DE LA CHEVRE BLEUE
« tout à fait bleue, et encore moins bleu céleste, comme Hall l'a supposé « dans son Histoire des quadrupèdes , mais seulement d’un gris tirant un « peu sur le bleuâtre; cette couleur n’est même occasionnée que par le « reflet du poil qui est hérissé lorsque l’animal est vivant, car dès qu’il « est mort, le poil se couche ou s’applique sur le corps, et alors tout le « bleuâtre disparaît entièrement, et on ne voit à sa place qu’une couleur « grise. Cet animal est plus grand que le daim d’Europe; son ventre est « couvert de poils blancs, ainsi que les pieds; la touffe de poil qui termine « la queue est aussi blanche; et il y a sous chaque œil une tache de cette « même couleur; la queue n’a que sept pouces de longueur; les cornes « sont noires, ridées d’environ vingt anneaux, un peu courbées en arrière, « et ont dix-huit ou vingt pouces de longueur; la femelle en porte aussi « bien que le mâle. »
LE RITBOK.
Cet animal me paraît être une troisième variété dans l’espèce du nagor; voici la description qu’en a donnée M. Allamand , et que J’ai cru devoir rapporter ici sans y rien changer.
« L’animal dont le mâle est représenté dans la planche xiii, et la femelle « dans la planche xiv *, est nommé par les Hollandais, habitants du cap de « Bonne-Espérance, rictrheebok, que l’on prononce rîtrébok. C’est un mot « composé qui signifie chevreuil des roseaux; ce n’est pas un chevreuil, « ainsi c’est mal à propos qu’on lui en donne le nom; J’ai cru devoir lui « laisser celui de rictbock ou ritbok, qui signifie bouc des roseaux : quoi- « qu’il soit aussi composé, il ne paraîtra point tel aux Français. Il ne m’a « pas été possible de lui conserver celui que les Hottentots lui donnent ; ils « l’appellent à, ei, à, en prononçant chacune de ces trois syllabes avec un « claquement de langue que nous ne saurions exprimer.
« Cet animal n’est pas un bouc, il n’en a pas la barbe ; il n’a pas non « plus toutes les marques auxquelles on peut reconnaître les gazelles ; « cependant il appartient à leur classe plus qu’à toute autre. M. Gordon, « qui m’en a envoyé les dessins et la peau, me mande que, quoique la race (( de ces animaux soit assez nombreuse, ils marchent cependant en petites « troupes, et quelquefois même le mâle est seul avec sa femelle ; ils se tien- « nent près des fontaines, parmi les roseaux, d’où ils ont tiré leur nom, et « aussi dans les bois; il y en a d’une couleur différente, mais qui paraissent
* Antilope eleotragus ( Schreb. ) — Le nagor des roseaux, etc.
1. Édition de Hollande. — Voyez ces mêmes figures dans les planches xxm et xxiv du VI« volume des Suppléments de l’édition in-4" de l’Imprimerie royale.
ADDITIONS
c( cependant être de la même espèce, qui se tiennent le plus souvent sur « les montagnes.
c( Ceux dont nous parlons ici ont tout le dessus du corps d’un gris « cendré ; ils ont le dessous du ventre, la gorge et les fesses blanches; mais « ils n’ont point cette bande roussâtre ou noire qui sépare la couleur du « ventre d’avec celle du reste du corps, et qui se trouve dans la plupart « des autres gazelles ; leur tête est chargée de deux cornes noires, environ- « nées d’anneaux jusqu’au delà de la moitié de leur longueur, mais ils ne « sont pas fort proéminents; j’en ai compté dix sur celles de ces gazelles « dont j’ai la peau bourrée; ces cornes sont tournées en avant et se termi- « nent par une pointe tisse et fort aiguë ; leur longueur est considérable « pour la taille de l’animal ; en droite ligne elles ont dix pouces de hauteur, « et en suivant leur courbure elles sont longues d’un pied trois pouces; les « oreilles sont aussi très-longues, elles sont blanches en dedans; près de « chacune d’elles il y a une tache chauve ou sans poils.
