‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 96 sur 495 · II. LA SITTELLE GRIVELÉE · texte numérisé non relu

II. LA SITTELLE GRIVELÉE

Voici encore une espèce de sittelle d’Amérique, au bec un peu crochu, mais qui diffère de la précédente par la taille, le plumage et le climat; son pays natal est la Guiane hollandaise.

Elle a le dessus de la tête et du corps d’un cendré obscur; les couvertures supérieures des ailes de la même couleur, mais terminées de blanc; la gorge blanche; la poitrine et tout le dessous du corps d’un cendré moins foncé que le dessus, avec des traits blancs semés sur la poitrine et les côtés, ce qui y forme une espèce de grivelure ; le bec et les pieds bruns.

Longueur totale, environ six pouces; bec, un pouce; tarse, sept lignes et demie; doigt du milieu, huit à neuf lignes, plus long que le doigt postérieur; l’ongle de celui-ci le plus fort de tous; queue, environ dix-huit lignes, composée de douze pennes à peu près égales; dépasse les ailes de treize à quatorze lignes.

LES GRIMPEREAUX.***

Nous avons déjà vu plusieurs oiseaux grimpants, les sittelles et les mésanges ; nous en verrons d’autres encore dans la suite, tels que les pics, et

a. SUta seu picus cinereus major, rostro cwrro ; ea anglais , another sort of logger-head. Sloane, Jamaïca, p. 301, n® 19. — Ray, Synopsis av., Appendix , p. 186 , n® 34. — C’est cct c iseau à qui M. Brisson a trouvé beaucoup de rapport avec la petite sittelle à tète brune, quoiqu’il soit fort grand, le plus grand de la famille, et qu’il n’ait point la tète brune.

b. Le grimpereau de muraille de Surinam. Edwards, pl. 346.

* Silla major (Gmel.).

Silla nœvia (Gmel.).

•*'’ Ordre des Passereaux, famille des Ténuiroslres , genre Grimpereaux (Cuv.).

LES GRIMPEREAUX. ^^3

CGpGndant cgux qui composent le genre dont nous allons parler sont les seuls auxquels on donne généralement le nom de grimpereaux. Ils grimpent en effet très-légèrement sur les arbres, soit en montant, soit en descendant, soit sur les branches, soit dessous; ils courent aussi fort vite le long des poutres, dont ils embrassent la carne avec leurs petits pieds; mais ils diffèrent des pics par le bec et la langue, et des sittelles et mésanges seulement par la forme de leur bec, plus long que celui des mésanges, et plus grêle, plus arqué que celui des sittelles : aussi ne s’en servent-ils pas pour frapper l’écorce, comme font ces autres oiseaux.

Plusieurs especes étrangères qui appartiennent au genre des grimpereaux ont beaucoup de rapport avec les colibris et leur ressemblent par la petitesse de leur taille, par les belles couleurs de leur plumage, par leur bec menu et recourbé, mais plus effilé, plus tiré en pointe et formant un angle plus aigu, au lieu que celui des colibris est a peu près d’une grosseur égale dans toute sa longueur et a même un petit renflement vers son extrémité; de plus, les grimpereaux ont en général les pieds plus courts, les ailes plus longues et douze pennes à la queue tandis que les colibris n’en ont que dix ; enfin les grimpereaux n’ont pas, comme les colibris, la langue composée de deux demi-tuyaux cylindriques qui, s’appliquant l’un à l’autre, forment un tuyau entier, un véritable organe d’aspiration, plus analogue à la trompe des insectes qu’à la langue des oiseaux.

Il n’en est pas non plus du genre des grimpereaux comme de celui des colibris, par rapport à l’espace qu’il occupe sur le globe; les colibris paraissent appartenir exclusivement au continent de l’Amérique; on n’en a guère trouvé au delà des contrées méridionales du Canada, et à cette hauteur l’espace de mer à franchir est trop vaste pour un si petit oiseau, plus petit que plusieurs insectes; mais le grimpereau d’Europe ayant pénétré jusqu’en Danemark, peut-être plus loin, il est probable que ceux de l’Asie et de l’Amérique se seront avancés tout autant vers le Nord et qu’ils auront par conséquent trouvé des communications plus faciles d’un continent à l’autre.

