PERROQUETS DU NOUVEAU CONTINENT
LES ARAS
De tous les perroquets, l’ara est le plus grand et le plus magnifiquement paré; le pourpre, l’or et l’azur brillent sur son plumage; il a l’œil assuré, la contenance ferme, la démarche grave et même l’air désagréablement dédaigneux, comme s’il sentait son prix et connaissait trop sa beauté; néanmoins son naturel paisible le rend aisément familier et même susceptible de quelque attachement; on peut le rendre domestique sans en faire un esclave, il n’abuse pas de la liberté qu’on lui donne; la douce habitude le rappelle auprès de ceux qui le nourrissent, et il revient assez constamment au domicile qu’on lui fait adopter.
Tous les aras sont naturels aux climats du Nouveau-Monde situés entre les deux tropiques, dans le continent comme dans les îles, et aucun ne se trouve en Afrique ni dans les grandes Indes. Christophe Colomb, dans son second voyage, en touchant à la Guadeloupe, y vit des aras auxquels il donna le nom de giiacamayas On les rencontre jusque dans les îles désertes; et partout ils font le plus bel ornement de ces sombres forêts qui couvrent la terre abandonnée à la seule nature ^
Dès que ces perroquets parurent en Europe, ils y furent regardés avec admiration. Aldrovande qui, pour la première fois, vit un ara à Mantoue en 1572, remarque que cet oiseau était alors absolument nouveau et trèsrecherché; et que les princes le donnaient et le recevaient comme un présent aussi beau que rare'’: il était rare en effet, car Delon, cet observateur si curieux, n’avait point vu d’aras, puisqu’il dit que les perroquets gris sont les plus grands de tous
Nous connaissons quatre espèces d’aras, savoir, le rouge, le bleu, le vert ' ' et le noir. Nos nomenclateurs en ont indiqué six espèces®, qui doivent se réduire par moitié, c’est-à-dire, aux trois premières, comme nous allons le démontrer par leur énumération successive.
a. Herrera, lit), ii, cap. x. ’
b. « Pendant que M. Anson et ses officiers contemplaient les beautés naturelles de cette solitude, une volée d’aras passa au-dessus d’eux, et comme si ces oiseaux avaient eu dessein i d’animer la fête et relever la magnificence du spectacle, ils s’arrêtèrent à faire mille tours
en l’air, qui donnèrent tout le temps de remarquer l’éclat et la vivacité de leur plumage ; ceux qui furent témoins de cette scène ne peuvent encore la décrire de sang-froid. » Voyage autour du monde, par l’amiral Anson, page 288. — « C’est la cbose la plus belle du monde de voir dix ou douze aras sur un arbre bien vert; on ne vit jamais de plus bel émail. » Dutertre, llist. des Antilles , t. II , p. 247.
c. Aldrovande, Avi., t. I , p. 665.
d. Nature des oiseaux, p. 293
e. M. Brisson.
LES ARAS
Les caractères qui distinguent les aras des autres perroquets du Nouveau- Monde sont : 1» la grandeur et la grosseur du corps, étant du double au moins plus gros que les autres ; 2“ la longueur de la queue qui est aussi beaucoup plus longue, même à proportion du corps; 3° la peau nue et d’un blanc sale, qui couvre les deux côtés de la tête, rentoure par-dessous et recouvre aussi la base de la mandibule inférieure du bec, caractère qui n appartient a aucun autre perroquet; c’est même cette peau nue, au milieu de laquelle sont situés ses yeux, qui donne à ces oiseaux une physionomie désagréable; leur voix l’est aussi, et n’est qu’un cri qui semble articuler ara, d un ton rauque, grasseyant, et si fort qu’il olfense l’oreille.
PREMIÈRE ESPÈCE
On a représenté cet oiseau dans deux différentes planches enluminées sous la dénomination à' ara rouge et de petit ara rouge; mais ces deux représentations ne nous paraissent pas désigner deux espèces réellement diffé-
a. Voyez les plandies enluminées, n°s 12 et 641.
b. Psittacus eryihroxantus. Gessner, Avi , p. 1^0.- Psittacus erythrocianus. Ibid., p 721 Psitlacus quem erythroxantum dishnguendi gratiâ cognominare visum e.a Germanis Rol-
gelber stUich, Gessner, Icon. avL, p. 38. - Psittacus erythrocyanus. Ibidem p 39 ~Psit tacus maximus alter. AliTOYa.nip Am t r n n.-t, ’ n •
Ibidem T. ® “ Psittacus erythvoxantus ornitliologi.