« Ces animaux ont de beaux yeux noirs et des larmiers au-dessous; ils « ont quatre mamelles, à côté desquelles il y a ces deux ouvertures dans la « peau, qui forment deux tubes où l’on peut faire entrer le doigt, et dont il « a été parlé dans l’article sur les gazelles; leur queue est longue, plate et « garnie de longs poils blanchâtres.
« M. Gordon m’a envoyé la peau d’un autre individu de cette espèce, qui « ressemble tout à fait par les cornes à celui que je viens de décrire, mais « qui en diffère par sa couleur, qui est d’un fauve roussâtre très-foncé ; « c’est apparemment un de ceux qui habitent les montagnes.
« Les femelles des ritboks ressemblent par leur couleur aux mâles ; mais « elles n’ont point de cornes, et elles sont plus petites.
« Pour trouver ces animaux il faut aller assez avant dans l’intérieur du « pays. M. Gordon n’en a vu qu’à cent lieues du Cap.
«Leurs cornes, tournées en devant, font d’abord penser au nanguer « décrit par M. de Buffon; mais ce dernier animal a les cornes beaucoup « plus courbées en crochet vers leur pointe, et moins longues que celles du « ritbok; il est aussi plus petit, sa couleur est différente, et il y a sur son « corps beaucoup plus de blanc. Il est vrai que M. Adanson a observé qu’il « y a trois espèces ou variétés de ces nanguers, qui ne diffèrent que par la « couleur; ainsi la couleur ne suffit pas pour prononcer que ces animaux « ne sont pas de la même espèce, mais ce sont les cornes qui l’indiquent. « Je crois, avec M. de Buffon, que le nanguer est le dama des anciens*; on « ne peut guère se refuser aux preuves qu’il en donne : or, Pline compare « les cornes du dama à celles du chamois, avec cette seule différence que ces « derniers les ont tournées en arrière, au lieu que dans les autres elles sont
Voyez la note de la page 361 du IID volume.
LE RITBOK.
« tournées en avant. Cornua, dit-il, riipicapris in dorsum adunca, damis « in adversum. Je doute que Pline se fût exprimé ainsi, s’il avait voulu «parler des cornes du ritbok; leur courbure n’a rien de commun avec « celle des cornes du chamois. Les cornes de l’animal que M. de Buffon a « nommé nagor leur ressemblent davantage; elles sont aussi dirigées en « avant, mais légèrement; cependant elles sont beaucoup plus courtes que « celles du ritbok, puisqu’elles ne s’élèvent pas à la hauteur de six pouces; « et elles n’ont que deux ou trois anneaux près de la base, autant au moins « qu’on en peut juger par la figure que M. de Buffon en a donnée; ajoutez « à cela que le nagor a une queue fort courte. Ces différences paraissent « indiquer une diversité de race, et non pas une simple variété dans la « même espèce. M. de Buffon‘ croit que ce nagor est le même animal que « Séba a représenté dans la xm® planche, figure 3 de son ouvrage, et « auquel il a donné très-improprement le nom de mazane ou cerf d’Amé- « rique; mais ce prétendu cerf américain a les cornes tournées en arrière, « assez grandes et environnées d’une arête contournée en spirale depuis « la base presque jusqu’à l’extrémité, et de plus une fort grosse queue, « caractères qui ne conviennent point au nagor.
« A cette occasion je remarquerai encore que la quatrième figure de la « même planche de Séba, que je viens de citer, ne me paraît pas repré- « senter le kob ou la petite vache brune du Sénégal, comme le suppose « M. de Buffon^, mais le bubale qu’on reconnaît à la conformation de ses « cornes et aux taches noires qu’il a sur les cuisses. M. Pallas l’a bien « reconnu ; cependant il n’en est pas moins vrai que Séba s’est grossière- « ment trompé en appelant cet animal temamaçama, et en le disant origi- « naire de la Nouvelle-Espagne. »
LE BOSBOK.*
Voici encore une très-jolie gazelle dont M. Allamand vient de publier la description dans le nouveau Supplément à mon ouvrage sur les animaux quadrupèdes; nous en donnons la figure®, et croyons ne devoir rien omettre de ce qu’en dit ce savant naturaliste.
