‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 87 sur 495 · LA SITTELLE, YULGAIREMENT LE TORCHE-POT · texte numérisé non relu

LA SITTELLE, YULGAIREMENT LE TORCHE-POT

La plupart des noms que les modernes ont imposés à cet oiseau ne présentent que des idées fausses ou incomplètes, et tendent à le confondre avec

a. Essay on lhe natural history of Guyana, page 182.

b. Voyez les planches enluminées, n» 623, fig. 1.

c. H xGrn, XiÜTr/i; sitta. Aristote, Hist. animal, lib. ix , cap. i etxvii. — Ficus cinereus

vel sUta: fraudius avis, sAon Alhei't; en italien, pico, ziollo; en allemand, nusshacker, nusshœher, nusspicker, nussbickel (casse-noix), baumhecker , meyspeclit (pic de biau-

spechlle ( petit pic bleu ) ; aux environs de Nuremberg, klaber : en Suisse, chlaen, blmdchlaen, an baumldellerlin Turneri? en Suisse, tottler, kottler; en anglais , nut iohber; en turc, agascakàn. Gessner, Aucs,p. 711. - Jonston, Aves, p. 80. - Xîttvi , silta; quibusdam,

Xs'.dOTvu-r:? , KtvaiSô? , parce qu’il a un mouvement dans la queue, ce qui l’a fait confondre par quelques-uns avec les motacilles ou boche-queues ; en grec moderne, Koupicouviarjiî ; en italien, Lo picchio. Aldrovande, OrnühoL, t. I , p. 853. - Torche-pot ou grand grimpereau Delon, Nat. des oiseaux, p. 304. — Sitta, seu pi eu s cinereus. Willugbby, Ormlhol, p. 98.

— Ray, Synops. avium , p. 47; en anglais , nut hatch, nutjobber. Charleton, Exercü., U. 93 sp. 6. — Nota. Cet auteur confond le torche-pot avec le cariocatactes (casse-noix), dont nous avons donné l’histoire. — R. Sibbald, Hist. nal. Scotiæ prodrom-, part. ii. lib. III, p. 13- — Frisch, OrnithoL, t. I, class. 4, div. 2, pl. 11, n® 39, art. 6; en allemand, der blaw speckl; en Suisse, ditiler, Ihoedler. — La casse-noisette nut hatch. Albin, Oiseaux , t. II , pl. 28. — Picus subcœruleus , picus parvus cœruleus ; en grec , Koupxiuvtç-z? ; en allemand , grosse baum-kldler. Schwenckfeld , Aviar. Sites., p. 340. — Rzaczynski, Aucluur. Polon., p. 413; en polonais, dzieciot modrawy. — The nut hatch. British Zoology, g. 8, sp. 1, p. 81. — The wooderacker. Plott., History of Oxford , p. 175. — Picus Pyrenaicus , cinereus, pusillus j en catalan, picotel.a. Darrère, Specim. novuni, class. 3, g. 13 , sp. 4. — Silta. Moehring , Av. généra , g. 15 , p. 35. — « Sitta rcctricibus fuscis ; qua- « tuor margine apieeque albis, quintà apice canâ;» en suédois, noetwaecka, noetpacka. Linnæus, Fauna Suec., n® 182. — Kramer, Elenchus Austr. inf., p. 3G3 ; en autrichien. Mener.

— « Silta rcctricibus nigris, lateralibiis quatuor infra apicem albis. » Linnæus, Syst. nat., édit. XIII . p. 177, n® 60. — Muller, Zoologiœ Danicœ prodromus , n® 102 , p. 13 ; eu danois , spœl-mcisse j en nonvégien, nal wacke, egde, eremit. — Parus famepici; en allemand, spechtartige meise. Klein , Ordo avium, p. 87, n» 15. Cette dénomination composée est celle ipi donne l’idée la plus juste de l’oiseau dont il s’agit ici. — Pecicito, picchio, piccolo grigio, 0 cencrino; à Ravcniic, raparino. Ornithologie italienne, t. II, p. 54. — « Sitta supernè U cinoi’ca, infernè diluté rufa; t.ænià. per oculo.s nigrà; rcctricibus lateralibus nigiis, apice « cinercis, extimi tæuii transversà albi versùs apicem notata, tribus proximis apice interiùs « albis... » Sitta, le torche-pot. Diisson, t. III, p. 588. — En Lorraine, maçon, pic-maçon,

* Sitta curopcca (Liiin.). — — Le lorche—pot commun, — Ordre des Passeï eaux , famille des Te'nuirostres, genre Sitlelles ou torchepols ^Cuv.).

