Le même oiseau que le roitelet-rubis, selon Vieillot
^ (Lath.). Tyrannutus elatus (Vieil!.). — « Le roitelet-mésange est lo type espece unique du genre tyranneau de M. Vieillot. » (Desmarets).
LES MÉSANGES
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LES MÉSANGES
Quoique Aldrovancle ait appliqué particulièrement au roitelet le nom de parra, je crois que Pline s’en est servi pour désigner en général nos mésanges, et qu’il regardait ce genre comme une branche de la famille des pics, famille beaucoup plus étendue, selon lui, qu’elle ne lest selon les
naturalistes modernes. Yoici mes preuves :
1“ Pline dit que les pics sont les seuls oiseaux qui fassent leur nid dans des trous d’arbres ^ et l’on sait que plusieurs espèces de mésanges ont aussi celte habitude ;
2“ Tout ce qu’il dit de certains pics qui grimpent sur les arbres comme les chats, qui s’accrochent la tête en bas, qui cherchent leur nourrituie sous l’écorce, qui la frappent à coups de bec% etc., convient aux mésanges
comme aux pics; -i ^ r
3° Ce qu’il dit de certains autres pics qui suspendaient leur nid a extrémité des jeunes branches, en sorte qu’aucun quadrupède n’en pouvait approcher ^ ne peut convenir qu’à certaines espèces de mésanges, telles que le remiz et la penduline, et point du tout aux pics proprement dits;
4“ 11 est difficile de supposer que Pline n’eût jamais entendu parler du remiz et de la penduline, qui suspendent leur nid, puisque l’un des deux, au moins, nichait en Italie, comme nous le verrons dans la suite ; et il n’est pas moins difficile de supposer que connaissant ce nid singulier, il n’en ait point parlé dans son Histoire naturelle. Or le passage ci-dessus est le seul de son Histoire naturelle qui puisse s’y appliquer : donc, ce passage ne peut s’entendre que des mésanges, considérées comme étant de la famille des
pics. . , •
De plus, cette branche de la famille des pics avait la dénomination particulière de parrœ; car dans le genre des parrœ, dit Pline, il yen a qui construisent leur nid en boule, et fermé avec tant de soin , qu’à peine on
a. AiVv/aô; , Aristote, Uist. animal., lih. viii , cap. ni. — Selon dit mal à propos, dans ses Observations ] fol. 10 , que les Grecs nomment la mésange parus , car ce nom parus est un mot 1 .tin que Gaza a employé comme l’équivalent du mot grec Aiy.OaXb;. - Parra Phne Nat. Ilistoria lih. X, cap. .vx.Mii. - Parus, parix , mesanrja; dans quelques cantons d Italie, purula:\n d’aulres , pansola , palascio , parruza , zinzin, orbesina , sparuoezolo; en Savoie , maycncite: en allemand , , maiysc , maysslin; en anglais, til-mouse : pmt-etve,
di! Itay, parce que ces oiseaux nichent dans des trous de murailles comme les souris ; en i ylien, sykora; vulgairement en Bourgogne, quinquenercs , pique-mouches; en Provence serre-fine.
b « l’ulh'S cdiicant in cavis avium soli. » Lih. x , cap. xvin.
c. « Scand.'utes in suhrectiim felium modo ; illi vero et supini percussi corticis sono, pahulum
« suhessc iiiti.'lligiint. » Plin., lih. x , cap. xviii.
d. « Picorum aliquis suspendit in circule { nidum )... ut nulliis quadrupes accedere possit. ..
Jdem , lih. X , cap. xxxiii.
