‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 402 sur 495 · LE PIC AUX AILES DORÉES · texte numérisé non relu

LE PIC AUX AILES DORÉES

ONZIÈME ESPÈCE

En plaçant ce bel oiseau à la suite de la famille du pic vert, nous remarquerons d’abord qu’il semble sortir et s’éloigner du genre même des pics par ses habitudes comme par quelques traits de conformation : en effet, Catesby, qui l’a observé à la Caroline, dit qu’il se tient le plus souvent à terre et ne grimpe pas contre le tronc des arbres, mais se perche sur leurs branches comme les autres oiseaux : cependant il a les doigts disposés, deux en avant et deux en arrière, comme les pics ; comme eux les plumes de la queue raides et rudes ; et par une singularité qui lui est propre, la côte de chacune est terminée par deux petits filets ; mais son bec s’éloigne de la forme du bec des pics; il n’est point taillé carrément, mais arrondi et un peu courbé, ni terminé en ciseau, mais en pointe. L’on voit donc que si cette espèce tient au genre des pics par les pieds et la queue, elle s’en éloigne par la forme du bec et par les habitudes naturelles, qui sont une suite nécessaire de la conformation de ce principal organe des oiseaux : celui-ci semble faire une espèce moyenne entre le pic et le coucou, avec lequel quelques naturalistes 1 ont rangé c’est un exemple de plus de ces nuances que la nature a mises partout entre ses productions. Ce pic, demi-coucou, est à peu près grand comme le pic vert, et remarquable par une belle forme et de belles couleurs disposées d une manière élégante; des taches noires en croissant et en cœur parsèment l’estomac et le ventre sur un fond blanc ombré de roussâtre; le devant du cou est d’un cendré vineux ou lilas, et sur le milieu de la poitrine est une large zone noire en croissant; le croupion est blanc; la queue, noire en dessus, est doublée en dessous d’un beau jaune feuille-morte ; le dessus de la tête et le haut du cou. sont d’un gris plombé, et à 1 occiput est une belle tache écarlate; des angles du bec partent deux grandes moustaches noires qui descendent sur les côtés du cou ; la femelle ne porte pas ces moustaches; le dos, fond brun, est moucheté de noirâtre; les grandes pennes de l’aile sont de cette même couleur;

a. Voyez les planches enluminées, n« 693, sous le nom de Pic rayé du Canada, h. The gold-winged wood-pecker. Catesby, Cardin., t. I, p. 18, avec une belle figure. — Cuculus alis deaurahs. Klein, AvL, p. 30, n» 3. — « Guculus caudà subforcipatâ, gulâ pec- « toreque nigris, nucbâ rubrâ. » Cuculus auratus. Linnæus , Syst. nat., édit. X, gen, 52, sp. 8, — Picus Canadensis striatus. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 72. c. Klein et Linné. Voyez la nomenclature précédente.

Picus auratus (Lath., Gmel. ). — « On pourrait faire un sous-genre des espèces que leur « bec, légèrement arqué , commence à rapprocher des coucous , telles que le picus auratus de Gmelin {cuculus auratus de la X« édition de Linné), etc. » (Cuvier.)

gl6 LE PIC AUX AILES DORÉES.

mais ce qui les relève et qui suffit seul pour distinguer cet oiseau, c’est que la côte de toutes ces pennes est d’une vive couleur d’or. Cet oiseau se trouve en Canada et en Virginie aussi bien qu’à la Caroline.

La seconde espèce de pic qui se trouve en Europe est celle du pic noir : elle paraît confinée dans quelques contrées particulières, et surtout en Allemagne. Les Grecs, néanmoins, connaissaient comme nous trois espèces de pics " ; Aristote les indique toutes trois : l’une, dit-il, moindre que le merle, c’est le pic varié ou l’épeiche ; l’autre, plus grande que le merle, et qu’il appelle ailleurs colios^, et c’est notre pic vert ; la troisième enfin, qu’il dit presque égale à la poule en grandeur, ce qu’il faut entendre de la longueur et non de l’épaisseur du corps, et c’est notre pic noir, le plus grand de tous les pics de l’ancien continent. Il a seize pouces de longueur du bout du bec à l’extrémité de la queue ; le bec, long de deux pouces et demi, est de couleur de corne; une calotte d’un rouge vif couvre le sommet de la tête; le plumage de tout le corps est d’un noir profond : les noms de hraespecht et de hoUzh'ae, pic-corneille, corneille de bois, que lui donnent les Allemands, désignent en même temps sa couleur et sa taille.