Comme les grimpereaux vivent des mêmes insectes que les pics, les sitteiies, les mésanges, et qu’ils n’ont pas, ainsi que nous l’avons remarqué plus haut, la ressource de faire sortir leur proie de dessous l’écorce en frappant celle-ci de leur bec, ils ont l’instinct de se mettre à la suite des bèquebois, d’en faire pour ainsi dire leurs chiens de chasse et de se saisir adroitement du petit gibier que ces bèque-bois croient ne faire lever que pour euxmêmes. Par la raison que les grimpereaux vivent uniquement d’insectes, on sent bien que les espèces en doivent être plus fécondes et plus variées dans les climats chauds, où cette nourriture abonde, que dans des climats tempérés ou froids, et par conséquent moins favorables à la multiplication

a, .Te sais que quelques auteurs u’en ont donné que dix à notre grimpereau d'Europe , mais voyez, ci-après, son histoire.

vu.

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des insectes. Cette remarque est de M. Sonnerai®, et elle est conforme aux observations.

On sait qu’en général les jeunes oiseaux ont les couleurs du plumage moins vives et moins décidées que les adultes ; mais cela est plus sensible dans les familles brillantes des grimpereaux, colibris et autres petits oiseaux qui habitent les grands bois de l’Amérique. M. Bajon nous apprend que le pluma'^e de ces jolis petits oiseaux américains ne se forme que très-lentement et qu’il ne commence à briller de tout son éclat qu’après un certain nombre de mues. Il ajoute que les femelles sont aussi moins belles et plus petites

que leurs males ^

Au reste, quelque analogie que l’on veuille voir ou supposer entre les o-rimpereaux américains et ceux de l’ancien continent, il faut convenir aussi que l’on connaît entre ces deux branches d’une même famille des différences suffisantes pour qu’on doive dès à présent les distinguer et les séparer, et je ne doute pas qu’avec le temps on n’en découvre encore de plus considérables, soit dans les qualités extérieures, soit dans les habitudes naturelles

LE GRIMPEREAU

L’extrême mobilité est l’apanage ordinaire de l’extrême petitesse : le grimpereau est presque aussi petit que le roitelet, et, comme lui, presque

a. Voyage à la Nouvelle Guinée, p. 62.

b. Mémoires pour servir à l'histoire de Cayenne, -p. '2.^7.

c. Il y a au Sénégal , suivant M. Adanson , plusieurs belles espèces d’oiseaux dont les femelles sont aussi brillantes que les mâles.

d. Voyez les planches enluminées, n« 681, lig. 1. ^ . . tt,

e. Avicula exigua nomine KipOtcç , K'pOia , KspJcoç. Aristote, Hist. animal., lib. ix , cap. XVII. — Petit grimpereau. Bclon, Nat. des oiseaux , p. 374 , chap. xxxi. — Certhia, certhius, reptitatrix Turneri , scandulaca , crepera Anglorum; rarycheus Alberti; en allemand, rinnenklaeher, rindenklaeber, hierengriell , selon quelques-uns. Gessner, Aves, p. 2S5. — Aldrovande, Ornilhologia , lib. xii, cap. xliv; en français, grimpereau piochet. Aldrovande fait honneur de cette dénomination à Delon, chez qui je n’ai rien trouvé de semblable. Jonston, Av., p. 81. —En anglais, thecreeper. Willugbby, Ornithol.,p. 100. Nota. Cet auteur cite partout Aldrovande au lieu de Delon, qui est ici l’auteur original : de plus , il dit que le grimpereau est assez distingué des autres oiseaux par sa petitesse et son bec arqué; deux caractères néanmoins qui ne suffiraient pas pour le distinguer des colibris. — Ray, Synops. av., p. 47, 48. — Scandulaca arborum; en grec, KepSicov , OpiTroipâqc;; en anglais, the ox-eye-creeper. Charl., p. 03, n« 8. — Iteptatrix Dellonii ; en suédois, krypare. Linnæus, Fauna Suec., n»213. — .Moehring, A v. gen., g. 17. — « Certhia familiaris grisea , subtus alba , remigibus fuscis decem , « maculâ albâ; rectricibus decem. » Linnæus, Syst. nat., édit. XIII , p. 184. — Muller, Zoologiœ Dan. prodromus , p. 13, n® 104 : en danois, trœ pikke, lichesten. — Scandulaca arborum, calidris cinerea; en grec, Ka/.î5pi;, KvirroXo'qoç , etc., ut supra; en allemand, baum-klelterlin,

* Certhia familiaris (Lum.). — Le grimpereau d'Europe. — Genre Grimpereaux , sonsgeore Vrais Grimpereaux (Cuv. ).

