L’ÉPEICHE OU LE PIC VARIÉ
PREMIÈRE ESPÈCE
La troisième espèce de nos pics d’Europe est le pic varié ou l’épeiche, et ce dernier nom paraît venir de l’allemand elster specltt% qui répond dans cette langue à celui de pic varié dans la nôtre ; il désigne l’agréable effet que font dans son plumage le blanc et le noir, relevés du rouge de la tête et du ventre : le sommet de la tête est noir avec une bande rouge sur l’occiput, et la coiffe se termine sur le cou par une pointe noire; de là partent deux rameaux noirs, dont une branche de chaque côté remonte à la racine du bec, y trace une moustache, et l’autre descendant au bas du cou , le garnit d’un collier; ce trait noir s’engage vers l’épaule dans la pièce noire qui occupe le milieu du dos; deux grandes plaques blanches couvrent les épaules; dans l’aile, les grandes pennes sont brunes, les autres noires et
а. Yojez les planches enluminées, n“ 896, le mâle; et ii® 393, la femelle.
б. Eu grec, en italien, culrosso; en allemand, elster specht , hunt specht, veiss-
specht; en anglais , great spotted luood-pecker ; wit-wal, french-pie; en suisse, œgers!specht; en suédois, gyllenrenna; eu danois, flag-spaet ; en norwégien, kraak-spinte; en polonais , dzieciol pstry wieksly ; en catalan, pigot, picot vermelle. Fspeiche, cul-rouge , picrouge. Belon, Portrait d’oiseaux, p. 74. B. Pic vert rouge , nommé en français, épekke. Nat. des oiseaux, p. 300. — Picus varias major. Willughby, Ornilhol., p. 94. — Ray, Synops., p. 43, n» a 4. — Linnæus, Syst. nat., édit. VI , gen. 41, sp. 3. — Schwenckfeld , Avi. Siks., p. 339. — Picus médius albo nigroque varius , crisso pileoque rubris. Muller. Zool. Dan., n® 100. — Charleton, Exercit., p. 93 , n® 2, Onomast., p. 86 , n® 2. — Rraczynski, HUt. nat. Polon., p. 414. — Picus major. AldroYande, Avi., t. I, p. 88, avec une figure fautive. — Jonston, Avi.,p. 79; et tab. 41. La figure donnée par Aldrovande, dans la même planche, une autre qui est celle de Gessner, sous le titre , picus varius. — Picus varius , albo nigroque disiinctus. Gessner, Avi., p. 709, avec une figure peu exacte. La même, Icon. avi., p. 36. — Picus discolor. Frisch , avec une belle figure, pl. 36. — Klein , Avi., p. 27, n® 6. — « Picus « albo nigroque varius, ano occipiteque rubro... » Picus major. Linnæus, Syst. nat., édit. X, gen. 84, sp. 10. — « Picus albo nigroque varius; rectricibus tribus lateralibus apice albo « variegatis. » Idem , Fauna Suec., n® 82. — Greater spotted wood-pecker, or witwal. Brith . Zool., p. 79. — Picus niger, occipile et uropygio coccineis. Barrère, Ornilhol , clas. ni, gen. 13, sp. 1. — Grand grimpereau ou pic vert bigarré. Albin, t. 1 , p. 18 et pl. 19, une figure mal coloriée. — « Picus supernè nigro, infernè griseo-rufescens; (fascià transversà in occipitio « rubrà Mas) imo ventre rubro; tænià utrinque nigrâ ab oris angulis infrà gênas et secuiulum « colli latera ad pectus usque protensâ; rectricibus nigris, tribus utrinque extimis apice sordide « albo-rufcsceutibus , nigi’o transversim striatis... » Picus varius major. Brisson^ Ornilhol. t. IV, page 34.
c. Pic-pie.
* Picus major (Linn. ). — Genre Pics (Cuv.).
L’ÉPEICHR. 525
foutes mêlées de blanc; tout ce noir est profond, tout ce blanc est net et pur; le rouge de la tête est vif, et celui du ventre est un beau ponceau. Ainsi le plumage de l’épeiche est très-agréablement diversifié, et on peut lui donner la prééminence en beauté sur tous les autres pics.
Cette description ne convient entièrement qu’au lUcâle ; la femelle donnée dans nos planches enluminées, n“ 595, n’a point de rouge à l’occiput. On connaît aussi des épeiches dont le plumage est moins beau, et même des épeiches tout blancs. Il y a de plus dans cette espèce une variété dont les couleurs paraissent moins vives, moins tranchées, et dont tout le dessus de la tête et le ventre sont rouges, mais d’un rouge pâle et terne.