« Les Hollandais du Cap de Bonne-Espérance donnent le nom de bosbok « à une très-jolie gazelle. Ce mot, que j’ai conservé, signifie le bouc des « bois, et c’est effectivement dans les forêts qu’on trouve cette gazelle; ses « cornes ont quelque rapport avec celles du ritbok, elles sont dirigées et
1 et 2. Page 393 du III® volume.
* Antilope sylvatica (Sparrman).
3. Volume VI des Suppléments deréditiou in-4® de l’Imprimerie royale, plaucliexxv.
ADDITIONS
« courbées en avant, mais si légèrement qu’on a peine à s’en apercevoir ; « cependant s’il n’y avait que cette différence dans la courbure des cornes, « je n’hésiterais pas à regarder le bosbok comme une variété dans l’espèce « du ritbok, mais ils diffèrent si fort à d’autres égards qu’on ne peut guère « douter qu’ils n’appartiennent à deux familles distinctes,
« Le bosbok est plus petit que le ritbok; la longueur de son corps est de « trois pieds six pouces, c’est-à-dire d’environ un pied plus courte que celle « du ritbok; il en diffère encore plus par les couleurs; le dessus de son « corps est d’un brun fort obscur, mais qui tire un peu sur le roux à la tête « et sous le cou; son ventre est blanc, de même que l’intérieur de ses « cuisses et de ses jambes ; il a aussi une tache blanche au bas du cou; les « fesses ne sont pas blanches comme dans ta plupart des autres gazelles, « mais la croupe est parsemée de petites taches rondes, d’un blanc qui se a fait d’abord remarquer et qui lui sont particulières ; ses cornes sont noires « et torses en longues spirales qui s’étendent au delà de la moitié de leur « hauteur; on voit sur son front une tache noire; il n’a point de larmiers; « ses oreilles sont longues et pointues; sa queue a près de six pouces et <( elle est garnie de longs poils blancs; il a quatre mamelles, et à leur coté « les deux poches ou tubes qui se trouvent dans le ritbok.
« Les femelles diffèrent des mâles en ce qu’elles n’ont point de cornes et « qu’elles sont un peu plus rousses. M. Gordon en m’envoyant le dessin de «cet animal y a joint la peau d’une femelle, où j’ai trouvé les mêmes « taches blanches qui sont sur la croupe du mâle.
« Les bosboks ne se trouvent guère qu’à soixante lieues du Cap ; ils se « tiennent, comme je l’ai déjà dit, dans les bois, où ils se font souvent K entendre par une sorte d’aboiement assez semblable à celui du chien. »
DE LA GHIMME. *
.Vux faits historiques que nous avons pu recueillir sur cet animal , nous n’avons joint que la figure de deux têtes, l’une décharnée, et l’autre couverte d’une partie de la peau L MM. Wosmaër et Pallas ont donné depuis des descriptions de ce joli animal, avec une bonne figure que nous avons fait copier Nous remarquerons que les têtes de la grimme qui sont au Cabinet du Roi ont les cornes un peu courbes en avant à leurs extrémités, au lieu que les cornes de la grimme de MM. Wosmaër et Pallas sont au contraire un peu courbes en arrière dans leur longueur. Les oreilles de la
* Voyez la nomenclature de la page 384 du 111“ volume.
