‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 361 sur 495 · III. — l’hirondelle ambrée · texte numérisé non relu

III. — l’hirondelle ambrée

Seba dit que ces hirondelles, de même que les nôtres de rivage, gagnent la côte lorsque la mer est agitée, qu’on lui en a apporté quelquefois de mortes et de vivantes, et qu’elles exhalent une odeur si forte d’ambre gris, qu’il n’en faut qu’une pour parfumer toute une chambre; cela lui fait conjecturer qu’elles se nourrissent d’insectes et autres animalcules qui sont euxmêmes parfumés, et peut-être d’ambre gris. Celle qu’a décrite M. Brisson venait du Sénégal et avait été envoyée par M. Adanson; mais, comme on voit, elle se trouve aussi quelquefois en Europe.

Tout son plumage est d’une seule couleur, et cette couleur est un gris brun, plus foncé sur la tête et sur les pennes des ailes que partout ailleurs; le bec est noir et les pieds bruns; l’oiseau est tout au plus de la grosseur d’un roitelet.

J’ai hésité si je ne rapporterais pas cette espèce aux hirondelles de rivage, dont elle paraît avoir quelques façons de faire ; mais comme le total de ses habitudes naturelles n’est point assez connu, et qu’elle a la queue conformée de même que notre hirondelle domestique, j’ai cru devoir la rapporter provisoirement à cette dernière espèce.

Longueur totale, cinq pouces et demi ; bec, six lignes ; tarse, trois ; le doigt postérieur le plus court de tous; vol, onze pouces et plus ; queue, près de trois pouces, fourchue de dix-huit lignes, composée de douze pennes ; dépassée par les ailes de quatre lignes.

a. Hirundo marina indigena. Seba, Thésaurus, p. 102, pi. 60 , fig. 4. — Hirundo ambram griseam redolens. Klein, Aves , p. 82 , n“ 4. — « Hirundo in toto corpore cinereo-fusca, summo « capite colore saturatiore tincto; remigibus majoribus saturatè cinereo-fuscis ; rectiicibus « cinereo-fuscis... » Hirondelle de rivage du Sénégal. Brisson, p. 508. Cet auteur dit qu’il ne ui a point trouvé cette odeur d’ambre dont parle Seba, mais il ne dit pas qu’il en ait observé de vivantes, ni même des cadavres frais.

Hirundo ambrosiaca (Latti. Gmel. ). — Genre et sous-genre id.

L’HIRONDELLE AU CROUPION BLANC, ou l’hirondelle de fenêtre.

Ce n’est pas sans raison que les anciens donnaient à celte hirondelle le nom de sauvage : elle peut, à la vérité, paraître familière et presque domes-

a. Voyez les planches enluminées, n» 542, fig. 2, le Petit Martinet.

b. XeXi^ùv, Aristote, Hist. animal., lib.vi, cap. i,v. — Élien, Nat. animal., lib. m, cap. XXIV. Cet auteur dit que ce nom annonçait le retour de la belle saison : il signifie en grec une figue. Voyez Élien, liv. i, chap. lu. — Hirundo rustica et agrestis. Pline, Hist nat., lib. X, cap. XLin,etc. — Martinet, espèce d’hirondelle; hirundo rustica, agrestis sylvestris, argatylis; en grec, À)«av0uXXt?. Selon, Nat. des oiseaux, liv. vu , ch. xxxvi. Nota. J’ai rapporté Vargatylis aux mésanges; Belon lit , ex genere ripariarum; moi je lis, ea; genere parrarum, qui est la leçon des Elzevirs; elle s’accorde mieux avec la forme du nid, aucune espèce d’hirondelle ne faisant son nid en forme de boule, comme le font certaines espèces de mésanges. Voyez Aristote, Hist. animal., lib. vu, cap. xiii; et Pline, lib. x, cap. xxxni. — Hirundo sylvestris seu rustica Plinii; apus minor Turneri ; en allemand , kirsch-schwalben , mur-schwalhen , herg-schwalben, mur-spyren, munster-spyren , wysse-spyren ; en anglais, rock-martinettes , church-martinettes ; en italien, rondoni. tartari , noms qui se donnent aussi à l’hirondelle de rivage. Gessner, Aves, pag. 565 et 566. Voyez Hirondelles. — Hirundo uropygio albo; en allemand, mue-schwaïben. Aldrovande, Ornithol. , t. II, p. 693. — Hirundo agrestis. Jonston , Aves, p. — The martin or mariZef. Willughby , OrwU/ioL, p. 155. — Albin, t. II , pl. Lvi , martinet, selon le tr.aducteur. — Ray, Synops. avi., p. 71, sp. 2. — Hirundo saxatilis seu speluncaria, apes, depes ; en anglais, rough-footed swallow. Charleton, Aves, p. 96. Nota. Charleton parait avoir confondu Phirondelle de fenêtre avec celle de cheminée : à vrai dire, sa première et quatrième espèces ne font qu’une seule espèce, et c’est celle de fenêtre. — Hirundo domestica altéra ; en allemand, leim-schwalbe , laubonschwalbe , fenster-schwalbe , dach-schwaïbe , kirch-schwalbe. Schwenckfeld, Arnar.