SÎT'if n erythrocyanus ornitliologi. Ibidem. - Psittacus erythroxantus
Sdi^enckfeld, AUÏ. Siles p. 343. Psittacus erythrocyanus. Ibid. -Araracanga Brasiliens. bus Marcgrave, Hist. nat. Bras., p. 206. — Arara. Pison, Hist. nat. Bras., p. 83. — Psittacus erythroxantus. Jonston, Avi., p. 23. — Psittacus maximus alter. Ibidem, p. 21. — Psittacus erythrocyanus. Ibidem, p. 23. — Araracanga Marcgravn. Ibidem,^. 141. — Haitini huaca-
ZTchlZZTT"' P- 38 , cap. cxvii. - Psittacus erylhroxan-
. G laileton , Exercit., p. 74 , n° 13 ; et Onomast., p. 67, n» 15. - Psittacus maximus alter ve tice capuis compressa. Ibidem, p. 74, n» 2; et Onomast., p. 66 , n» 2. - Psittacus erythiocyanus Idem, p. 74, 110 14; et Onomast., p. 67, n° 14. - Psittacus maximus Marcgravii coimojo Al a rouge. Barrere, France équixoxiale , p. 148. - Psittacus puniceus. Idem ®P- - P^^tiaciis major diversîcolor Macaw seu Macao dictas.
Uohûy, Oinithol., p. 73. — Psittacus maximus alter Aldrovandi. Ibidem, p. 73 — Araracanga Marcgravii. Bo.Y,Synops. avi., p. 29, n» i. - Psittacus maximus alter Aldrovandi. Ibidem, n» 1. — Arras. Dutertre, Hist. des Antilles, t. II, p. 247. — Arras Labat Nouveau voyage aux îles de l’Amérique, t. II , p. 184. - Arat par les sauvages dé l’Améique, J. de Léry, Histoire d’un voyage au Brésil,^. 170. - Guacamayas. Garcilasso de la V. a Histoire des Incas, t. II, p. 282. - Guacamayas. Gemelli Careri, Voyage autour du onae, G M, p. 210. — Guacamaïac. Joseph Acosta, Hist. nat. des Indes, p. 197. — Carinde, met. Singularités de la France antarctique , p. %%. — Macaw; mBcèsi] , jaclcon. Dampierre. Voyage t. IV, p. 65. - Macaw. Waffer, Voyage, t. IV, p. 231. - Aras. Rochefort , t. nat. des Antilles, p. 154. — Grand perroquet de Macao. Albin , 1. 1 , p. 11. — Perroquet
Psittacus macao (Linn. ). — Psittacus aracanga (Linn ). — Psittacus tricolor (Kuhl.). re erroguels, sous-genre Aras (Cuv. ). — Ce sont trois espèces distinctes. « Kuhl considère « omme especes distinctes : l» le grand ara rouge de Buffon; 2» Varacanga (planches enlu- < inees, n» 12) ; et 3» le petit ara rouge (planches enluminées, n» 641 ). » (Desmarets.)
rites • ce sont plutôt deux races distinctes, ou peut-être même de simples
rentes ce soni n^^pnclanttons les nomenclateurs, d apres Gessner
llTL^TiUr t: les^ctuoittueMarcg^ irc™;îdire tous ceux
eeruùteurs ont confondu le grand lovi rouge des Indes orientales arec 1 ara ■
' ° crlallra rouge a près de trente pouces de longueur, mais celle de la .
les c-randes pennes de Talle sont d'un lileu turqnm en dessus, et en des l'on rôle k cuivre sur fond noir ; dans les pennes moyennes le bleu et le vert sont'alliés et fondus d'une manière admirable; les grandes couver lires , dlui iaunelré.ettermm^^^ les épaules sont du même rouge
le flos* les couvertures supérieures et inférieures de la queue so i Tul- qim.1 drpennes latérales sont bleues en dessus, et toutes s^in .loiiblées d'un rouge do cuivre plus clair et plus métallique sous les quat ^ «randes pennes du milieu ; un toupet de plumes veloutées, rouge-mordore fiance en bourrelet sur le front; la gorge est d'un rouge brun ; une p au menXaneuse, blanclie et nue, entoure l'œil , couvre la ,oue et euvel e la mandibule inférieure du bec, lequel est nraratie ^
description a été faite sur un de ces oiseaux vivant, des plus grands a des plus beaux i au reste, les voyageurs remarquent des variétés dans
* t lagosis... .. MlMvai ifacoo. Linnæas, Ssrl. ..««•, édit. X p. 96^ -
Sri a.a M«. ilacaw. Pmac«s max.mps fun.ceus a “ “‘'“^^2““'
Ara Jamcticensis. Bnssoii , OrmthoL, t. IV, p. 188. gi ana ^
(le Marcgrave. Salerne, Orniihol.