1. Voyez le volume XII, plauclie xli, de l’édition in-4® de l’Imprimerie royale.
2. Planche xiv du III® volume des Suppléments de l’édition in-4® de l’Imprimerie royale.
DE LA GRIMME.
grimme qui est au Cabinet du Roi sont rondes à leurs extrémités, au lieu que dans la figure donnée par MM. Pallas et Wosmaër, ces mêmes oreilles finissent en pointe. Serait-ce variété de nature ou incorrection de dessin? La grimme de MM. Wosmaër et Pallas a le bout du nez noir, et une bande noire qui s’étend depuis le nez, le long du chanfrein, et finit au bouquet ou à répi de poils qui est placé sur le haut du front. La tête qui est au Cabinet du Roi, n’a point cette bande noire sur le chanfrein; ces légères différences n’empêchent pas que ce ne soit le même animal, et nous allons donner ici un extrait de la description qu’en fait M. Wosmaër.
Il appelle cet animal petit bouc damoiseau de Guinée, apparemment à cause de sa gentillesse et de l’élégance de sa figure ; mais le nom ne fait rien à la chose, et nous lui conserverons celui de chèvre de Grimm, parce qu’il est connu sous ce nom de tous les naturalistes.
« L’animal était mâle, dit M. Wosmaër, il est des plus jolis et des « plus mignons qu’on puisse voir; il fut envoyé de Guinée en Hollande « avec treize autres de même espèce et des deux sexes, dont douze mou- « rurent pendant le voyage, et de ce nombre furent toutes les femelles, en « sorte qu’il ne resta que deux mâles vivants, que l’on mit dans la ména- « gerie de M. le prince d’Orange, où l’un des deux mourut bientôt, pence dant l’hiver 1764. Suivant nos informations, les femelles de cette espèce cc ne portent point de cornes. Ces animaux sont d’un naturel fort timide; cc le bruit, et surtout le tonnerre, leselfraie beaucoup. Lorsqu’ils sont sur- (c pris, ils marquent leur épouvante en soufflant du nez subitement et avec cc force.
cc Celui qui est encore vivant dans la ménagerie de M. le prince d’Orange cc (en 1766 ) était d’abord sauvage, mais il est devenu, avec le temps, assez ce privé; il écoute quand on l’appelle par son nom tetje, et en l’approchant ce doucement avec un morceau de pain, il se laisse volontiers gratter la tête cc et le cou. Il aime la propreté au point de ne jamais souffrir aucune petite cc ordure sur tout son corps, se grattant souvent à cet effet de l’un de ses ce pieds de derrière, et c’est ce qui lui a fait donner ici le nom de tetje, ce dérivé de tettig, c’est-à-dire net ou propre; cependant si on le frotte un ce peu longtemps sur le corps, il s’attache aux doigts une poussière blanche, ce comme celle des chevaux qu’on étrille.
cc Cet animal est d’une extrême agilité, et lorsqu’il est en repos, il tient cc souvent un de ses pieds de devant élevé et recourbé, ce qui lui donne cc un air très-agréable. On le nourrit avec du pain de seigle et des carottes; «il mange volontiers aussi des pommes de terre; il est ruminant, et il cc rend ses excréments en petites pelotes, dont le volume est fort considé- « rable, relativement à sa taille... »
Le docteur Herman Grimm a dit que l’humeur jaunâtre, grasse et visqueuse, qui suinte sur les cavités ou enfoncements que porte cet animal
au-dessous des yeux, a une odeur qui participe du castoreum et du musc. M. W'^osmaèr observe que dans le sujet vivant qu’il décrit il n’a pu découvrir la moindre odeur dans cette matière visqueuse, et il remarque avec raison que la figure donnée par Grimm est défectueuse à tous égards, représentant sur le devant de la tête une touffe de poils qui n’y est pas, et son sujet, qui était femelle, n’ayant point de cornes; « au lieu que le nôtre, « dit M. Wosmaér, qui est mâle, en a d’assez grandes à proportion de sa « taille ; et au lieu de cette haute et droite touffe de poils, il a seulement « entre les cornes un petit bouquet de poils qui s’élève un peu en pointe. « Il est, à très-peu près, de la grandeur d’un chevreau de deux mois ; » ( quoique âgé probablement de trois ou quatre ans : je crois devoir faire cette observation, parce qu’il avait été envoyé avant l’biver 1764, et que M. Wosmaër a publié sa description en 1767.) « lia les jambes fines et « très-bien assorties à son corps, la tête belle et ressemblant assez à celle « d’un chevreuil; l’œil vif et plein de feu, le nez noir et sans poil, mais « toujours humide ; les narines en forme de croissant allongé; les bords du « museau noirs; la lèvre supérieure, sans être fendue, paraît divisée en « deux lobes; le menton a peu de poil, mais plus haut il y a de chaque c( côté une espèce de petite moustache, et sous le gosier un poireau garni « de poil, » (ce qui rapproche encore cet animal du genre des chèvres, dont la plupart ont de même sous le cou des espèces de poireaux garnis de poils).