p. 288. -Rzaczynski, Auctuar. Polon., p. 385. — Hirundo minor urbica sive domestica; rondine domestica minore, balestruccio commune. Ornithol. ital., p. 408. — Hirundo domestica, urbica; en allemand, haus-giebel-fenster , etc., schwalbe. Klein, Ordo avium-, p. 82. Klein change ici les noms, et donne celui de rustica à notre hirondelle de cheminée, qui est riiirondelle domestique de tous les anciens auteurs. — Hirundo brevicauda nigi icans , uropygio albo. Barrère, Specim. novum, class. 3 , gen. 8 , sp. 3. Martinet à cul blanc; il 1 appelle aussi hirondelle de rivage ; mais il est constaté par la phrase même que c’est un cul-blanc. — Hirundo urbica, rectricibus immaculatis , dorso nigro-cœrulescente, tota sublùs alba; eu suédois, hus-swala. Linnæus, FaunaSuec., n°s245 et 271. Iter œlandicum , 41; et Syst.nat., édit. XIII, n® 117, sp. 3, p. 344. On verra par l’histoire de cet oiseau et du précédent que ce nom d’urbica convient mieux au précédent qu’à celui-ci. — Kramer, Elenchus Austr. infei . , en autrichien, speyerl. — Muller, Zoolog. Dan. prodrom., p. 34, n® 288; en danois, bye-svale, tag-skiwgs-svale , hvid-svale , rive skorsteens-svale ; en norwégien, /iwMWfale. Frisch, t. I , class. 2 , div. 3, pl. 1, n® 17; en allemand , die haus-schwalbe aussen an den gebaüden , die aussere haus-schwalbe , stadt-schwalbe. Cette espèce est la troisième dans le texte et la seconde dans l’ordre des planches : spier, et anciennement spirck-schwalbe. « Hirundo « supernè nigro cærulescens, infernè nivea ; uropygio candido ; rectricibus nigro-cierulescenti- « bus, lateralibus interiùs nigricantibus ; pedibusad ungues usque lan ;ginosis — » Hirundo minor sive rustica, la petite hirondelle ou le martinet à cul blanc. Brisson , t. Il , p. 490.

« Godalios vasconia vocat, » dit Scaliger, in Cardanum Exercit., 228. Vulgairement culblanc de fenêtre; petit martinet, en Provence; rabirollc, suivant M. Salerne; religieuse, selon M. Guys, à cause de son plumage noir et blanc; en Lorraine, le matelot, la petite hirondelle, suivant M. Lottinger.

* Hirundo urbica (Linn.). — Genre et sous-genre id. . .

tique, si on la compare au grand martinet; mais elle paraîtra sauvage, si on la compare à notre hirondelle domestique; en effet, nous avons vu que celle-ci, lorsqu’elle trouve les cheminées fermées, comme elles le sont dans la ville de Nantua, niche sous les avant-toits des maisons plutôt que de s’éloigner de l’homme; au lieu que l’espèce à croupion blanc, qui abonde dans les environs de cette ville, et qui y trouve fenêtres, portes, entablements, en un mot toutes les aisances pour y placer son nid, ne l’y place cependant jamais; elle aime mieux l’aller attacher tout au haut des rocs escarpés qui bordent le lac“. Elle s’approche de l’homme, lorsqu’elle ne trouve point ailleurs ses convenances; mais, toutes choses étant égales, elle préfère pour remplacement de son manoir une avance de rocher à la saillie d’une corniche, une caverne à un péristyle, en un mot la solitude aux lieux habités.

Un de ces nids, que j’ai observé dans le mois de septembre et qui avait été détaché d’une fenêtre, était composé de terre à l’extérieur, surtout de celle qui a été rendue par les vers et que l’on trouve le matin çà et là sur les planches de jardin nouvellement labourées ; il était fortifié dans le milieu de son épaisseur par des brins de paille, et dans la couche la plus intérieure par une grande quantité de plumes^; la poussière qui garnissait le fond du nid fourmillait de petits vers très-grêles, hérissés de longs poils, se tortillant en tout sens, s’agitant avec vivacité et s’aidant de leur bouche pour ramper; ils abondaient surtout aux endroits où les plumes étaient implantées dans les parois intérieures; on y trouva aussi des puces plus grosses, plus allongées, moins brunes que les puces ordinaires, mais conformées de même, et sept ou huit punaises, quoiqu’il n’y en eût point et qu’il n’y en eût jamais eu dans la maison ; ces deux dernières espèces d’insectes se trouvaient indifféremment et dans la poussière du nid et dans les plumes des oiseaux, qui l’habitaient au nombre de cinq, savoir : le père, la mère et trois jeunes en état de voler. J’ai certitude que ces cinq oiseaux y passaient les nuits tous ensemble. Ce nid représentait par sa forme le quart d’un hémisphéroïde creux, allongé par ses pôles, d’environ quatre pouces et demi de rayon, adhérent par ses deux faces latérales au jambage et au châssis de la croisée, et par son équateur à la plate-bande supérieure; son entrée était près de cette plate-bande, située verticalement, demi-circulaire et fort étroite.

a. Cette otservation intéressante est de M. Hébert ; au reste, il est bien connu que ces Mrondelles nichent contre les rochers. Voyez Gessner, Aves, p. 565. M. Guys de Marseille m’a aussi ' confirmé ce fait , mais il ne faut pas prendre à la lettre ce qifont dit les anciens , d’une digue très-solide, d’un stade de longueur, formée entièrement de ces nids dans le port d’Héraclée en Égypte; et d’une autre digue semblable, construite par les mêmes oiseaux dans une île consacrée à Isis. Voyez Pline, lib. x, cap. xxxm.

h. J’ai trouvé jusqu’à quatre ou cinq gros de ces plumes dans un nid qui ne pesait en tout que treize onces.

Les mêmes nids servent plusieurs années de suite et probablement aux mêmes couples, ce qui doit s’entendre seulement des nids que les Inrondel les attachent à nos fenêtres ; car on m’assure que ceux qu’elles appliquent contre les rochers ne servent jamais qu’une seule saison et qu elles en font chaque année un nouveau ; quelquefois il ne leur faut que cinq ou six jouis pour le construire ; d’autres fois elles ne peuvent en venir à bout qu’en dix ou douze jours ; elles portent le mortier avec leur petit bec et leurs petites pattes, elles le gâchent et le posent avec le bec seul ; souvent on voit un assez grand nombre de ces oiseaux qui travaillent au même nid soit qu ils se plaisent à s’entr’aider les uns les autres, soit que dans celte espèce 1 accouplement ne pouvant avoir lieu que dans le nid, tous les mâles qui lecherchent la même femelle travaillent avec émulation à l’achèvement de ce nid dans l’espérance d’en faire un doux et prompt usage. On en a vu quelques-uns qui travaillaient à détruire le nid avec encore plus d’ardeur que ies autres n’en mettaient à le construire : était-ce un mâle absolument rebuté qui, n’espérant rien pour lui-même, cherchait la triste consolation de troubler ou retarder les jouissances des autres? Quoi qu’il en soit, ces nrondelles arrivent plus tôt ou plus tard, suivant le degré de latitude : a Upsal, le 9 mai, selon M. Linnæus; en France et en Angleterre, dans les commencements d’avril ^ huit ou dix jours après les hirondelles domestiques, qui, selon M. Frisch, ayant le vol plus bas, trouvent plus facilement et plus tôt à se nourrir ; souvent elles sont surprises par les derniers froids, et on en a vu voltiger au travers d’une neige fort épaisse". Les premiers jours de leur arrivée, elles se tiennent sur les eaux et dans les endroits marécageux ; je ne les ai guère vues revenir aux nids qui sont à mes fenetres

