‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 10 sur 105 · Voyez la note précédente · texte numérisé non relu

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DU QUARTZ

« bout d’un certain temps, la surface de ces puits plus ou moins couverte V. d’une espèce de matière blanche cristallisée, qui est un véritable quartz, « c’est-à-dire un (jurh cristallisé. J’ai vu de ces concrétions qui avaient « plus d’un pouce d’épaisseur »

Je ne suis point du tout éloigné de ces idées de M. de Gensanne; jusqu’à lui , les physiciens n’attribuaient aucune formation réelle et solide aux vapeurs de la terre, mais ces observations et celles que M. de Lassone a faites sur l’émail des grès semblent démontrer que, dans plusieurs circonstances, les vapeurs minérales prennent une forme solide et même une consistance très-dure.

Il paraît donc que le quartz, suivant ses différents degrés de décomposition et d’atténuation, se réduit en grains et petites lames qui se rassemblent en masses feuilletées, et que ses stillations plus épurées produisent le cristal de roche ; il paraît de même qu’il passe de l’opacité à la transparence par nuances, comme on le voit dans plusieurs montagnes, et particulièrement dans celles des Vosges, où M. l’abbé Bexon nous assure avoir observé le quartz dans plusieurs états différents : il y a trouvé des quartz opaques ou laiteux, et d’autres transparents ou demi-transparents j les uns disposés par veines et d’autres par blocs, et même par grandes masses, faisant partie des montagnes; et tous ces quartz sont souvent accompagnés de leurs cristaux, colorés ou non colorés. M. Gueltard a observé les grands rochers de quartz blancs de Cbipelu et d’Oursière*’ en Dauphiné, et il fait aussi mention des quartz des environs d’A.llevard, dans cette même province. M. Bowles rapporte que dans le terrain de la Nata, en Espagne, il y a une veine de quartz qui sort de la terre, s’étend à plus d’une demi-lieue, et se perd ensuite dans la montagne; il dit avoir coupé un morceau de ce quartz qui était à demi transparent et presque aussi fin que du cristal de roche; il forme comme une bande ou ruban de quatre doigts de large, entre deux lisières d’un autre quartz plus obscur; et le long de cette même veine il se trouve des morceaux de quartz couverts de cristaux réguliers de couleur de lait \ M. Guettard a trouvé de semblables cristaux sur le quartz en Auvergne : la plupart de ces cristaux étaient transparents et quelques-uns étaient opaques, bruns et jaunâtres, ordinairement très-distingués tes uns des autres, souvent hérissés de beaucoup d’autres cristaux très-petits, parmi lesquels il y en avait plusieurs d’un beau rouge de grenat. Il en a vu de même sur les bancs de granité, et lorsque ces cristaux sont transparents et violets, on leur donne en Auvergne le nom A' améthyste, et celui il' émeraude lorsqu’ils sont verts'". Je dois observer ici, pour éviter toute

a. Hist. nat. du Languedoc , t. II, p. 28 et suiv.

h. Mérn. sur la minéralogie, du Dauphiné, pages 30 et 45.

c. LList. nat. d’Espagne, par M. Bowles, t. I , pages 448 et 449.

d. Mém, de l’Académie des Sciences , année 1759.

DU QUARTZ

erreur, que l’amélhyste est en effet un cristal de roche coloré, mais que l’émeraude est une pierre très-différente, qu’on ne doit pas mettre au nombre des cristaux , parce qu’elle en diffère essentiellement dans sa composition, l’émeraude étant formée de lames superposées, au lieu que le cristal et l’améthyste sont composés de prismes réunis. Et d’ailleurs cette prétendue émeraude ou cristal vert d’Auvergne n’est autre chose qu’un spath fluor, qui est, à la vérité, une substance vitreuse, mais différente du cristal.