C'est de cette variété, représentée dans nos planches enluminées, n“ 611, que M. Brisson a fait son second pic varié “, après l’avoir déjà donné une fois sous le nom de grand pic varié^; quoique tous deux soient à peu près de la même grandeur, et qu’on ait de tout temps reconnu cette variété dans 1 espèce. Belon, qui, à la vérité, vivait dans le siècle où les formules de nomenclature et les erreurs scientifiques n’avaient point encore multiplié les espèces, parle de ces différences entre ces pics variés, et, ne les jugeant lien moins que spécifiques, les rapporte toutes à son épeiche^’; mais c’est avec raison qu’Aldrovande reprend ce naturaliste et Turner sur l’application qu ils ont faite du nom de picus martius au pic varié, car ce nom n’appartient exactement qu’au pic vert Aristote a connu l’épeiche : c’est celui de ses trois pics qu il désigne comme un peu moins grand que le merle et comme ayant dans le plumage un peu de rouge®.
L’épeiche frappe contre les arbres des coups plus vifs et plus secs que le pic vert; il grimpe ou descend avec beaucoup d’aisance en haut, en bas, de côté et par-dessous les branches; les pennes rudes de sa queue lui servent de point d’appui quand, se tenant à la renverse, il redouble de coups de bec ; il paraît défiant, car lorsqu’il aperçoit quelqu’un il se tient immobile, apres s être caché derrière la branche; il niche comme les autres pics dans un trou d’arbre creux. En hiver, dans nos provinces, il vient près des habitations et cherche à vivre sur les écorces des arbi-es fruitiers, où les chrysalides et les œufs d insectes sont déposés en plus grand nombre- que sur les arbres des forêts.
En été, dans les temps de secheresse, on tue souvent des épeiches auprès
a. Ornithol.. t. IV, p. 38.
b. Ibidem , page 34.
c. <c Qui a conféré les épeiches de quelques autres contrées avec celles de France, les a trouvé « difterer en quelques couleurs ; les unes avoient tout le dessus de la tête, le dos , la queue et « te croupion noirs, les tempes blanches; mais il y a une règle générale que toutes ont le « dessous de la queue rouge et les aelles madrées de blanc. » lîelon, Nat. des oiseaux, p. 301.
d. Aldrovande, t. I, page 843.
e. « Sont pici tria généra; imum minus quàm merula cui rubidæ aliquid plumæ inest. » thst. animal., lib. ix, cap. ix.
526 L’ÉPEICHE.
des mares d’eau qui se trouvent dans les bois et où les oiseaux viennent boire ; celui-ci arrive toujours à la muette, c’est-à-dire sans faire de bruit, et jamais d’un seul vol, car il ne vient pour 1 ordinaire qu en voltigeant d’arbres en arbres; à chaque pose qu’il fait, il semble chercher à reconnaître s’il n’y a rien à craindre pour lui dans les environs; il a 1 air inquiet, il écoute, il tourne la tête de tous côtés, et il la baisse aussi pour voir à terre à travers le feuillage des arbres, et le moindre bruit qu il entend suffit pour le faire rétrograder; lorsqu’il est arrivé sur l’arbre le plus voisin de la mare d’eau, il descend de branche en branche jusqu’à la plus basse, et de cette dernière branche sur le bord de l’eau ; à chaque fois qu’il y trempe son bec, il écoute encore et regarde autour de lui, et, dès qu’il a bu, il s’éloigne promptement, sans faire de pause comme lorsqu il est venu. Quand on le tire sur un arbre, il est rare qu’il tombe jusqu à terre s il lui reste encore un peu de vie, car il s’accroche aux branches avec ses ongles, et pour le faire tomber on est souvent oblige de le tirer une seconde fois. Cet oiseau a le sternum très-grand, le conduit intestinal long de seize pouces et sans cæcum ; l’estomac membraneux; la pointe de la langue est osseuse sur cinq lignes de longueur. Un épeicbe adulte pesait deux onces et demie; c’était un mâle qui avait été pris sur le nid avec six petits; iis avaient tous les doigts disposés comme le père, et pesaient environ trois gros chacun; leur bec n’avait point les deux arêtes latérales qui dans l’adulte prennent naissance au delà des narines, passent au-dessous et se prolongent sur les deux tiers de la longueur du bec; les ongles, encore blancs, étaient déjà fort crochus. Le nid était dans un vieux tremble creux, à trente pieds de hauteur de terre.
LE PETIT ÉPEICHE.»^*
SECONDE ESPÈCE
Ce pic serait en tout un diminutif de l’épeiche, s’il n’en différait pas par le devant du corps qui est d’un blanc sale ou même gris, et par le manque
a. Voyez les planches enluminées, n« 598, flg. 1 , le mâle; et flg. 2, la femelle.
b. Eu italien, pipra, pipo; en allemand, sperhUe, grass-specht ; Klein Bundter specht; en anglais, lesser spolted wood spite or wood-pecker, piannet et hickwal; en polonais, dzieciol psiry minieyszy; en norwégien , Hile, trœ-pikke. — Ficus varius minor. Aldrovande, Avi., t. I , P- 847, avec une mauvaise flguve du mâle. — Jonst., Avi., p. 79, avec la figure empruntée d’ Aldrovande , pl. 41. — Willughby, OrnühoL, p. 94, même figure, table 21. — Ray, Synops., p. 4, n« a 5. — Schwenckfeld , Avi. Siles., p. 340. — Charleton, Exercit., p. 93, n° 1. OnomasL, p. 86, n« 1. — Sibbald. Scot. illustr., part, ii, lib. m, p. 15 - « Picns albo nigroque « varius, vertice rubro , ano exalbido. » Ficus minor. Linuæus, Syst. nat., édit. X, gen. 54, sp. 12. — Ficus albo nigroque varius , .reclricibus tribus lateralibus seminigris. Idem ,
* Ficus minor (Lmn. ). — Genre Fies (Cuv. ).