a. J’en ai compté Jnsqu’à cinq posés dans un même nid ou accrociies autour, sans compte les allants et les venants ; plus leur nombre est grand, plus l’ouvrage va vite. ,

b. Cette année 1779, l’hiver a été sans neige, et le printemps très-beau ; neanmoins ces hirondelles ne sont arrivées en Bourgogne que le 9 avril, et sur le lac de ..

dit qu’un cordonnier de Bâle, ayant mis à une hirondelle un collier sur lequel était

Hirondelle Qui es si belle ,

Bis-moi, l’iiiver où vas-tu?

reçut le printemps suivant, et par le même courrier, cette réponse à sa demande :

A Atbènos ,

Chez Antoine .

Pourquoi t’en informes-tu ?

Ce qu’il y a de plus probable dans cette anecdote, c’est que les vers ont été farts en Suisse. Quant an fait, ü est plus que douteux , puisqu’on sait par Belon et par Aristote que les hiron- Mles sont des oiseaux semestriels dans la Grèce comme dans le reste de 1 Europe, et quelles

T^cïrprouvrqS le curé Hoegstroem, de Nortlande, sur le pressentment des

températures qu’il attribue aux hirondelles, n’est pas pins applicable à cheminée, et doit être regardé, ainsi que je l’ai dit, comme fort douteux. «O;

« Laponie des hirondelles partir dès le commencement d août, et abandonner lew s peMs da

avant le 15 avril, quelquefois elles ii’y ont paru que dans les premiers jours de mai; elles établissent leur nid à toute exposition, mais par préférence aux fenêtres qui regardent la campagne, surtout lorsqu’il y a dans cette campagne des rivières, des ruisseaux ou des étangs; elles le construisent parfois dans les maisons, mais cela est rare et même fort difficile à obtenir®. . Leurs petits sont souvent éclos dès le 15 de juin; on a vu le mâle et la femelle se caresser sur le bord d’un nid qui n’était pas encore achevé, se becqueter avec un petit gazouillement expressif^; mais on ne les a point vus s’accoupler, ce qui donne lieu de croire qu’ils s’accouplent dans le nid, où on les entend gazouiller ainsi de très-grand matin, et quelquefois pendant la nuit entière. Leur première ponte est ordinairement de cinq œufs blancs, ayant un disque moins blanc au gros bout; la seconde ponte est de trois ou quatre, et la troisième, lorsqu’elle a lieu, de deux ou trois; le mâle ne s’éloigne guère de la femelle tandis qu’elle couve; il veille sans cesse à sa sûreté, à celle des fruits de leur union, et il fond avec impétuosité sur les oiseaux qui s’en approchent de trop près; lorsque les petits sont éclos, tous deux leur portent fréquemment à manger et paraissent en prendre beaucoup de soin' ; cependant il y a des cas où cet amour paternel semble se démentir : un de ces petits, déjà avancé et même en état de voler, étant tombé du nid sur la tablette de la fenêtre, le père et la mère ne s’en occupèrent point, ne lui donnèrent aucun secours; mais cette dureté apparente eut des suites heureuses, car le petit, se voyant abandonné à lui-même, fit usage de ses ressources, s’agita, battit des ailes, et, au bout de trois quarts d’heure d’efforts, parvint à prendre sa volée. Ayant fait détacher du haut

« un temps fort chaud , et où rien n’annonçait un changement de température ; mais ce chan- « gement ne tarda pas, et l’on pouTait aller en traîneau le 8 septembre. Dans certaines années^ « au contraire, on les voit rester assez tard , quoique le temps ne soit pas doux , et on est assuré « alors que le froid n’est pas prochain. » Dans tout ceci, M. le curé paraît n’ètre que l’écho d’un bruit populaire, qu’il n’aura pas pris la peine de vérifier, et qui d’ailleurs est contredit par les observations les plus authentiques.

a. « Rarô in domibus nidificat , » dit Aristote, ce qui est confirmé par l’observation journalière : feu M. Rousseau de Genève n’est parvenu qu’après des. peines infinies, à les faire nicher dans sa chambre. M. Hébert en a vu établir leur nid sur le ressort d’une sonnette ; le fond du nid portait sur ce ressort; le bord supérieur, qui était en demi-cercle, s’appuyait contre le mur par ses deux extrémités, trois ou quatre pouces au-dessous de la gouttière. Le mâle et la femelle , tandis qu’ils travaillaient à sa construction, passaient les nuits sur la broche de fer à laquelle tenait le ressort ; on sent bien que les mouvements fréquents de ce ressort ne pouvaient guère manquer de troubler l’action de la nature dans le développement des petits embryons; aussi la couvée ne réussit-elle point, mais les père et mère n’abandonnèrent point pour cela leur manoir chancelant, et ils continuèrent de l’habiter le reste de la saison. La forme demi-circulaire qu’ils donnèrent dans cette occasion à leur nid prouve qu’ils savent changer quelquefois leur ordre d’architecture.

h. Frisch prétend que les mâles de cette espèce chantent mieux que ceux de rhirondelle domestique ; mais, à mon avis, c’est tout le contraire.

c. Lorsque les petits viennent d’éclore, leurs excréments sont, dit-on, enveloppés d’une espèce de pellicule, ce qui donne aux père et mère la facilité de les rouler hors du nid. Voyez Frisch , à l’endroit cité dans la nomenclature.