On trouve souvent du quartz en gros blocs détachés du sommet ou séparés du noyau des montagnes; M. Montel, habile minéralogiste, parle de semblables masses qu’il a vues dans les Cévennes, au diocèse d’Alais. « Ces masses de quartz, dit-il, n’affectent aucune figure régulière, leur cou- « leur est blanche, et comme ils n’ont que peu de gerçures, ils n’ont été « pénétrés d’aucune terre colorée ; ils sont opaques, et, quand on les casse, « ils se divisent en morceaux inégaux, anguleux... La fracture représente « une vitrification ; elle est luisante et réfléchit les rayons de lumière, sur- « tout si c’est un quartz cristallin, car on en trouve quelquefois de cette « espèce parmi ces gros morceaux. On ne voit point de quartz d’une forme « ronde dans ces montagnes; il ne s’en trouve que dans les rivières ou dans « les ruisseaux, et il n’a pris cette forme qu’à force de rouler dans le sable

Ces quartz en morceaux arrondis et roulés, que l’on trouve dans le lit et les vallées des rivières qui descendent des grandes montagnes primitives, sont les débris et les restes des veines ou masses de quartz qui sont tombées de la crête et des flancs de ces mêmes montagnes, minées et en partie abattues par le temps ; et non-seulement il se trouve une très-grande quantité de quartz en morceaux arrondis dans le lit de ces rivières, mais souvent on voit sur les collines voisines des couches entières composées de ces cailloux de quartz arrondis et roulés par les eaux** : ces collines ou montagnes inférieures sont évidemment de seconde formation; et quelquefois ces quartz roulés s’y trouvent mêlés avec la pierre calcaire, et tous deux ont également été transportés et déposés par le mouvement des eaux.

Avant de terminer cet article du quartz, je dois remarquer que j’ai employé partout, dans mes Discours sur la théorie de la terre et dans ceux des époques de la nature, le mot de roc vif pour exprimer la roche quartzcuse de l’intérieur du globe et du noyau des montagnes; j’ai préféré le nom de roc vif à celui du quartz, parce qu’il présente une idée plus familière et plus étendue, et que cette expression, quoique moins précise, suffisait pour me faire entendre; d’ailleurs, j’ai souvent compris sous la dénomination de roc vif non-seulement le quartz pur, mais aussi le quartz mêlé de mica, les jaspes, porphyres, granités et toutes les roches vitreuses en grandes masses que le feu ne peut calciner, et qui par leur dureté étincellent

O. Mém. de l’Académie des Sciences, armée 1762, page 639.

b. Hist. nat. d'Espagne , par M. Bowles, pages 179 et 188.

DU QUARTZ

avec Tacier. Les rocs vitreux primitifs diffèrent des rochers calcaires nonseulement par leur essence, mais aussi par leur disposition; ils ne sont pas posés par bancs ou par couches horizontales, mais ils sont en pleines masses comme s’ils étaient fondus d’une seule pièce®, autre preuve qu’ils ne tirent pas leur origine du transport et du dépôt des eaux. La dénomination générique de roc vif suffisait aux objets généraux que j’avais à traiter; mais aujourd’hui qu’il faut entrer dans un plus grand détail, nous ne parlerons du roc vif que pour le comparer quelquefois à la roche morte, c’est-à-dire à ce même roc quand il a perdu sa dureté et sa consistance par l’impression des éléments humides à la surface de la terre, ou lorsqu’il a été décomposé dans son sein par les vapeurs minérales.

Je dois encore avertir que quand je dis et dirai que le quartz, le jaspe, l’argile pure, la craie et d’autres matières sont infusibles, et qu’au contraire le feldspath, le schorl , la glaise ou argile impure, la terre limoneuse et d’autres matières sont fusibles, je n’entends jamais qu’un degré relatif de fusibilité ou d’infusibilité ; car je suis persuadé que tout dans la nature est fusible, puisque tout a été fondu’, et que les matières qui, comme le quartz et le jaspe, nous paraissent les plus réfractaires à l’action de nos feux, ne résisteraient pas à celle d’un feu plus violent. Nous ne devons donc pas admettre, en histoire naturelle, ce caractère d’infusibilité dans un sens absolu, puisque cette propriété n’est pas essentielle, mais dépend de notre art et même de l’imperfection de cet art, qui n’a pu nous fournir encore les moyens d’augmenter assez la puissance du feu pour refondre quelquesunes de ces mêmes matières fondues par la nature.