a. Albiü, Willugliby.
couleurs, comme dans la grandeur de ces oiseaux, selon les différentes contrées, et même d’une île à une autre “ : nous en avons vu qui avaient la queue toute bleue, d’autres rouge et terminée de bleu; leur grandeur varie autant et plus que leurs couleurs ; mais les petits aras rouges sont plus rares que les grands.
En général, les aras étaient autrefois très-communs à Saint-Domingue. Je vois, par une lettre de M. le chevalier Deshayes, que depuis que les établissements français ont été poussés jusque sur le sommet des montagnes, ces oiseaux y sont moins fréquents Au reste, les aras rouges et les aras bleus, qui font notre seconde espèce, se trouvent dans les mêmes climats, et ont absolument les mêmes habitudes naturelles : ainsi ce que nous allons dire de celui-ci peut s’appliquer à l’autre.
Les aras habitent les bois, dans les terrains humides plantés de palmiers, et ils se nourrissent principalement des fruits du palmier-latanier, dont il y a de grandes forêts dans les savanes noyées ; ils vont ordinairement par paires et rarement en troupes ; quelquefois néanmoins ils se rassemblent le matin pour crier tous ensemble et se font entendre de très-loin; ils jettent les mêmes cris, lorsque quelque objet les effraie ou les surprend ; ils ne manquent jamais aussi de crier en volant, et de tous les perroquets, ce sont ceux qui volent le mieux ; ils traversent les lieux découverts, mais ne s’y arrêtent pas; ils se perchent toujours sur la cime ou sur la branche la plus élevée des arhres; ils vont le jour chercher leur nourriture au loin, mais tous les soirs ils reviennent au même endroit, dont ils ne s’éloignent qu’à la distance d’une lieue environ, pour chercher des fruits mûrs. Dutertre dit que, quand ils sont pressés de la faim, ils mangent le fruit du mancenillier, qui, comme l’on sait, est un poison pour l’homme, et vraisemblablement pour la plupart des animaux; il ajoute que la chair de ces aras qui ont mangé des pommes de mancenillier est malsaine et même vénéneuse; néanmoins on mange tous les jours des aras à la Guiane, au Brésil, etc., sans qu’on s’en trouve incommodé, soit qu’il n’y ait pas de mancenillier dans ces
fl. « Ces oiseaux sont si dissemblables, selon les terres où ils repaissent, qu’il n’y a pas une île qui n'ait ses perroquets, ses aras et ses perriques dissemblables en grandeur de corps, en tou de voix et en diversité de plumage. » Dutertre, Histoire des Antilles, Paris, 1667, t. II, p. 247. — « Les aras sont des oiseaux beaux par excellence... ils ont une longue queue qui est composée de belles plumes qui sont de diverses couleurs, selon la différence des îles où ils ont pris naissance. Hist. naturelle et morale des Antilles; Rotterdam , 1658 , page 154.
6. « Dans toutes ces îles (Antilles ) les aras sont devenus très-rares, parce que les habitants les détruisent à force d’en manger; ils se retirent dans les endroits les moii]S fréquentés; et on ne les voit plus approcher des lieux cultivés. ( Observation de M. de la Borde, médecin du roi à Cayenne. )
c. « Les Indiens étaient dans une profonde sécurité ( à Yubarco, dans le Darien ) , lorsque les cris d une sorte de perroquets rouges , d’une grosseur extraordinaire , qu’ils appelaient guacamayas, les avertirent de l’approche de leurs ennemis. » Expédition d’Ojéda, etc., Hist. génér. des voyages, t. XII, p. 156.
d. Hist. des Antilles, t. II , p. 248.
4)^2 L’A H A ROUGEv
contrées, soit que les aras, trouvant une nourriture plus abondante et qui leur convient mieux, ne mangent point les fruits de cet arbre de poison.
