‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 251 sur 392 · Voyez la nomenclature de la page 146 du ITI® volume · texte numérisé non relu

Voyez la nomenclature de la page 146 du ITI® volume

le petit tatou gris de fer au tatuète‘, quoique M. de la Borde dise que sa queue est sans cuirasse, ce qui mériterait d’être vérifié.

Il y a encore un tatou à neuf bandes mobiles et à très-longue queue. La description et la figure se trouvent dans les Transactions philosophiques , vol. LIV, pl. 7. M. William Watson, docteur en médecine, a donné la description de ce tatou, dont voici l’extrait; « Cet animal était vivant à Lon- « dres, chez milord Southwell, il venait d’Amérique; cependant la figure « que cet auteur en donne dans les Transactions philosophiques , n’a été « dessinée qu’après l’animal mort, et c’est par cette raison qu’elle est un « peu dure et raide. Cet animal pesait sept livres et n’était que de la gros- « seur d’un chat ordinaire; c’était un mâle qui avait même assez grandi « pendant quelques mois qu’il a vécu chez milord Southwell; on le nour- « rissait de viande et de lait, il refusait de manger du grain et des fruits; « ceux qui l’ont apporté d’Amérique ont assuré qu’il fouillait la terre pour « s’y loger. »

LE COCHON DE TERRE

Nous avons dit et répété souvent qu’aucune espèce des animaux de l’Afrique ne s’est trouvée dans l’Amérique méridionale, et que réciproquement aucun des animaux de celte partie de l’Amérique ne s’est trouvé dans l’ancien continent. L’animal dont il est ici question a pu induire en erreur des observateurs peu attentifs, tels queM. Wosmaër; mais on va voir, par la comparaison de sa description avec celle des fourmilliers d’Amérique, qu’il est d’une espèce très-différente, et qu’il n’a guère d’autres rapports avec eux que d’être de même privé de dents et d’avoir une langue assez longue pour l’introduire dans les fourmillières. Nous avons donc adopté le nom de cochon de terre que Kolbe donne à ce mangeur de fourmis, de préférence à celui de fourmillier, qui doit être réservé aux mangeurs de fourmis d’Amérique, puisque en elfet cet animal d’Afrique en diffère essentiellement par l’espèce, et même par le genre. Le nom de cochon de terre est relatif à ses habitudes naturelles et même à sa forme, et c’est celui sous lequel il est communément connu dans les terres du Cap. Yoici la description que M. Allamand a faite de cet animal dans le nouveau supplément à mon ouvrage :

« M. de BulTon semble avoir épuisé tout ce qu’on peut dire sur les ani- « maux mangeurs de fourmis; l’article qu’il en a dressé doit lui avoir « coûté beaucoup de peine, tant à cause des recherches qu’il a dû faire de

* Myrmecoÿhaga capensis (PalL). — Orycteropus capensis. — L’oryctdrope du Cap (Cuv.).

LE COCHON DE TERRE

« tout ce qui a été dit de ces animaux que de la nécessité où il a été de « relever les fautes de ceux qui en ont parlé avant lui, et particulièrement « de Séba. Celui-ci ne les a pas seulement mal décrits, mais il a encore « rangé parmi eux un animal d’un genre très-différent,

« M. de Buffon, après avoir dissipé la confusion qui régnait dans l’his- « toire de ces animaux, n’admet que trois espèces de mangeurs de fourmis :

« le tamanoir, le tamandua, et celui auquel il a conservé le nom de four- « millier; mais ensuite il a donné la description d’un animal qui semble « être une nouvelle espèce de tamandua plutôt qu’une simple variété; enfin a il conclut de tout ce qu’il a dit que les mangeurs de fourmis ne se trou- « vent que dans les pays chauds de l’Amérique, et qu’ils n’existent pas dans « l’ancien continent. Il est vrai que Desmarctiais et Kolbe disent qu’il y « en a en Afrique; mais le premier affirme simplement la chose sans en « rien dire de plus, ni sans en apporter aucune preuve; quant à Kolbe,

« son témoignage est si suspect que M. de Buffon a été très-autorisé à « n’y pas ajouter foi. J’ai pensé comme lui au sujet de Kolbe, et je n’ai « point cru qu’il y eût des mangeurs de fourmis en Afrique. M. le capi- « taine Gordon m’a tiré de l’erreur où j’étais; il m’a envoyé la dépouille « d’un de ces animaux tué au cap de Bonne-Espérance, où ils sont connus « sous le nom de cochons de terre; c’est précisément celui que Kolbe leur « donne, ainsi je lui fais réparation d’avoir révoqué en doute sa véra- « cité, et je suis persuadé que M. de Buffon lui rendra la même justice.

