XXI: JOURNÉE
Le prodige des prodiges : l'homme revétu de la puissance de Dieu par la foi et par la priére. Matth., xxr, 21, 22; Marc., xt, 22, 24.
Les apótres étant étonnés de l'effet soudain de la parole de Jésus-Christ sur le figuier, le furent beaucoup davantage, lorsqu'il leur dit qu'ils en pouvoient faire autant, et méme beaucoup plus, pourvu qu'ils eussent la foi. « Si vous l'avez, leur dit-il, vous ne pourrez pas seulement dessécher un figuier : mais vous direz à une montagne : Déracinez-vous et jetez-vous dans la mer ‘. »
Voici le prodige des prodiges : l'homme revétu de la toutepuissance de Dieu.
« Allez, disoit le Sauveur, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux , chassez les démons ?. » Qui fit jamais un pareil commandement ?
«Il les envoya précher et guérir les malades?. » Qui jamais envoya ses ministres avec de tels ordres? « Allez, dit-il, entrez
. dans cette maison et guérissez tous les malades que vous y trouverez. » Tout est plein de pareils commandemens. Mais ici il pousse la chose encore plus loin : « Tout ce que vous demanderez, vous l'obtiendrez*. »
Vous pourrez tout ce que je puis : vous ferez tout ce que vous m'avez vu faire de plus grand : «et vous ferez méme de plus grandes choses. » En effet si on est guéri en touchant le bord de la robe de Jésus-Christ pendant qu’elle étoit sur lui, ne se fait-il pas quelque chose de plus dans saint Paul, lorsque « les linges qui avoient seulement touché son corps guérissoient les malades à qui on les portoit?? » Et non-seulement les linges qui avoient touché les corps des apôtres avoient cette vertu : mais «leur ombre méme : » l'ombre qui n'est rien, « quand elle passoit sur les malades, ils étoient guéris 9. »
Voici done le grand miracle de Jésus-Christ. C'est que non-
1 Matth., xx1, 21. — ? Matt., X, 8. — 9 Luc, IX, 2; x, 8, 9, —
^ Joan., XIV 12, 13. — 5 Act., xix, 19. — * Act,, v, 45. M
seulement il est tout-puissant, mais il rend encore l'homme toutpuissant, et, s'il se peut, plus puissant que lui : faisant du moins constamment de plus grands miracles : et tout cela par la foi et par la prière : « Tout ce que vous demanderez, en croyant sans hésiter qu'il vous sera donné, il vous arrivera‘. » La foi donc et la prière sont toute-puissantes, et revétent l'homme de la toutepuissance de Dieu. « Si vous pouvez croire, disoit le Sauveur, tout est possible à celui qui croit?. »
La difficulté n'est done pas de faire des miracles : la difficulté est de croire : « Si vous pouvez croire : » c'est là le miracle des miracles, de croire parfaitement et sans hésiter : « Je crois, Seigneur, aidez mon incrédulité ?, » disoit cet homme à qui Jésus dit : « Si vous pouvez croire. Seigneur, augmentez-nous la foi, » disoient les apótres *. Nous n'avons besoin que de la foi, car avec elle nous pouvons tout : « Oh! si vous en aviez, dit le Seigneur, comme un grain de sénevé, » le plus petit de tous les grains, « vous diriez à ce mürier : Déracine-toi, et te va planter dans la mer, et il vous obéiroit * : » et il trouveroit un fond sur les flots pour y étendre ses racines.
Ainsi le grand miracle de Jésus-Christ n'est pas de nous faire des hommes tout-puissans; c'est de nous faire de courageux et de fidèles croyans, qui osent tout espérer de Dieu quand il s'agit de sa gloire.
Il faut donc entendre que cette foi qui peut tout nous est inspirée : pour oser faire cet acte de foi qui peut tout, il faut que Dieu nous en donne le mouvement. Et le fruit de ces préceptes de l'Evangile, que nous lisons aujourd'hui, c'est de nous abandonner à ce mouvement divin, qui nous fait sentir que Dieu veut de nous quelque chose : quelque grand qu'il soit, il faut oser et n'hésiter pas un seul moment.
