére, gardez-les du mal. » Je m'unis, mon Sauveur, à votre prière; et c'est en vous et avec vous que je veux dire, comme vous l'avez commandé : « Délivrez-nous du mal. »
VULVVVLVUVVULVTVVA/VUS&ÁIUUVV6$. VV UV UV LU UV LULU LULU LU UV UV EULVUUVUUET LULU VUUVUUVUUUUU CVV UV
LIIF JOURNÉE.
Qu'est-ce que le monde? Joan., xvu, 16.
«Ils ne sont pas du monde, et moi je ne suis pas du monde*. » Jésus-Christ ne se lasse point de répéter cette parole , parce qu'il veut que nous la goütions. Goütons-la donc : repassons-la nuit et jour dans notre cœur.
« Mes bien-aimés, disoit saint Jean, n'aimez pas le monde à : » Ce n'est pas assez de ne l'aimer pas en général ; il s'explique : « ni tout ce qui est dans le monde : » car que trouverez-vous dans le monde, si ce n'est « la concupiscence de la chair » et l'amour des plaisirs des sens, où le cœur s'aveugle, s'épaissit, se corrompt, se perd : « et la coneupiscence des yeux, » les beaux meubles, l'or et l'argent, les pierreries , tout ce qui contente les yeux, quoi-
1 I1 Joan., v, 19. — ? Matth, v1, 13. — 3 Psal. CXXXI Ud. — 5 JOH EX VIT MGR æ 5 I Joan., 1, 15, 16,
qu'aprés tout que leur en revient-il ? Possèdent-ils véritablement tout ce qu'ils voient? Ils ne font que l'effleurer par leurs regards : tout est hors d'eux, et aussi tout leur échappe. Fuyez donc aussi la concupiscence des yeux, la vanité, la curiosité, les vaines sciences. Car encore que tout cela semble être en vous et vous repaitre pour un moment, dans le fond tout est hors de vous et se peut tellement effacer dans votre esprit, qu'il ne vous restera pas méme le souvenir de les avoir eus. Voilà pourtant tout ce qu'il y a de plus beau dans le monde.
Mais il y a encore «l'orgueil de la vie : » l'ambition, les charges, les grands commandemens, qui semblent rendre la vie pour ainsi dire plus vivante, parce qu'on devient un homme publie; on vit dans l'esprit de tout le monde, qui vous recherche, qui s'empresse autour de vous; et vous croyez plus vivre que les autres, et vous vous trompez. Car tout cela n'est qu'orgueil, c'est-à-dire une vaine enflure; on croit étre plein : on n'est qu'enflé : il n'y a que du vent au dedans et tout ce dont vous vous repaissez n'est que fumée.
Goütons ces vérités , nourrissons-nous-en : « Mes petits enfans, n'aimez donc pas le monde, » parce que voilà ce que c'est que ce monde que vous aimez. Ces désirs, ces concupiscences ne sont pas de Dieu, et par conséquent n'ont rien de solide : « car le monde passe, et ses convoitises passent !:» ce sont comme des torrens qui passent avec grand bruit, mais qui passent ; qui se jettent les uns dans les autres, mais qui passent et autant celui qui recoit que celui qui vient de s'y perdre. « Le monde passe donc et ses convoitises : et il n'y a rien qui demeure que celui qui fait la volonté du Seigneur ?, » parce que la parole de Dieu qui ne passe pas demeure en eux. Et c'est pourquoi il disoit : « Je leur ai donné votre parole, et ils ne sont pas du monde. »
8A1^ LU VUE VE VULT UULYXATA VUL VUL UV VY LV an VV ASA VULE WMA VU/UY2A VUUVE UV USA VUA VE . LIV* JOURNÉE.
Jésus m'est pas du monde, ni ses vrais disciples. Joan., xvu, 14, 16.
Qui pourra dire de bonne foi avec Jésus-Christ : « Je ne suis pas 1] Joan., 11, 11. — ? Ibid.
du monde?» Nous nous retirons dans nos cabinets : le monde nous suit; nous fuyons dans le désert : le monde nous suit ; nous fermons cent portes sur nous, nous mettons sur nous cent serrures, cent grilles si vous le voulez, cent murailles closes , la clôture est impénétrable : le monde nous suit; nous nous recueillons en nous-mémes : le monde nous suit, et nous nous donnons à nous-mémes tout l'honneur que nous voulons , méme celui que le monde nous refuse. Que ferai-je donc pour quitter le monde qui me suit, qui vit en moi au dedans, et qui tient à mes entrailles ? Et néanmoins il faut pouvoir dire avec Jésus-Christ : « Je ne suis pas du monde,» puisqu'il a dit : «Ils nesont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. » O Jésus, je le pourrai dire, quand vous aurez dit pour moi : « Je ne vous prie pas de les tirer du monde; mais de les garder du mal, »- c'est-à-dire de leur ôter l'esprit du monde.