Il paraît que les perroquets dans le Nouveau-Monde étaient tels à peu près qu’on a trouvé tous les animaux dans les terres désertes, c’est-à-dire confiants et familiers, et nullement intimidés à l’aspect de l’homme, qui, mal armé et peu nombreux dans ces régions, n’y avait point encore fait connaître son empire". C’est ce que Pierre d Angleria assure des premiers temps de la découverte de l’Amérique les perroquets s’y laissaient prendre au lacet et presque à la main du chasseur, le bruit des armes ne les effrayait guère, et ils ne fuyaient pas en voyant leurs compagnons tomber morts; ils préféraient à la solitude des forets les arbres plantes près des maisons; c’est là que les Indiens les prenaient trois ou quatre fois l’année pour s’approprier leurs belles plumes, sans que cette espèce de violence parut leur faire déserter ce domicile de leur choix et c’est de là qu Aldrovande, sur la foi de toutes les premières relations de l’Amérique, a dit que ces oiseaux s’y montraient naturellement amis de l’homme, ou du moins ne donnaient pas des signes de crainte; ils s’approchaient des cases en suivant les Indiens lorsqu’ils les y voyaient rentrer, et paraissaient s’affectionner aux lieux habités par ces hommes paisibles Une partie de cette sécurité reste encore aux perroquets que nous avons relégués dans les bois. M. de la Borde nous le marque de ceux de la Guiane ; ils se laissent approcher de très-près sans méfiance et sans crainte; et Pison dit des oiseaux du Brésil, ce qu’on peut étendre à tout le Nouveau-Monde, qu’ils ont peu d’astuce et donnent dans tous les pièges.
Les aras font leurs nids dans des trous de vieux arbres pourris, qui ne sont pas rares dans leur pays natal, où il y a plus d’arbres tombant de vétusté que d’arbres jeunes et sains; ils agrandissent le trou avec leur bec lorsqu’il est trop étroit, ils en garnissent l’intérieur avec des plumes. La femelle fait deux pontes par an comme tous les autres perroquets d’Amérique, et chaque ponte est ordinairement de deux œufs qui, selon Dutertre, sont gros comme des œufs de pigeon et tachés comme ceux de perdrix ® ; il
a. « Les petits oiseaux qui remplissent les bois à la Nouvelle-Zélande connaissent si peu les hommes, qu’ils se juchaient tranquillement sur les branches d’arbres les plus voisines de nous, même à l’extrémité de nos fusils : nous étions pour eux des objets nouveaux qu’ils regardaient avec une curiosité égale à la nôtre. » Relation de M. Forster, dans le second Vogage du capitaine Cook, t. I, p. 206.
b. Lib. X , décad. 3.
c. Léry, page 174.
d. Aldrovande, p. 633.
e. Il arrive assez souvent aux aras de pondre un œuf ou deux dans nos contrées tempérées; Aldrovande en cite quelque exemple. M. le marquis d'Abzac nous apprend qu’un grand ara rouge a fait chez lui une ponte de trois œufs; ils étaient sans germe : néanmoins la mère ara était dans une grande chaleur et demandait à couver ; on lui donna un œuf de poule qu’elle fit éclore. » (Lettre de M. le marquis d’Abzac, datée du château deNoyac, près Périgueiix, le 21 septembre 1776.)
L’ARA ROUGE. 2j:i
ajoute que les jeunes ont deux petits vers dans tes narines et un troisième dans un petit bubon qui teur vient au-dessus de la tête, et que ces uelil, vers meurent d'eux-mêmes lorsque ces oiseaux commencent à se couvrir de plumes” : ces vers dans les narines des oiseaux ne sont pas particuliers aux aras; les autres perroquets, les cassiques et plusieurs autres oiseaux en ont de meme tant qu'ils sont dans leur nid; il y a aussi plusieurs quadrupèdes, et notamment les singes, qui ont des vers dans le nez et dans d autres parties du corps ; on coniiail ces insectes, en Amérique, sou” le nom de m macaques ; ils s'insinuent quelquefois dans la chair des hommes et produisent des abcès difficiles à guérir : on a vu des chevaux mourir de ces abcès causes par les vers macaques, ce qui peut provenir de la néi-li-
gence avec laquelle on traite les chevaux dans ce pays, où on ne les loge” ni ne les panse. °
Le male et la femelle ara couvent alternativement les œufs et soignent les petits : ils leur apportent également à manger; tant qu’ils ont besoin d éducation, le pere et la mère, qui ne se quittent guère, ne les abandonnent point : on les voit toujours ensemble, perchés à portée de leur nid
