‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 419 sur 495 · L’ÉPEICHE OU PIC VARIÉ ONDÉ · texte numérisé non relu

L’ÉPEICHE OU PIC VARIÉ ONDÉ

cette même espèce qui habite le nord des deux continents se trouve sous l’équateur à Cayenne, quoique, d’après M. Brisson, on l’ait nommé pic tacheté de Cayenne dans la planche enluminée. Ces petites méprises dans quelques-unes de nos planches viennent de ce que nous avons été obligés de les faire graver à mesure que nous pouvions nous procurer les oiseaux, et par conséquent avant d’en avoir composé l’histoire.

Après cette longue énumération de tous les oiseaux des deux continents qui ont rapport aux pics, et qui même semblent en constituer le genre, nous devons observer qu’il nous a paru nécessaire de rejeter quelques espèces indiquées par nos nomenclateurs : ces espèces sont la troisième % la huitième*' et la vingtième', données par M. Brisson pour des pics, par Seba pour des hérons et par Mœhring pour des corneilles Klein appelle ces mêmes oiseaux harponneurs f , parce que, selon Seba, ils frappent et percent de leur bec les poissons en tombant du haut de l’air. Celte habitude est, comme 1 on voit, bien différente de celles dés pics, et d’ailleurs les caractères de ces oiseaux dans les figures de Seba, où les doigts sont disposés trois et un, démontrent qu’ils sont d’un genre très-différent de celui des pics, et 1 on doit avouer qu’il faut avoir une grande passion de multiplier les espèces, pour en établir ainsi sur des figures fautives, à côté de notices contradictoires.

LES PICS-GRIMPEREAUX, 5*

Le genre de ces oiseaux, dont nous ne connaissons que deux espèces L nous paraît être assez différent de tous les autres genres pour l’en séparer ; on nous a envoyé de Cayenne deux espèces de ces oiseaux , et nous avons cru devoir les nommer pics-grimpereaux, parce qu’ils font la nuance entre le genre des pics et celui des grimpereaux ; la première et la plus grande espèce étant plus voisine des grimpereaux par son bec courbé, et la seconde

a. Pic vert du Mexique. Brisson , OrnithoL, t. IV, p. 16.

b. Pic noir du Mexique. Idem, ihid., p. 23.

c. Grand Pic varié du Mexique. Idem, ibid., p. 57,

d. Les deux premières du moins; la troisième comme nue pic, ardea Mexicana altéra. Seba, vol. I, p. 100, tab. 64, flg. 3. — Ardeæ Mexicanœ species singularis. Idem, p. 101, tab. 68, fig. 2. — Pica Mexicana. Idem, p. 101, tab. 64, fig. 6.

e. Cornix. Mœbring, gen. 100.

f. Jaculalor, gen. 20 , famill. 4.

g. Voyez les planches enluminées, n» 621, sous la dénomination de Picucule de Cayenne; et n» 605 sous la dénomination de Talapio. Ces noms nous avaient été donnés par des gens qui les avaient imaginés sans aucun fondement.

* Ordre des Passereaux , famille des Ténuirostres , genre Grimpereaux , sous-genre Picucules (Cuv.).

1. On en connaît plusieurs autres aujourd’hui. — Voyez Cuvier : Régn. anim., 1. 1, p, 431,

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étant, au contraire, plus voisine des pics par son bec droit. Toutes deux ont trois doigts en avant et un en arrière comme les grimpereaux , et en même temps les pennes de la queue raides et pointues comme les pics.

Le premier ‘ et le plus grand de ces pics -grimpereaux a dix pouces de longueur; il a la tête et la gorge tachetées de roux et de blanc; le dessus du corps roux et le dessous jaune, rayé transversalement de noirâtre; le bec et les pieds noirs.