« La langue est plutôt ronde qu’oblongue ou pointue,, . Les cornes sont « noires, finement sillonnées du haut en bas, et longues d’environ trois « pouces, droites sans la moindre courbure, et se terminant par le haut en « une pointe assez aiguë. A leur base elles ont à peu près l’épaisseur de « trois quarts de pouce ; elles sont ornées de trois anneaux qui s’élèvent un « peu en arrière vers le corps.
« Les poils du front sont un peu plus droits que les autres, rudes, gris et « hérissés à l’origine des cornes, entre lesquelles le poil de la tête se redresse « encore davantage, et y forme une espèce de toupet pointu et noir, dont « descend au milieu du front une raie de même couleur qui vient se perdre « dans le nez.
« Les oreilles sont grandes, et ont en dehors trois cavités ou fossettes qui « se dirigent du haut en bas. Au sommet, du côté intérieur, elles sont garce nies d’un poil ras et blanchâtre; du reste, nues et noirâtres. Les yeux « sont assez grands et d’un brun foncé. Le poil des paupières est noir, serré ce et long aux paupières supérieures. Au-dessus des yeux se voient encore ce quelques poils longuets, mais clair-semés ou plus di.spersés.
ce Des deux côtés, entre les yeux et le nez, se montre cette propriété cc remaniuable et singulière, qui fait d’abord reconnaître cet animal , et c dont nous avons déjà parlé. Cette partie est moins élevée, nue et noire.
DE LA GRIMME.
« Dans son milieu paraît une cavité ou fossette, qui est comme calleuse et « toujours humide ; il en découle, mais en petite quantité, une humeur « visqueuse, gluante et gommeuse, qui, avec le temps, se durcit et devient « noire. L’animal semble se débarrasser de temps à autre de cette matière |« excrémentielle, car on la trouve durcie et noire aux hâtons de sa loge, « comme si elle y avait été essuyée. Quant à l’odeur, dont parlent Grimm « et ses copistes, je n’ai pu la découvrir.
« Le cou, qui est médiocrement long, est couvert au bas d’un poil assez « raide et gris jaunâtre^ tel que celui de la tête, mais blanc au gosier et à « la partie supérieure du cou, en dessous.
« Le poil du corps est noir et raide, quoique doux au toucher. Celui des « parties antérieures est d’un beau gris clair; plus en arrière, d’un brun « très-clair; vers le ventre, gris, et plus bas, tout à fait blanc.
« Les jambes sont très-minces, noirâtres au bas, près des sabots; les M pieds de devant sont, par devant Jusqu’auprès des genoux , ornés d’une « raie noire. Ils n’ont point d’ergots ou d’éperons ongulés, mais à leur « place on voit une légère excroissance. Ces pieds sont fourchus, et pourvus « de beaux sabots noirs pointus et lisses.
« La queue est fort courte, blanche, et en dessus marquée d’une bande « noire. A l’égard des parties naturelles, elles sont fortes, et consistent en « un gros scrotum noir pendant entre les jambes, accompagné d’un ample « prépuce. »
M. Allamand a donné la même figure de la grimme dans ses additions à mon ouvrage, mais il n’ajoute rien à ce qu’en ont dit MM. Pallas et Wosmaër.
DE LA GRIMME [suUe).