L’HIRONDELLE AU CROUPION BLANC, d’une autre fenêtre un nid contenant quatre petits nouvellement eclos, et l’ayant laissé sur la tablette de la même fenêtre, les père et mère, q"' pasaTent et repassaient sans cesse, voltigeant autour de 1 endroi d ou on avait ôté le nid, et qui nécessairement le voyaient et entendaient le en d ap- Tel de leurs petits, ne parurent point non plus s’en occuper -, tandis qu une femelle moineau, dans le même lieu et les mêmes cireonstances, ne cessa d’apporter la becquée auv siens pendant quinze jours. I semble que 1 allacliement de ces hirondelles pour leurs petits dépende du local; cependant elles continuent de leur donner la nourriture encore longtemps apres qu i s ont commencé à voler, et même elles la leur portent au mi .eu des airs; le fond de celle nourriture consiste en insectes ailes qu elles attrapen au vo , et celte manière de les attraper leur est tellement propre que, lorsqu elles en voient un posé sur une muraille, elles lui donnent un coup d ai e en passant pour le déterminer à voler et pouvoir ensuite le prendre plus a

leur Bise*

On dit que les moineaux s’emparent souvent des nids de ces hirondelles, et cela est vrai; mais on ajoute que les hirondelles ainsi chassées de c ez elles reviennent quelquefois avec un grand nombre d’autres, ferment en un instant l’entrée du nid avec le même mortier dont elles l’ont construit, y claquemurent les moineaux % et rendent ainsi l’usurpation funeste aux usurpateurs. Je ne sais si cela est jamais arrivé ; mais ce que je puis dire, c es que des moineaux s’étant emparés, sous mes yeux et en differents temps, de plusieurs nids d’hirondelles, celles-ci, à la vérité, y sont revenues en nombre et à plusieurs fois dans le cours de l’été, sont enlrees dans le nid, se sont querellées avec les moineaux, ont voltigé aux environs, quelquetois pendant un jour ou deux, mais quelles n’ont jamais fait la plus legere tentative pour fermer l’entrée du nid , quoiqu’elles fussent bien dans le cas, qu’elles se trouvassent en force et qu’elles eussent tous les moyens poui y réussir. Au reste, si les moineaux s’emparent des nids des hirondelles, ce n’est point du tout par l’effet d’aucune antipathie entre ces deux especes, comme on l’a voulu croire cela signifie seulement que les niomeaux prennent leurs convenances : ils pondent dans ces nids parce qu ils les trouai Une couvée eutière ayant été mise dans une même cage avec les père et mère, ceux-ci soient la uTtTmôt sur le bâton de la cage, tantôt sur les bords du nid ^ aunrès de l’autre et à la fin l’un sur l’autre, sans faire la moindre attention a leurs pe mais on pourrait dire que, dans ce cas, l’amour paternel avait été absorbe par le regiet

l’opinion la plus générale, la plus conforme à l’observation journalière; cepend^i M. Guys m’assure que ces oiseaux cherchent les bois de pins, ou ils trouvent des chenilles don

'^'c'^'lbmtrdoLé cours à cette erreur, Rzaczyuski l’a répétée, le jésuite Batgowski s’est dit

témoin oculaire du fait, et M. Linnæus l’a donné comme une vente reconnue.

d. « Hirundus et passeres miré inter se dissident. » Albertus apud Gessnerum. Aies, page 551.

vent commodes; ils pondraient pareillement dans tout autre nid, et même dans tout autre trou.

Quoique ces hirondelles soient un peu plus sauvages que les hirondelles de cheminée, quoique des philosophes aient cru que leurs petits étaient inapprivoisables la vérité est néanmoins qu’ils s’apprivoisent assez facilement ; il faut leur donner la nourriture qu’elles aiment le mieux et qui est le plus analogue à leur nature, c’est-à-dire des mouches, des papillons, et leur en donner souvent^; il faut surtout ménager leur amour pour la liberté, sentiment commun à tous les genres d’animaux, mais qui dans aucun n’est ni si vif ni si ombrageux que dans le genre ailé®; on a vu une de ces hirondelles apprivoisées ^ qui avait pris un attachement singulier pour la personne dont elle avait reçu l’éducation : elle restait sur ses genoux des Journées entières, et lorsqu’elle la voyait reparaître après quelques heures d’absence, elle l’accueillait avec de petits cris de joie, un battement d’ailes et toute l’expression du sentiment ; elle commençait déjà à prendre la nourriture dans les mains de sa maîtresse, et il y a toute apparence que son éducation eût réussi complètement, si elle ne se fût pas envolée. Elle n’alla pas fort loin, soit que la société intime de l’homme lui fût devenue nécessaire, soit qu’un animal dépravé, du moins amolli par la vie domestique, ne soit plus capable de la liberté ; elle se donna à un Jeune enfant, et bientôt après elle périt sous la griffe d’un chat. M. le vicomte de Querhoênt m’assure qu’il a aussi élevé pendant plusieurs mois de Jeunes hirondelles prises au nid ; mais il ajoute qu’il n’a Jamais pu venir à bout de les faire manger seules et qu’elles ont toujours péri dans le temps où elles ont été abandonnées à elles-mêmes. Lorsque celle dont j’ai parlé ci-dessus voulait marcher, elle se traînait de mauvaise grâce ; cause de ses pieds courts : aussi les hirondelles de cette espèce se poseuL-elles rarement ailleurs que

а. M. Rousseau de Genève.