Les jeunes aras s’apprivoisent aisément, et dans plusieurs contrées de I Amérique on ne prend ces oiseaux que dans le nid, et on ne tend point de pieges aux vieux, parce que leur éducation serait trop difficile et peute re infructueuse; cependant Dutertre raconte que les sauvages des Antilles avaient une singulière manière de prendre ces oiseaux vivants: ils épiaient le moment où ils mangent à terre des fruits tombés; ils tâchaient de les environner, et tout a coup ils jetaient des cris, frappaient des mains et faisaient un SI grand bruit, que ces oiseaux, subitement épouvantés, oubliaient I usage de eurs ailes et se renversaient sur le dos pour se défendre du bec et des ongles; les sauvages leur présentaient alors un bâton qu’ils ne manquaient pas de saisir, et dans le moment on les attachait avec une petite liane au bâton; il prétend de plus qu’on peut les apprivoiser quoique adultes e pris de cette manière violente; mais ces faits me paraissent un peu suspects, d autant que tous les aras s’enfuient actuellement à la vue de l’homme et qu a plus forte raison ils s’enfuiraient au grand bruits Waffer dit que les Indiens de l’isthme de l’Amérique apprivoisent les aras comme nous apprivoisons es pies, qu ils leur donnent la liberté d’aller se promener le jour dans les bois, d’où ils ne manquent pas de revenir le soir ; que ces oiseaux imitent la voix de leur maître et le chant d’un oiseau qu’il appelle chicali ernandez rapporte qu’on peut leur apprendre à parler, mais qu’ils ne prononcent que d’une manière grossière et désagréable; que quand on les tient dans les maisons ils y élèvent leurs petits comme les autres oiseaux domes-
a. Hist. des Antilles, t. II, p. 249.
fc. Idem, t. II, p. 248.
c. Waffer, tome IV du Voyage de Dampierre, page 231.
tiques ®. Il est très-sûr en effet qu’ils ne parlent jamais aussi bien que les autres perroquets, et que, quand ils sont apprivoisés, ils ne cherchent point
61 s^6nfuir.
Les Indiens se servent de leurs plumes pour faire des bonnets de fête et d’autres parures ; ils se passent quelques-unes de ces belles plumes à travers les joues, la cloison du nez et les oreilles. La chair des aras, quoique ordinairement dure et noire, n’est pas mauvaise à manger; elle fait de bon bouillon, et les perroquets en général sont le gibier le plus commun des terres de Cayenne, et celui qu’on mange le plus ordinairement.
L’ara est peut-être, plus qu’aucun autre oiseau, sujet au mal caduc, qui est plus violent et plus immédiatement mortel dans les climats chauds que dans les pays tempérés. J’en ai nourri un des plus grands et des plus beaux de cette espèce, qui m’avait été donné par madame la marquise de Pompadour, en 1751 ; il tombait d’épilepsie deux ou trois fois par mois, et cependant il n’a pas laissé de vivre plusieurs années dans ma campagne en Bourgogne, et il aurait vécu bien plus longtemps si on ne l’avait pas tué; mais, dans l’Amérique méridionale , ces oiseaux meurent ordinairement de ce même mal caduc, ainsi que tous les autres perroquets, qui y sont également sujets dans l’état de domesticité ; c’est probablement, comme nous l’avons dit dans l’article des serins, la privation de leur femelle et la surabondance de nourriture qui leur causent ces accès épileptiques, auxquels les sauvages, qui les élèvent dans leurs carbets pour faire commerce de leurs plumes, ont trouvé un remède bien simple : c’est de leur entamer l’extrémité d’un doigt et d’en faire couler une goutte de sang. L’oiseau paraît guéri sur-le-champ, et ce même secours réussit également sur plusieurs autres oiseaux qui sont, en domesticité, sujets aux mêmes accidents. On doit rapprocher ceci de ce que j’ai dit à l’article des serins qui tombent du mal caduc, et qui meurent lorsqu’ils ne jettent pas une goutte de sang par le bec : il semble que la nature cherche à faire le même remède que les sauvages ont trouvé.
On appelle crampe, dans les Colonies, cet accident épileptique, et on assure qu’il ne manque pas d’arriver à tous les perroquets en domesticité, lorsqu’ils se perchent sur un morceau de fer, comme sur un clou ou sur ^ une tringle, etc. , en sorte qu’on a grand soin de ne leur permettre de se poser que sur du bois : ce fait qui, dit-on, est reconnu pour vrai, semble i indiquer que cet accident, qui n’est qu’une forte convulsion dans les nerfs,
' tient d’assez près à l’électricité, dont l’action est, comme l’on sait, bien plus I violente dans le fer que dans le bois.
a. Fernandez , Hist. nov. Hisp., p. 38.