‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 55 sur 495 · LE BIMBELÉ OU LA FAUSSE LINOTTE · texte numérisé non relu

LE BIMBELÉ OU LA FAUSSE LINOTTE

Je dois la connaissance de cet oiseau de Saint-Domingue à M. le chevalier Lefèvre Desbayes, qui a non-seulement un goût éclairé, mais un zèle très-vif pour l’histoire naturelle, et qui joint à l’art d’observer le talent de dessiner et même de peindre les objets. M. le chevalier Deshayes m’a envoyé, entre autres dessins coloriés, celui du bimbelé, ainsi nommé par les nègres, qui, lui trouvant quelques rapports avec un oiseau de leur pays, lui en ont donné le nom ; mais il est probable que ce nom n’est pas mieux appliqué à l’oiseau dont il est ici question que celui de fausse linotte : il ne ressemble en effet à notre linotte ni par le chant, ni par le plumage, ni par la forme du bec ; je lui conserve cependant et l’un et l’autre nom, parce que ce sont les seuls sous lesquels il soit connu dans son pays.

Son chant n’est ni varié ni brillant , il ne roule que sur quatre ou cinq notes; malgré cela on se plaît à l’entendre, parce que les tons en sont pleins, doux et moelleux.

Il vit de fruits et de petites graines ; il se tient assez volontiers sur les palmistes , et fait son nid dans l’espèce de ruche que les oiseaux palmistes et autres forment sur ces arbres, à l’endroit d’où sort le pédicule qui soutient

a. Motacillis et fringillis quasi intermedia , dit M. Commerson. L’on sait que le mot de motacilta , qui jusqu’à M. Linnæus avait été le nom propre des hoche-queues, est devenu, dans la méthode de ce naturaliste , un nom générique qui embrasse les petits oiseaux à bec fin; et il parait que M. Commerson suivait, à bien des égards, la méthode de M. Linnæus.

Motacitla palmariim (Gmcl.).

LE BIMBELE.

la grappe; la femelle ne pond que deux ou trois œufs, et c’est peut-être une des causes pourquoi les bimbelés sont si rares.

Leur plumage est encore moins brillant que leur chant ; ils ont la gorge, le devant du cou, la poitrine et le haut du ventre d’un blanc sale teinté de jaune; les jambes, le bas-ventre et les couvertures inférieures de la queue d’un jaune faible ; les flancs d’un gris foncé ; toute la partie supérieure d’un brun plus foncé sur la tête, plus clair sur le dos ; le croupion et les couvertures supérieures de la queue d’un vert olivâtre; les pennes et couvertures supérieures des ailes et les pennes de la queue brunes, bordées extérieurement d’une couleur plus claire ; les deux paires les plus extérieures des pennes de la queue bordées intérieurement d’une large bande de blanc pur vers leur extrémité; la face inférieure de toutes ces pennes d un grisardoise , l’iris d’un brun clair.

Le bimbelé pèse un peu moins de deux gros et demi.

Longueur totale, cinq pouces; bec, sept lignes, très-pointu ; narines fort oblongues, surmontées d’une protubérance; vol, sept pouces; dix-huit pennes à chaque aile; queue, environ dix-huit lignes, composée de douze pennes à peu près égales, dépasse les ailes d’environ un pouce.

LE BANANISTE.^

Nous avons vu parmi les pinsons un oiseau de la Jamaïque appelé bonana, qu’il ne faut pas confondre avec celui-ci. Le bananiste est beaucoup plus petit, son plumage est différent, et quoiqu’il se plaise sur le même arbre appelé bonana ou bananier, il a probablement aussi des mœurs différentes : c’est ce qu’on pourrait décider si celles du bonana de M. Sloane étaient aussi bien connues que celles de l’oiseau dont il est question dans cet article, et dont M. le chevalier Lefèvre Deshayes nous a envoyé la description , la figure coloriée et tout ce que nous en dirons. Il se trouve à Saint-Domingue; les nègres assurent qu’il suspend son nid à des lianes; on le voit souvent sur les bananiers, mais la banane n’est point sa seule nourriture, et plusieurs autres oiseaux s’en nourrissent comme lui, en sorte que le nom de bananiste, il faut l’avouer, ne le caractérise pas suffisamment. Mais j’ai cru devoir lui conserver ce nom, sous lequel il est connu généralement à Saint-Domingue.

Le bananiste a le bec un peu courbé, fort pointu, et d’une grosseur moyenne, comme sont les becs des demi-fins : outre les bananes, il se nourrit d’oranges, de cirouelles, d’avocats et môme de papayes; on n’est pas bien

‘ Motacilla lananiiora (Gmel.). — « C’est le même oiseau , suivant M. Vieillot, que le « sucrier ou guUrjuit de Saint-Uomingue. » (Desmarets.)

LE BANANISTE.

sûr s’il mange aussi des graines ou des insectes; tout ce qu’on sait, c’est qu’il ne s’est trouvé nul vestige d’insectes ni de graines dans l’estomac de celui qu’on a ouvert; il se tient dans les bananeries, dans les terrains en friche et couverts de lialliers ; il vole par sauts et par bonds; son vol est rapide et accompagné d’un petit bruit; son ramage est peu varié, c’est, pour ainsi dire, une continuité de cadences plus ou moins appuyées sur le môme ton.

Quoique le bananiste vole bien, M. le chevalier Deshayes le trouve trop délicat et trop faible pour soutenir les grands voyages et pour supporter la température des pays septentrionaux, d’où il conclut que c’est un oiseau indigène du nouveau continent; il a le dessus du corps d’un gris foncé presque noirâtre, qui approche du brun sur la queue et les couvertures des ailes , les pennes de la queue moins foncées que celles des ailes, et terminées de blanc ; les ailes, marquées dans leur milieu d’une tache blanche; des espèces de sourcils blancs; les yeux sur une bande noire qui part du bec et va se perdre dans la couleur sombre de l’occiput; la gorge gris cendré; la poitrine, le ventre et le croupion d’un jaune tendre; les flancs, les cuisses et les couvertures inférieures de la queue variés de jaune clair et de gris-, quehiucs-unes des couvertures supérieures blanches et se relevant sur la queue ; la partie antérieure des épaules d’un beau jaune ; le bec noir, les pieds gris ardoisé.

Longueur totale, trois pouces huit lignes; bec, quatre lignes ; narines larges, de la forme d’un croissant renversé, surmontées d’une protubérance de même forme, mais en sens contraire ; langue pointue ; tarse, sept lignes; vol, six pouces; ailes composées de dix-sept pennes; queue, quatorze à quinze lignes : dépasse les ailes d’environ sept à huit lignes.

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