б. Quelques auteurs prétendent qu’elles ne peuvent absolument vivre de matières végétales; cependant il ne faut pas croire que ce soit un poison pour elles : le pain- entrait pour quelque chose dans la nourriture d’une hirondelle apprivoisée dont je parlerai bientôt; mais ce qui est plus singulier, on a vu des enfants nourrir de petits hirondeaux de cheminée avec la seule fiente qui tombait d’un nid d’hirondelle de la même espèce; ces jeunes oiseaux vécurent fort bien pendant dix jours à ce régime, et il y a toute apparence qu’ils l’eussent soutenu encore quelque temps, si l’expérience n’eût été interrompue par une mère qui avait plus le goût de la propreté que celui des connaissances.

c. « J’ai eu souvent le plaisir, dit M. Rousseau , de les voir se tenir dans ma chambre les « fenêtres fermées, assez tranquilles pour gazouiller, jouer et folâtrer ensemble à leur aise, en « attendant qu’il me plût de leur ouvrir, bien sûres que cela ne tarderait pas; en effet, je me « levais tous les jours pour cela à quatre heures du matin. » — Le voyageur Léguât parle d’une hirondelle apprivoisée qu’il avait apportée des Canaries dans l’île de Sal ; il la laissait sortir tous les matins, et elle revenait fidèlement tous les soirs. Voyage aux Indes orientales, page 13. Léguât ne dit point de quelle espèce elle était. D’autres personnes ont dit avoir élevé des hirondelles. Voyez Wslfgang Franzius, Hist. animal., p. 456; et le Journal de Paris, commencement de 1778.

d. Dans le chapitre noble de Leigneux en Forez.

dans leur nid, et seulement lorsque la nécessité les y oblige : par exemple, elles se posent sur le bord des eaux, lorsqu il s’agit d amasser la terre humide dont elles construisent leur nid, ou dans les roseaux pour y passer les nuits sur la fin de l’été, lorsqu’à la troisième ponte elles sont devenues trop nombreuses pour pouvoir être toutes contenues dans les nids“, ou enfin sur les couverts elles cordons d’un grand bâtiment, lorsqu il s agit de s assembler pour le départ. M. Hébert avait en Brie une maison qu’elles prenaient tous les ans pour leur rendez-vous général ; l’assemblée était fort nombreuse, non-seulement parce que l’espèce l’est beaucoup par elle-même, chaque paire faisant toujours deux et quelquefois trois pontes, mais aussi parce que souvent les hirondelles de rivage et quelques traîneuses de 1 espèce domestique en augmentaient le nombre ; elles ont un cri particulier dans cette circonstance et qui paraît être leur cri d’assemblée. On a remarqué que, peu de temps avant leur départ, elles s’exercent à s’élever presque jusqu’aux nues et semblent ainsi se préparer à voyager dans ces hautes régions^. ce qui s’accorde avec d’autres observations dont j ai rendu compte dans l’article précédent, et ce qui explique en même temps pourquoi 1 on voit si rarement ces oiseaux dans l’air faisant route d’une contrée à 1 autre. Ils sont fort répandus dans l’ancien continent ; cependant Aldrovande assure qu’il n’en a jamais vu e.a Italie, et notamment aux environs de Bologne'. On les prend l’automne en Alsace avec les étourneaux, dit M. Herman en laissant tomber à l’entrée de la nuit un filet tendu sur un marais rempli de Joncs, et noyant le lendemain les oiseaux qui se trouvent pris dessous. On comprend aisément que des hirondelles noyees de cette maniéré auront ete quelquefois rendues à la v 3, et que ce fait très-simple ou quelque autre de même genre aura pu donr r lieu à la fable de leur immersion et de leur émersion annuelles.

Cette espèce semble tenir le milieu entre l’espèce domestique et le grand martinet J elle a un peu du gazouillement et de la familiarité de celle-là j elle construit son nid à peu près comme elle, et ses doigts sont composés du même nombre de phalanges respectivement; elle a les pieds pattus du martinet et le doigt postérieur disposé à se tourner en avant; elle vole comme lui par les grandes pluies, et vole alors en troupes plus nombreuses que de coutume; comme lui, elle s’accroche aux murailles, se pose rare-

а. Vers la fin de l’été, on les voit voltiger le soir en grand nombre sur les eaux , et voltiger presque jusqu’à la nuit close : c’est apparemment pour y aller qu’elles se rassemblent tous les jours une heure ou deux avant le coucher du soleil. Ajoutez à cela qu’il s en trouve beaucoup moins le soir dans les villes que pendant le reste de la journée.

б. Note communiquée par M. Lottinger.

c. Ornithologia, tome II , p. 693.

d. Ce professeur m’assure que les jeunes culs-b’ancs ( il appelle ainsi nos hirondelles de fenêtre ) deviennent gras l’automne, et sont alors un très-bon morceau. Franzius en dit à peu près autant, page 456 ; mais c’est une vérité que je répète à regret, parce qu’elle tend à la destruction d’une espèce utile.

ment à terre j lorsqu’elle y est posée, elle rampe plutôt qu’elle ne marche; elle a aussi l’ouverture du bec plus large que l’iiirondelle domestique, du moins en apparence, parce que son bec s’élargit brusquement à la hauteur des narines, où ses bords font de chaque côté un angle saillant ; enfin, quoiqu’elle ait un peu plus de masse, elle paraît un peu moins grosse, parce qu’elle a les plumes et surtout les couvertures inférieures de la queue moins fournies; le poids moyen de toutes celles que j’ai pesées a été constamment de trois à quatre gros.

Elles ont le croupion, la gorge et tout le dessous du corps d’un beau blanc ; la côte des couvertures de la queue brune ; le dessus de la tête et du cou, le dos, ce qui parait des plumes et des plus grandes couvertures supérieures de la queue d’un noir lustré, enrichi de reflets bleus; les plumes de la tête et du dos cendrées à leur base, blanches dans leur partie moyenne; les pennes des ailes brunes, avec des reflets verdâtres sur les bords; les trois dernières les plus voisines du corps terminées de blanc; les pieds couverts jusqu’aux ongles d un duvet blanc; le bec noir et les pieds gris brun; le noir de la femelle est moins décidé, son blanc est moins pur, il est même varié de brun sur le croupion ; les jeunes ont la lête brune, une teinte de cette même couleur sous le cou; les reflets du dessus du corps d’un bleu moins foncé et même verdâtres à certains jours ; et, ce qui est remarquable, ils ont les pennes des ailes plus foncées. Il semble que l’individu décrit par M. Brisson était un jeune; ces jeunes ont un mouvement fréquent dans la queue de bas en haut, et la naissance de la gorge dénuée de plumes.