Nous avons dit ailleurs* que le feu s’employait de trois manières, et que dans chacune les effets et le produit de cet élément étaient très-différents : la première de ces manières est d’employer le feu en grand volume, comme dans les fourneaux de réverbère pour la verrerie et pour la porcelaine; la seconde, en plus petit volume, mais avec plus de vitesse au moyen des soufflets ou des tuyaux d’aspiration, et la troisième en très-petit volume, mais en masse concentrée au foyer des miroirs : j’ai éprouvé, dans un fourneau de glacerie®, que le feu en grand volume ne peut fondre la mine de fer en grains, même en y ajoutant des fondants'^; et néanmoins le feu, quoiqu’en moindre volume, mais animé par l’air des soufflets, fond celte même mine de fer sans addition d’aucun fondant. La troisième manière par laquelle on concentre le volume du feu au foyer des miroirs ardents est la

a. « Dans les plus hautes montagnes, on ne rencontre point le roc par bancs; il est solide « partout et comme s’il était fondu d’une pièce. » Instruction sur l’art des mines, par M. Delius, traduite de l’aUemand, t. I, p. 7.

h. Tome IX , page 29 et suiv.

c. A Rouelle en Bourgogne , où il se fait de très-belles glaces.

d. Tome IX, page 3G et suiv.

1..... Puisque tout a été fondu. Voyez la note de la page 10.

DU QUARTZ

plus puissante et en même temps la plus sûre de toutes, et l’on verra, si je puis achever mes expériences au miroir à échelons, que la plupart des matières regardées jusqu’ici comme infusibles ne l’étaient que par la faiblesse de nos feux. Mais, en attendant cette démonstration’, je crois qu’on peut assurer, sans craindre de se tromper, qu’il ne faut qu’un certain degré de feu pour fondre ou brûler, sans aucune exception, toutes les matières terrestres de quelque nature qu’elles puissent être; la seule différence, c’est que les substances pures et simples sont toujours plus réfractaires au feu que les matières composées, parce que, dans tout mixte, il y a des parties que le feu saisit et dissout plus aisément que les autres, et ces parties une fois dissoutes servent de fondant pour liquéfier les premières.

Nous exclurons donc de l’histoire naturelle des minéraux ce caractère d’infusibilité absolue, d’autant que nous ne pouvons le connaître que d’une manière relative, même équivoque, et jusqu’ici trop incertaine pour qu’on puisse l’admettre, et nous n’emploierons : 1" que celui de la fusibilité relative ; 2“ le caractère de la calcination ou non-calcination avant la fusion, caractère beaucoup plus essentiel, et par lequel on doit établir les deux grandes divisions de toutes les matières terrestres, dont les unes ne se convertissent en verre qu’après s’être calcinées, et dont les autres se fondent sans se calciner auparavant; 3“ le caractère de l’effervescence avec les acides, qui accompagne ordinairement celui de la calcination; et ces deux caractères suffisent pour nous faire distinguer les matières vitreuses des substances calcaires ou gypseuses; 4“ celui d’étinceler ou faire feu contre l’acier trempé, et ce caractère indique plus qu’aucun autre la sécheresse et la dureté des corps; 5“ la cassure vitreuse, spathique, terreuse ou grenue, qui présente à nos yeux la texture intérieure de chaque substance; 6° enfin les couleurs qui démontrent la présence des parties métalliques dont les différentes matières sont imprégnées. Avec ces six caractères, nous tâcherons de nous passer de la plupart de ceux que les chimistes ont employés; ils ne serviraient ici qu’à confondre les productions de la nature avec celles d’un art qui quelquefois, au lieu de l’analyser, ne fait que la défigurer^; le feu n’est pas un simple instrument dont l’action soit bornée à diviser ou dissoudre les matières : le feu est lui-même une matière ^ qui s’unit aux autres, et qui en sépare et enlève les parties les moins fixes ; en sorte qu’après le travail de cet élément, les caractères naturels de la plupart des substances sont ou détruits ou changés, et que souvent même l’essence de ces substances en est entièrement altérée.

