‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 49 sur 495 · LE GRAND FIGUIER DE LA JAMAÏQUE · texte numérisé non relu

LE GRAND FIGUIER DE LA JAMAÏQUE

TRENTE-CINQUIÈME ESPÈCE

M. Edwards est le premier qui ait décrit cet oiseau sous le nom de rossignol d'Amérique; mais ce n’est point un rossignol, et il a tous les caractères des figuiers, avec lesquels M. Brisson a eu raison de le ranger ; la partie supérieure du bec est noirâtre, l’inférieure couleur de chair ; le dessus du dos, de la tête et des ailes est d’un brun obscurément teint de verdâtre ; les bords des pennes sont d’un jaune verdâtre plus clair ; une couleur orangée règne au-dessous du corps, de la gorge à la queue; les couvertures inférieures de l’aile, et toutes celles de la queue, ainsi que les barbes intérieures de ses pennes, sont de la même couleur. De l’angle du bec un trait noir passe par l’œil, un autre s’étend dessous; entre deux et au-dessous l’orangé forme deux bandes; les pieds et les doigts sont noirâtres ; l’oiseau est à peu près grand comme le rouge-gorge et un peu moins gros. M. Edwards remarque qu’il a beaucoup de rapport avec celui que Sloane , dans

a. « Ficedula supernè obscurè fusco-olivacea, infernè rufa; duplici utrimqiie tæaià, unà per O oculos, aiterà iufra oculos fuscà; rectricibus obscurè fusco-olivaceis lateralibus iuteriùs rufis, » Ficedula Jamaicensis major, le graud figuier de la Jamaïque. Brisson, Ornithol., t.VI, p. 101. — « Motaciüa supra fusco ■virescens, subtus fulva , lineà oculari subocularique fulvà, b Cali~ dris, Livmæus, Syst. nat , édit. X , g. 99 , sp. 2. — The American nichtingale , le rossignol de l’Amérique Edwards, t. III , p. 121.

* Motacilla cana ( Linn.). — « Ce figuier, suivant M. Vieillot, est un jeune du figuier gris « de fer [mulacilla cœrulea). » (Desmarets. ) — Voyez la nomenclature de la p. 33.

** Motar.illa calidris (Linn.).

LE GRAND FIGUIER DE LA JAMAÏQUE, son Histoire naturelle de la Jamaïque (tome IT , page 299), appelle icterus minor, nidum suspendens.

Nous ne pouvons nous dispenser de parler ici de trois oiseaux que nos nomeiiclateurs ont confondus avec les figuiers, et qui certainement ne sont pas de ce genre.

Ces oiseaux sont ;

1“ Le grand figuier de la Jamaïque, donné parM. Brisson dans son supplément, page 101. Il dilfère absolument des figuiers par le bec.

2° Le figuier de Pensylvanie; idem, page 202, qui diffère aussi des figuiers par le bec, et paraît être du même genre que le précédent '.

3” Le grand figuier de Madagascar; Ornithologie du même auteur, tome III , page 482 , qui a plutôt le bec d’un merle que celui d’un figuier.

LES DEMI-FINS

II ne faut que comparer les oiseaux des deux continents pour s’apercevoir que les espèces qui ont le bec fort et vivent de grains sont aussi nombreuses dans l’ancien qu’elles le sont peu dans le nouveau, et qu’au contraire les espèces qui ont le bec faible et vivent d insectes sont beaucoup plus nombreuses dans le nouveau continent que dans l’ancien ; en quoi 1 on ne peut s’empêcher de reconnaître l’influence de l’homme sur la nature, car c’est riiorame qui a créé le blé et les autres grains qui font sa nourriture ; et ce sont ces mêmes grains qui ont visiblement multiplié les espèces d’oiseaux granivores , puisque ces espèces ne se trouvent en nombre que dans les pays cultivés, tandis que dans les vastes déserts de l’Amérique, dans ses grandes forêts, dans ses savanes immenses, où la nature brute, par cela même qu’elle est indépendante de l’homme, ne produit rien qui ressemble à nos grains, mais seulement des fruits, de petites semences et une énorme quantité d’insectes. Les espèces d’oiseaux insectivores et à bec faible se sont multipliées en raison de l’abondance de la nourriture qui leur convenaitj mais dans le passage des oiseaux à bec fort aux oiseaux à bec faible, la nature, comme dans tous ses autres ouvrages, procède par gradations insensibles : elle tend à rapprocher les extrêmes par l’artifice admirable de ses nuances , de ses demi-teintes qui déroutent si souvent les divisions trancliées de nos méthodes. La classe des demi-fins est une de ces nuances ; c’est la classe intermédiaire entre les oiseaux à bec fort et ceux à bec fin.

1. « C’est le muscicapa madagascariensis (Lalh.), ou nioucherolle lictic de M. Vieillot, « oiseau qui n’est connu que par la description de Brisson. » (Desmarets.)

‘ Les demi- fins : genre formé par Gueneau de Montbeillard sur un principe un peu vague, et qui n’a point passé dans la classification usuelle.

LES DEMI-FINS

Celte classe existe de temps immémorial dans la nature, quoiqu’elle n’ait point encore été admise par aucun méthodiste® : elle comprend parmi les oiseaux dn Nouveau-Monde ceux qui ont le bec plus fort que les pitpils, mais moins que les tangaras; et parmi les oiseaux de l’ancien continent, ceux qui ont le bec plus fort que les fauvettes, mais moins que la linotte. On pourrait donc y rapporter non -seulement la calandre et quelques alouettes, mais plusieurs espèces qui n’ont été rangées dans d’autres classes que parce que celle-ci n’existait pas encore j enfin, les mésanges feront la nuance entre ces demi-fins et les becs faibles, parce que bien qu’elles aient le bec fin , et par conséquent faible en apparence, cependant on jugera qu’elles l’ont assez gros si on le compare à sa très- petite longueur, et parce qu’elles l’ont en effet assez fort pour casser des noyaux et percer le crâne d’un oiseau plus gros qu’elles, comme on le verra dans leur histoire.

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