Je dois ajouter à ce que j’ai dit de cet animal quelques remarques de MM. Forster :
« Le docteur Grimm est le premier, disent-ils, qui ait décrit cet animal « au cap de Bonne-Espérance; mais comme il n’en a vu que la femelle, « Linnæus a cru qu’elle appartenait au chevrotain à musc. M. de Buffon a « été le premier qui ait rangé la grimme avec les gazelles, et après lui « M. Pallas ayant examiné un mâle de cette espèce à la ménagerie du « prince d’Orange, en a donné une belle et très-exacte description. M. Wos- « maêr, directeur de cette ménagerie, se plaignit amèrement que M. Pallas « eût donné le premier une connaissance exacte de cet animal au public ; a cependant il n’était pas capable de corriger la description du savant « Pallas, qui est un excellent zoologue. Étant au cap de Bonne-Espérance, « je fis l’acquisition d’une corne qu’on me donnait pour celle d’une chèvre
plongeante (duykerbok)‘, et j’appris qu’on l’appelait chèvre plongeante
1. V antilope plongeante (Cuv.). — Antilope mergens (Blainv. J.
ADDITIONS
« parce qu’elle se tenait toujours parmi les brossailles, et que dès qu’elle « apercevait un homme elle s’élevait par un saut pour découvrir sa posi- « tion et ses mouvements, après quoi elle replongeait dans les brossailles, « s’enfuyait, et de temps en temps reparaissait pour reconnaître si elle était « poursuivie. M. Pallas avait connaissance de cette chèvre plongeante parce « qu’il l’avait trouvée dans Kolbe, mais il ne savait pas que c’était le même « animal que la grimme * ; il l’appelle en latin capra nictitans. Je fus encore « informé que dans cette espèce la femelle n’a point de cornes, mais qu’elle « porte, comme le mâle, un petit toupet de poil sur le front; les cornes « n’ont que quatre pouces de longueur, elles sont droites, noires, ridées « d’environ quatre ou cinq anneaux peu distincts; elles m’ont paru un peu « comprimées, avec une strie sans rides sur la face postérieure; le reste, «jusqu’à la pointe, en est lisse; on m’a aussi assuré que cette grimme « n’excédait jamais la grandeur d’un faon de daim. »
DU NANGUER* ET DU NAGOR.
Nous mettons ces deux animaux ensemble parce qu’ils ont un caractère commun qui n’appartient qu’à eux, c’est d’avoir les cornes recourbées en avant au lieu que dans toutes les autres espèces de gazelles et de chèvres, les cornes sont recourbées en arrière ou tout à fait droites. J’ai dit ^ d’après M. Adanson, qu’il y avait trois variétés ou trois espèces de ces animaux, dont la première, c’est-à-dire le nanguer, paraît être le dama des anciens^. M. Pallas est du même avis, il dit que la femelle et le mâle nanguer ont également des cornes ; et il a remarqué, comme dans le kob , une disposition singulière dans les dents “.
La seconde espèce est le nagor : M. Pallas avait écrit dans son premier ouvrage [Miscellanea), que cet animal était le mazame de Séba; mais il avoue dans son second ouvrage {Spicilegia), qu’il s’était trompé; et il convient avec moi * que ce n’est point le mazame d’Amérique, mais une gazelle d’Afrique.
а. « Solum hujus animalis caput cum cornibus vidi, e quo dentium primorum in inferiore « maxillà unmerum plané singularem esse didici ; habet enim tantum senos quorum duo medii « latissimi, subobliqui, rectà transversà acie terminantur ; latérales vero parvi, lineares simt. » Pallas, Spicilegia zoologka , p. 8.
б. Volume III, page 393.
1. La grimme et l’antilope plongeante sont deux espèces distinctes.
* Antilope dama (Pall.).
Antilope redunca {'Pall.).
2. « Il est essentiel d’observer que beaucoup d’antilopes ont dans lem’ jeunesse des cornes de U cette forme recourbée en avant. » { Cuvier. )