‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 502 sur 588 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Pour ce qui regarde le nombre de deux, les Pères et les interprétes sont féconds à nous en représenter le mystère. Il y a les deux Testamens, les deux Tables de la loi, les deux préceptes de la charité, le témoignage de deux suffisant pour établir la vérité, conformément à cette parole : «Toute affaire sera décidée par le témoignage de deux ou de trois témoins, » Deut., xix, 15. Primase rapporte ici un bel endroit de saint Cyprien, où il reconnoit deux sortes de témoins ou de martyrs : les uns en sacrifiant leur vie, les autres en abandonnant leurs biens, Prim., lib. III; Cypr., de Laps. Plus simplement, il faut entendre par les deux témoins les consolateurs du peuple de Dieu, tirés des deux ordres de l'Eglise, ettant du clergé que du peuple : les premiers représentés par Jésus, fils de Josédec, souverain pontife ; et les autres par Zorobabel, capitaine du peuple de Dieu, comme on verra au verset suivant.

4. Ceux-ci sont deux oliviers et deux chandeliers : ceci est manifestement tiré de Zacharie, 1v, 3, 14, où Jésus, fils de Josédec, souverain pontife, et Zorobabel, qui soutinrent le peuple pauvre et affligé au retour de la captivité de Babylone, sont désignés par deux oliviers, à cause des consolations que le peuple recut par leur ministère, durant que tous leurs voisins s'unissoient pour achever de les opprimer. Alors Dieu leur envoya ces deux grands consolateurs; et le Saint-Esprit qui montre partout à saint Jean l'Eglise figurée dans la synagogue, a encore tiré cet exemple de lancien peuple, pour signifier dans ces deux oliviers mystiques la céleste onction dont l'Eglise seroit pleine durant les persécutions.

Et deux chandeliers. Cette figure est encore tirée du méme endroit de Zacharie, 1v, 41, 12. Elle signifie que les lumières del'Eglise neseront pas moins vives que ses consolations seront abondantes : ainsi le nombre de deux est encore ici un nombre mystique, comme les trois ans et demi. Les consolateurs des fidèles, parles graces tant ordinaires qu'extraordinaires, étant tirés de deux ordres, c’est-à-dire du clergé et du peuple, et d'ailleurs étant figurés par ces deux hommes de Zacharie, par Jésus fils de

Josédec, et par Zorobabel, sont aussi pour cette raison représentés

au nombre de deux : ce qui signifie que l'Eglise aura en effet les graces qui sont figurées par ces deux hommes.

- En présence du Seigneur de la terre. Ce sont les propres paroles de Zacharie, rv, 14, qui continuent à nous faire voir qu'il faut chercher dans ce prophéte le dénouement de cet endroit de l'Apocalypse.

5. Le feu sortira de leur bouche. Imité d'Elie qui fit tomber le feu du ciel par son commandement, III Reg., xvur, 38; IV Reg., 1, 40 et suiv. Ce feu sorti de la bouche des deux témoins de l'Eglise, c'est l'efficace de sa parole, qui confond ses adversaires et finalement les détruit. Et celui qui les voudra offenser, il faut qu'il soit tué de cette sorte : il faut que les persécuteurs périssent, et qu'aprés une mort cruelle ils soient encore envoyés au feu éternel.

6. Ils ont la puissance de fermer le ciel pour empécher la pluie de tomber. A la lettre fermer le ciel, c'est envoyer la stérilité, et ce pouvoir fut donné à Elie, III Zeg., xvii, 1. Dieu aussi à souvent puni l'empire persécuteur en lui envoyant la stérilité, comme on le verra au chapitre xvr, verset 8. Mais pour s'élever à un sens plus haut et plus convenable à ce lieu, par la pluie il faut entendre la parole de Dieu, selon ce que dit Moïse dans son cantique, «que ma parole coule comme une rosée, Deut., xxxu, 2. Durant la persécution la prédication n'avoit pas un cours si libre, et elle étoit justement soustraite aux infidéles, qui non-seulement ne l'écoutoient pas, mais encore en persécutoient les ministres. C'étoit donc avec justice que Dieu accomplissoit alors cette menace autrefois prononcée dans Isaie : «Je défendrai à mes nuées de pleuvoir, » v, 6. J'empécherai mes prédicateurs de précher si librement.

Changer l'eau en sang : comme fit Moise en Egypte sous la persécution de Pharaon, Exod., vit, 19, 20; c'est envoyer la guerre aux ennemis de l'Eglise, comme on verra au chapitre xvr, versets 3, 4, 5, 6.

Remarquez que saint Jean remplit ici ces deux témoins de ce qu'il y a tout ensemble de plus doux et de plus efficace dans les anciens prophétes, pour consoler le peuple de Dieu et pour en châtier les ennemis. La douceur est marquée dans les deux oli-

Page 1