LA SITTELLE

des oiseaux d’une tout autre espèce; tels sont les noms de pic cendré, pic de mai, pic-bleu, pic-maçon, picotelle, tape-bois, casse-noix, casse-noisette, grimpard, grand grimpereau, hoche-queue, cendrille. Ce n’est pas que les propriétés diverses indiquées par ces différents noms ne conviennent à l’espèce dont il s’agit dans cet article ; mais ou elles ne lui conviennent qu’en partie, ou elles ne lui conviennent point exclusivement : cet oiseau frappe de son bec l’écorce des arbres, et même avec plus d’effort et de bruit que les pics et les mésanges^; de plus, il a beaucoup de l’air et de la contenance de ces dernières' , mais il en diffère par la forme du bec, et des premiers par la forme de la queue des pieds et de la langue : il grimpe sur les troncs et les branches comme les oiseaux auxquels l’usage a consacré le nom de grimpereaux ; mais il en diffère par son bec et par l’habitude de casser des noix, et d’autre part il diffère du casse-noix par l’habitude de grimper sur les arbres : enfin il a dans la queue un mouvement alternatif de haut en bas comme les lavandières, mais il a des mœurs et des allures entièrement différentes. Pour éviter toute confusion et conserver autant qu’il est possible les noms anciens, j’ai donné à notre oiseau celui de sittelle, d’après les noms grec et latin sitta: et comme il a plus de choses communes avec les mésanges, d’une part, et de l’autre avec les grimpereaux et les pics qu’avec aucune autre famille d’oiseaux, je lui conserverai ici la place que la nature semble lui avoir marquée dans l’ordre de ses productions.

La sittelle ne passe guère d’un pays à l’autre; elle se tient, l’hiver comme l’été, dans celui qui l’a vue naître : seulement, en hiver, elle cherche les bonnes expositions, s’approche des lieux habités, et vient quelquefois jusque dans les vergers et les jardins : d’ailleurs, elle peut se mettre à l’abri dans les mêmes trous où elle fait sa ponte et son petit magasin, et où probablement elle passe toutes les nuits; car dans l’état de captivité, quoiqu’elle se perche quelquefois sur les bâtons de sa cage, elle cherche des trous pour dormir, et faute de trous elle s’arrange dans l’auget où l’on met sa mangeaille : on a aussi remarqué que dans la cage, lorsqu’elle s’accroche, c’est rarement dans la situation qui semble la plus naturelle, c’est-à-dire la tête

Lottinger; en Normandie, perce-pot; autrefois, chausse-pot, selon Cotgrave; en Picardie ^ grimpard ou grimpant; à Issoudun, cendrille; ailleurs, dos bleu, pic bleu, tape-bois, bèquebois cendré , casse-noix, etc.; en Dauphiné, planot.

a. Il conserve cette habitude en cage, dans laquelle il sait fort bien faire une brèche pour s'échapper : il en frappe à tous moments les parois et à coups réitérés , depuis deux ou trois jusqu’à huit ou neuf; il casse ainsi des carreaux de vitres et les glaces de miroir.

b. Est moult approchant de la contenance d’une mésange, dit Belon. « Sitta parus maximus « est, » dit Klein.

c. M. Moehring dit qu’il a les pennes de la queue raides; cependant Beloii avait remarqué le contraire longtemps auparavant, et c’est même une des trois différences principales qu’il avait observées entre la sittelle et les pics. Pour moi, j’ai vu comme Belon, et je soupçonne que M. Moehring n’a vu que par les yeux d’autrui.

LA SITTELLE

en haut, mais presque toujours en travers et même la tête en bas; c’est de cette façon qu’elle perce les noisettes, après les avoir fixées solidement dans une fente On la voit courir sur les arbres dans toutes les directions pour donner la chasse aux insectes ; Aristote dit qu’elle a l’habitude de casser les œufs de l’aigle, et il est possible en effet qu’à force de grimper elle se soif élevée quelquefois jusqu’à l’aire de ce roi des oiseaux ; il est possible qu’elle ait percé et mangé ses œufs, qui sont moins durs que les noisettes; mais on ajoute trop légèrement que c’est une des causes de la guerre que les aigles font aux sittelles'', comme si un oiseau de proie avait besoin d’un motif de vengeance pour être l’ennemi des oiseaux plus faibles et les devorer.