VUE UV LULVUVULYVULTL VUULLVLULVVULVVT UU UULVVUTA/VULT CULA VUUUUUVAUVVMV UL UVVMVM
LV* JOURNÉE
Etre sanctifié en vérité, qui est sa parole. Joan., xvn, 17, 18.
« Sanctifiez-les en vérité. Votre parole ( que je leur ai donnée) est la vérité. Comme vous m'avez envoyé dans le monde, ainsi je les envoie dans le monde ( pour y être , non pour en être) et je me sanctifie moi-même pour eux (je m'offre, je me consacre, je me sacrifie, et je me rends leur victime) afin qu'ils soient sanctifiés en vérité (d'une véritable et parfaite sanctification); ou, qu'ils soient sanctifiés dans la vérité ‘, » ( dans moi qui suis la vérité même) ce qui revient dans le fond à la méme chose.
Ces paroles sont hautes : « Sanctifiez-les en vérité. » Non-seulement elles nous é:éyent au-dessus des sanctifications et purifications de la loi, qui n'étoient que des figures et des ombres, au lieu que les chrétiens sont sanetifiés dans la vérité qui est Jésus- Christ ; mais encore elles nous apprennent d'une facon plus particulière quelle est la propre sanctification des chrétiens. Etre
sanctifié , c'est être séparé. Pour être sanctifié dans la vérité et à 1 Joan., xvi, AT, 18.
fond, à quelle séparation ne faut-il pas être venu d'avec toute créature et d'avec soi- méme? 0 Dieu, je suis effrayé, quand je le considére : étre sanctifié dans la vérité, en sorte qu'il ne reste en nous que cette vérité qui nous sanctifie et que tout le faux,
tout l'impur soit óté et déraciné, c'est quelque chose de si pur et de si parfait qu'on ne peut pas y atteindre en cette vie ; mais seulement qu'il y faille tendre en vérité sous les yeux de Dieu , c'est de quoi crucifier l'homme tout entier.
« Votre parole est la vérité. » Cette parole est la vérité qui nous jugera un jour, selon ce que disoit le Sauveur : « Celui qui me méprise et ne recoit pas mes paroles, a un juge qui le jugera: la parole que j'ai prononcée le jugera au dernier jour, parce que je n'ai point parlé de moi-même, et que mon Père qui m'a envoyé m'a prescrit tout ce que j'avois à dire !. »
Ce jugement se commence dés cette vie, conformément à cette sentence de saint Paul: « La parole de Dieu est vive et efficace, et plus pénétrante qu'un couteau à deux tranchans ; elle perce jusqu'aux plus secrets replis de l'ame et de l'esprit : » divisant l'homme animal d'avee l'homme spirituel, et discernant ce qui vient de l'un ou de l'autre, «elle entre jusque dansles jointures et les moelles ? : » elle découvre la liaison secrète de nos pensées et de nos désirs, jusqu'aux moindres fibres, et voit jusque dans nos os; c'est-à-dire ce qu'il y a de plus caché , de plus intime , aussi bien que ce qu'il y a de plus délicat et de plus subtil dans nos pensées : «elle discerne les mouvemens et les intentions du cœur, et rien ne lui est caché : tout est à nu et à découvert devant elle? : » comme on ouvre les entrailles d'une victime à qui on a coupé la gorge, ainsi tout est ouvert à cette parole dont nous parlons.
