‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 45 sur 257 · LA MESSE · texte numérisé non relu

LA MESSE

La messe est le sacrifice des chrétiens, c'est-à-dire l'acte principal de religion par lequel on rend à Dieu, en lui offrant et consacrant quelque chose de sensible, le culte suprême qui lui est dù comme à notre Créateur, et l'hommage d'une dépendance absolue. On y rend graces à Dieu de tous ses bienfaits ; on lui demande les graces dont on a besoin, et on apaise sa colére irritée par nos péchés.

La victime qu'on offre à Dieu

pour toutes ces fins, est le corps et le sang de Jésus-Christ sous les espèces du pain et du vin, qu'on lui

consacre en mémoire perpétuelle de la passion et de la mort du méme Jésus, qui l'a ainsi ordonné.

Ce mot de Messe signifie renvoi, parce qu'autrefois au commencement de l'action du sacrifice, on renvoyoit, c'est-à-dire on faisoit sortir de l'église les catéchuménes et les pénitens, et qu'à la fin on renvoie encore tout le peuple, en disant : /fe, missa est : «Allez, on vous renvoie. » Ce dernier renvoi veut dire qu’il ne faut sortir de l'église que lorsque tout le sacrifice est achevé, et que l'Eglise elleméme, qui nous y a invités, nous renvoie dans nos maisons.

Les catéchuménes étoient ceux qu'on préparoit au baptéme, et les pénitens ceux qui étoient en pénitence publique. C'est donc ici le sacrifice des saints; et pour y assister dignement, il faudroit avoir la conscience toujours pure; du moins faut-il demander la rémission de ses péchés, avec une douleur sincére de les avoir commis; et c'est par où le prêtre commence la messe, en se tenant au pied de Vl'autel comme indigne d'en approcher, disant son Confiteor et med culpá, frappant sa poitrine et se reconnoissant pécheur. ;

Le temple où l’on offre le sacrifice représente le ciel où Dieu se manifeste à ses élus ; il signifie aussi la société des fidèles où Dieu habite, et les fidéles sont les pierres vivantes dont cet édifice spirituel

, est composé. C'est pour cela qu'on l'appelle église, parce qu'il représente l'Eglise qui est la société des fidèles.

L'autel représente le trône de Dieu, où il reçoit les adorations de toutes ses créatures. Il signifie aussi Jésus-Christ, en qui tous nos vœux et nous-mêmes nous sommes offerts à Dieu comme une offrande agréable. .

Le prêtre représente Jésus-Christ notre Pontife. Les habits sacrés font connoître que le prêtre est une nouvelle créature , portant en lui-même

. image de Jésus-Christ crucifié, au nom duquel il agit et il parle dans cette action.

Il faut donc s'unir au prêtre; et

. en la personne du prêtre, s’unir à

Jésus-Christ méme dont il est le ministre.

Il est aussi le ministre de tout le

peuple au nom duquel il parle, et dont il porte à Dieu les vœux et les priéres; de sorte que ce sacrifice n’est pas seulement le sacrifice du

prétre, mais encore celui de tout le peuple.

Anciennement tout le peuple assistoit, autant qu'il se pouvoit, à la méme messe, afin d'offrir en commun ses vœux : chose trés-agréable à Dieu, qui est le Dieu de paix, et un Pére qui est bien aise d'étre servi par ses enfans en unité parfaite. C'est ce qu'on fait encore dans la messe paroissiale.

Les assistans communioient autrefois avec le prétre, et ce seroitencore l'intention de l'Eglise que cela se fit, comme elle s'en est expliquée dans le concile de Trente, sess. xxr, cap. 6; mais elle ne laisse pas d'offrir à Dieu son sacrifice, et de célébrer le banquet sacré : encore que tous les fidèles n’y participent pas en effet ; l'Eglise les y invite, et il y faut du moins participer en esprit.

Autrefois aussi tout le peuple répondoit au prêtre; et le ministre qui le sert doit aussi, pour cette raison, parler au nom de toute l'Eglise.

Voici les réponses qu'il faut faire.

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