DES ANIMAUX
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NOMENCLATURE DES SINGES
Comme endoctriner des écoliers, ou parler à des hommes, sont deux choses différentes ; que les premiers reçoivent sans examen et même avec avidité l’arbitraire comme le réel, le faux comme le vrai, dès qu’il leur est présenté sous la forme de documents; que les autres au contraire rejettent avec dégoût ces mêmes documents lorsqu’ils ne sont pas fondés; nous ne nous servirons d’aucune des méthodes qu’on a imaginées ^ pour entasser sous le même nom de singes une multitude d’animaux d’espèces différentes et même Irès-éloignées.
J’appelle singe un animal sans queue, dont la face est aplatie, dont les dents, les mains , les doigts et les ongles ressemblent à ceux de l’homme, et qui, comme lui, marche debout sur ses deux pieds ^ : cette définition , tirée de la nature même de l’animal et de ses rapports avec celle de l’homme, exclut, comme l’on voit, tous les animaux qui ont des queues, tous ceux qui ont la face relevée ou le museau long; tous ceux qui ont les ongles courbés, crochus ou pointus; tous ceux qui marchent plus volontiers sur quatre que sur deux pieds. D’après cette notion fixe et précise, voyons combien il existe d’espèces d’animaux auxquels on doive donner le nom de singe. Les anciens n’en connaissaient qu’une seule: lepitliecos^ des Grecs, le
1. Cette nomenclature des singes ouvre le XIV® volume de l’édition in-4<> de l’Imprimerie royale , volume publié en 1766.
2. Buffon a beaucoup mieux fait que de se servir des mélhodes qu’on avait imaginées; il en a imaginé une, et qui est excellente. (Voyez la note de la page 6 du volume, et la note de la page 283 du III®. )
3. Nul singe ne marcbe debout sur ses deux pieds. L’homme seul a ce privilège. Le singe marche en s’appuyant sur ses mains, et, lorsqu’il veut marcher ou se tenir debout, ce qu’il ne fait jamais qu’avec peine, son pied ne porte que sur le tranchant extérieur.
4. ntûvi»o; est le nom grec du singe en général; le singe dont Galien a donné l’anatomie, n’est pas autre chose que le magot : Camper avait pensé que c’était l’orang-outang ; mais il se trompait. — L’orang-outang n’a pas été connu des anciens.
NOMENCLATURE DES SINGES
simia des Latins, est un singe, un vrai singe, et c’est celui sur lequel Aristote, Pline et Galien ont institué toutes les comparaisons physiques, et fondé toutes les relations du singe à l’homme; mais ce pithèque, ce singe des anciens, si ressemblant à l’homme par la conformation extérieure, et plus semblable encore par l’organisation intérieure, en diffère néanmoins par un attribut qui, quoique relatif en lui-même, n’en est cependant ici pas moins essentiel, c’est la grandeur; la taille de l’homme en général est audessus de cinq pieds, celle du pithèque n’atteint guère qu’au quart de cette hauteur : aussi ce singe eût-il encore été plus ressemblant à l’homme , les anciens auraient eu raison de ne le regarder que comme un homoncule, un nain manqué, un pygmée capable tout au plus de combattre avec les grues, tandis que l’homme sait dompter l’éléphant et vaincre le lion.
Mais depuis les anciens, depuis la découverte des parties méridionales de l’Afrique et des Indes, on a trouvé un autre singe ‘ avec cet attribut de grandeur, un singe aussi haut, aussi fort que l’homme, aussi ardent pour les femmes que pour ses femelles; un singe qui sait porter des armes, qui se sert de pierres pour attaquer, et de bâtons pour se défendre, et qui d’ailleurs ressemble encore à l’homme plus que le pithèque; car indépendamment de ce qu’il n’a point de queue, de ce que sa face est aplatie, que ses bras, ses mains, ses doigts, ses ongles sont pareils aux nôtres, et qu’il marche toujours debout il a une espèce de visage, des traits approchant de ceux de l’homme, des oreilles de la même forme, des cheveux sur la tête, de la barbe au menton, et du poil ni plus ni moins que l’homme en a dans l’état de nature^. Aussi les habitants de son pays, les Indiens policés, n’ont pas hésité de l’associer à l’espèce humaine par le nom û.’ orang-outang, homme sauvage; tandis que les Nègres, presque aussi sauvages, aussi laids que ces singes , et qui, n’imaginent pas que pour être plus ou moins policé l'on soit plus ou moins homme, leur ont donné un nom propre [Pongo) , un nom de bête et non pas d’homme; et cet orang-outang ou ce pongo n’est en effet qu’un animal, mais un animal très-singulier, que l’homme ne peut voir sans rentrer en lui-même, sans se reconnaître, sans se convaincre que son corps n’est pas la partie la plus essentielle de sa nature^.
Yoiià donc deux animaux, le pithèque et l’orang-outang, auxquels on doit appliquer le nom de singe, et il y en a un troisième auquel on ne peut guère le
1. Un autre singe. Buffon ne fait ici qu’nji seul animal de deux : de l’orang-outang et du chimpanzé. h’ orang-outang est des Indes; le chimpanzé est d’Afrique. — Nous connaissons aujom’d’iiui un troisième grand singe à formes Immaines : le gorille. Le gorille est d’Afrique. (Voyez la note 1 de la page 3ü du III® volume. )