Si l'Apótre fait ici comme une personne de la parole de Dieu , c'est Jésus-Christ qui a commencé lorsqu'il a dit : «Je ne vous jugerai pas; la parole que j'ai prononcée sera votre juge *. » Cette parole prononcée par Jésus-Christ est l'image de la parole éternelle et substantielle, qui est Jésus-Christ méme, et elle en fait en quelque facon les fonctions dans les cœurs : elle nous juge donc, parce que c'est par elle, et selon elle, que nous serons jugés. Elle
1 Joan., XII, 48, 49. — ? Hebr., IV, 12. — ? Ibid., 13. — * Joan., xu, 48.
fait la séparation de toutes nos pensées, de tous nos désirs, de toutes nos intentions : de celles qui viennent de l'amour de Dieu et de celles qui viennent de notre amour-propre : cette parole est un flambeau allumé dans notre cœur, et la lumière en pénètre partout, pour tout distinguer : elle discerne où le bien et le mal se séparent, et l'endroit secret où ils se mêlent : qui pourroit soutenir la rigueur de ce jugement ? Mais cette même parole nous apprend que «si nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons pas jugés’. » Elle nous apprend « que la miséricorde est exaltée au-dessus du jugement, et que le jugement sans miséricorde ne sera que pour ceux qui n'auront point fait miséricorde ?. » Ainsi cette parole nous munit contre sa propre sévérité; et nous serons sanctifiés en vérité, selon cette parole, si nous confessons en vérité nos fautes et nos foiblesses.
Oh! que la vue en est affligeante! oh! qu'on aime à discourir de ses vertus, de ses lumières, de ses graces ! mais qu'on fuit de voir ses foiblesses, ses fautes! Elles se présentent malgré qu'on en ait, mais on détourne les yeux : on parlera tant qu'on voudra de ses foiblesses en général, de son néant; mais quand on nous fait mettre le doigt dessus , l'on ne veut plus, l'on ne peut plus voir. Pour être sanctifié en vérité, il faut voir la vérité de ses fautes en particulier : car c'est là ce qui rend l'humilité véritable ; toute autre humilité, celle qui se dit un néant sans vouloir voir en quoi elle l'est, n'est qu'un orgueil déguisé. « Il vaut mieux voir ses fautes, dit saint Augustin, que de voir toutes les merveilles de l'univers. »
VU UT VA LA VULE VV V VOURR. X VA LE LT XA CARA XA VUA VAR ALAVA AAA VA VACUNA XX 0 t1 VV VM
LVE JOURNÉE.
Jésus se sanctifie lui-méme. Joan., xvu, 18, 19.
« Gomme vous m'avez envoyé dans le monde, ainsi je les ai envoyés dans le monde; et je me sanctifie moi-méme pour eux , afin qu'ils soient aussi sanctifiés en vérité ?. »
On voit ici la raison profonde pourquoi il falloit que les apótres
! T Cor,, xr, 31. — ? Jacob., 11, 13. — 3 Joan., XWVIT, 18, 19.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LVI* JOURNÉE. 637 fussent sanctifiés en vérité. C'est que le Fils les envoyoit dans le monde, comme son Pére l'avoit envoyé dans le monde; mais en l'envoyant dans le monde il l'avoit sanctifié pour y aller, conformément à cette parole du Sauveur : « Celui que le Père a sanctifié et qu'il a envoyé dans le monde, vous dites qu’il.blasphème, parce qu'il s'appelle lui-même le Fils de Dieu *. »
Disons done : Qu'est-ce qu'a fait le Père céleste pour sanctifier son Fils? D'abord le sanctifier, c'est le déclarer saint; ce que le Pére céleste a fait par tant de miracles que les démons mémes furent contraints de s'écrier : « Je sais qui vous étes : vous étes le Saint de Dieu? : » le Saint qui êtes saint de la sainteté de Dieu : le Saint que Dieu a promis par tous les prophètes et « qu'il a oint pour étre le Saint des saints?. » Mais il faut entendre non-seulement la manière dont Jésus-Christ est déclaré saint, mais encore celle dont il l'est et dont il l'a été fait. Il est saint par sa naissance éternelle; et encore qu'il recoive cette sainteté de son Père, comme il en recoit son essence, il n'a non plus été fait saint qu'il a été fait Dieu : ainsi il ne convient à Jésus-Christ d'avoir été sanctifié que selon sa nature humaine; et ce grand ouvrage fut accompli et manifesté au milieu des temps, lorsque le Saint-Esprit étant descendu sur la sainte Vierge et la vertu du Trés- Haut l'ayant couverte, «la chose sainte qui naquit de cette bienheureuse Vierge, fut appelée le Fils de Dieu‘. » C'est donc ainsi que Jésus-Christ a été sanctifié, pour étre envoyé au monde, ou plutót lorsqu'il y fut envoyé. Et ce qui rend cette sanctification plus glorieuse et plus abondante, c'est qu'outre la sainteté personnelle de Jésus- Christ, il fut oint, consacré, sanctifié par sa charge de médiateur et de pontife, ayant été revétu de ce divin sacerdoce qui lui avoit été prédestiné selon l'ordre de Melchisédech : ce qui étoit encore une suite de sa filiation, selon ce que dit saint Paul, « qu'il ne s'est pas ingéré de lui-méme dans le sacerdoce, mais qu'il y a été appelé et nommé par celui qui lui a dit : Vous étes mon Fils : je vous ai engendré aujourd'hui 5. »
Cette sanctification de Jésus-Christ en qualité de pontife, en
1 Joan., X, 36. — ? Luc., IV, 34. — ? Dan., IX, 24. — * Luc., 1, 35, — 5 Hebr, 3500516; 10:
induit une autre du méme Jésus en qualité de victime. Car ce divin sacrificateur ne devoit pas, comme le grand prétre de la loi, offrir une victime étrangère, ni un autre sang que le sien; mais il devoit paroitre « une fois pour abolir le péché en s'offrant luiméme !. » Il étoit- donc saint et consacré à Dieu, non-seulement en qualité de pontife, mais encore en qualité de victime. « Et c'est pourquoi il dit à Dieu en entrant au monde : Vous avez rejeté les holocaustes et les sacrifices pour le péché, alors j'ai dit : Je viendrai moi-même ?, » pour tenir la place de toutes les hosties.