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en peut découvrir l’entrée “ : ce qui convient au troglodyte, oiseau qu’on a confondu quelquefois avec le roitelet et les mésanges, et il y en a une autre espèce qui le fait de même, en y employant le chanvre ou le lin, ce qui convient à la mésange à longue queue. Puis donc que ce nom de imrrœ était le nom d’un genre qui embrassait plusieurs espèces, et que ce qui est connu de plusieurs de ces espèces convient à nos mésanges, il s’ensuit que ce genre- ne peut être que celui des mésanges; et cela est d’autant plus vraisemblable, que le nom à’argatilis, donné par Pline à l’une de ces espèces, a tant de rapport avec le nom grec aigithalos donné par Aristote aux mésanges, qu on ne peut s’empêcher de le regarder comme le même mot, un peu défiguré par les copistes ; d’autant plus que Pline ne parle point ailleurs de Vaigithalos , quoiqu’il connût très -bien les ouvrages d Aristote, et quoiqu’il les eût consultés expressément en composant son X' livret qui roule sur les oiseaux. Ajoutez à cela que le nom d’argatilis n’a été appliqué par les auteurs à aucun oiseau , que je sache, autre que celui dont il est ici question, et qui, par toutes les raisons ci-dessus, semble ne pouvoir être qu’une mésange.
Quelques-uns ont confondu les mésanges avec les guêpiers, parce que, comme les guêpiers, elles sont opivores, c’est-à-dire qu’elles mangent les abeilles : on les a confondues encore avec les tette-chèvres, à cause de la ressemblance des noms grecs œgithalos, œgothêlas; mais Gessner soupçonne à ces deux noms si ressemblants une étymologie toute différente : d ailleurs les mésanges n ont jamais été ni pu être accusées de teter les chèvres.
Tous les oiseaux de cette famille sont faibles en apparence, parce qu’ils sont très-petits; mais ils sont en même temps vifs, agissants et courageux ; on les voit sans cesse en mouvement; sans cesse ils voltigent d’arbre en arbre, ils sautent de branche en branche, ils grimpent sur l’écorce, ils gravissent contre les murailles; ils s’accrochent, se suspendent de toutes les manières, souvent même la tête en bas, afin de pouvoir fouiller dans toutes les petites fentes et y chercher les vers, les insectes ou leurs œufs : ils vivent aussi de graines, mais au lieu de les casser dans leur bec comme font les linottes et les chardonnerets, presque toutes les mésanges les tiennent assujetties sous leurs petites serres et les percent à coups de bec; elles percent de même les noisettes, les amandes, etc. ^ Si on leur suspend une noix au bout d’un fil , elles s’accrocheront à cette noix et en suivront les oscillations ou balancements sans lâcher prise, sans cesser de la becqueter.
a. » In geiieie parearum est, cui nidus exmusco arido ita absoluta perfîcitur pila, ut inve- < im non possit aditus, » Ibidem. — Voyes Delon, page 343. b- Voyez Pline, lib. i, p. 31, Nat. Hist. Elzevir, 12^, 1635.
exercice est un peu rude, et qu’à la longue il les rend aveugles, selon M. Frisch, leur 1 écraseï’ les noisettes, le chènevis, en un mot tout ce qui est dur, avant de le
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On a remarqué qu’elles ont les muscles du cou très-robustes et le crâne très-épais®, ce qui explique une partie de leurs manœuvres; mais, pour les expliquer toutes, il faut supposer qu’elles ont aussi beaucoup de force dans les muscles des pieds et des doigts.
La plupart des mésanges d’Europe se trouvent dans nos climats en toute saison, mais jamais en aussi grand nombre que sur la fin de l’automne, temps où celles qui se tiennent 1 ete dans les bois ou sur les montagnes^ en sont chassées par le froid, les neiges, et sont forcées de venir chercher leur subsistance dans les plaines cultivées, et à portée des lieux habités<=: durant la mauvaise saison, et même au commencement du printemps, elles vivent de quelques graines sèches, de quelques dépouilles d’insectes qu’elles trouvent en furetant sur les arbres; elles pincent aussi les boutons naissants, et s’accommodent des œufs de chenilles, notamment de ceux que l’on voit autour des petites branches, rangés comme une suite d’anneaux ou de tours de spirale; enfin elles cherchent dans la campagne de petits oiseaux morts, et si elles en trouvent de vivants, affaiblis par la maladie, embarrassés dans les pièges, en un mot sur qui elles aient de l’avantage, fussent-ils de leur espèce, elles leur percent le crâne et se nourrissent de leur cervelle; et cette cruauté n’est pas toujours justifiée par le besoin, puisqu’elles se la permettent lors même qu’elle leur est inutile, par exemple, dans une volière où elles ont en abondance la nourriture qui leur convient : pendant l’été elles mangent, outre les amandes, les noix, les insectes, etc. , toutes sortes de noyaux, des châtaignes, delà faîne, des figues, du chènevis, du paniset autres menues graines'*. On a remarqué que celles que l’on tient en cage sont avides de sang, de viande gâtée, de graisse rance et de suif fondu ou plutôt brûlé par la llamme de la chandelle : il semble que leur goût se déprave dans l’état de domesticité.
