‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 381 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XLIV

jour, où Jésus-Christ ressuscita *. Mais, » continue-t-il, en ce jour de la passion de Notre-Seigneur, « prenons part à ses souffrances, afin d'avoir part à sa gloire : ne sacrifions point, parce qu'on nous arrache celui qui est notre victime : que ses amis ne le sacrifient pas pendant que ses ennemis le tuent. » On ne sacrifie done pas; c'est-à-dire , comme il l'a lui-même expliqué, on ne consacre point en ce jour. Car que ce soit la seule consécration et non pas la communion dont nous devions étre privés en ce saint jour, il le déclare. dans la suite par ces paroles : « Aujourd'hui, au Vendredi saint, à ce sixième jour de la semaine, on ne fait point le corps de Notre-Seigneur, mais on réserve de la veille ce que nous devons prendre le lendemain ; » et encore: « Aujourd'hui done que Jésus-Christ, notre hostie salutaire, est tué par ses ennemis, c'est avec beaucoup de raison qu'on ensevelit en quelque maniére parmi nous l'honneur du sacrifice; »c'est-à-dire, comme on a vu, qu'on n'y fait point de consécration ; et « parce qu'on ne trouve plus parmi nous la manne céleste , on réserve du jeudi ce que nous devons prendre en ce jour. » D’où il s'ensuit, pour deux raisons, qu'on n'y prend pas le sang de Notre-Seigneur : la première, parce qu'on ne la réserve pas, et qu'on ne prend, comme on voit, que ce qu'on réserve ; la seconde, parce qu'on ne le consacre pas de nouveau, puisqu'à ce jour, comme il vient de le dire, la consécration est interdite.

C'est pourquoi, en continuant l'explication de l'office, il fait mention des deux prétres, « qui apportent à l'autel le corps du Seigneur qu'on avoit réservé dela veille. Aprés, poursuit-il, on couvre le calice où est le corps, pour montrer qu’il a été enseveli : les deux prêtres qui portent le corps à l'autel, représentent le juste Joseph d'Arimathie et Nicodéme , qui demandèrent le corps de Jésus pour l'ensevelir?. » Et aprés avoir tant parlé du corps, il ajoute incontinent aprés, et sans dire rien davantage : « Nous communions en silence , » nous montrant que la communion se faisoit avec le corps seul, lequel aussi on a consacré et réservé seul de la veille. "

1 Amalar., lib. VI, cap. rit. — ? Ibid., cap. XXII, col. 906. — 3 Ibid., cap. xxiv, col. 961. TU

Quand donc aussitót aprés tout ce discours qu'il fait du corps, et sans rien mettre entre deux, il ajoute ce que nous objecte M. de la Roque : « Ce sang que nous prenons crie à Dieu de notre bouche comme il est écrit : Le sang de ton frère Abel crie à moi de la terre : car nous, c'est-à-dire l'Eglise, nous sommes cette terre qui ouvre la bouche et qui boit fidèlement le sang d'Abel, c'est-àdire le sang de Jésus-Christ, que Cain , c'est-à-dire le peuple juif, a cruellement répandu ! : » c'est encore ici visiblement un de ces exemples dont nous avons déjà vu un si grand nombre, où l'on dit qu'on recoitle sang, encore qu'on ne recoivele sacrement que sous l’espèce du corps , à cause que leur substance, comme leur grace et leur vertu, sont inséparables.

Et visiblement il n'est pas possible de l'entendre d'une autre sorte, puisqu'il est certain par toute la suite qu'on ne réservoit pas le sang de la veille, et qu'on ne le consacroit pas le jour où le sacrifice et la consécration ne se faisoient pas. De dire qu'il veuille parler de la consécralion solennelle, comme s'il y en avoit de deux sortes ; c'est se moquer et lui faire dire ce qu'il ne dit pas, ni en ce lieu, ni en aucun autre : et au contraire tournant tout d'un coup au sang, après avoir durant deux chapitres et dans toute la suite du discours parlé du corps seul, c'est une preuve certaine que ce n'est aussi que dans le corps qu'il a trouvé ce sang, qui crie de nos bouches.

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