LE GRIMPEREAU

toujours en mouvement ; mais tout son mouvement, toute son action porte, pour ainsi dire, sur le même point j il reste toute l’année dans le pays qui l’a vu naître; un trou d’arbre est son habitation ordinaire; c’est de là qu’il va à la chasse des insectes de l’écorce et de la mousse®; c’est aussi le lieu où la femelle fait sa ponte et couve ses œufs. Belon a dit, et presque tous les ornithologistes ont répété qu’elle pondait jusqu’à vingt œufs, plus ou moins, il faut que Belon ait confondu cet oiseau avec quelque autre petit oiseau grimpant tel que les mésanges; pour moi, je me crois en droit d’assurer, d’après mes propres observations et celles de plusieurs naturalistes que la femelle grimpereau pond ordinairement cinq œufs, et presque jamais plus de sept : ces œufs sont cendrés, marqués de points et de traits d’une couleur plus foncée, et la coquille en est un peu dure. On a remarqué que cette femelle commençait sa ponte de fort bonne heure au printemps , et cela est facile à croire, puisqu’elle n’a point de nid à construire, ni de voyage à faire.

M. Frisch prétend que ces oiseaux cherchent aussi les insectes sur les murailles; mais comme il paraît n’avoir pas connu le véritable grimpereau de muraille, et que même il ne l’a point reconnu dans la description de Gessner, quoique assez caractérisée, il est vraisemblable qu’il confond ic ces deux espèces, d’autant plus que le grimpereau est assez sauvage et fait sa principale demeure dans les bois. On m’en apporta un en 1773, au mois de janvier, lequel avait été tué d’un coup de fusil sur un acacia du Jardin du Roi ; mais on me l’apporta comme curiosité, et ceux qui travaillent toute l’année à ce jardin m’assurèrent qu’ils ne voyaient de ces sortes d’oiseaux que très-rarement : ils ne sont point communs non plus en Bour-

baum-heckel , hirngrille , rinderkleher. On ne doit pas être surpris qu’on ait donné quelquefois les mêmes noms aux grimpereaux et aux sittelles , qui ont plusieurs habitudes communes. SchwencMeld , Av. Siles., p. 347. — Rzaczynski, Auctuar. Polon., p. 419. — Certhius niinor; en allemand, der kleinere grau-specht , kleineste baum-hacker, laum-laufer, rinden-kleber. Grimpereau grisâtre. Frisch , 1. 1 , class. 4 , div. 2 , pl. 11 , n<> 39, art. 8. Cet auteur accuse mal à propos Gessner d’avoir confondu ce grimpereau avec celui de muraille. Voyez Gessner, Aves, p. 712. — Certhia, le petit grimpereau d’arbres; en anglais, the small tree-creeper. Albin, Hist. nat. des oiseaux, t. III , pl. 25. — Falcinellus arboreus nostras minor. Klein , Ordo avium , p. 106. — Certhia grisea, seu picus cinereus minimus , certhia pusilla ; en italien, cerzia cenerina , picchio passerino ; vulgairement rampichino. Gerini, Ornithologia, t. II, p. 53 , pl. 195 , fig. 1. — Ispida, caudâ rigidâ ; en autrichien , baum-laufferl. Kramer, Elenehus Austr. inf., p. 337. — Gravelet, en Poitou; petit pic ou picasson , en Saintonge; rat-bernard, en Berry, et bœuf pai antiphrase; reteiro,en Provence; ailleurs, grimpeur Q'>'impeux , grimpet , grimperel , grimpelet , grimpard on grimpant , pour le distinguer de la sittelle; piochet, gravison on gravisson, graviston, gravisseur, gravisset, petit gravaudeur, fourmillou , etc. Salerne, Hist. nat. des ois., p. 119. — « Certhia supernè fusco-rufescens, « pennis in medio albidis, circa margines nigiicantibus, infernè alba, cum aliquà rufescentis « mixtm’à ; uropygio rufo ; oculorum cimbitu et tænià supra oculos albo-rufescentibus ; rectri- K cibus griseo rufîs, cuneiformibus, » Certhia , le grimpereau. Brisson, t. III, p. 603.

a. Frisch dit qu’il s’y défend fort bien contre la sittelle, lorsqu’elle vient s’y présenter.

b. M. Salerne, M. Lottinger, M. le comte Ginanni, cités dans l'Ornithologie italienne, t. II, p. 55.