Le second^, et le plus petit, n’a que sept pouces de longueur; il a la tete, le cou et la poitrine tachetés de roux et de blanc; le dessus du corps es roux, et le ventre d’un brun roussâtre; son bec est gris, et ses pieds sont

Tous deux ont à très-peu près les mêmes habitudes naturelles ; ils grimpent contre les arbres à la manière des pics, en s’aidant de leur queue, sur laquelle ils s’appuient; ils percent l’écorce et le bois en faisant beaucoup de bruit ; ils mangent les insectes qui se trouvent dans le bois et les ecorces qu’ils percent; ils habitent les forêts, où ils cherchent le voisinage des ruisseaux et des fontaines. Les deux espèces vivent ensemble et se trouvent souvent sur le même arbre ; cependant elles ne se mêlent pas : seulement il paraît que ces oiseaux aiment fort la compagnie, car ils s’attachent toujours, en grimpant, aux arbres sur lesquels il y a plusieurs autres petits oiseaux perchés: ils sont très-vifs et voltigent d’un arbre à l’autre pour se coller et grimper, mais jamais ils ne se perchent ni ne font de longs vols : on les trouve assez communément dans l’intérieur des terres de la Guiane, où les naturels du pays les confondent avec les pics, et c’est par cette raison qu’ils ne leur ont point donné de nom particulier; il est assez probable que ces oiseaux se trouvent aussi dans les autres climats chauds de 1 Amérique, néanmoins aucun voyageur n’en a fait mention.

Cet oiseau se reconnaît au premîer coup d’œil par un signe ou plutôt par une habitude qui n’appartient qu’à lui : c’est de tordre et de tourner le

a. Voyez les planches enluminées, n» 698.

h. En grec, en latin moderne, torquUla, en italien, tortocollo , capolorto, verhcella (ces noms dans presque toutes les langues reviennent à celui de torcol); en espagnol, torxjcuello : en allemand , wind halsz , nater-halsz , dreh-halsz, naterz-wang , nater-wendel ; en anglais, wryneck; en suédois, gioek-tita; en danois, bendehalz ; en norwegien, saogouk ,

1. Picucule de Buffon, Gracula cayennensis de Gmelin, Gracula scandens de Latham et de

Shaw, Dendrocolaptes cayennensis d’Illiger. a ou.w

2, Talapio de Buffon, Oriolus picus de Latham et de Gmelin, Gracula picoides de Shaw,

Dendrocolaptes picus à'Wligei'.

* Yunx torquUla (Lath., Gmel.). - Ordre des Grimpeurs, genre Torcols (Cuv.).

COU de côté et en arrière, la tête renversée vers le dos, et les yeux à demi fermés® pendant tout le temps que dure ce mouvement, qui "n’a rien de précipité, et qui est au contraire lent, sinueux et tout semblable aux replis ondoyants d’un reptile^; il paraît être produit par une convulsion de surprise et d’effroi, ou par une crise d’étonnement à l’aspect de tout objet nou\eau . c est aussi un effort que 1 oiseau semble faire pour se dégager lorsqu il est retenu ; cependant cet étrange mouvement lui est naturel et dépend en grande partie d une conformation particulière, puisque les petits dans le nid se donnent les mêmes tours de cou : en sorte que plus d’un dénicheur effrayé les a pris pour de petits serpents'.

Le torcol a encore une autre habitude assez singulière : un de ces oiseaux qui était en cage depuis vingt-quatre heures, lorsqu’on s’approchait de lui, se tournait vis-à-vis le spectateur, puis le regardant fixement s’élevait sur ses ergots, se portait en avant avec lenteur en relevant les plumes du sommet de sa tête, la queue épanouie, puis se retirait brusquement en frappant

en polonais, kretoglowj en russe, krutiholowa ; à Naples on nomme cet oiseau fourmillier (formicula) de sa manière de vivre; languard ou tire-langue en Provence; coutouille en Dauphine; en Lorraine, torticolis; ailleurs, trousse-col, longue-langue; à Malte, roi des cailles, nom que l’on donne partout ailleurs au raie terrestre. — Jynx, seu torquilla. Aldrovande , Avi., t. I, p. 8G3, avec des figures assez mauvaises du mâle et de la femelle, p. 8(56. — Willughby, OrnithoL, p. 95, avec une figure empruntée d’Aldrovande , pl. 22. — Ray, Synops. avi., p. 44, n» a, 8. — Jonston , Avi., p. 80 , avec la figure prise de Gessner, pl. 42. — Charleton, Onomast., p. 87, n» 7. — Torquilla. Schwenckfeld, Avi. Siles., p. 356. — Frisch, avec une bonne figure, pl. 38. — Jynx torquilla. Linnæus, Syst. nat., édit. X, gen. 53, sp. 1.