Le naturaliste, en traitant des minéraux, doit donc se borner aux objets

1. Elle a été donnée depuis. Voyez les notes 1 et 2 de la page 36 du IX® volume.

2. Buffon ne parlerait plus ainsi de la chimie de nos jours : la chimie en est Tenue à ana-

lyser la nature, sans la défigurer. (Voyez les notes du IX® Tolume. )

3. Le feu n’est pas une matière. (Voyez les notes du IX® volume. )

DU QUARTZ

que lui présente la nature, et renvoyer aux artistes tout ce que l’art a produit : par exemple, il décrira les sels qui se trouvent dans le sein de la terre, et ne parlera des sels formés dans nos laboratoires que comme d’objets accessoires et presque étrangers à son sujet; il traitera de même des terres argileuses, calcaires, gypseuses et végétales, et non des terres qu’on doit regarder comme artificielles, telles que la terre alumineuse, la terre sedlitienne et nombre d’autres qui ne sont que des produits de nos combinaisons; car, quoique la nature ait pu former en certaines circonstances tout ce que mos arts semblent avoir créé, puisque toutes les substances et même les éléments sont convertibles* par ses seules puissances % et, que pourvue de tous les principes, elle ait pu faire tous les mélanges, nous devons d’abord nous borner à la saisir par les objets qu’elle nous présente et nous en tenir à les exposer tels qu’ils sont, sans vouloir la surcharger de toutes les petites combinaisons secondaires que l’on doit renvoyer à l’histoire de nos arts.

DU JASPE

Le jaspe^ n’est qu’un quartz plus ou moins pénétré de parties métalliques ; elles lui donnent les couleurs et rendent sa cassure moins nette que celle du quarlz; il est aussi plus opaque; mais comme, à la couleur près, le jaspe n’est composé que d’une seule substance, nous croyons qu’on peut le regarder comme une sorte de quartz, dans lequel il n’est entré d’autres mélanges que des vapeurs métalliques; car, du reste, le jaspe, comme le quartz, résiste à l’action du feu ^et à celle des acides; il étincelle de même avec l’acier; et, s’il est un peu moins dur que le quartz, on peut encore attribuer cette différence à la grande quantité de ces mêmes parties métalliques dont il est imprégné**: le quartz, le jaspe, le mica, le feldspath et le schorl doivent être regardés comme les seuls verres primitifs; toutes les autres matières vitreuses en grandes masses, telles que les porphyres, les

a. Voyez le Discours sur les éléments, t. IX.

h. Le jaspe, selon M. Démeste, n’est qu’une sorte de quartz : « Les jaspes, dit-il, sont des « masses quartzeuses, opaques, très-dures, et qui varient beaucoup par les couleurs; ils se « rencontrent par filons, et forment même quelquefois des rochers fort considérables : le « jaspe a presque toujours un œil gras et luisant à sa surface. » Lettres à M. le docteur Bernard, t. I, p. 430.

1. Les éléments ne sont point convertibles. Nulle substance primitive et simple ne peut être convertie en une autre.

2. Le jaspe est un quartz opaque, et mélangé de diverses matières étrangères qui le colorent.

3. Voyez la note 2 delà page 11. — « Il faut remarquer que quelques jaspes qui renferment « une grande quantité d’argile ferrugineuse, ou de calcaire, deviennent fusibles au cbalu- « meau. » ( Beudant, j

DU JASPE

granités et les grès, ne sont que des mélanges ou des débris de ces mêmes verres, qui ont pu, en se combinant deux à deux, former dix matières différentes®, et combinées trois à trois ont de même pu former encore dix autres matières**; et enfin, combinées quatre à quatre ou mêlées toutes cinq ensemble, ont encore pu former cinq matières différentes

Quoique tous les jaspes aient la cassure moins brillante que celle du quartz, ils reçoivent néanmoins également le poli dans tous les sens; leur tissu très-serré a retenu les atomes métalliques dont ils sont colorés, et les métaux ne se trouvant en grande quantité qu’en quelques endroits du globe, il n’est pas surprenant qu’il y ait dans la nature beaucoup moins de jaspe que de quartz; car il fallait pour former les jaspes cette circonstance de plus, c’est-à-dire un grand nombre d’exhalaisons métalliques, qui ne pouvaient être sublimées que dans les lieux abondants en métal : l’on peut donc présumer que c’est par cette raison qu’il y a beaucoup moins de jaspes que de quartz, et qu’ils sont en masses moins étendues.

