LE GUÊPIER YERT A GORGE BLEUE
Une petite aventure arrivée à un individu de cette espèce longtemps après sa mort fournit un exemple des méprises qui peuvent contribuer à l’importune multiplication des espèces nominales. Cet individu, qui appartenait a M. Dandrige, ayant été décrit, dessiné, gravé, colorié par deux Anglais, Edwards et Albin, un Français fort habile d’ailleurs, et qui avait sous les feux un individu de cette même espèce, a cru que les deux figures anglaises représentaient deux espèces distinctes, et en conséquence il les a décrites séparément et sous deux dénominations différentes. Pour nous, nous allons ibndre ces descriptions diverses en une seule; et, toujours dans le même sqirit, nous rapporterons encore à l’espèce décrite comme simple variété 1e fetit guêpier des Philippines de M. Brisson ^
L’oiseau de M. Dandrige, observé par M. Edwards, différait de notre guéper d’Europe en ce qu’il était une fois plus petit, et que les deux pennes iitermédiaires de sa queue étaient beaucoup plus longues et plus étroites ^ ; i avait le front bleu, une grande plaque de même couleur sur la gorge, renfermée dans une espèce de cadre noir formé dans le bas par un demieoriier en forme de croissant renversé, dans le haut par un bandeau qui fassait sur les yeux et descendait des deux côtés du cou, comme pour aller ss|oindre aux deux extrémités du demi-collier; le dessus de la tête et du füu orangé; le dos, les petites couvertures et les dernières pennes des ailes vert de perroquet; les couvertures supérieures de la queue d’un bleu d’aigue-marine; la poitrine et le ventre d’un vert clair; les jambes d’un Unm rougeâtre; les couvertures inférieures de la queue d’un vert obscur; fe ailes variées de vert et d’orangé, terminées de noir; la queue d’ùn beau vert dessus, d’un vert rembruni dessous; les deux pennes intermédiaires excédant les latérales de deux pouces et plus, cette partie excédante d’un Iran foncé et très-étroite; les côtes des pennes de la queue brunes; les fieds aussi ; le bec noir dessus, et blanchâtre à sa base dessous.
a. Voyez les planches enluminées, n» 740 , où cet oiseau est représenté sous le nom de Guégrfrr à collier de Madagascar.
h. Indian bee-eater. Merops ou mangeur d’abeilles de Bengale. Edwards, Nal. hist. ofbirds, 183. — Merops Bengalensis. Albin, Nat. hist. of birds, t. III, pl. xxx. Albin, au lieu de décrire cette espèce, a copié la description de notre guêpier d’Europe, faite par Willugbby. —
* Apiaster supernè viridis, infernè viridi-beryllinus , supernè et infernè ad am’eum colorem
• Tergens ; capite et collo superioribus obscurè viridi-flavicantibus ; gutture et syncipite ad « eæruleo-beryllinum inclinantibus ; tænià utrinque infra oculos , alterà infra guttur trans- «Tersâ nigrà; rectricibus supernè viridibus, lateralibus interiùs cinereo marginatis, binis •e intermediis longissimis, ultimâ medietate strictissimis et nigricantibus... » Guêpier à collier Àt Madagascar et de Bengale. Brisson, t. IV, p. S49 et 552.
c. Ornithologie, t. IV, p. 555.
ê. Comment donc M. Albin a-t-il pu prendre cet oiseau pom' un guêpier mâle d’Europe? Merops viridis (Lath. , Gmel. ). — Genre Guêpiers (Cuv.).
LIi GUÊPIER VERT A GORGE BLEUE. :197
Dans l’individu décrit par M. Brisson, et qui est à peu près celui de nos planches enluminées, il n’y avait point de bleu sur le front, le vert du dessous du corps participait de l’aigue-marine; le dessus de la tête et du con était du même vert doré que le dos; en général, il y avait une teinte de jaune doré jetée légèrement sur tout le plumage, excepté sur les pemjBs des ailes et les couvertures supérieures de la queue ; le bandeau noir ne passait point sur les yeux, mais au-dessous. M. Brisson a remarqué de plus que les ailes étaient doublées de fauve, et que la cote des pennes de la queue, qui était brune dessus, comme dans l’oiseau de M. Edwards, était blanchâtre par-dessous; enfin l’individu de nos planches enluminées aval plusieurs pennes et couvertures des ailes, et plusieurs pennes de la quens bordées près du bout et terminées de jaune doré; mais il est facile de vok que toutes ces petites différences, détaillées ici jusqu’au scrupule, ne passea£ point, à beaucoup près, les limites entre lesquelles se jouent les couleurs da plumage, non pas seulement dans les individus d’une même espèce, maïs dans le même individu à différents âges, ni, comme on voit, les limifes entre lesquelles se jouent les descriptions diverses faites d’après un rnêu* objet. J’en dis autant de l’inégalité des dimensions, inégalité d’autant moins réelle, que plusieurs de ces dimensions ont été prises sur des figures : celte de la figure d’ Albin sont les plus fortes, et très-probablement les moim exactes.
L’oiseau, appelé par M. Brisson guêpier des Philippines , est même taille et de même plumage que son guêpier à collier de Madaga.scar.'^ la principale différence qu’on remarque entre ces oiseaux , c’est que dmis celui des Philippines les deux pennes intermédiaires de la queue, au JieÆ d’être plus longues que les latérales, sont au contraire un peu plus courtes^, mais M. Brisson soupçonne lui -même que ces pennes intermédiaires: n’avaient pas encore pris tout leur accroissement, et que dans les individus où elles ont acquis leur juste longueur elles dépassent de beaucoup te pennes latérales; cela est d’autant plus vraisemblable, que ces deux intermédiaires paraissent ici différentes des latérales, et conformées à peu pr^ de même que le sont dans leur partie excédante les intermédiaires du guêpier vert à gorge bleue. Autres différences, car il ne faut rien omettre : te bandeau, au lieu d’être noir, était d’un vert obscur, et les pieds d’un rouge brun; mais tout cela n’empêche pas que ce petit guêpier des Philippines de M. Brisson ne soit, ainsi que ses deux guêpiers à collier, l’un de Madaga-scar et l’autre de Bengale, ne soit, dis-je, de la même espèce que notre guêpier vert à gorge bleue. Cet oiseau est répandu, comme on voit, depuis
O. La phrase de M. Brisson est la même pour cet oiseau que pour sou guêpier à collier de Madagascar, à l’exception de la couleur du bandeau et du synciput, de la longueur des deux pennes intermédiaires de la queue, et du demi-collier qu’il n’a point.