C'est pour cela qu'il se sanctifie, qu'il s'offre, qu'il se consacre comme une chose dédiée et sainte au Seigneur. Mais il ajoute : « Je me sanctifie pour eux, » en parlant de ses apôtres, afin que participant par leur ministère à la grace de son sacerdoce, ils entrent aussi en méme temps dans son état de victime; et que n'ayant point par eux-mémes la sainteté qu'il falloit pour étre les envoyés et les ministres de Jésus-Christ, ils la trouvassent en lui.
Ce ne sont pas seulement les apótres, mais encore tous les chrétiens, qui ont part à ce sacrifice (d). Car les apôtres mêmes ne sont pas apôtres pour eux, mais pour les autres, comme disoit l'apótre saint Paul : « Tout est à vous, soit Paul, soit Céphas, soit Apollo : tout est à vous, et vous étes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à Dieu ?. » Et encore : « Dieu a mis en nous le ministère de réconciliation, parce que Dieu étoit en Christ, se réconciliant le monde, ne leur imputant point leurs péchés, et il a mis en nous la parole de réconciliation *. »
1 Hebr., 1x, 25, 26.— ? Psal. xxxIx , 7, 8; Hebr., x, 5-1, etc.— 9 1 Cor., ni, 22; 23. — * IL'Cor., vy 18,49.
(a) Les précédentes éditions renferment ici un passage qui ne se trouve ni dans le manuscrit original ni dans la copie de Jouarre, mais seulement dans la copie de la Visitation de. Meaux, avec quelques variantes. Voici ce passage : .... Et au sacerdoce de Jésus-Christ. Saint Paul nous apprend « à offrir nos corps comme une hoslie vivante à Dieu ( Rom., xit, 1). Celui qui a une hostie à offrir participe au sacerdoce; et c'est ce qui fait dire à saint Pierre que tant que nous sommes des chrétiens, « nous sommes un saint sacerdoce, offrant à Dieu des victimes spirituelles, qui sont acceptées par Jésus-Christ (1 Pefr., 7, 5.) ; » et à saint Jean, dans I Apocalypse , que « Jésus-Christ nous a faits rois et sacrificateurs à notre Dieu (4poc., V, 10). » Ce ne sont pas seulement les apôtres qui sont sanctifiés par la part qu'ils ont au sacerdoce de Jésus-Christ :
nous y avons tous notre part à cette manière. Tout ce qu'a fait Jésus-Christ nous appartient comme à eux.
Voilà donc la mission des apôtres fondée sur celle de Jésus- Christ, et l'accomplissement de cette parole du Sauveur : « Comme vous m'avez envoyé, ainsi je les envoie ‘. » Vous m'avez envoyé pour réconcilier le monde; et je les envoie avec la parole et le ministère dé la réconciliation, pour accomplir mon ouvrage. Et je me sanctifie pour eux et pour tous ceux à qui je les envoie, afin qu'ils soient saints en vérité par l'effet de mon sacerdoce et par la perfection de mon sacrifice.