« Il est vrai que M, Pallas a confirmé le témoignage de Kolbe par ses c( propres observations; il a donné la description d’un fœtus de mangeur « de fourmis envoyé du cap de Bonne-Espérance au cabinet de S. A. S. « M®'' le prince d’Orange; mais un fœtus, dénué de son poil, était peu « propre à donner une juste idée de l’animal dont il tirait son origine, et « il pouvait avoir été envoyé d’ailleurs au Cap; cependant le nom de « cochon, par lequel on l’avait désigné, a commencé à me faire revenir de « mon préjugé contre Kolbe.

« J’ai fait remplir la peau que M. Gordon m’a envoyée, ce qui m’a très- « bien réussi; et c’est d’après cette peau bourrée que j’ai fait graver la « figure E Si l’on doit appeler mangeur de fourmis un animal qui n’a point c( de dents, et qui a une langue fort longue qu’il enfonce dans les four- « minières pour avaler ensuite les fourmis qui s’y attachent, on ne peut « pas douter que celui que j’ai fait représenter n’en mérite le nom; cepen- « dant il diffère très-fort des trois espèces décrites par M. de Buffon, et que^ « je crois avec lui être particulières à l’Amérique.

« Il est à peu près aussi gros et aussi grand que le tamanoir. Les poils « qui couvrent sa tête, le dessus de son corps et sa queue, sont très-courts.

1. Voyez cette figure (reproduite par Bufi'on) dans le VI® volume des Suppléments de ledition in-4® de l’Imprimerie royale, planche xxxi.

ADDITIONS

« et tellement couchés et appliqués sur sa peau qu’ils semblent y être collés; « leur couleur est d’un gris sale, un peu approchant de celui du lapin, mais « plus obscur; sur les flancs et sous le ventre ils sont plus longs et d’une « couleur roussâtre ; ceux qui couvrent les jambes sont aussi beaucoup plus « longs; ils sont tout à fait noirs et droits.

« Sa tête est presque un cône tronqué, un peu comprimé vers son « extrémité; elle est terminée par un plan ou plutôt par un boutoir tel « que celui d’un cochon, dans lequel sont les trous des narines, et qui « avance de près d’un pouce au delà de la mâchoire inférieure ; celle-ci est « très-petite; sa langue est longue, fort mince et plate, mais plus large que « dans les autres mangeurs de fourmis, qui l’ont presque cylindrique; il « n’a absolument aucune dent*; ses yeux sont beaucoup plus près des « oreilles que du museau; ils sont assez grands, et d’un angle à l’autre ils « ont un pouce de longueur; ses oreilles, assez semblables à celles des « cochons, s’élèvent à la hauteur de six pouces et se terminent en pointe ; « elles sont formées par une membrane presque aussi mince que du par- « chemin et couvertes de poils à peine remarquables, tant ils sont courts; « j’ignore si dans l’animal vivant elles sont pendantes comme dans les « tainandua; M. Pallas dit qu’elles le sont, mais il en juge d’après celles c< du fœtus, où leur longueur doit leur faire prendre cette position, sans « qu’on en doive conclure qu’elles l’aient dans l’animal lorsqu’il est hors « du ventre de sa mère; sa queue surpasse le tiers de la longueur de tout « le corps; elle est fort grosse à son origine et va en diminuant jusqu’à « son extrémité ; ses pieds de devant ont quatre doigts, ceux de derrière « en ont cinq, tous armés de forts ongles, dont les plus longs sont aux « pieds postérieurs, car ils égalent en longueur les doigts mêmes; ils ne « sont pas pointus, mais arrondis à leur extrémité, un peu recourbés et « propres à creuser la terre; il ne paraît pas qu’il puisse s’en servir pour «saisir fortement ou pour se défendre, comme les autres mangeurs de « fourmis; cependant il doit avoir beaucoup de force dans ses jambes, « qui sont très-grosses proportionnellement à son corps.