En général toutes les mésanges, quoique un peu féroces, aiment la société de leurs semblables, et vont par troupes plus ou moins nombreuses : lorsqu’elles ont été séparées par quelque accident, elles se rappellent mutuellement et sont bientôt réunies; cependant elles semblent craindre de s’approcher de trop près sans doute que jugeant des dispositions de leurs semblables par les leurs propres, elles sentent qu’elles ne doivent pas s’y fier : telle est la société des méchants. Elles se livrent avec moins de
a. Voyez Journal de Physique, août 1776, pag. 123 et suiv.
b. La mésange à longue queue, selon Aristote, la charbonnière, la petite bleue, la noire et la huppée, selon les modernes.
c. Les uns prétendent qu’elles se retirent alors dans les sapinières ; d’autres assurent qu’elles ne font que passer dans les pays où elles trouvent de la neige, et qu’elles se portent vers le midi : ce dernier avis me parait le plus probable.
d. Quelques-uns prétendent que les mésanges ne digèrent ni la navette ni le millet, fussentils ramollis par la cuisson; cependant M. le vicomte de Querhoënt, qui a élevé ^ ces oiseaux, assure qu’il ne les nourrissait qu’avec du chènevis et du mil.
e. Journal de Physique, à l’endroit cité.
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défiance à des unions plus intimes qui se renouvellent chaque année au printemps, et dont le produit est considérable; car c’est le propre des mésanges d’être plus fécondes qu’aucun autre genre d’oiseaux % et plus qu’en raison de leur petite taille : on serait porté à croire qu’il entre dans leur organisation une plus grande quantité de matière vivante, et que l’on doit attiibuer à cette surabondance de vie leur grande fécondité, comme aussi leur activité, leur force et leur courage. Aucun autre oiseau n’attaque la chouette plus hardiment ; elles s’élancent toujours les premières et cherchent à lui crever les yeux ; leur action est accompagnée d’un renflement de plumes, d une succession rapide d attitudes violentes et de mouvements précipités qui expriment avec énergie leur acharnement et leur petite fureur; loisqu elles se sentent prises elles mordent vivement les doigts de 1 oiseleur, les frappent à coups de bec redoublés, et rappellent à grands cris les oiseaux de leur espèce, qui accourent en foule, se prennent à leur tour, et en font venir d autres qui se prendront de même*’; aussi M. Lottinger assure-t-il que sur les montagnes de Lorraine, lorsque le temps est favorable, c est-à-dire par le brouillard, il ne faut qu’un appeau, une petite loge et un bâton fendu pour en prendre quarante ou cinquante douzaines dans une matinée'’; on les prend encore en grand nombre, soit au trébuchet'*, soit au petit filet d alouettes, soit au lacet, ou au collet, ou aux gluaux, ou avec la reginglette, ou même en les enivrant, comme faisaient les anciens, avec de la farine delayee dans du vin Voilà bien des moyens de destruction employés contre de petits oiseaux, et presque tous employés avec succès : la raison est que ceux qui élèvent des abeilles ont grand intérêt à détruire les mésanges, parce qu’elles font une grande consommation de ces insectes utiles, surtout quand elles ont des petits/'; et d’ailleurs elles ont trop de vivacité pour ne pas donner dans tous les pièges, surtout au
а. Cela est si connu en Angleterre , qu’il a passé en usage de donner le nom de mésange à toute femme qm est à la fois très-petite et très-féconde.