Voici donc les mots solennels du sacrifice de Jésus-Christ, par lesquels il s'offre lui-même pour nous : « Sanctifiez-les en vérité : Je me sanctifie, » je me consacre moi-même pour eux, « afin qu'ils soient sanctifiés en vérité ?. Il falloit que nous eussions un tel ponlife, saint, innocent, juste, parfaitement séparé des pécheurs et exempt de toute souillure, qui n'eüt pas besoin d'offrir pour luimême ?, » mais qui s'offrit lui-même pour le peuple. « Lui qui ne connut jamais le péché, a été fait péché pour nous, » c'est-àdire victime pour le péché, « afin que nous fussions justice de Dieu en lui’. » Il s'est revétu de notre péché pour nous revêtir de sa justice; c'est l'effet de cette parole : « Je me sanctifie pour eux. »
Entrons donc avec Jésus-Christ dans cet esprit de victime. S'il se sanetifie, s'il s'offre pour nous, il faut que nous nous offrions avec lui. Ainsi nous serons sanctifiés en vérité; et Jésus-Christ nous sera donné de Dieu pour étre « notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption. » Et l'effet d'un si grand mystère, c'est « que celui qui se glorifie ne se glorifie pas en luimême *, » mais seulement en Jésus-Christ en qui il a tout. C'est donc ce que Jésus-Christ demandoit pour nous, en disant : « Je me sanctifie pour eux, afin qu'ils soient sanctifiés en vérité. » Et il ne faut rien ajouter à ce commentaire de saint Paul, qu'une profonde attention a un si grand mystère.
1 Joan., xvit, 18. — ? Joan., xvi1, 19. — 9 Hebr., vi), 26, 27. — * M Cor., v, 21. — 51 Cor., 1, 30, 31.
LULULUUV LE LULE LE LULLLULE VULT tU UV LULU LULU UV UE EU LE VUVUT LULU LULULEETEL UV VU UE Vt UVUULUEU UV
LVIF JOURNÉE.
Jésus prie pour tous les élus : Qu'ils soient Un. Joan., "xvi, 20.
« Je ne prie pas seulement pour eux ; mais pour ceux qui croiront en moi par leur parole‘. » Heureux chrétiens ! Jésus-Christ vous a tous en vue dans cette prière. En priant pour les apôtres quil envoyoit au monde, il prioit aussi pour ceux à qui il les envoyoit. Mais pour confirmer notre foi et nous déclarer davantage ses intentions, il a daigné s'expliquer en notre faveur d'une maniere plus expresse par les paroles qu'on vient de voir. Et afin de nous faire entendre qu'il nous associe à ses apótres, il demande pour nous la méme grace qu'il a demandée pour eux : «Je vous prie, disoit-il, qu'ils soient un comme nous. » Voilà ce qu'il demandoit pour ses apôtres. Et que demande-t-il maintenant pour nous, qui devions croire par leur parole? « Je vous prie, dit-il encore, que tous ils soient un; comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous, ainsi qu'ils soient un en nous ?. »
« Qu'ils soient un comme nous, qu'ils soient un en nous. » Il explique plus distinctement ce qu'il avoit dit de notre unité. « Qu'ils soient un comme nous : » c'étoit-à-dire avec la proportion qui doit étre entre l'original toujours parfait et d'imparfaites images. Mais lorsqu'il dit : « Qu'ils soient un en nous, » il explique plus distinctement que l'unité est en Dieu comme dans la source, comme dans le centre, comme dans le premier principe, par qui et en qui nous sommes unis. « Qu'ils soient un en nous : » que nous soyons non-seulement le modèle, mais encore le lien de leur unité : qu'ils aient par nous et par grace ce que nous avons par nature et de nous-mêmes; qu'ils soient des ruisseaux qui se réunissent en nous, comme dans la source d'oü ils tirent tout. Ainsi ils vivront tous d'une méme vie, et ils ue seront qu'un cœur et qu'une ame.
Si les chrétiens sont un de cette sorte, ils sont heureux : car
1 Joan., xvit, 20. — 2 Joan., 147209 9p"
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LVIIIe JOURNÉE. 641
qu'y a-t-il de.plus heureux que d’être un dans le Père et dans le Fils, que d'étre un véritablement, persévéramment, sans que rien nous puisse séparer? C'est ce qui nous sera donné dans la perfection au siècle futur, mais c'est ce qu'il faut commencer ici par la sincérité de notre concorde.
Repassons souvent ces paroles : « Ils n'étoient qu'un cœur et qu'une ame '.» C'est par où a commencé le christianisme : mais si nous tenions quelque chose d'une si belle origine, la charité seroitelle si resserrée, la concorde si rare, les aumónes si peu abondantes?
