LA MONE
que lui avaient donné les Grecs, et qui, par la définition d’Aristote, désigne une guenon ou singe à longue queue, de couleur variée.
En général, les guenons sont d’un naturel beaucoup plus doux que les babouins, et d’un caractère moins triste que les singes; elles sont vives jusqu’à l’extravagance et sans férocité, car elles deviennent dociles dès qu’on les fixe par la crainte; la mone, en particulier, est susceptible d’éducation, et même d’un certain attachement pour ceux qui la soignent; celle que nous avons nourrie se laissait toucher et enlever par les gens qu’elle connaissait, mais elle se refusait aux autres et même les mordait; elle cherchait aussi à se mettre en liberté ; on la tenait attachée avec une longue chaîne; quand elle pouvait ou la rompre ou s’en délivrer, elle s’enfuyait à la campagne, et, quoiqu’elle ne revînt pas d’elle-même, elle se laissait assez aisément reprendre par son maître; elle mangeait de tout, de la viande cuite, du pain et surtout des fruits; elle cherchait aussi les araignées, les fourmis, les insectes “; elle remplissait ses abajoues lorsqu’on lui donnait plusieurs morceaux de suite; cette habitude est commune à tous les babouins et guenons, auxquels la nature a donné ces espèces de poches au bas des joues , où ils peuvent garder une quantité d’aliments assez grande pour se nourrir un jour ou deux.
Caractères distinctifs de cette espèce.
La mone a des abajoues et des callosités sur les fesses; elle a la queue d’environ deux pieds de longueur, plus longue d’un demi-pied que la tête et le corps pris ensemble; la tête petite et ronde, le museau gros et court, la face couleur de chair basanée; elle porte un bandeau de poil gris sur le front , une bande de poils noirs qui s’étend des yeux aux oreilles , et des oreilles jusqu’aux épaules et au bras; elle a une espèce de barbe grise formée par les poils de la gorge et du dessous du cou qui sont plus longs que les autres; son poil est d’un noir roussâtre sur le corps, blanchâtre sous le ventre; l’extérieur des jambes et les pieds sont noirs, la queue est d’un gris brun avec deux taches blanches de chaque côté de son origine ; elle marche à quatre pieds , et la longueur de sa tête et de son corps , pris ensemble depuis l’extrémité du museau jusqu’à l’origine de la queue, est d’environ un pied et demi. La femelle est sujette, comme les femmes, à l’écoulement périodique.
a. C’est vraisemblablement de cette espèce dont parle Ludolf, sons le nom de singe de V Abyssinie : « Ils vont, dit-il, par grandes troupes; comme ils aiment extrêmement les fourmis « et les vers, il n’y a aucunes pierres qu’ils ne renversent ou qu’ils ne remuent pour attrapf r « les insectes qui sont dessous. » Histoire de l’Abyssinie, p. 41.
LE CALLITRICIÎE
LE CALLITRICIIE.
Callitrix est un terme employé par Homère pour exprimer en général la belle couleur du poil des animaux : ce n’est que plusieurs siècles après celui d’Homère que les Grecs ont en particulier appliqué ce nom à quelques espèces de guenons ou singes à longue queue, remarquables par la beauté des couleurs de leur poil ; mais il doit appartenir de préférence à celui dont il est ici question. Il est d’un beau vert sur le corps, d’un beau blanc sur la gorge et le ventre, et il a la face d’un beau noir; d’ailleurs il se trouve en Mauritanie et dans les terres de l’ancienne Carthage : ainsi il y a toute apparence qu’il était connu des Grecs et des Romains, et que c’était l’une des guenons ou singes à longue queue auxquels ils donnaient le nom de callitrix; il y a d’autres guenons de couleur blonde dans les terres voisines de TÉgypte, soit du côté de l’Éthiopie, soit de celui de l’Arabie, que les anciens ont aussi désignées par le nom générique de callitrix. Prosper Alpin et Pietro délia Valle ’’ parlent de ces callitriches de couleur blonde; nous n’avons pas vu cette espèce blonde, qui n’est peut-être qu’une variété de celle-ci ou de celle de la moue, qui est très-commune dans ces mêmes contrées.