Longueur totale, cinq pouces et demi ; -bec, six lignes : l’intérieur d’un rouge pâle au fond, noirâtre près de la pointe; narines rondes et découvertes ; tangue fourchue, un peu noirâtre vers le bout; tarse, cinq lignes et demie, garni de duvet plutôt sur les côtés que devant et derrière ; doigt du milieu, six lignes et demie; vol, dix pouces et demi; queue, deux pouces, fourchue de six, sept et jusqu’à neuf lignes; paraît carrée lorsqu’elle est fort épanouie : dépasse les ailes de huit à neuf lignes,, dans quelques individus de cinq seulement, dans d’autres point du tout.

Tube intestinal, six à sept pouces, très-petits cæcums, pleins d’une matière différente de celle qui remplissait les vrais intestins; une vésicule du fiel ; gésier musculeux ; œsophage, vingt lignes, se dilate avant son insertion en une petite poche glanduleuse; testicules déformé ovoïde, inégaux; le grand diamètre du plus gros était de quatre lignes, son petit diamètre de trois; on voyait à leur surface une quantité de circonvolutions, comme d’un petit vaisseau tortillé et roulé en tout sens.

Ce qu’il y a de singulier, c’est que les petits pèsent plus que les père et mère ; cinq petits qui n’avaient encore que le duvet pesaient ensemble trois onces, ce qui faisait pour chacun trois cent quarante-cinq grains, au lieu que les père et mère ne pesaient à eux deux qu’une once juste, ce qui fai-

sait, pour chacun, deux cent quatre-vingt-huit grains ; les gésiers des petits étaient distendus par la nourriture au point qu’ils avaient la forme d’une cucurbite et pesaient ensemble deux gros et demi ou cent quatre-vingts grains, ce qui faisait trente-six grains pour chacun ; au lieu que les deux gésiers des père et mère, qui ne contenaient presque rien, pesaient seulement dix-huit grains les deux, c’est-à-dire le quart du poids des autres; leur volume était aussi plus petit à peu près dans la même proportion; cela prouve clairement que les père et mère se refusent le nécessaire pour donner le superflu à leurs petits, et que dans le premier âge les organes prépondérants sont ceux qui ont rapport à la nutrition de même que dans l’âge adulte ce sont ceux qui ont rapport à la reproduction.

On voit quelquefois des individus de cette espèce qui ont tout le plumage blanc; je puis citer deux témoins dignes de foi, M. Hébert et M. Herman ; l’hirondelle blanche de ce dernier avait les yeux rouges ainsi que tant d’autres animaux à poil ou plumage blanc ; elle n’avait pas les pieds couverts de duvet comme les avaient les autres de la même couvée.

On peut regarder comme une variété accidentelle dans cette espèce 1 hirondelle noire à ventre fauve de Barrère ^ et , comme variété de climat , l’hirondelie brune à poitrine blanchâtre de la Jamaïque, dont parle Browne".

Nous avons vu les deux espèces précédentes employer beaucoup d’industrie et de travail pour bâtir leur petite maison en maçonnerie : nous allons

a. J’ai oLservé la même disproportioa et dans les gésiers et dans les intestins des jeunes moineaux, rossignols, fauvettes, etc.

b. Hirundo agrestis Jonstonii ; en catalan, aurendola roquera.

c. Cet auteur lui donne le nom de house-swalow, page 467 ; mais elle a plus de rapport avec riiirondelle au croupion Liane.

d. Voyez les planches enluminées, n“ 543 , fig. 2.

e. ApeWiç, falcula seu riparia. Aristote, Hist. animal., Mh. i,cap. ï. — Hirundo rtpana : « ita Yocantin riparum cavis nidificantem. » Pline, Nat. hist., lit. xsx , cap. iv. — Hirundo sykestris, ripariola , drepanis , et par corruption, daryaihis , dryax, abroycayn ; aux environs de Strasbourg, rhyn-vogel, rhyn-schwa'me , wasser-schvmlme , feel-schwalme ; dans la Basse- Allemagne, speiren ( c’est en Suisse le nom des martinets) ; en anglais, a bank-martinet ; en italien, rondoni, tartari (noms qui se donnent aussi à l’hirondelle de fenêt-e). Gessner, Aies, p. 565. — Aldrovande, Ornilhol., t. II, p. 694; à Bologne, dardanelli. Jonston, Aves, p. 84. — Belon, Nat. des oiseaux, p. 378; Observations , folio verso 63; en français, hirondelle de rivage : cet auteur la nomme facula, au lieu de falcula. — Willughby, Ornith., p. 156; en anglais, sand-martin,banck-martin, shore-bird; à Valence, papiWiou de montagna. - Ray, Synops. avi., p. 71 , A. 3. — Charleton, Exercit., p. 96; en anglais, sand-western , banck^weslern. — Albin, t. II, pl. lvi, martinet de rivière. - Schwenclifeld, Aviar. Siles., p. 288 ; en grec, Xe)-iJoiv t aXaTTÎa ( c’est aussi le nom du martinet noir ) ; en allemand , ufer-

* Hirundo riparia { Linn.). — Genre et sous-genre id.

voir deux autres espèces faire leur ponte dans des trous en terre, dans des trous de murailles, dans des arbres creux, sans se donner beaucoup de peine pour construire un nid, et se contentant de préparer à leur couvée une petite litière composée des matériaux les plus communs, entassés sans art ou grossièrement arrangés.

Les hirondelles de rivage arrivent dans nos climats et en repartent à peu près dans les mêmes temps que nos hirondelles de fenêtre. Dès la fin du mois d’août, elles commencent à s’approcher des endroits où elles ont coutume de se réunir toutes ensemble^ et vers la fin de septembre, M. Hébert a vu souvent les deux espèces rassemblées en grand nombre sur la maison qu’il occupait en Brie et par préférence sur le côté du comble qui était tourné au midi; lorsque 1 assemblée était formée, la maison en était entièrement couverte : cependant toutes ces hirondelles ne changent pas de climat pendant 1 hiver. M. le commandeur Desmazys me mande qu’on en voit constamment à Malte dans cette saison, surtout par les mauvais temps**; et il est bon d’observer que dans cette île il n’y a d’autre lac, d’autre étang que la mer, et que par conséquent on ne peut supposer que dans l’intervalle des tempêtes elles soient plongées au fond des eaux. M. Hébert en a vu voltiger en différents mois de l’hiver jusqu’à quinze ou seize à la fois dans les montagnes du Bugey ** : c’était fort près de Nantua, à une hauteur