Le cœur de l'homme est si ennemi de la concorde et de la paix, qu'au milieu de cette union primitive qui ne faisoit des premiers fidèles qu'un cœur et qu'une ame, « il s'éleva un principe de dissension entre les Grecs et les Hébreux, comme si les veuves des uns étoient plus négligées que celles des autres 2. Les apôtres remédièrent bientôt à ce désordre, et ce fut ce qui donna lieu à la premiére promotion des diacres. O Dieu, réveillez dans votre Eglise cet esprit de charité apostolique, qui répare les dissensions qu'on voit répandues dans tous les ordres de l'Eglise. Au lieu de cette première unité, on ne voit que jalousie, que mépris, que froideur entre tous les ordres, entre tous les particuliers. O Dieu, donnez-nous des Etiennes qui ne respirent que la charité, et qui entretiennent la concorde. O Dieu , mettez fin aux schismes, aux hérésies, aux guerres, aux jalousies des chrétiens. Gardez du moins, pacifiez et unissez votre Eglise par toute la terre, qu'il n'y ait «qu'un même esprit, » et un méme cœur, « comme il n’y a qu'une méme foi?. »
LVL ELU UT EV UV UV VV VU LATUVVUULVVVVVUVVVVVUUVUUVVULLVULUMULVUUVUULULVUVUVUUVIMVUVUM LU
LVIIF JOURNÉE.
Unité et égalité parfaite du Pére et du Fils. Joan., xvi, 21.
« Comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous.» Ces facons de parler réciproques , dont la propriété et la force est de marquer une parfaite égalité, sont familières à Notre-Seigneur. Ici il ne se contente pas de dire à son Pére : « Vous étes en moi, »
1 Act, 1V, 32. — ? Act., VI, 1. — 3 Ephes., 1v, 5, — * Joan., XVI, 21.
s'il ne dit en méme temps : «Je suis en vous. » Un peu au-dessus : « Tout ce qui est à moi est à vous; » et incontinent aprés : « Tout ce qui est à vous est à moi !; » en un autre endroit : « Personne ne connoît le Père, si ce n'est le Fils; » et réciproquement : « Personne ne connoit le Fils, si ce n’est le Père ?. » Toutes manières de parler naturelles au Fils de Dieu, pour marquer son unité parfaite avec son Père, et traiter en toutes manières d'égal avec lui : en sorte que s'il semble recevoir de son Père quelque avantage, en disant : « Vous étes en moi, » ille lui rend en disant : « Et moi en vous. » Ce sont paroles de société , d'égalité , d'unité parfaite : c'est un langage qui n'a lieu qu'entre le Pére et le Fils, entre le Fils et le Pére. Qui osera dire : « Vous étes en moi, et je suis en vous, » que celui qui ne reconnoit de différence entre son Pére et lui que dans le rapport mutuel de Père et de Fils? De méme qui osera dire : « Tout ce qui est à vous est à moi ; » et réciproquement : « Tout ce qui est à moi est à vous, » sinon celui qui est un avec son Pére? C'est déjà quelque chose de divin de pouvoir dire : « Tout ce qui est à vous est à moi; » mais d'ajouter : « Tout ce qui est à moi est à vous, » c'est montrer que l'avantage est égal : au Fils, d'avoir tout ce qu'a le Père; et au Père, d'avoir tout ce qu'a le Fils. Par ces divines facons de parler tout est égal: dans les personnes : « Vous étes en moi et moi en vous; » dans les biens : « Tout ce qui est à moi est à vous, tout ce qui est à vous est à moi; » dans la connoissance : « Personne ne connoit le Fils, si cen'est le Pére; et personne ne connoit le Pére, si ce n'est le Fils.» L'avantage est égal des deux cótés en tout et partout. La gloire de recevoir n'est pas moindre que celle de donner : celui qui donne “reçoit, parce qu'il reçoit dans son sein ce Fils unique à qui il donne, et s'il lui étoit inégal, il recevroit en lui-méme quelque chose qui, lui étant inférieur, ne seroit pas digne de lui. Tout fils est égal à son père par la nature, et c'est là le propre d'un fils. Que s'il y a quelque inégalité entre ces noms de père et de fils parmi les hommes, c'est que le fils n'est d'abord qu'un homme
imparfait et commencé.