Quoique la sittelle passe une bonne partie de son temps à grimper, ou si l’on veut à ramper sur les arbres, elle a néanmoins les mouvements trèslestes et beaucoup plus prompts que le moineau ; elle les a aussi plus liants et plus doux, car elle fait moins de bruit en volant ; elle se tient ordinairement dans les bois, où elle mène la vie la plus solitaire ; et cependant lorsqu’elle se trouve renfermée dans une volière avec d’autres oiseaux, comme moineaux, pinsons, etc., elle vit avec eux en fort bonne intelligence.

Au printemps, le mâle a un chant ou cri d’amour, guiric, guiric, qu’il répète souvent : c’est ainsi qu’il rappelle sa femelle ; celle-ci se fait rappeler, dit-on, fort longtemps avant de venir, mais enfin elle se rend aux empressements du mâle, et tous deux travaillent à l’arrangement du nid; ils l’établissent dans un trou d’arbre % et s’ils n’en trouvent pas qui leur conviennent, ils en font un à coups de bec, pourvu que le bois soit vermoulu : si l’ouverture extérieure de ce trou est trop large, ils la rétrécissent avec de la terre grasse, quelquefois même avec des ordures qu’ils gâchent et façonnent , dit-on , comme ferait un potier, fortifiant l’ouvrage avec de petites pierres : d’où leur est venu le nom de pic-maçon et celui de torchepot, nom qui, pour le dire en passant, ne présente pas une idée bien claire de son origine'^.

Le nid étant ainsi arrangé, ceux qui le regardent par dehors n’imagineraient pas qu’il recelât des oiseaux; la femelle y pond cinq, six et jusqu’à

a. Voyez V Histoire naturelle des oiseaux d’Allôn, tome II, n“ xxviii-

h. Voyez Aristote, llist. animal., lib. ix, eap. i. — « Quidam clamatoriam dieunt, Labeo « yirobibitoriam , et apud Nigidium subis appellatur avis quæ aquilarum ova frangat. » Pline, liist. nul., lib. x, eap. xiv. Ne serait-ce point là le silta d’Aristote? Pline n’en parle dans aucun autre endroit, et il désigne ici cet oiseau par un trait de son histoire que cite Aristote : d’ailleurs le nom de prohibitoria que lui donne Labeon semble avoir rapport aux fables anciennes que l’on a débitées sur la sittelle, sur sa sorcellerie, sur l’usage qu’en faisaient les négromanciens.

c. Quelquefois dans un trou de muraille ou sous un toit, ditM. Linnæus,

d. Ce nom vient du nom bourguignon lorche-poteux , qui signifie à la lettre torche-pertuis, et convient assez bien à notre oiseau, à cause de l’art avec lequel il enduit et resserre l’ouverture du trou où il niche. Ceux qui ne connaissaient pas le patois bourguignon auront fait de ce nom celui de torche-pot , (pii peut-être ensuite aura donné lieu de comparer l’ouvrage de la sittelle à celui d’un potier de terre.

LA SITTELLE

sept œufs (le forme ordinaire, fond blanc sale, pointillé de roussâtre; elle les dépose sur de la poussière de bois, de la mousse, etc. ; elle les couve avec beaucoup d’assiduité, et elle y est tellement attachée qu’elle se laisse arracher les plumes plutôt que de les abandonner : si l’on fourre une baguette dans son trou, elle s’enflera, elle sifflera comme un serpent, ou plutôt comme ferait une mésange en pareil cas : elle ne quitte pas môme ses œufs pour aller à la pâture, elle attend que son mâle lui apporte à manger, et ce mâle paraît remplir ce devoir avec affection : l’un et l’autre ne vivent pas seulement de fourmis comme les pics, mais de chenilles, de scarabées, de cerfs-volants et de toutes sortes d’insectes, indépendamment (les noix, noisettes, etc. . Aussi la chair de leurs petits, lorsqu’ils sont gras, est-elle un bon manger, et ne sent point la sauvagine comme celle des pics.

Les petits éclosent au mois de mai : lorsque l’éducation est finie, il est rare que les père et mère recommencent une seconde ponte, mais ils se séparent pour vivre seuls pendant l’hiver, chacun de son côté. « Les pay- « sans ont observé, dit Selon, que le mâle bat sa femelle quand il la trouve «lorsqu’elle s’est départie de lui, dont ils ont fait un proverbe pour un «qui se conduit sagement en ménage, qu’il ressemble au torche-pot; » mais quoi qu’il en soit de la sagesse des maris, je ne crois point que dans ce cas particulier celui-ci ait la moindre intention de battre sa femme ; je croirais bien plutôt que cette femelle, qui se fait désirer si longtemps avant la ponte, est la première à se retirer après l’éducation de la famille, et que lorsque le mâle la rencontre après une absence un peu longue, il l’accueille par des caresses d’autant plus vives, même un peu brusques, et que des gens qui n’y regardent pas de si près auront prises pour de mauvais traitements.