« Cuculus sub grisea macnlata rectricibus nigris, fasciis undulatis. » Fauna Suecica, n° 78, avec une figure assez bonne. — Jynx, torquilla. Muller, Zool. Dan., n° 96. — The wryneck. British Zool., p. 80. — Jynx. Gessner, Avi., p. 573 , avec une figure peu exacte. — Jynx, torqviUa, lurlo. Idem, Icon. avi., p. 38, avec une figure qui n’est pas meilleure. — Torcol. Idem, Avi., p. 79d. Torquilla Gessneri et Gazæ ; jynx Mortoni; verticilla ; cinclida; turbo ; collitorque. Rzaczynski, Auct. Ilist. nat. Polon., p. 422. — Jynx. Mœhring, Avi. gen. 13. Jynx, torquilla, verticilla, verticolla Scaligeri , collitorques. Charleton, Exercit., p. 93, n» 7. — Verticilla seu turbo. Rzaczynski, fEst. nat. Polon., — Picus torquilla. Klein,

p. 28, n“ 14. « Torquilla supernè griseo, fusco et nigricante, transversim striata; ventre

« sordidè albo-rufescente , maculis nigricantibus varie ; rectricibus dilutè griseis , lineolis « undatis, maculisque nigricantibus variegatis, tæniis transversis nigris insignitis... » Torquilla. Le torcol. Brisson, OrnithoL, t. IV, p. 4. - Torcol. Albin, t. I , p. 20, avec une figure mal coloriée , pl. 2l. — Tercou, torcou, turcot, torcot. Belon, Nat. des oiseaux, p. 306, avec une figure peu reconnaissable. — Idem, Portraits d’oiseaux, p. 76, a, avec la même figure.

a. «Cetero corpore immobili collum circumagit in tergum, quemadmodum et angues. » Aristote, ffwL animal., lib. n, cap. iii. — « Aliquando manibus tenui, qui collum circuma- « gebat in aversum, prorsùm, retrorsùm, mox oculos claudebat quasi obdormisceret. » Schwenckfeld, Avi. Siles., p. 357.

b. Apparemment on lui a aussi trouvé de l’analogie avec ce tour de tète que se donnent certaines personnes pour affecter un maintien plus recueilli, et qui de là ont été vulgairement appelés torcols.

c. « Soit que nous appelions cet oiseau tercot, turcot ou torcou , nous suivons l’étymologie « antique, torqu/ila, pour exprimer un petit oiseau qui est r.arement veu; lequel ayant trouvé « la première fois , allongeant son cou es mains d’un villageois et maniant sa teste , faisoit la « plus étrange mine qu’on puisse voir faire à un oyseau, car il sembloit que ce fut une teste de « serpent. » Belon, Nat. des oiseaux, p. 306.

(lu bec le fond de sa cage et rabattant sa huppe; il recommençait ce manège, que Schwenckfeld a observé comme nous jusqu’à cent fois de suite et tant qu’on restait en présence.

Ce sont apparemment ces bizarres attitudes et ces tortures naturelles qui ont anciennement frappé les yeux de la superstition quand elle adopta cet oiseau dans tes enchantements, et qu’elle en prescrivit l’usage comme du plus puissant des philtres*.

L’espèce du torcol n’est nombreuse nulle part, et chaque individu vit solitairement et voyage de même : on les voit arriver seuls au mois de mai''; nulle société que celle de leur femelle, encore cette union est-elle de trèscourte durée, car ils se séparent bientôt et repartent seuls en septembre ; un arbre isolé au milieu d’une large haie est celui que le torcol préfère; il semble le choisir pour se percher plus solitairement; sur la fin de l’été on le trouve également seul dans les blés, surtout dans les avoines et dans les petits sentiers qui traversent les pièces de blé noir; il prend sa nourriture à terre, et ne grimpe pas contre les arbres comme les pics, quoiqu’il ait le bec et les pieds conformés comme eux, et qu’il soit très-voisin du genre de ces oiseaux'*; mais il paraît former une petite famille à part et isolée, qui n’a point contracté d’alliance avec la grande tribu des pics et des épeiches.