Il faut ôter tout cela en Dieu, où il n’y a rien d'imparfait. Et si
1 Joan., xvit, 40. — ? Matth., x1, 21. 7
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LVIIIe JOURNÉE. 643
méme parmi les hommes, le désir du père est que son fils lui devienne égal en tout en croissant, combien plus le désir de Dieu doit-il étre pour ainsi parler, non que son Fils lui devienne égal, mais qu'il le soit en naissant? Car par ce moyen il ne dégénère du Père en aucun instant, étant d'abord tout parfait. Il faut ôter semblablement, dans la nature divine, que le Père précède le Fils : car cela n'a point de lieu où le temps ne se trouve pas et où tout est mesuré par l'éternité. Qui ne voudroit être père d'abord, puisqu étre père, c'est l'effusion de la fécondité et la démonstration de la plénitude ? On voudroit donc être père d’abord, et n'attendre pas cela du temps : c'est le désir de la nature. Or tout le bien qu'on désire parmi les hommes, est naturel en Dieu sans le désirer. Et d'ailleurs quel avantage est-ce, parmi nous, à un père d'être devant son fils, si ce n'est d'avoir vieilli? Or comme Dieu ni ne change ni ne vieillit, ni le Père n'a la prééminence de l’âge, ni le Fils n'a l'avantage de la jeunesse: car après tout, ce qu'on appelle la prééminence de l'àge n'est qu'un défaut de la nature, qui en vieillissant tend à sa fin.
Tout cela est donc exclu en Dieu: ni le Père n'est plus vieux, ni le Fils n'est plus jeune : car en cela il excelleroit au-dessus du Père. Dans le Père qui est Dieu, et le Fils qui est Dieu aussi, l'antiquité est toujours également vénérable , comme la jeunesse est toujours également dans la fleur, parce que l'éternité, qui est toujours ancienne et toujours nouvelle, égale tout. Et c'est pourquoi le Fils dit : « Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi: » par conséquent l'éternité même : et de toute éternité je suis en vous, comme de toute éternité vous étes en moi. Ainsi la gloire est égale : car s'il y a de la gloire pour le Fils d'avoir un tel Pére, il n'y en a pas moins au Pére d'avoir un tel Fils. Et si méme parmi les hommes, oü le fils nécessairement est moins que son père et dégénère de lui, du moins en naissant si petit et si imparfait, on ne laisse pas de dire : « Un sage fils est la gloire de son père, » combien plus le dira-t-on du Fils de Dieu? Si c'est la gloire d'un père d'avoir un fils qui n'est sage qu'à cause qu'il l'est devenu, quelle gloire pour le Père éternel, d'avoir un Fils qui est, en naissant et d'abord, la sagesse méme? Il
est si beau d'avoir un tel Fils, que le Pére en l'engendrant le conserve en soi. Parmi nous avoir un fils, c'est le mettre hors de soi-méme : en Dieu avoir un Fils, c'est le produire et le conserver éternellement dans son sein, comme quelque chose d'égal et aussi parfait que soi-méme. C'est pourquoi il est unique et il ne peut y en avoir deux : « Le Fils unique qui est dans le sein du Bere! : » il est unique, parce qu'il est parfait : il est unique, parce qu'il tire tout et épuise si parfaitement la fécondité, qu'un autre n'ajouteroit rien à la gloire d’être Père. C'est pourquoi il demeure dans le sein du Père, parce qu il est digne par sa perfection d'y étre toujours; et tout immense qu'est ce sein du Pére, il n'y a point de place pour un autre fils, parce qu'on ne peut en avoir qu'un, quand on l'a parfait.
Croyons donc la vérité de cette parole : « Vous étes en moi, et moi en vous. » Et adorons également le Fils dans le Père, et le Père dans le Fils, parce qu'ótant du nom de Père et de Fils tout ce qui marque imperfection, commencement, inégalité, il ne reste qu'une nature parfaite et parfaitement commune. En sorte que si du cóté de l'origine on met le Père devant le Fils, du côté de la perfection .on les met naturellement tous deux ensemble; et qu'on pourroit aussi bien dire le Fils etle Père, qu'on dit le Père et le Fils, selon aussi que l'ont dit quelques anciens, pour montrer qu'entre le Pére et le Fils, étre le premier ou le second n'emporte point d'inégalité, mais seulement une origine sans imperfection.