LE PETIT ÉPEICHE. 5P7
de rouge sous la queue et de blanc sur les épaules. Du reste, tous les autres caractères sont semblables : dans ce petit épeiche comme dans le grand, le rouge ne se voit que sur la tête du mâle®.
Ce petit pic varié est à peine de la grandeur du moineau, et ne pèse qu une once. On le voit venir pendant l’hiver près des maisons et dans les vergers; il ne grimpe pas fort haut sur les grands arbres, et semble attaché à l’entour du tronc*; il niche dans un trou d’arbre qu’il dispute souvent à la mésange-charbonnière, qui n’est pas la plus forte, et qui est obligée de lui céder son domicile. On le trouve en Angleterre, où il a un nom propre'^; on le voit en Suède'*, et il paraît même que l’espèce, comme celle du grand épeiche, s’est étendue jusque dans l’Amérique septentrionale; car l’on voit à la Louisiane un petit pic varié qui lui ressemble presque en tout, à l’exception que le dessus de la tête, comme dans le pic varié du Canada , est couvert d une calotte noire bordée de blanc.
M. Salerne dit que cet oiseau n’est pas connu en France ; cependant on le trouve dans la plupart de nos provinces : la méprise vient de ce qu’il a confondu le petit pic varié avec le grimpereau de muraille, qu’il avoue luimême ne pas connaître «. Il se trompe également quand il dit queFriscli ne parle point de ce petit pic, et qu’il en conclut qu’il n’existe point en Allemagne : Frisch dit seulement qu’il y est rare, et il en donne deux belles figures f.
M. Sonnerat a vu à Antigue un petit pic varié que nous rapporterons à celui-ci; les caractères qu’il lui donne ne l’en distinguent pas assez pour en faire deux espèces; il est de la même grandeur; le noir rayé, moucheté de blanc, couvre tout le dessus du corps; le dessous est tacheté de noirâtre sur un fond jaune pâle ou plutôt blanc jaunâtre ; la ligne blanche se marque
Fauna Suec., n» 83. — Picus mtnor albo ntgroque varias, vertice rubro, crisso testaceo. Muller, Zool. Dan., n° 101. — Lesser spotted wood-pecker, or hicwal. Brit. Zool., p. 79 — Picus varius minimus. Gessner, Icon. avL, p. 30. Idem, Avi., p. 709, sous le nom de picus aiius minor, Grass specht, picus graminis.— Picus varius terlius. Ray, Synops., p. 43, n» G. — Picus discolor minor. Frisch, pl. 37, figures du mâle et de la femelle. — Klein, Avi., p. 27 11“ 1.— Picus varius minor Schwenckfeldii. Rzaczynski. Auctuar., p. 414. — Petit grimpereau ou pic vert bigarré. Albin, t. I, p. 19, avec une assez mauvaise figure, planche 20.
« Picus supernè niger, alho transversira striatus, infernè rufescens, pennis laterum ad scapum « mgricantibus (vertice ruhro Mas); tænià utrinque nigrà ab cris angulis infrà oculos et « secundum colli latera protensà; rectricibus nigris, duabus utrinque e.ïtimis ultimâ medietate « albis, nigro transversim striatis, proximè sequenti apice albà... » Picus varius minor Brisson Ornithol,, t. IV, p. 41. ’
a. Willughby remarque fort à propos qu’Aldrovande assure du petit pic varié en général, ce qui n'est vrai que de la femelle; savoir, qu’il n’y a point de rouge sur la tète. Jonston est’ làdessus dans la même erreur qu’Aldrovande. h. Minores pici varii circa arbores inferiùs voûtant. Gessner.
c. Hickwall. Willughby, pag. 94.
d. Fauna Suecica, n“ 83.
e. Salerne, Ornithol., p. 106. Le pic de muraille, ou plutôt le petit pic bigarré.
f. Der kleiner hunt .specht iv. IJaupt. 1. Abtheil. 4. Flatte, édit. Berolin., 1733
5^,8 LE PETIT ÉPEICHE.
sur les côtés du cou. M. Sonnerai n’a point vu de rouge à la tête de cet oiseau, mais il remarque lui-même que c’était peut-être la femelle®.
OISEAUX DE L’AWCIEN CONTINENT
QUI ONT RAPPORT A l’ÉPEICHE.