Au reste, il paraît que le callitriche ou singe vert se trouve au Sénégal aussi bien qu’en Mauritanie et aux îles du Cap-Yert. M. Adanson rapporte que les environs des bois de Podor, le long du fleuve Niger, sont remplis de singes verts. « Je n’aperçus ces singes, dit cet auteur, que par les « branches qu’ils cassaient au haut des arbres, d’où elles tombaient sur « moi : car ils étaient d’ailleurs fort silencieux et si légers dans leurs gam- : « bades qu’il eût été difficile de les entendre; je n’allai pas plus loin, et | « j’en tuai d’abord un, deux et même trois sans que les autres parussent « effrayés ; cependant lorsque la plupart se sentirent blessés ils commen- j « cèrent à se mettre à l’abri, les uns en se cachant derrière les grosses i
a. On donne souvent à cet animal le nom de singe vert, et nous le distinguons par ce nom; |
nos gens de mer l’appellent en général le singe de Saint-Jacques , parce qu’il se trouve dans ' cette ile du Cap-Vert. Glanures d' Edwards , p. 10, fig. ibid. \
b. « Simium Callitriclium Cairi in ædibus halmimus , felem magnam quadamtenus magni- I
« ludine æmulantem, prolixiori corporis figura, caiûte parvo erat et rotundo corpore circa |
<( ilia gracilissimo , toto corpore rufo rutilove spectabatur, faciès vero humaiiæ similis fuit '
O nigra, undique barbata sed barba albi erat coloris caudamque longam rutilamque liabe- I
« bat. » Prosp. Alp. Hist. Ægypt., lib. iv, p. 2U , fig. tab. xx, u» 4. — J’ai vu aussi dans le I Caire plusieurs animaux vivants , comme des callitriches ou guenons de couleur blonde. Voyage \ de Pietro délia Valle, t. I, p. 401. |
* Simia sabœa (Liun. ). — Le callitriche (Cuv ). — Ordre id. ; famille id.; genre Guenons. | — « Le nom de callitrix est, dans Pline, celui d’un singe d’Éthiopie, muni d’une barbe et i (I d’une queue floconneuse, qui était vraisemblablement Vouanderou. Buffon l’a appliqué arbi- I « traiiementà l’espèce ci-dessus. » (Cuvier ) |
LE CALLITRICIIE.
« branches, les autres en descendant à terre; d’autres enfin, et c’était le « plus grand nombre, s’élancaient de la pointe d’un arbre sur la cime d’un
« autre Pendant ce petit manège je continuais toujours à tirer dessus,
« et j’en tuai jusqu’au nombre de vingt-trois en moins d’une heure et « dans un espace de vingt toises sans qu’aucun d’eux eût jeté un seul cri, « quoiqu’ils se fussent plusieurs fois rassemblés par compagnie en sour- « cillant, grinçant des dents et faisant mine de vouloir m’attaquer. » ( Voyage au Sénégal, par M. Adanson, p. 178. )
Caractères distinctifs de cette espèce.
Le callitriche a des abajoues et des callosités sur les fesses, la queue beaucoup plus longue que la tête et le corps pris ensemble; il a la tête petite, le museau allongé, la face noire aussi bien que les oreilles; il porte une bande étroite au lieu de sourcils au bas du front, et cette bande est de longs poils noirs. Il est d’un vert vif mêlé d’un peu de jaune sur le corps, et d’un blanc jaunâtre sur la poitrine et le ventre; il marche à quatre pieds, et la longueur de son corps, y compris celle de la tête, est d’environ quinze pouces. La femelle est sujette à l’écoulement périodique.