Pourquoi osons-nous parler de telles choses ? Ne faudroit-il pas trembler et adorer en silence un si grand mystère? Mais puisque Jésus-Christ a daigné nous en parler, nous pouvons en parler aussi, pourvu que ce soit avec lui, aprés lui et selon lui : ajoutons que ce soit encore pour la fin qu'il s'est proposée. Et quelle estelle? Elle est admirable : « Comme vous, mon Père, êtes en moi et que je suis en vous, ainsi qu'ils soient un en nous : » qu'il y ait entre eux, comme entre nous, une parfaite égalité, depuis le premier d'entre eux jusqu'au dernier. Qu'il y ait une parfaite unité et communauté : que chacun puisse dire en quelque facon
à son frére : « Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est 1 Joan., 1, 18.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , LVIIIe JOURNÉE. 645
à vous est à moi. » C'est ce qui a été en effet, il le faut souvent répéter, dans la naissance de l'Eglise : « Et ils n'avoient qu'un cœur et qu'une ame, et aucun d'eux ne disoit qu'il eût quelque chose à soi, mais tout étoit commun entre eux 1.» Cela a été effectif au commencement de l'Eglise pour montrer que la disposition en devoit être dans le fond de tous les cœurs : et c'est pourquoi Ananias et Saphira, ces deux disciples qui violèrent la loi de cette communauté de l'Eglise, périrent dans leur malheureuse propriété. Pierre, qui étoit le chef de l'unité , les frappa ; et le Saint-Esprit, à qui ces malheureu* avoient menti, fit un foudre de la parole de ce saint apótre pour les faire mourir à l'instant?. Ainsi fut vengé le violement de l'unité des fidèles.
Portons done cette disposition dans le fond du cœur : communiquons : donnons : ne resserrons point nos entrailles : qu'aucun de nous ne regarde son frére avec mépris : dans le fond tout est égal entre nous : la distinction superficielle qui nous élève les uns au-dessus des autres, regarde l’ordre du monde, mais ne change rien dans le fond. Nous sommes tous formés d’une même boue : nous portons tous également l’image de Dieu dans notre ame : l'homme n'a que la nature : le chrétien n’a que la foi : que la charité égale tout, selon ce que dit saint Paul : « qu'il faut établir l'égalité ?. » La consolation et l'affliction, le bien et le mal, tout doit étre égal entre les fréres. Et pour cela « celui qui est riche doit suppléer à ce qui manque au pauvre, afin, répète l'Apótre, que tout soit réduit à l'égalité, selon ce qui est écrit « de la manne, » que celui qui en recueilloit plus n'en avoit pas plus , et celui qui en recueilloit moins n'en avoit pas moins *. » Dieu veut donc de légalité entre les fréres; c'est-à-dire que personne ne soit dans lindigence , mais que le besoin de tout le monde soit soulagé et l'inégalité compensée.
Le riche qui fait meilleure chère , qui est mieux vêtu, mieux logé, n'en est pas plus grand pour cela ; au contraire dans le fond il est plus pauvre, parce qu'il s'est fait des besoins de ce que la nature ne demandoit pas : il seroit et plus riche et plus heureux, s'il ne lui falloit que ce qui contente le pauvre. Qu'il regarde donc
1 Act., 1v, 32. — ? Act., v, 2 et seq. — ? II Cor., vir, 13, 14. — * Ibid. 15.
son abondance comme une preuve de sa pauvreté et de son infirmité , qu'il s’en humilie, qu'il en ait honte : ainsi il se mettra en égalité avec le pauvre; et faisant de ses biens un supplément des besoins de l'indigent, il participe à la grace de la pauvreté.
Quand dirons-nous de tout notre cœur à notre frère qui souffre : Tout ce qui est à moi est à vous? et à notre frère qui est dans l'abondance : Tout ce qui est à vous est à moi? Hélas! on ne verra jamais sur la terre un si grand bien dans sa perfection. C'est pourtant ce que veut Jésus, lorsqu'il dit : « Comme vous , mon Père, êtes en moi et que je suis en vous et que tout ce qui est à moi est à vous , et tout ce qui est à vous est à moi : ainsi qu'ils soient un en nous !. » Tendons à cette unité divine. Mon Dieu, j'étends de grands bras à tous mes frères : je leur ouvre mon sein : je dilate sur eux mes entrailles, afin de leur être tout, père, mère, frère, sœur, ami, défenseur et tout ce dont ils ont besoin pour étre contens.
CU UE UUVAUUVS/VUVVUVVAUVU UUVU UV LAURE LUE VU VU UV UL UULTUS AU LE LAU VACANT vu VV VA.