schwalbe, wasser-schwalme. — RzaczynsM, Auctuar. Polon., p. 385; en allemand , sandschwalbe; en polonais, jaskolka. — Frisch, t. I , class. 2, div. 3, pl. 2, n» 18; en allemand, ufer, erd-schwalbe. — Klein, Ordo avium , p. 83, sp. 3. Hirundo mirior terreî colons. — R. Sibbald, Âtl. Scot., part, ii , lib. m , p. 17. — Ornithol. ital., pl. 408 ; en Italie , balestruccio ripario o selvalico. — Hirundo cinerea , gulâ abdomineque albis ; en suédois, strandswala, back-swala. Linnæus, Fauna Suec., n<>s 247, 273; Syst. nat , édit. XIII, gen. 117, sp. 4. — Kramer, Elenchus Austr. infer., p. 381, sp. 4 ; en autrichien, gesletten-schwalbe. — Muller, Zoolog. Dan. prodrom., p. 34, n° 289; en danois, dig-svale , jord-svale, blint-svale , sol-bakkej en norwégien, sand-ronne; strand-svale , dig-sulu, sand-sulu. — « Hirundo « supernè cinereo-fusca , infernè alba ; pectore cinereo-fusco ; rectricibus fuscis ; pedibus poste ticè ad digitos usque lanuginosis... » L’hirondelle de rivage. Brisson , t. II , p. 506.

Hirondelle d’eau , argatile, ergatile, suivant M. Salerne; noms sans doute formés du mot argatihs, qu’on a pris pour le nom d’une hirondelle; petit martinet de même que l’hirondelle de tenêtie; à Nantes, mottereau; à Saint-Ay près d’Orléans, carreaux , peut-être parce qu’elles font leurs nids dans des carrières sur les bords de la Loire; batte-marre , de même que la lavandière, selon Gotgrave. Salerne, Hist. nat. des oiseaux, p. 205. — A Genève, grison. — En Sibérie, strcschis. Delisle, Voyage en Sibérie.

a. Cette maison était dans une petite ville, mais à une extrémité; elle avait son principal aspect sur une rivière, et tenait à la campagne de plusieurs côtés.

b. « A Saint-Domingue, dit M. le chevalier Lefebvre-Deshayes, on voit arriver les hirondelles « à 1 approche des grains : les nuages se dissip>ent-ils, elles s’en vont aussi, et suivent apparemment^ la pluie. » Elles sont en effet très-communes en cette ile dans la saison des pluies. Aristote écrivait, il y a deux mille ans, que même en été l’hirondelle de rivage ne paraissait dans la Grèce que lorsqu’il pleuvait : enfin, l’on sait que sur toutes les mers on voit pendant les tempêtes des oiseaux de toute espèce, aquatiques et autres, relâcher dans les îles, quelquefois se réfugier sur les vaisseaux, et que leur apparition est presque toujours l’annonce de quelque bourrasque.

c. Suivant le même observateur, 11 est beaucoup plus rare d’en voir l’hiver dans les plaines;

moyenne, dans une gorge d’un quart de lieue de long sur trois ou quatre cents pas de large, lieu délicieux, ayant sa principale exposition au midi, garanti du nord et du couchant par des rochers à perte de vue, où le gazon conserve presque toute l’année son beau vert et sa fraîcheur, où la violette fleurit en février, et où l’hiver ressemble à nos printemps. C’est dans ce lieu privilégié que l’on voit fréquemment ces hirondelles jouer et voltiger dans la mauvaise saison, et poursuivre les insectes, qui n’y manquent pas non plus; lorsque le froid devient trop vif et qu’elles ne trouvent plus de moucherons au dehors , elles ont la ressource de se réfugier dans leurs trous, où la gelée ne pénètre point, où elles trouvent assez d’insectes terrestres et de chrysalides pour se soutenir pendant ces courtes intempéries, et où peut-être elles éprouvent plus ou moins cet état de torpeur et d’engourdissement auquel M. Gmelin et plusieurs autres prétendent qu’elles sont sujettes pendant les froids, mais auquel les expériences de M. Collinson prouvent qu’elles ne sont pas toujours sujettes Les gens du pays dirent à M. Hébert qu’elles paraissaient les hivers après que les neiges des avents étaient fondues, toutes les fois que le temps était doux.

Ces oiseaux se trouvent dans toute l’Europe. Belon en a observé en Romanie qui nichaient avec les martins-pêcheurs et les guêpiers dans les berges du fleuve Marisca, autrefois le fleuve Ilebrus L M. Kœnigsfeld, voyageant dans le Nord, s’aperçut que la rive gauche d’un ruisseau, qui passe au village de Kakui en Sibérie, était criblée, sur une étendue d’environ quinze toises, d’une quantité de trous servant de retraite à de petits oiseaux grisâtres nommés streschis (lesquels ne peuvent être que des hirondelles de rivage) : on en voyait cinq ou six cents voler pêle-mêle autour de ces trous, y entrer, en sortir, et toujours en mouvement comme des moucherons L Les hirondelles de cette espèce sont fort rares dans la Grèce, selon Aristote mais elles sont assez communes dans quelques contrées d’Italie, d’Espagne, de France, d’Angleterre, de Hollande et d’Allemagne®; elles font leurs trous ou les choisissent par préférence dans les berges et les falaises escarpées, parce qu’elles y sont plus en sûreté; sur le bord des eaux dormantes, parce qu’elles y trouvent les insectes en plus grande abondance;

au reste, celles dont il s’agit ici paraissent être de la même espèce que celles dont parle Aristote dans ce passage : « Jam enim, visæ sunt multæ hiruudines in angustiis coavallium. » Hist. animal., lib. viii , cap. xvi.

a. Voyez Klein, Ordo avium, pag. 202, 204; Transact. philos., vol. LUI, p. 101; Gazette littéraire, t. V, p. 364 ; Magasin de Stralsund, !'■« page; voyez aussi Scbwenckfeld , Albert Heldelin , et ce que j’en ai dit en parlant des hirondelles en général.