« On voit par cette description que cet animal est très-différent du tama- « noir par son poil, sa couleur, sa tête et sa queue ; il surpasse aussi fort « en grandeur le tamandua, dont il diffère de même par son pelage, par sa « couleur et par ses ongles ; je ne dis rien de sa différence avec le fourmil- « lier, avec lequel personne ne le confondra; il appartient donc à une « quatrième espèce inconnue jusqu’à présent; et tout ce que j’en sais de « certain, c’est que cet animal fourre sa langue dans les fourmillières, qu’il « avale les fourmis qui s’y attachent, et qu’il se cache en terre dans des

■1. Il a des dents màchelières. — « La structure de ses dents est différente de celle des dents « de tous les autres quadrupèdes : ce sont des cylindres solides traversés comme des joncs à « cannes, selon leur longueur, d’une infinité de petits canaux. » (Cuvier.)

LE COCHON DE TERRE

« trousj quoiqu’il ait une queue qui ressemble un peu à celle du tamandua,

« je doute qu’il s’en serve comme lui pour se suspendre à des branches « d’arbres, elle ne me paraît pas pour cela assez flexible, et les ongles ne « sont pas faits pour grimper.

« Comme je l’ai déjà dit, on lui donne au Cap le nom de cochon de « terre, mais il ressemble au cochon , et cela encore très-imparfaitement,

« uniquement par sa tête allongée, par le boutoir qui la termine et par la « longueur de ses oreilles : d’ailleurs il en diffère essentiellement par les « dents qu’il n’a pas S par sa queue, et principalement par ses pieds, aussi* « bien que par la conformation de tout son corps.

« A défaut de bonnes autorités sur ce qui regarde ce mangeur de fourmis « (car c’est le nom que je crois devoir lui donner pour le distinguer des « trois espèces décrites par M. de Buffon ) , je mettrai ici en note ce que « Kolbe en a dit “ : il a été plus exact dans la description qu’il en a faite « qu’il ne l’est ordinairement.

« Voici ses dimensions :

a. « La quatrième espèce des cochons se nomme le zochon de terre ; il ressemble très-fort « aux cochons rouges (Nota. Pourquoi aux cochons rouges? il ne leur ressemble pas plus par « la couleur qu’aux autres. ) ; il a seulement la tête plus longue et le groin plus pointu ; il n’a « absolument point de dents , et les soies ne sont pas si fortes ; sa langue est longue et affilée ; « sa queue est longue ; il a aussi les jambes longues et fortes; la terre lui sert de demeure, il « s’y creuse une grotte, ouvrage qu’il fait avec beaucoup de vivacité et de promptitude; et s’il « a seulement la tête et les pieds de devant dans la terre , il s’y cramponne si bien que l’homme « le plus robuste ne saurait l’en arracher.

« Lorsqu’il a faim , il va chercher une fourmillière. Dès qu’il a fait cette bonne trouvaille, il « regarde tout autour de lui, pour voir si tout est tranquille et s’il n’y a point de danger ; il ne « mange jamais sans avoir pris cette précaution , alors il se couche , et plaçant son groin tout « près de la fourmillière il tire la langue tant qu’il peut : les fourmis montent dessus en foule , « et dès qu’elle est bien couverte , il la retire et les gobe toutes ; ce jeu se recommence plu- « sieurs fois, et jusqu’à ce qu’il soit rassasié. Afin de lui procurer plus aisément cette nourri- « ture , la nature, toute sage , a fait en sorte que la partie supérieure de cette langue, qui doit « recevoir les fourmis , est toujours couverte et comme enduite d’une matière visqueuse et « gluante qui empêche ces faibles animaux de s’en retourner, lorsqu’une fois leurs jambes y « sont empêtrées : c’est là leur manière de manger. Ils ont la chair de fort bon goût et très- « saine; les Européens et les Hottentots vont souvent à la chasse de ces animaux; rien n’est « plus facile que de les tuer, il ne faut que leur donner un petit coup de bâton sur la tête.» Description du cap de Bonne-Espérance , par Kolbe , t. III , page 43.

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