б. Voyez Journal de Physique, août 1776 , page 123.
c. Selon M. Friscli, on n’en prend qu’une centaine dans un jour, à une certaine chasse qu’on appelle aux environs de Nuremberg, la grande chasse aux trébuchets. Elle se fait par le moyen d une loge triangulaire , établie sur ti'ois grands sapins qui servent de colonnes : chaque face de cette loge est percée d’une espèce de fenêtre, sur laquelle on pose un trébuchet; chaque fenêtre a le sien , chaque trébuchet a sa chanterelle , et l’oiseleur est au centre , ayant l’œil sur le tout, et rappelant lui-même avec un appeau qui se fait entendre de loin. Frisch, t. I, class. 2 , div. l. Cet auteur ajoute que l’on ne prend guère de mésanges huppées et de mésanges a longue queue dans les trébuchets.
d. Il y a des trébuchets en cage , et ceux faits avec le sureau et les deux tuiles appuyées lune contre l’autre, un épi entre-deux , la claie, la brandonnée, etc.
e. Cette pâtée leur donne des étourdissements; elles tombent, se débattent, font effort pour s envoler, retombent encore et amusent les spectateurs par la variété bizarre de lem’S mouvements et de leurs attitudes. Voyez Ælianus, de Nat. animal., lib. i, cap. lviii.
/. D autres disent que c’est l’hiver qu’elles en détruisent le plus, parce que les abeiUes étant a om moins vives, elles redoutent moins leur aiguillon, et les attrapent plus facilement en
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lemps de leur arrivée, car elles sont alors très-peu sauvages, elles se tiennent dans les buissons, voltigent autour des grands chemins et se laissent approcher ; mais bientôt elles acquièrent de l’expérience et deviennent un
peu plus défiantes. • „ i
Elles pondent jusqu’à dix-huit ou vingt œufs, plus ou moins % les unes
dans des trous d’arbres, se servant de leur bec pour arrondir, lisser, façonner ces trous à l’intérieur et leur donner une forme convenable a leur destination • les autres dans des nids en boule et d’un volume très-disproportionné à’ia taille d’un si petit oiseau. Il semble qu’elles aient compte leurs œufs avant de les pondre ; il semble aussi qu’elles aient une tendresse anticipée pour les petits qui en doivent éclore. Cela paraît aux précautions affectionnées qu’elles prennent dans la construction du nid, à 1 attention prévoyante qu’ont certaines espèces de le suspendre au bout d une branche, au choix recherché des matériaux qu’elles y emploient, tels qu herbes menues, petites racines, mousse, fil, crins, laine, coton, plumes, duvet, etc.; elles viennent à bout de procurer la subsistance à leur nombreuse famille, ce qui suppose non-seulement un zèle, une activité infatigables, mais beaucoup d’adresse et d’habileté dans leur chasse; souvent on les voit revenir au nid ayant des chenilles dans le bec. Si d’autres oiseaux attaquent leur géniture, elles la défendent avec intrépidité, fondent sur l’ennemi, et à force
de courage font respecter la faiblesse.
Toutes les mésanges du pays ont des marques blanches autour des yeux; le doi"t extérieur uni par sa base au doigt du milieu et celui-ci de très-peu plus long que le doigt postérieur ; la langue comme tronquée et terminée par des fdets ; presque toutes sont très-fournies de plumes sur le croupion ; toutes, excepté la bleue, ont la tête noire ou marquée de noir; toutes, excepté celle à longue queue, ont les pieds de couleur plombée; mais ce qui caractérise plus particulièrement les oiseaux de cette famille, c’est leur bec qui n’est point en alêne, comme l’ont dit quelques méthodistes, mais en cône court , un peu aplati par les côtés ; en un mot, plus fort et plus court que celui des fauvettes, et souvent ombragé par les plumes du front qui se relèvent et reviennent en avant**; ce sont leurs narines recouvertes par d’autres plumes plus petites et immobiles; enfin, ce sont suitout leurs mœurs et leurs habitudes naturelles. 11 n’est pas inutile de remarquer que les mésanges ont quelques traits de conformité avec les corbeaux, les pies et même les pies-grièches, dans la force relative de leur bec et de leurs petites serres, dans les moustaches qu’elles ont autour du bec, dans leur appétit pour la chair, dans leur manière de déchirer leurs aliments en morceaux
a Une femelle , dit M. Hébert, qui fut prise sur ses œufs, avait la peau du ventre si lacbe, qu’elle eût suffi pour recouvrir le ventre en entier, quand il eût été une fois plus gros.