On le trouve dans les hautes futaies, sur Es montagnes, en Allemagne, en Suisse et dans les Vosges ; il n’est pas connu dans la plupart de nos provinces de France % et il ne vient guère dans les pays de plaine. Willughby

a. Voyez les planches enluminées, n" 596.

h. En italien, picchio, sgiaia, en anglais, great black wood-pecker ; en allemand, holtz-

krae , krae-specht , grosser-specht , schwnrtzer-speche , hoUzhun ; en suédois, spill kraoka ,

en norwégien, sort-spæt, trœ-pikke, lie-hast; en polonais, dzieciol naywiekszy. — Ficus maximus. Aldrovande, Avi., t. I, p. 843. — Jonston, Avi., p. 79. — Willughby, Ornithol.,

p, 92 Ray, Synops. avi., p. 42, n° 1. — Gessner, Avi., p. 107. Idem , Icon. avi., p. 3S.

Ficus niger maximus nostras. Klein, Avi., p. 26, n° 1. — Ficus niger. Frisch, pl. 34. Fiaus niger pileo coccineo... Ficus marlius. Linnæus, Syst. nat., édit. X, gen. 54, sp. 1. — Ficus niger vertice coccineo. Faun. Suec., n» 79. — Ficus marlius niger pileo coccineo. Muller, Zool. Dan., n® 97. — Ficus niger, seu formicarius. Schwenckfeld, Avi. Sües., p 338. Rzaczynsky' Auctuar. hist. nat. Folon., p. 413. — Ficus totus niger Barrère, Ornithol, clas. 3, gen. 13, sp. 2. — Grimpereau noir. Albin, t. II, p. 20. — « Picus niger; capite « superiore et occipitio ruhris; rectricibus nigris (Mas). Picus nigricans ; occipitio ruhro; rec- « tricibus nigricantibus (Fœmina)... » Ficus niger. Brisson. Ornithol, t. IV, p. 21.

c. « Surit pici tria généra, unum minus quàm merula, cui rubidæ aliquid plumæ inest: « alterum majus quàm merula: tertium non multô minus quàm gallina. » Aristote, Hist. animal, lib. ix, cap. ix.

d. Lib. vin, cap. ni.

e. Le pic noir ne se trouve point en Normandie, ni aux environs de Paris, non plus que dans notre Orléanais. Salerne, Ornithol, p. 101.

• Ficus martius (Linn.). — Genre Fies (Guy.).

assure qu’il ne se trouve point en Angleterre “ ; en effet, cet oiseau de forêts a dû quitter une contrée trop découverte et trop dénuée de bois : c’est la seule cause qui l’ait pu bannir de l’Angleterre comme de la Hollande, où l’on assure qu’il ne se trouve pas**; car on le voit dans des climats plus septentrionaux et jusqu’en Suède"; mais on ne peut guère deviner pourquoi il ne se trouverait pas en Italie, où Aldrovande dit ne l’avoir Jamais vu

Il y a aussi dans la même contrée des cantons que le pic noir affecte de préférence, et ce sont les lieux solitaires et sauvages; Frisch nomme une forêt de Franconie, fameuse par la quantité des pics noirs qui l’habitent". Ils ne sont pas si communs dans le reste de l’Allemagne ; l’espèce en général paraît peu nombreuse, et il est rare que dans une étendue de demi-lieue on rencontre plus d’un couple de ces oiseaux : ils sont cantonnés dans un certain arrondissement qu’ils ne quittent guère, et où l’on est presque sûr de les retrouver toujours.