h. Voyez les Observations de Belon , fol. 63 et verso.

c. Consultez le Voyage de M. Delisle en Sibérie, dans l’Histoire générale des voyages, partie étrangère, t. XVI II, p. 54S.

d. Hist. animal., lib. i, cap. i.

s. Dans les rives du Rhin , de la Loire, de la Saône, etc.

dans les terrains sablonneux parce qu’elles ont plus de facilité à y faire leurs petite» excavations et à s’y arranger. M. Salerne nous apprend que sur les bords de la Loire elles nichent dans les carrières, d’autres disent dans des grottes; toutes ces opinions peuvent être vraies, pourvu qu’elles ne soient pas exclusives. Le nid de ces hirondelles n’est qu’un amas de paille et d’herbe sèche; il est garni à l’intérieur de plumes sur lesquelles les œufs reposent immédiatement^; quelquefois elles creusent elles-mêmes leurs trous, d autres fois elles s’emparent de ceux des guêpiers et des martins-pêcheurs : le boyau qui y conduit est ordinairement de dix-huit pouces de longueur On n a pas manque de donner à cette espèce le pressentiment des inondations comme on a donné aux autres celui du froid et du chaud, et tout aussi gratuitement ; on a dit qu’elle ne se laissait jamais surprendre par les eaux; qu elle savait faire sa retraite à propos, et plusieurs jours avant qu elles parvinssent jusqu’à son trou; mais elle a une manière tout aussi sûre et mieux constatée pour ne point souffrir des inondations, c’est de creuser son trou et son nid fort au-dessus de la plus grande élévation possible des eaux.

Ces hirondelles ne font, suivant Mc Frisch, qu’une seule ponte par an; elle est de cinq ou six œufs blancs, demi-transparents et sans taches, dit M. Klein : leurs petits prennent beaucoup de graisse, et une graisse trèstine, comparable à celle des ortolans L Comme cette espèce a un fonds de subsistance plus abondant que les autres, et qui consiste non-seulement dans la nombreuse tribu des insectes ailés, mais dans celle des insectes vivant sous terre, et dans la multitude des chrysalides qui y végètent, elle doit nourrir ses petits encore mieux que les autres espèces qui, comme nous avons vu , nourrissent très-bien les leurs : aussi fait-on une grande consommation des hirondeaux de rivage en certains pays, par exemple à Valence en Espagne f : ce qui me ferait croire que dans ces mêmes pays ces oiseaux, quoi qu’en dise M. Frisch, font plus d’une ponte par an.

Les adultes poursuivent leur proie sur les eaux avec une telle activité.

M W V 'l'l’elles s’établissem dans les ouvertures des grandes sablonnières ;

' . Hebert a vu de leurs trous dans des terrains sablonneux qui avaient été tranchés et coupés a pic pour taire passer un grand chemin , et l’on ne peut douter que le terrain des bords des nvieres et des côtes de la mer ne soit un terrain sablonneux.

6. Schwenckfeld dit que ce nid est de forme sphérique, mais cela me paraît plus vrai de la cavUe des trous ou pondent ces hirondelles que du nid qu’elles y construisent. « Non faciunt hæ « nidos. » dit Pline; Aldrovande est de son avis. M. Edwards dit que ceux qu’avait fait fouiller

enfin, Belou doute qu’ellcs

creusent elles-œemes leurs trous, c. Seconde Glanure. Edwards, à l’endroit cité.

cap.' futurum sit ut auctus amnis attingat. » Pline, lib. x,

e. Voyez l’Histoire des Oiseaux de Salerne.

J. Voyez Willughby. Ces jeunes hirondeaux sont néanmoins sujets aux poux de bois qui se glissent sous leur peau, mais ils n’ont jamais de punaises.

L’HIRONDELLE DE RIVAGE, qu’on se persuaderait qu’ils se battent : en effet, ils se rencontrent, ils se choquent en courant après les mêmes moucherons, ils se les arrachent ou se tes disputent en jetant des cris perçants»; mais tout cela n est autre chose que de l’émulation, telle qu’on la voit régner entre des animaux d espece quelconque attirés par la même proie et poussés du meme appétit.

Quoique cette espèce semble être la plus sauvage des especes européennes, du moins à en juger par les lieux qu’elle choisit pour son habitation elle est toutefois moins sauvage que le grand martinet, lequel fait a la vérité sa demeure dans les villes, mais ne se mêle jamais avec aucune autre espèce d’hirondelle, au lieu que l’hirondelle de rivage va souvent de compagnie avec celle de fenêtre, et même avec celle de chemmee : cela arrive surtout dans le temps du passage, temps où les oiseaux paraissent mieux sentir qu’en toute autre circonstance le besoin, et peut-etre 1 mtere qu’ils ont de se réunir. Au reste, elle diffère des deux espèces dont je viens de parler par le plumage, par la voix, et, comme on a pu voir, par quelques-unes de ses habitudes naturelles : ajoutez qu’elle ne se perche jamais, qu’elle revient au printemps beaucoup plus tôt que le grand mar me . e ne sais sur quel fondement Gessner prétend qu’elle s’accroche et se suspend

par les pieds pour dormir. ^ n i

Elle a toute la partie supérieure gris-de-souris ; une espece de collier c e la même couleur au bas du cou ; tout le reste de la partie inferieure blanc; les pennes de la queue et des ailes brunes; les couvertures inferieures des ailes grises; le bec noirâtre et les pieds bruns, garnis par derrière, jusqu’aux doigts, d’un duvet de même couleur. .

Le mâle, dit Schwenckfeld, est d’un gris plus sombre, et il a a la naissance de la gorge une teinte jaunâtre. 4

C'est la plus petite des hirondelles d’Europe. Longueur totale, quatre pouces neuf lignes; bec, un peu plus de cinq lignes; langue fourchue; tarse, cinq lignes; doigt postérieur le plus court de tous; vol, onze pouces ; queue, deux pouces un quart, fourchue de huit lignes, composée de douze pennes; les ailes composées de dix-huit, dont les neuf plus inferieures sont égales entre elles : dépassent la queue de cinq lignes.

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