LE MOUSTAC.“*
Le moustac nous paraît être du même pays que le macaque, parce qu’il a, comme lui, le corps plus court et plus ramassé que les autres guenons; c’est très-vraisemblablement le même animal que les voyageurs de Guinée ont appelé blanc-nez ** parce qu’en effet il a les lèvres au-dessous du nez d’une blancheur éclatante, tandis que le reste de sa face est d’un bleu noirâtre; il a aussi deux toupets de poils jaunes au-dessous des oreilles, ce qui lui donne l’air très-singulier; et comme il est en même temps d’assez petite taille, c’est de tous les singes à longue queue celui qui nous a paru le plus joli.
a. Moustac. Mustax. Moustache : comme la guenon dont il est ici question n’a point été nommée, nous lui avons donné ce nom, qui suffira pour la faire reconnaître et distinguer de toutes les autres; elle est en effet très-remarquable par sa lèvre supérieure, qui est nue et d’une blancheur d’autant plus frappante, que le reste de sa face est noir.
b. 11 y a d’autres singes à la côte d’Or, que l’on nomme blancs-nez , parce' que c’est la seule partie de leur corps qui soit de cette couleur : ils sont puants et farouches. Relations d'Artus , Histoire générale des voyages, t. IV, p. 238.
* Simia cephus (Linn.). — Le moustac (Cuv.). — Ordre id.; famille id.; genre Guenons (Cuv.).
1. Le blanc-nez est une espèce distincte du moustac. C’est ïascagne {simia petaurista, Gmel. ).
LE MOUSTAC.
Caractères distinctifs de cette espèce.
Le moustac a des abajoues et des callosités sur les fesses, la queue beaucoup plus longue que la tête et le corps pris ensemble ; elle a dix-neuf ou vingt pouces de longueur; il a la face d’un noir bleuâtre avec une grande et large marque blanche en forme de chevron au-dessous du nez et sur toute l’étendue de la lèvre supérieure, qui est nue dans toute cette partie; elle est seulement bordée de poils noirs, aussi bien que la lèvre inférieure tout autour de la bouche; il a le corps court et ramassé; il porte deux gros toupets de poil d’un jaune vif au-dessous des oreilles; il a aussi un toupet de poil hérissé au-dessus de la tête; le poil du corps est d’un cendré verdâtre; la poitrine et le ventre d’un cendré blanchâtre; il marche à quatre pieds, et il n’a qu’environ un pied de longueur, la tête et le corps compris. La femelle est sujette à l’écoulement périodique.
LE TALAP0IN.“*
Cette guenon est de petite taille et d’une assez jolie figure ; son nom paraîtrait indiquer qu’elle se trouve à Siam et dans les autres provinces de l’Asie orientale, mais nous ne pouvons l’assurer : seulement, il est certain qu’elle est originaire de l’ancien continent et qu’elle ne se trouve point dans le nouveau, parce qu’elle a des abajoues et des callosités sur les fesses, et que ces deux caractères n’appartiennent ni aux sagouins ni aux sapajous, qui sont les seuls animaux du Nouveau-Monde qu’on puisse comparer aux guenons.
Ce qui me porte à croire, indépendamment du nom , que cette guenon se trouve plus communément aux Indes orientales qu’en Afrique*, c’est que les voyageurs rapportent que la plupart des singes de cette partie de l’Asie ont le poil d’un vert brun. « Les singes du Guzarate, disent-ils , sont d’un « vert brun, ils ont la barbe et les sourcils longs et blancs : ces animaux, « que les Banianes laissent multiplier à l’infini par un principe de religion, « sont si familiers qu’ils entrent dans les maisons à toute heure, et en si « grand nombre que les marchands de fruits et de confitures ont beau- « coup de peine à conserver leurs marchandises »
M. Edwards a donné la figure et la description d’une guenon sous le nom
a. Talapoin , nom sous lequel ce singe nous a été donné , et que nous avons adopté.
b. Histoire générale des voyages, t. X , p. 67.
* Simia talapoin (Linn.). — Ordre id.\ famille id.\ genre id. (Cuv.).