h. «Toutes mésanges, dit Delon, ont les plumes si avant sur le bec, et si longuettes, qu'elles en apparoissent huppées. »
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pour les manger, et même, dit-on, dans leurs cris et dans leur manière de voler ; mais on ne doit point pour cela les rapporter au même genre, comme a fait M. Kramer Il ne faut qu’un coup d’œil de comparaison sur ces oiseaux; il ne faut que les voir grimper sur les arbres, examiner leur forme extérieure, leurs proportions, et réfléchir sur leur prodigieuse fécondité, pour se convaincre qu’une mésange n’est rien moins qu’un corbeau. D’ailleurs, quoique les mésanges se battent et s’entre-dévorent quelquefois, surtout certaines espèces qui ont l’une pour l’autre une antipathie marquée*', elles vivent aussi quelquefois de bonne intelligence entre elles et même avec des oiseaux d’une autre espèce, et l’on peut dire qu’elles ne sont pas essentiellement cruelles, comme les pies-grièches, mais seulement par accès et dans certaines circonstances, qui ne sont pas toutes bien connues. J’en ai vu qui, bien loin d’abuser de leurs forces, le pouvant faire sans aucun risque, se sont montrées capables de la sensibilité et de l’intérêt que la faiblesse devrait toujours inspirer au plus fort. Ayant mis dans la cage où était une mésange bleue, deux petites mésanges noires , prises dans le nid , la bleue les adopta pour ses enfants, leur tint lieu d’une mère tendre, et partagea avec eux sa nourriture ordinaire, ayant grand soin de leur casser ellemême les graines trop dures qui s’y trouvaient mêlées. Je doute fort qu’une pie-grièche eût fait cette bonne action.
Ces oiseaux sont répandus dans tout l’ancien continent, depuis le Danemark et la Suède jusqu’au cap de Bonne-Espérance, où Kolbe en a vu, dit-il, six espèces entre autres, savoir, la charbonnière, la nonnette cendrée, la bleue, celle à tête noire, celle à longue queue, et le roitelet qu’il a pris pour une mésange, «tous oiseaux chantant joliment, selon ce voyageur, et, comme les serins de Canarie, se mêlant avec ces oiseaux et formant avec eux de magnifiques concerts sauvages «. » Nos connaisseuis prétendent qu’elles chantent aussi très-bien en Europe, ce qu’il faut entendre de leur chant de printemps, je veux dire de leur chant d’amour et non de ce cri désagréable et rauque qu’elles conservent toute l’année, et qui leur a fait donner, à ce que l’on prétend, le nom de serrurier'^. Les mêmes
a. Elenchus Austriœ inferioris, page 380.
b. Telles sont la Gharbonnière et la nonnette cendrée. Voyez Journal de Physique, août 1776 : on y dit encore que si l’on met successivement plusieurs mésanges dans une même cage , la première domiciliée se jette sur les nouvelles venues, leur fait la loi, et, si elle peut en venir à bout, les tue et leur mange la cervelle.
c. Voyez la Description du cap de Bonne-Espérance , p. 165, part, m, cliap. xix. J’avoue que j ai peu de confiance à cette observation, où Kolbe, au lieu de dire ce qu’il a vu, semble copier ce qu il a lu dans les naturalistes, se permettant seulement de dire que les mésanges cbantent comme les serins, au lieu que , suivant les auteurs, elles chantent plutôt comme les pinsons.
d. Je ne suis point de l’avis des auteurs sur ce point, car le nom de serrurier ayant été donné aux pics, non à cause de leur cri, mais parce qu’ils ont coutume de frapper les arbres de leur bec , il me parait raisonnable de croire que c’est parce que les mésanges ont la même habitude , qu’on leur a aussi donné le même nom.