Le torcol est de la grandeur de l’alouette % ayant sept pouces de longueur et dix de voK; tout son plumage est un mélange de gris, de noir et de tanné, par ondes et par bandes, tracées et opposées de manière à produire le plus riche émail avec ces teintes sombres 9; le dessous du corps fond gris blanc, teint de roussâtre sous le cou, est peint de petites zones noires qui sur la poitrine se détachent, s’allongent en fer de lance, et se parsèment en

a. Aviar. Siles., pag. 3S7.

b. Tellement que le nom de jynx en avait pris la force de signifier toutes sortes d’enclrantements, de passions violentes, et tout ce qu’on appelle charme de la beauté, et ce pouvoir aveugle par lequel nous nous sentons entraînés. C’est dans ce sens qv’Héliodore, Lycophron, Pindare , Eschyle , Sophocle s’en sont servis. L’enchanteresse de Théocrite [pharmaceutria ) fait ce charme pour rappeler son amant. C’élait Vénus elle-même qui , du mont Olympe, avait apporté le jynx à Jason, et lui en avait enseigné la vertu , pour forcer Médée à l’amour ( Pindare, Pilh. 4). L’oiseau fut jadis une nymphe fille de l’Écho : par ses enchantements, Jupiter était passionné pour l’Aurore ; Junon en courroux opéra sa métamorphose. Voyez Suidas et le Scholiaste de Lycophron. Sophocl. in Hippodam. Eschyle, in Pers. Héliodore, Ethiopie., lib. iv. Pindar. Nemeor. 4, et Érasme sur l’adage Jynge trahor.

c. Gessner dit en avoir vu dès le mois d’avril : « Ego mense aprili captam vidi. » Avi., p. 573.

d. « Au temps qu’avions empêché certains hommes pour recouvrer les espèces d’alcyons , « nous recouvrèrent un turcot... Aristote a veu que le turcot, à quelques enseignes, convien' « avec le picmart... De tous oyseaux qu’avons pu observer, n’en connoissons aucun qui ait les « doigts des pieds comme le turcot, fors les pics verts, le papegaut et le coqu. » Nat. des oiseaux. Delon ne connoissoit pas les couroucous, les barbus, les jacamars ni les toucans.

e. Aristote dit, un peu plus grand que le pinson : « Paulô major quàm fringilla. »

f. Mesure moyenne. Les proportions que donne M. Brisson, sont prises sur un petit individu, puisqu’il ne donne que six pouces et demi de longueur, et nous en avons niesuré qui en avaient sept et demi.

g. « Pindarus rioizO.av fu-y-ja dixit à varietate coloris. » Gessner.

LE TORCOL. f.,3^

s’éclaircissant sur l’estomac; la queue, composée de dix pennes flexibles et que l’oiseau épanouit en volant, est variée par-dessous de points noirs sur un fond gris feuille-morte, et traversée de deux ou trois larges bandes en ondes, pareilles à celles qu’on voit sur l’aile des papillons phalènes; le même mélange de belles ondes noires, brunes et grises, dans lesquelles on distingue des zones, des rhombes, des zigzags, peint tout le manteau sur un fond plus foncé et mêlé de roussâtre. Quelques descripteurs ont comparé le plumage du torcol à celui de la bécasse, mais il est plus agréablement varié, les teintes en sont plus nettes, plus distinctes, d’une touche plus moelleuse et d’un plus bel effet : le ton de couleur, plus roux dans le mâle, est plus cendré dans la femelle, c’est ce qui les distingue®; les pieds sont d’un gris roussâtre; les ongles aigus, et les deux extérieurs sont beaucoup plus longs que les deux intérieurs. °

Cet oiseau se tient fort droit sur la branche où il se pose, son corps est même renversé en arrière; il s’accroche aussi au tronc d’un arbre pour dormir, mais il n’a pas l’habitude de grimper comme le pic, ni de chercher sa nourriture sous les écorces; son bec, long de neuf lignes et taillé comme celui des pics, ne lui sert pas à saisir et prendre sa nourriture : ce n’est, pour ainsi dire, que l’étui d’une grande langue qu’il tire de la longueur de trois ou quatre doigts et qu’il darde dans les fourmillières ; il la retire chargée de fourmis, retenues par une liqueur visqueuse dont elle est enduite • la pointe de cette langue est aiguë et cornée, et pour fournir à son allongement deux grands muscles partent de sa racine, embrassent le larynx, et, couronnant la tête, vont, comme aux pics, s’implanter dans le front. *JI a encore de commun avec ces oiseaux de manquer de cæcum®. Willughby dit qii il a seulement une espèce de renflement dans les intestins à la place du cæcum.

