PARTIE II, CHAPITRE V
bien, s'abstenant des œuvres de la chair; il est certain qu'ils sont tenus de Dieu pour ses enfans et sont recus à son héritage céleste 1, » On voit bien ceux qu'il entend par ces mots : Ceux qui reçoivent l'Eucharistie comme on la leur donne : c'est-à-dire, entre autres, ceux qui comme nous, selon l'expression du méme Calixte, communient encore aujourd'hui sous une espèce. Ceux-là donc ne sont pas exclus du royaume de Dieu; et loin d'en être exclus, à est certain qu'ils y sont admis, pourvu que menant d'ailleurs une sainte vie, ils mettent leur confiance, non dans leurs propres mérites, mais dans les mérites de Jésus-Christ. Reste donc à examiner si nous croyons avoir des propres mérites, nous qui selon le concile de Trente, n'en connoissons point qui ne soient des dons dela grace; et si nous mettons notre confiance en quelqu'autre qu'en Jésus-Christ, nous qui disons tous les jours dans la messe : « Nous vous prions, Seigneur, de nous recevoir au nombre de vos Saints, non en pesant nos mérites, mais en nous pardonnant par grace, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ.» C'est sur cela que nos convertis seront aisément satisfaits, du consentement des ministres, et en attendant, il est constant que la communion sous une espèce ne les exclut pas du salut, de l'avis de Calixte méme, un si ardent défenseur de la communion sous les deux espèces, et de M. de la Roque, qui a trouvé son sentimeut si judicieux.
Toutes ces choses font voir que malgré tout ce que nous disent les protestans sur la nécessité des deux espéces, ils sentent bien au fond de leur cœur qu'elle n'est pas si grande qu'ils le veulent dire, et qu'il y a plus de contention que de vérité dans leurs discours. Concluons donc enfin ce raisonnement; et pour montrer que cette matière peut être vidée sans de grandes discussions, et sans remuer beaucoup de livres, souvenons-nous que c'est chose avouée par nos adversaires, que la coutume de communier sous une espèce a passé sans contradiction : qu'elle avoit de leur aveu duré trois cents ans, sans qu'on s'en füt plaint : que Pierre de Dresde fut le premier qui s’en plaignit au commencement du quinzième siècle : que Luther et les luthériens, qui suivirent ce
1 Desid., Concor. Eccles., n. 4, p. 451,
sentiment dans le seiziéme, ont trouvé de légitimes excuses, nonseulement à nos peres qui ont communié sous une espéce, mais encore à ceux qui y communient aujourd'hui parmi nous : que les ministres calvinistes ont trouvé ce sentiment judicieux : que selon eux la nécessité de communier sous les deux espéces recoit des exceptions : que ces exceptions ne sont pas seulement fondées sur des nécessités absolues, telle qu'est celle des abstémes, qui ne peuvent boire de vin; mais encore sur des nécessités de bienséance, telle qu'est celle des malades et les autres que nous avons remarquées : qu'on ne trouve rien dans l'Ecriture sur ces exceptions, et que la détermination en dépend de l'autorité et de la prudence. Ceux qui aprés cela veulent disputer auront pour toute réplique ce mot de l'Apótre : « Si quelqu'un est contentieux parmi vous, nous n'avons pas cette coutume ni aussi l'Eglise de Dieu !; » et encore : « Est-ce de vous qu'est sortie la parole de Dieu, ou bien êtes-vous les seuls à qui elle soit parvenue ?? » Ce qui montre que, sans présumer de son sens particulier, il. faut remonter à l'antiquité, et se soumettre à l'autorité de l'Eglise.