Cet oiseau frappe contre les arbres de si grands coups de bec, qu’on l’entend, dit Frisch, d’aussi loin qu’une hache ; il les creuse profondément pour se loger dans le cœur, où il se met fort au large; on voit souvent au pied de 1 arbre, sous son trou, un boisseau de poussière et de petits copeaux : quelquefois il creuse et excave l’intérieur des arbres, au point qu’ils sont bientôt rompus par les vents f. Cet oiseau ferait donc grand tort aux forêts si l’espèce en était plus nombreuse; il s’attache de préférence aux arbres dépérissants : les gens soigneux de leurs bois cherchent à le détruire, car il ne laisse pas d’attaquer aussi beaucoup d’arbres sains. M. Deslandes, dans son Essai sur la marine des anciens, se plaint de ce qu’il y avait peu d’arbres propres à fournir des rames de quarante pieds de long, sans être percés de trous faits par les pics ».

Le pic noir pond , au fond de son trou deux ou trois œufs blancs, et cette couleur est celle des œufs de tous les pics, suivant Willughby : celuici se voit rarement à terre ; les anciens ont même dit qu’aucun pic n’y descendait, et en effet ils n’y descendent pas souvent ® ‘ ; quand ils grimpent

a. « In Anglià, quantum soimus, non invenitur. » Willughby, p. 92.

b. « Rari in Belgio et privatim in Hollandià. » Aldrovande.

c. Fauna Suecica, n<> 79.

d. « Italia omne genus alit, præter maximum, quem mihi conspicere licuit nunquam. » Aldrovande, lib. xii, cap. xxx.

e. La forêt de Spessert.

f. « Gùm cossos venatur, tam vehementer excavare, ut sternat arbores, dicitur. » Aristote

Hist. animal., lib. ix, cap. ix. ’

g. Mais M. Deslandes se trompe beaucoup au même endroit, lorsqu'il dit que le pic se sert de sa langue comme d’une tarière pour percer les plus gros arbres.

h. C’est trop généralement que Pline dit que les pics sont les seuls d’entre les oiseaux qui élèvent leurs petits dans les creux des arbres [pullos in cavalts educant avium. soit, lib. x , cap. 18) : plusieurs petits oiseaux, comme les mésanges, y nichent également.

i. » Contra atque picus, qui humi nunquam consistere patitur. » Aristote, lib. ix, cap. ,'x.

1. Lepic laboureur [picus arator, Cuv. ) ne cherche sa nourriture qu’en marchant à terre.

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contre les arbres, le long doigt postérieur se trouve tantôt de côté et tantôt en avant ; ce doigt est mobile dans son articulation avec le pied, et peut se prêter à toutes les positions nécessaires au point d’appui, et favorables à l’équilibre : cette faculté est commune à tous les pics.

Lorsque le pic noir a percé son trou et s’est ouvert 1 entrée d un creux d’arbre, il y pousse un grand cri ou sifflement aigu et prolongé qui retenti! au loin; il fait entendre aussi par intervalles un craquement ou plutôt un frôlement qu’il fait avec son bec en le secouant et le frottant rapidement contre les parois de son trou.

La femelle diffère du mâle par sa couleur; elle est d’un noir moins profond, et n’a de rouge qu’à l’occiput, et quelquefois elle n’en a point du tout : on obsvU’ve que le rouge descend plus bas sur la nuque du cou dans quelques individus, et ce sont les vieux mâles.

Le pic noir disparaît pendant l’hiver. Agricola croit qu’il demeure caché dans des trous d’arbres mais Frisch assure qu’il part et fuit la rigueur de la saison , pendant laquelle toute subsistance lui manque, parce que, dit-il, les vers du bois s’enfoncent alors davantage, et que les fourmillières restent ensevelies sous la glace ou la neige.

Nous ne connaissons aucun oiseau dans 1 ancien continent, ni en Asie, ni en Afrique, dont l’espèce ail du rapport avec celle du pic noir d’Europe; et il semble qu’il nous soit arrivé du nouveau continent, où l’on trouve plusieurs espèces qu’on doit rapporter presque immédiatement à celle de notre pic noir. Voici l’énuraéralion de ces espèces.

OISEAUX DU NOUVEAU CONTINENT

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