‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 331 sur 392 · DU SAÏGA · texte numérisé non relu

DU SAÏGA

M. Pallas pense que le saïga qui se trouve en Hongrie, en Transylvanie, en Valachie et en Grèce, peut aussi se trouver dans l’île de Candie, et il croit qu’on doit lui rapporter le strepsiceros de Delon. Je ne suis pas du même avis, et j’ai rapporté le strepsiceros de Delon au genre des brebis ^ et non à celui des gazelles.

« Saïgis, saïga, dit M. Gmelin, est un animal qui ressemble beaucoup au « chevreuil, sinon que ses cornes, au lieu d’être branchues, sont droites et « permanentes (au lieu que celles du chevreuil sont annuelles). On ne con- « naît cet animal que dans quelques cantons de la Sibérie, car celui qu’on « appelle saïga dans la province d’irkutzk est le musc. Cette espèce de chèvre « sauvage (le saïga) est assez commune dans certaines contrées; on en « mange la chair; cependant notre compagnie ne voulut point en goûter, « vraisemblablement parce que nous n’y étions pas accoutumés et que d’ail- « leurs il est dégoûtant de voir dans cet animal des vers, même de son « vivant, nichés entre la peau charnue et l’épiderme ; c’est une grande quan- « tité de vers blancs et gros d’environ trois quarts de pôuce de long et « pointus des deux côtés; on trouve la même chose aux élans, aux rennes « et aux biches; les vers de ces chèvres paraissent être les mêmes que ceux « de ces autres animaux et n’en ditférer que par la grosseur. Quoi qu’il en « soit, il nous suffit d’avoir vu les vers pour ne point vouloir de cette viande,

1. Voyez la note 2 de la page 339 du Ill« volume, i 2. Page 1 93 et suivantes.

* Voyez la nomenclature de la page 352 du IIP volume,

8. Voyez la page 276 du IIP volume. — Voyez aussi la note de cette page.

ADDITIONS

« dont on nous dit d’ailleurs que le goût était exactement semblable à celle « du cerf®. »

J’observerai que ce n’est que dans une saison, après le temps du rut, que les cerfs, les élans et probablement les saïgas ont des vers sous la peau : voyez ce que j’ai dit de la production de ces vers à l’article du cerf, volume II.

M. Forster m’a écrit « que le saïga se trouve depuis la Moldavie et la t( Bessarabie jusqu’à la rivière d’Irtish, en Sibérie; il aime les déserts secs

et remplis d’absinthes, aurones et armoises, qui font sa principale nour- </. riture ; il court très-vite et il a l’odorat fort fin, mais il n’a pas la vue « bonne parce qu’il a sur les yeux quatre petits corps spongieux qui servent « à le défendre du trop grand reflet de la lumière dans ces terrains, dont « le sol est aride et blanc en été, et couvert de neige en hiver; il a le nez « large et l’odorat si fin qu’il sent un homme de plus d’une lieue lorsqu’il « est sous le vent, et on ne peut même l’approcher que de l’autre côté du « vent. On a observé que le saïga semble réunir tout ce qui est nécessaire « pour bien courir; il a la respiration plus facile qu’aucun autre animal, « ses poumons étant très-grands, la tranchée-artère fort large et les narines, c( ainsi que les cornets du nez, fort étendus, en sorte que la lèvre supérieure « est plus longue que l’inférieure; elle paraît pendante, et c’est probable- '( ment à cette forme des lèvres qu’on doit attribuer la manière dont cet « animal paît, car il ne broute qu’en rétrogradant. Ces animaux vont la « plupart en troupeaux, qu’on assure être quelquefois jusqu’au nombre de U dix mille; cependant les voyageurs modernes ne font pas mention de ces (c grands attroupements ; ce qui est plus certain, c’est que les mâles se réu- « nissent pour défendre leurs petits et leurs femelles contre les attaques des « loups et des renards, car ils forment un cercle autour d’elles et combattent « courageusement ces animaux de proie. Avec quelques soins, on vient à « bout d’élever leurs petits et de les rendre privés; leur voix ressemble au « bêlement des brebis. Les femelles mettent bas au printemps et ne font « qu’un chevreau à la fois et rarement deux. On en mange la chair en hiver a comme un bon gibier; mais on la rejette en été à cause des vers qui « s’engendrent sous la peau. Ces animaux sont en chaleur en automne et « ils ont alors une forte odeur de musc; les cornes du saïga sont transpac( rentes et estimées pour différents usages; les Chinois surtout les achètent « assez cher; on trouve quelquefois des saïgas à trois cornes, et même on a en voit qui n’en ont qu’une seule, ce qui est confirmé par M. Pallas; et il » semble que c’est le même animal dont Rzaczinsky parle en disant : Aries « campesfris {Baran poluy) iinius cornu instructus spectalur in desertü « locis ultra Braclaviam Oczokoviam usque protensis.

a. Gmelin , Voyage en Sibérie.

DU saïga.

« Le saïga est de la grandeur d’une chèvre commune; les cornes sont « longues d’un pied, transparentes, d’un jaune terne, ridées en bas d’an- « neaux et lisses à la pointe; elles sont courbées en arrière, et les pointes se « rapprochent ; les oreilles sont droites et terminées en pointe mousse ; la « tête est arquée ou en chanfrein, depuis le front jusqu’au museau, et en « la regardant de profil on lui trouve quelque rapport avec celle de la bre- « bis ; les narines sont grandes et en forme de tube ; il y a huit dents incift sives à la mâchoire inférieure, elles ne tiennent pas fortement dans leurs « alvéoles et tombent au moindre choc. Il n’y a que les mâles qui aient des « cornes, et les femelles en sont dépourvues ; la queue est courte, n’ayant « à peu près que trois pouces de longueur ; le poil du dessus et des côtés « du corps est de couleur Isabelle, et celui du ventre est Wanc; il y a une « ligne brune le long de l’épine du dos.

« Saïga est un mottartare qui signifie chèvre sauvage; mais communé- « ment ils appellent le mâle matgatch et la femelle saïga. »

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