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connaisseurs ajoutent qu’elles sont capables d’apprendre à siffler des airs; que les jeunes, prises un peu grandes, réussissent beaucoup mieux que celles qu’on élève à la brochette qu’elles se familiarisent promptement , et qu’elles commencent à chanter au bout de dix ou douze jours ; enfin, ils disent que ces oiseaux sont fort sujets à la goutte, et ils recommandent de les tenir chaudement pendant l’hiver.
Presque toutes les mésanges font des amas et des provisions, soit dans l’état de liberté, soit dans la volière. M. le vicomte de Querhoënt en a vu souvent plusieurs de celles à qui il avait coupé les ailes prendre dans leur bec trois ou quatre grains de panis avec un grain de chènevis^ et grimper d’une vitesse singulière au haut de la tapisserie où elles avaient établi leur magasin ; mais il est clair que cet instinct d’amasser, d’entasser les provisions, est un instinct d’avarice et non de prévoyance, du moins pour celles qui ont coutume de passer l’été sur les montagnes et l’hiver dans les plaines. On a aussi remarqué qu’elles cherchent toujours des endroits obscurs pour se coucher; elles semblent vouloir percer les planches ou la muraille pour s’y pratiquer des retraites, toutefois à une certaine hauteur, car elles ne se posent guère à terre, et ne s’arrêtent jamais longtemps au bas de la cage. M. Hébert a observé quelques espèces qui passent la nuit dans des arbres creux; il les a vues plusieurs fois s’y jeter brusquement après avoir regardé de tous côtés, et pour ainsi dire reconnu le terrain ; et il a essayé inutilement de les faire sortir en introduisant un bâton dans les mêmes trous où il les avait vues entrer. Il pense qu’elles reviennent chaque jour au même gîte, et cela est d’autant plus vraisemblable que ce gîte est aussi le magasin où elles resserrent leurs petites provisions. Au reste, tous ces oiseaux dorment assez profondément et la tête sous l’aile comme les autres ; leur chair est en général maigre, amère et sèche, et par conséquent un fort mauvais manger ; cependant, il paraît qu’il y a quelques exceptions à faire'.
Les plus grandes de toutes les mésanges sont, parmi les espèces d’Europe, la charbonnière et la moustache; et, parmi les étrangères, la mésange bleue des Indes et la huppée de la Caroline : chacune d’elles pèse environ une once. Les plus petites de toutes sont la mésange à tête noire, celle à longue queue, la nonnette cendrée , la penduline et la mésange à gorge jaune, lesquelles ne pèsent chacune que deux à trois gros.
Nous commencerons l’iiisloire particulière des différentes espèces par celles qui se trouvent en Europe, ayant soin d’indiquer les propriétés carac-
j a. Voyez le Traité du serin , p. 51. Tout le monde s’accorde à dire que les petites mésanges, irises dans le nid, s’élèvent difflcilemcut.
b. Frisch dit à peu près la même chose de la nonnette cendrée , t. I , class. 2 , art. 3 , pl. 1 , n'’ 13.
c. Gessncr dit qu’on en mange en Suisse, mais il avoue que ce n’est rien moins qu’un bon morceau; le seul Sdiwenckfeld est d’avis que c’est une viande qui n’est ni de mauvais goût ni de mauvais suc, en automne et en hiver. Voyez Aviarium Silesiœ , p. 321.
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téristiques de chacune; après quoi nous passerons aux espèces étrangères • nous lâcherons de démêler parmi les espèces européennes celles avec qui chacune de ces étrangères aura plus de rapport : nous renverrons les fausses mésanges (j’appelle ainsi les oiseaux qu’on a mal à propos rapportés à cette classe), nous les renverrons, dis-je, dans les classes auxquelles ils nous ont paru tenir de plus près, par exemple, la quinzième mésange de M. Brisson, aux figuiers, la dix-septième, aux roitelets, etc.; enfin nous tâcherons de rapporter à leur véritable espèce de simples variétés dont on a fait mal à propos autant d’espèces séparées.