DE LA GENETTE DU CAP
M. Sonnerai, correspondant du cabinet, nous a envoyé le dessin d’un animal sous la dénomination de chat musqué du cap de Bonne-Espérance, mais qui nous paraît être du genre des genettes. Par la comparaison que nous en avons faite avec la genette de France ' et avec la genette d’Espagne, elle nous paraît avoir plus de rapport avec celle-ci : cependant cette genette du Cap en diffère par la couleur du poil qu’elle a beaucoup plus blanc j elle n’a pas, comme l’autre, une tache blanche au-dessous des yeux, parce que sa tête est entièrement blanche, tandis que la genette d’Espagne a les joues noires, ainsi que le dessus du museau. Les taches noires du corps dans cette genette du Cap sont aussi différemment distribuées; et comme les terres du cap de Bonne-Espérance sont fort éloignées de l’Espagne et de la France, où se trouvent ces deux premiers animaux, il nous paraît que ce troisième animal, que l’on a rencontré à l’extrémité de l’Afrique, doit être regardé comme une espèce différente plutôt que comme une variété de nos genettes d’Europe.
DU BIZAAM.
M. Wosmaër a donné la description d’un animal sous le nom de chat hizaam, dans une feuille imprimée à Amsterdam en 1771, dont voici l’extrait :
a. Lettre de M. Delpèche, maître es-arts, à M. de Buffon. Villefranche de Rouergue, 6 août 1771.
* Le même animal que la genette- commune, selon Cuvier.
1. L’animal que Buffon nomme ici, par erreur, genette de France est lepougouné o\x marte des palmiers. (Voyez, plus loin, l’article du pougouné.)
** Le môme animal encore que la genette commune. « Le chat musqué de Sonnerat, la « genette du Cap de Buffon, le chat hizaam de Wosmaër, ne paraissent que des genettes « communes. » (Cuvier.)
DU BIZAAM.
« Sa grandeur est à peu près celle d’un chat domestique; la couleur « dominante par tout le corps est le gris cendré clair rehaussé de taches <c brunes. Au milieu du dos règne une raie noire jusqu’à la queue, qui est « à bandes noires et blanches, mais la pointe en est noire, ou d’un brun « très-foncé. Les pattes de devant et de derrière sont brunes en dedans, « et grises tachées de brun en dehors; le ventre et la poitrine sont d’un « gris cendré. Aux deux côtés de la tête et sur le nez se voient des raies « brunes; au bout du nez et sous les yeux il y a des taches blanches. Les « oreilles, rondes et droites, sont couvertes de poils courts et gris; le nez « est noir, et de chaque côté sont plusieurs longs poils bruns et blancs. Les « pattes sont armées de petites griffes blanches et crochues qui se retirent A en dedans.
« Ce joli animal était d’un naturel un peu triste, sans cependant être « méchant; on le tenait à la chaîne. Il mangeait volontiers de la viande, « mais surtout des oiseaux vivants. On ne l a pas entendu miauler, mais « quand on le tourmentait il grommelait et soufflait comme un chat. »
M. AVosmaër dit aussi qu’il a nourri ce chat bizaam pendant trois ans , et qu’il n’a jamais senti qu’il eût la plus légère odeur de musc; ainsi ceux qui l’ont appelé chat musqué l’ont apparemment confondu avec la civette ou la genette du Cap; néanmoins ces deux animaux ne se ressemblent point du tout, car M. AVosmaër compare le bizaam au margay. « De tous les «animaux, dit-il, que M. de Buffon nous a fait connaître, le margay de « Cayenne est celui qui a le plus de ressemblance avec le chat bizaam, « quoiqu’en les comparant exactement, le margay ait le museau bien plus « menu et plus pointu : il diffère aussi beaucoup par la queue et la figure « des taches. »
J’observerai à ce sujet que ces premières différences ont été bien saisies par M. Wosmaër; mais ces animaux diffèrent encore par la grandeur, le margay étant de la taille du chat sauvage, et le bizaam de celle du chat domestique, c’est-à-dire une fois plus petit : d’ailleurs, le margay n’a point de raie noire sur le dos; sa queue est beaucoup moins longue et moins pointue; et ce qui achève de décider la différence réelle de l’espèce du margay et de celle du bizaam, c’est que l’un est de l’ancien continent, et l’autre du nouveau.
LE PUTOIS RAYÉ DE l’iNDE. *
Cet animal, que M. Sonnerai a apporté de l’Inde, et que dans son Yoyage il a nommé chat sauvage de l’Inde , ne nous paraît pas être du genre des
* Viverra fasciata (Gmel.). — Espèce de genette, selon CuYier. « Il faut rapporter à cette Cl subdivision ( celle des genettes) le putois rayé de VInde de Buffon. » (Cuvier.)
ADDITIONS
( hais, mais plutôt de celui des putois. 11 n’a du chat ni la forme de la tête, ni celle du corps, ni les oreilles, ni les pieds, qui sont courts dans les chats et longs dans cet animal, surtout ceux de derrière; ses doigts sont courbés comme ceux des écureuils ; les ongles crochus comme ceux des chats, et c’est probablement ce dernier caractère qui a induit M. Sonnerat à regarder cet animal comme un chat; cependant son corps est allongé comme celui des putois, auxquels il ressemble encore par la forme des oreilles, qui sont très-différentes de celles des chats.
Cet animal, qui habite la côte de Coromandel, a quinze pouces de longueur du bout du museau à l’anus; sa grosseur approche de celle de nos putois. La tête, qui a quatre pouces du nez à l’occiput, est d’une couleur brune mêlée de fauve; l’orbite de l’œil est très-grande et bordée de brun; la distance du bout du museau à l’angle antérieur de l’œil est de dix lignes, et celle de l’angle postérieur à l’oreille est de quatorze lignes. Le tour des yeux, le dessous du nez et les joues sont d’un fauve pâle; le bout du nez et les naseaux sont noirs, ainsi que les moustaches et les poils au-dessus des yeux. L’oreille est plate, ronde, et de la forme de celle du putois; elle est nue, et il y a seulement quelques poils blanchâtres autour du conduit auditif. Six larges bandes noires s’étendent sur le corps depuis l’occiput jusqu’au-dessus du croupion , et ces bandes noires sont séparées les unes des autres alternativement par cinq longues bandes blanchâtres et plus étroites. Le dessous de la mâchoire inférieure est fauve très-pâle, de même que la face intérieure des jambes de devant; la face extérieure du bras est brune, mélangée de blanc sale; la face externe des jambes de derrière est brune, mêlée d’un peu de fauve et de blanc gris; les cuisses et les jambes de derrière ont la face interne blanche, et, en quelques endroits, fauve pâle; tout le dessous du ventre est d’un blanc sale; le plus grand poil de dessus le corps a huit lignes.
La queue, longue de neuf pouces, finit en pointe; elle est couverte de poils bruns, mêlés de fauve comme le dessus de l’occiput. Les pieds sont longs, surtout ceux de derrière; car ceux de devant ont, y compris l’ongle, seize lignes de longueur, et ceux de derrière vingt et une lignes. Les cinq doigts de chaque pied sont couverts de poils blanchâtres et bruns; les ongles des pieds de devant ont trois lignes; ceux des pieds de derrière quatre lignes.
Il y a six dents incisives et deux canines en haut comme en bas.
LE POUGOUNE.