Lorsqu'il s'agit de demander à Dieu les choses nécessaires pour le salut , nous n'avons pas besoin de ce mouvement particulier de Dieu, qui nous apprend ce qu’il veut que nous obtenions de sa puissance : nous savons très-clairement par l'Evangile que Dieu
1 Matth, Xx1, 22; Marc., XI, 24. — * Marc., 1x, 22. — ? Ibid., 23. — * Luc., xvir, 5. — 5 Ibid., 6. )
veut que nous lui demandions notre salut et notre conversion. Demandons-la donc sans hésiter; assurés si nous le faisons avec la persévérance qu'il faut, que tout nous sera possible : quand nos mauvaises habitudes auroient jeté dans nos ames de plus profondes racines que les arbres ne font sur la terre, nous leur pouvons dire : Déracine-toi. Quand nous serions plus mobiles et plus inconstans que des flots, nous dirons à un arbre : Va te planter là; et à notre esprit : Fixe-toi là, et il y trouvera du fond. Quand notre orgueil s'éléveroit à l'égal des plus hautes montagnes, nous leur pourrions ordonner de se jeter dans la mer, et de s'y abimer, tellement qu'on ne voie plus aucune marque de leur premiere hauteur. Osons donc tout pour de tels miracles, puisque ce sont ceux que nous savons très-certainement que Dieu veut que nous entreprenions. Osons tout, et pour petite que soit notre foi, ne craignons rien ; car il n'en faut qu'un petit grain gros comme du sénevé, pour tout entreprendre. La grandeur n’y fait rien, dit le Sauveur : je ne demande que la vérité et la sincérité : car s'il faut que ce petit grain ceroisse, Dieu qui l'a donné le fera croître. Agissez done avec peu, et il vous sera donné beaucoup : « et ce grain de sénevé , » cette foi naissante, « deviendra une grande plante et les oiseaux du ciel se reposeront dessus ! : » les plus sublimes vertus n'y viendront pas seulement, mais y feront leur demeure.
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XXIF JOURNÉE.
La prière persévérante; elle tient de la plénitude de la foi. Ibid.
Pesez les qualités de la foi et de la prière : qu'on le fasse sans hésiter, pour peu que ce soit avec une pleine persuasion : c’est ce que saint Paul appelle « plénitude de persuasion : » que la Vulgate a traduit simplement, in plenitudine multá : « avec une grande plénitude ? : » ce que le même saint Paul appelle ailleurs « plénitude d'intelligence ?; » etailleurs en termes formels « pléni-
! Matth., XI, 31, 32. — ? | Thessal., 1, 5. — 3 Coloss., 11, 2.
tude de l'espérance, et plénitude de la foi !. » C'est donc à dire qu'il faut avoir une foi si pleine, qu'elle ne se démente par aucun endroit et qu'on n'ait nulle défiance du côté de Dieu, comme le méme saint Paul le dit d'Abraham, « qu'il n'hésita point par défiance , mais se fortifia dans la foi, donnant gloire à Dieu, pleinement persuadé et convaincu qu'il est puissant pour accomplir tout ce qu'il promet ?, » Voilà donc la foi qui obtient tout « et la foi qui nous justifie ?, » selon le méme saint Paul dans le méme endroit. Telle est donc la première condition de la prière marquée dans notre évangile, qu'elle se fasse avec une pleine foi. La seconde y est encore marquée au verset 25 : « Qu'on pardonne sincèrement à son frère, si on a quelque chose contre lui *. » On obtient donc tout ce qu'on demande, si on le demande avec un cœur plein de foi en Dieu et en paix avec tous les hommes. Voilà ce que Dieu demande : un cœur sans aigreur et sans défiance : on a tout de lui à ce prix.
Mais peut-on ne se pas défier, et ne doit-on pas le faire? Oui, de soi, puisqu'on est si foible et qu'on ne sait méme si on a une foi vive, encore moins si on y persévérera : mais avec toute cette incertitude, j'ose dire qu'il ne faut pas s'en inquiéter et sans tant de retour sur soi-même , il faut dans le temps que la prière s'al- Iume, oser tout attendre et tout demander et étre si plein de Dieu, qu'on ne songe plus à soi-méme.
Est-ce là cette téméraire confiance que les hérétiques préchent? Point du tout : mais sans éteindre les réflexions qu'on peut faire sur sa foiblesse, c'est dans la ferveur de la prière s'oublier tellement soi-méme , qu'on ne demeure occupé que de ce que Dieu peut et de l'immense bonté avec laquelle il a tout promis à la prière persévérante.
1 Hebr., VI, 1 ; X, 22. — ? Rom., 1v, 20, 21. — 5 Ibid., 22. — * Marc., xt, 24, 25. :
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