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gogne ni en Italie mais bien en Angleterre ” ; il s’en trouve en Allemagne et jusqu’en Danemark, comme je l’ai dit plus haut; ils n ont qu un petit cri fort aigu et fort commun.

Leur poids ordinaire est de cinq dragmes' ; ils paraissent un peu plus gros qu’ils ne sont en effet, parce que leurs plumes, au lieu d’être couchées régulièrement les unes sur les autres, sont le plus souvent hérissées et en désordre, et que d’ailleurs ces plumes sont fort longues.

Le grimpereau a la gorge d’un blanc pur, m ais qui prend communément une teinte roussâtre toujours plus foncée sur les flancs et les parties qui s’éloignent de la gorge (quelquefois tout le dessous du corps est blanc<* ) ; le dessus varié de roux, de blanc et de noirâtre : ces différentes couleurs, plus ou moins pures, plus ou moins foncées; la tête d une teinte plus rembrunie; le tour des yeux et les sourcils blancs, le croupion roux, les pennes des ailes brunes ; les trois premières bordées de gris ; les quatorze suivantes marquées d’une tache blanchâtre, d’où résulte sur l’aile une bande transversale de cette couleur ; les trois dernières marquées vers le bout d’une tache noirâtre entre deux blanches; le bec, brun dessus, blanchâtre dessous; les pieds gris, le fond des plumes cendre fonce.

Longueur totale, cinq pouces ; bec, huit lignes, grêle, arqué, diminuant uniformément de grosseur et finissant en pointe, mais grande ouverture de gorge, dit Delon ; narines fort oblongues, à demi recouvertes par une membrane convexe, sans aucune petite plume ; langue pointue et cartilagineuse par le bout, plus courte que le bec; tarse, sept lignes; doigt du milieu, sept lignes et demie; doigts latéraux adhérents a celui du milieu par leur première phalange; ongle postérieur le plus fort de tous, et plus long même que son doigt; tous les ongles en général très-longs, tres-crochus et très-propres pour grimper; vol, environ sept pouces; queue, vingtquatre lignes selon Brisson, vingt-huit, selon Willughby; vingt-six, selon moi*, composée de douze pennes étageesf, les plus longues superposées aux plus courtes, ce qui fait paraître la queue étroite ; toutes ces pennes, pointues par le bout, ayant l’extrémité delà côte usée comme dans les pics, mais étant moins raides que dans ces oiseaux, dépasse les ailes de douze ligues; les ailes ont dix-sept pennes ; celle que l’on regarde ordinairement comme la première, et qui est très-courte, ne doit pas être comptée parmi les pennes.

Œsophage, deux pouces, intestins, six; gésier musculeux, doublé d une

a. Gerini, Ornithologie italienne , p. bC.

b. ^Villllghby, page 100.

c. La (Iragme anglaise averdupois n’est que la seizième partie de 1 once, cl. Voyez Gessner, à l’endroit cité.

e. Je ne sais pourquoi cette queue a paru courte à Belon. ^

f. M.M. ISrisson, Willugliliy et Linuæus ne lui donnent que dix pennes, sans doute quil eu manquait deu.x, car j’en ai compté douze, ainsi que MM. Pennaiit et Moehring.

LE GRIMPEREAU

membrane qui ne se détache pas facilement, contenait des débris d’insectes, mais pas une seule petite pierre ni fragment de pierre ; légers vestiges dé cæcum, point de vésicule du fiel. °

Variété du Grimpereau.

Le grand grtmpereau^'^ . Cest une simple variété de grandeur qui a les mêmes alluies, le même plumage et la même conformation que le grimpereau . seulement il paraît moins défiant, moins attentif à sa propre conservation : car, d’un côté, Belon donne le grimpereau ordinaire pour un oiseau difficile à prendre, et, de l’autre, Klein raconte qu’il a pris un jour à la main un de ces grands grimpereaux qui courait sur un arbre.

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