La sittelle se tait la plus grande partie de l’année; son cri ordinaire est ti, ti, ti, ti, ti, ti, li, qu’elle répète en grimpant autour des arbres, et dont elle précipite la mesure de plus en plus. M. Linnæus nous apprend, d’après M. Slrom, qu’elle chante aussi pendant la nuit^

Outre ses différents cris et le bruit qu’elle fait en battant l’écorce, la sittelle sait encore, en mettant son bec dans une fente, produire un autre son très-singulier, comme si elle faisait éclater l’arbre en deux et si fort qu’il se fait entendre à plus de cent toises'^.

a. J’ai nourri une femelle pendant six semaines du chènevis que d’autres oiseaux laissaient tomber tout cassé. On a remarqué en effet que la sittelle se jette dans les chènevières vers le mois de septembre.

b. J’en ai vu d’éclos dès le 10, et j’ai vu des œufs qui ne l’étaient pas encore le 13 et plus

tard. ^

c. « Noctu cantillat. » Syst. nat., édit. XIII, p. 177.

d. Voyez la Zoologie Britannique, g. 9, sp. 1 , p. 82. Outre leur toque, toque, toque, contre le bois, ces oiseaux frottent leur bec contre des branches sèches et creuses, et font un bruit

nro qu on entend de très-loin, et qu'on imaginerait venir d’un oiseau vingt fois plus gros,

est ce que m'a assuré un vieux garde-chasse qui certainement n'avait point lu la Zoologie ^f'ilannique.

LA SITTELLE

On a observé qu’elle marchait en sautillant, qu’elle dormait la tête sous l’aile et quelle passait la nuit sur le plancher de sa cage, quoiqu’il y eût deux judioirs où elle pouvait se percher. On dit qu’elle ne va point boire aux fontaines, et par conséquent on ne la prend point à l’abreuvoir. Sclnvenckfeld rapporte qu’il en a pris souvent en employant le suif pour tout appât; ce qui est un nouveau trait de conformité avec les mésanges qui , comme on l’a vu, aiment tonies les graisses.

Le mâle pèse près d’une once et la femelle cinq à six gros seulement ®. Le premier a toute la partie supérieure de la tête et du corps, et même les deux pennes intermédiaires de la queue, d’un cendré bleuâtre; la gorge et les joues blanchâtres, la poitrine et le ventre orangés: les flancs, les jambes et les environs de l’anus d’une teinte plus rembrunie tirant au marron ; les couvertures inférieures de la queue blanchâtres, bordées de roux, s’étendant à cinq lignes du bout de la queue ; un bandeau noir qui part des narines, passe sur les yeux et s’étend en arrière au delà des oreilles ; les grandes couvertures supérieures et les pennes des ailes brunes, bordées de gris plus ou moins foncé; les pennes latérales de la queue noires, terminées de cendré; la plus extérieure bordée de blanc sur la moitié de sa longueur et traversée vers le bout par une tache de même couleur ; les trois suivantes marquées d’une tache blanche sur le côté intérieur; le bec cendré dessus, plus clair dessous, les pieds gris, le fond des plumes cendré noirâtre.

La femelle a les couleurs plus faibles. J’en ai observé une le 3 mai qui avait tout le dessous du corps depuis l’anus jusqu’à la base du cou sans aucune plume, comme c’est l’ordinaire dans les femelles des oiseaux.

Longueur totale, six pouces; bec, dix lignes, droit, un peu renflé dessus et dessous ; les deux pièces à peu près égales ; la pièce supérieure sans échancrure ; narines presque rondes , à demi recouvertes par de petites plumes qui naissent de la base du bec, et dont l’alignement est parallèle à son ouverture ; langue plate, plus large à sa base.

VARIl'TÉS DE LA SITTELLE.

Le type de ce genre d’oiseau paraît très-ferme et n’avoir été que faiblement modifié par les influences des climats divers : c’est partout les mêmes allures, les mêmes habitudes naturelles; toujours du gris cendré sur la partie supérieure, du roux plus ou moins clair et tirant quelquelois au blanchâtre sur la partie inférieure; la principale différence est dans la grandeur et les proportions, et cette différence ne dépend pas toujours du

a. Un individu desséché à la cheminée depuis un an, et fort Lien conservé, ne pesait que deux ros et demi.

Page 1