Le cri du torcol est un son de sifflement assez aigre et traîné, ce que les anciens appelaient proprement stridor c’est de ce cri que le nom ^rec jynx paraît avoir été tiré. Le torcol se fait entendre huit ou dix jours avant le COUCOU; il pond dans des trous d’arbre sans faire de nid, et sur la poussière du bois pourri, qu’il fait tomber au fond du trou en frappant les parois avec son bec ; on y trouve communément huit ou dix æufs d’un blanc

ivoire®; le mâle apporte des fourmis à sa femelle, qui couve, et les petits nouveau-nés dans le mois de juin tordent déjà le cou et soufflent avec force

a. Belon.

c. Âlù. "”6“* •'»""••» Sdmenckfeld.

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jynx, aiuçetv^ stndere. Homere, Ihad, 17.

dix œufs de torcol pris dans un trou de vieux pommier creux, a cinq pieds de hauteur, qui reposaient sur du bois vermoulu; et depuis trois ZéL on nous avait apporte, dans la même saison, des œufs de torcol pris dans le Lme trou.

lorsqu’on les approche; ils quittent bientôt leur nid, où ils ne prennent aucune affection les uns pour les autres, car ils se séparent et se dispersent dès qu’ils peuvent se servir de leurs ailes.

On ne peut guère les élever en cage; il est très-difficile de leur fournir une nourriture convenable ; ceux qu’on a conserves pendant quelque temps touchaient avec la pointe de la langue la pâtée qu’on leur présentait avant de la manger, et après en avoir goûté ils la refusaient et se laissaient mourir de faim“. Un torcol adulte que Gessner essaya de nourrir de fourmis ne vécut que cinq jours ; il refusa constamment tous les autres insectes, et mourut apparemment d’ennui dans sa prison*'.

Sur la fin de l’été, cet oiseau prend beaucoup de graisse, et il est alors excellent à manger : c’est pour cela qu’en plusieurs pays on lui donne le nom d' ortolan; il se prend quelquetois à la sauterelle, et les chasseurs ne manquent guère de lui arracher la langue, dans l’idée d’empêcher que sa chair ne prenne le goût de fourmi; cette petite chasse ne se fait qu au mois d'août jusqu’au milieu de septembre, temps du départ de ces oiseaux, dont il ne reste aucun dans nos contrées pendant l’hiver.

L’espèce est néanmoins répandue dans toute l’Europe, depuis les provinces méridionales jusqu’en Suède% et même en Laponie*^; elle est assez commune en Grèce % en Italie'' ; nous voyons, par un passage de Philostrate, que le torcol était connu des mages et se trouvait dans la BabylonieS; et Edwards nous assure qu’on le trouve au Bengale ^ : en sorte que l’espèce , quoique peu nombreuse dans chaque contrée, paraît s’être étendue dans toutes les régions de l’ancien continent É Aldrovande seul parle d’une variété dans cette espèce-''; mais il ne la donne que d’après un dessin, et les différences sont si légères, que nous avons cru ne devoir pas l’en séparer.

a. Je fis prendre, le 10 juin, un nid de torcol dans le creux d’un pommier sauvage, à cinq pieds de terre; le mâle était resté sur les hautes branches de l’arbre, et criait très-fort, tandis qu’on prenait sa femelle et ses petits. Je les fis nourrir avec de la pâtée faite de pain et de fromage , ils vécurent près de trois semaines ; ils s’étaient familiarisés avec la personne qui en avait soin, et venaient manger dans sa main. Lorsqu’ils furent devenus grands, ils refusèrent la pâtée ordinaire, et comme on n’avait pas d’insectes à leur fournir ils moururent de faim. Note communiquée par M. Queneau de Montbeillard.

b. Gessner, Avi, pag. 5S3.

c. Fauna Suecica.

d. Rudbeck. Lapponia illustr., pag. 295.

e. « Le petit oiseau vivant parmi les arbrisseaux, que les Français nomment un tcrcou ou turcot, qui fut nommé en latin lorquilla, en grec jynx, est commun au mont Atbos. » Selon, Observ., pag. 38.

f. « Bononiæ millies in foro venalem reperi. » Aldrovande.

g. Vila Apollon.

h. Edwards. Préface, pagexii.

i. « Torquilla in quavis regione ferè conspicitur. » Aldrovande.

j. Jyngi congener. Aldrovande, Avi., t. I, pag. 869.

LES OISEAUX BARBUS

LES OISEAUX BARBUS

Les naturalistes ont donné le nom de barbus à plusieurs oiseaux qui ont la base du bec garnie de plumes efulées, longues, raides comme des soies, et toutes dirigées en avant; mais nous devons observer qu’on a confondu sous cette dénomination des oiseaux d’espèces diverses et de climats trèséloignés. Le tamatia de Margrave, qui est un oiseau du Brésil, a été rais à côté du barbu d’Afrique et de celui des Philippines, et toutes les espèces qui portent barbe sur le bec et qui ont deux doigts en avant et deux en arrière ont été mêlées par les nomenclateurs, quoique les barbus de l’ancien continent diffèrent de ceux du nouveau en ce qu’ils ont le bec beaucoup plus épais, plus raccourci et plus convexe en dessous. Pour les distinguer, nous appellerons tamatias ceux de l’Amérique, et nous ne laisserons le nom de barbus qu’à ceux de l’ancien continent.

LE TAMATIA.

PREMIÈRE ESPÈCE

Nous avons déjà averti » que c’est par erreur que M. Brisson ^ a placé cet oiseau avec la grivette ou petite grive de Catesby, car il en est tout à fait différent, tant par la disposition des doigts que par la barbe et la forme du bec et la grosseur de la tête, qui dans tous les oiseaux de ce genre est plus considérable, relativement au volume du corps, que dans aucun autre. Il est vrai que Marcgrave a fait aussi une faute à ce sujet en disant que cet oiseau n avait pas de queue ; il aurait dii dire qu’il ne l’avait pas longue, et il y a toute apparence qu’il a décrit un oiseau dont on avait arraclié la queue; mais comme tous les autres caractères sont entiers ét bien exprimés, il nous paraît qu’on peut compter sur son indication, d’autant que cet oiseau se Pouvant à Cayenne comme au Brésil, et nous ayant été envoyé, il nous a été facile d en faire la comparaison et la description.

Il a six pouces et demi de longueur totale, la queue a deux pouces; le

a. Voyez les planches enluminées, n» 746, flg. 1 , sous la dénomination de Barbu à ventre tacheté de Cayenne,

b. Tamatia Brasiliensis. Marcgrave, Hist. nat. Brasil., pag. 208. - Tamatia Guacu. Pison, tnst. nat. Brastl., pag 96.~Tamatia Brasiliensis Marcgravii. Willughby, OrnithoL, pag 140

c. Hist. nat. des oiseaux, t. III, page 289.

d. Ornithologie, t. II, page 213.

* Ordre des Gmmpeurs, genre Barbus (Cuv.).

** Bucco tamatia (Lath., Gmcd.). — Genre Barbus, sous-genre Tamatias (Cnv.).

LE TAMATÎÂ.

bec, quinze lignes j l’extrémité supérieure du bec est crochue et comme divisée en deux pointes ; la barbe qui le couvre s’étend à plus de moitié de sa longueur ; le dessus de la tête et le front sont roussâtres; il y a sur le cou un demi-collier varié de noir et de roux ; tout le reste du plumage en dessus est brun, nuancé de roux; on voit de chaque côté de la tête, derrière les yeux, une tache noire assez grande; la gorge est orangée, et le reste du dessous du corps est tacheté de noir sur un fond blanc roussâtre ; le bec et les pieds sont noirs.

Les habitudes naturelles de ce premier tamatia sont aussi celles de tous les oiseaux de ce genre dans le nouveau continent; ils ne se tiennent que dans les endroits les plus solitaires des forêts, et restent toujours éloignés, des habitations et même des lieux découverts ; on ne les voit ni en troupes ni par paires; ils ont le vol pesant et court, ne se posent que sur les branches basses, et cherchent de préférence celles qui sont les plus garnies de petits rameaux et de feuilles; ils ont peu de vivacité, et quand ils sont une fois posés, c’est pour longtemps; ils ont même une mine triste et sombre, 011 dirait qu’ils affectent de se donner un air grave en retirant leur grosse tête entre leurs épaules; elle paraît alors couvrir tout le devant du corps. Leur naturel répond parfaitement à leur figure massive et à leur maintien sérieux ; leur corps est aussi large que long , et ils ont beaucoup de peine à se mettre en mouvement ; on peut les approcher d’aussi près que l’on veut, et tirer plusieurs coups de fusil sans les taire fuir. Leur chair n est pas mauvaise à manger, quoiqu’ils vivent de scarabées et d autres gros insectes; enfin, ils sont très-silencieux, très-solitaires, assez laids et fort mal faits.

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