Mais de la même manière que nous avons distingué deux états dans le quartz, l’un très-ancien produit par le feu primitif, et l’autre plus nouveau occasionné par la stillation des eaux, de même nous distinguerons deux états dans le jaspe : le premier, où, comme le quartz, il a été formé en grandes masses ^ dans le temps de la vitrification générale ; et le second où la stillation des eaux a produit de nouveaux jaspes aux dépens des premiers ; et ces nouveaux jaspes étant des extraits du jaspe primitif, comme le cristal de roche est un extrait du quartz , ils sont pour la plupart encore plus purs et d’un grain plus fin que celui dont ils tirent leur origine; mais nous devons renvoyer à des articles particuliers l’examen des cristaux de

a. 1» Quartz et jaspe ; 2» quartz et mica; 3'’ quartz et feldspath; 4» quartz et schorl; 5» jaspe et mica; 6° jaspe et feldspath; 7» jaspe et schorl; 8<> mica et feldspath; 9» mica et schorl; 10» feldspath et schorl.

h. 1» Quartz, jaspe et mica; 2» quartz, jaspe et feldspath; 3» quartz, jaspe et schorl; 4» quartz, mica et feldspath ; 5» quartz, mica et schorl; 6" quartz, feldspath et schorl; 7» jaspe, mica et feldspath; 8» jaspe, mica et schorl; 9® jaspe, feldspath et schorl; 10» mica, feldspath et schorl.

c. 1° Quartz, jaspe, mica et feldspath; 2» quartz, jaspe, mica et schorl; 3» quartz , jaspe, feldspath et schorl; 4» jaspe, mica, feldspath et schorl; 5« euflu, quartz, jaspe, mica, feldspath et schorl : eu tout viugt-cioq combinaisons ou matières différentes.

d. M. Ferber a vu (à Florence, dans le cabinet de M. Targioni Tozzetti) du jaspe rouge sanguin, veiné de blanc, provenant de Barga, dans les Apennins de la Toscane, où des couches considérables et même des montagnes entières sont, dit-il, formées de jaspe.

Les murs de la Gapella di San-Lorenzo, à Florence, sont revêtus de très-belles et grandes plaques de ce jaspe qui prend très-bien le poli.

Un peu au-dessous du château de Montieri, dans le pays de Sienne , est la montagna di Montieri , formée de schiste micacé ; on y trouve d’anciennes minières d’argent , de cuivre et de plomb, et une grande couche, au moins de trois toises d’épaisseur, d’un gros jaspe rouge, qui s’étend jusqu’au Gastello di Gerfalco ; mais ce lit étant composé de plusieurs petites couches minces qui ont beaucoup de fentes, on ne peut pas s’en servir. Lettres sur la Minéralogie, etc., page 109.

DU JASPE

roche et des autres pierres vitreuses, opaques ou transparentes que nous ne regardons que comme des stalactites du quartz, du jaspe et des autres matières primitives ces substances secondaires, quoique de même nature que les premières, n’ayant été produites que par l’intermède de l’eau , ne doivent être considérées qu’après avoir examiné les matières dont elles tirent leur origine, et qui ont été formées par le feu primitif. Je ne vois donc, dans toute la nature, que le quartz, le jaspe, le mica, le feldspath et le schorl qu’on puisse regarder comme des matières simples ou presque simples, et auxquelles on peut ajouter encore le grès pur, qui n’est qu’une agrégation de grains quartzeux, et le talc qui de même n’est composé que de paillettes micacées. Nous séparons donc de ces verres primitifs tous leurs produits secondaires, tels que les cailloux, agates, cornalines, sardoines, jaspes-agatés et autres pierres opaques ou demi-transparentes, ainsi que les cristaux de roche et les pierres précieuses, parce qu’elles doivent être mises dans la classe des substances de dernière formation.

Le jaspe primitif a été produit par le feu presque en même temps que le quartz , et la nature montre elle-même en quelques endroits comment elle a formé le jaspe dans le quartz. « On voit dans les Vosges lorraines, dit un « de nos plus habiles naturalistes une montagne où le jaspe traverse et « serpente entre les masses de quartz par larges veines sinueuses qui repré- « sentent les soupiraux par lesquels s’exhalaient les sublimations métalli- « quesj car toutes ces veines sont diversement colorées, et, partout où elles « commencent à prendre des couleurs, la pâte quartzeuse s’adoucit et « semble se fondre en jaspe , en sorte qu’on peut avoir dans le même « échantillon, et la matière quartzeuse et le filon jaspé. Ces veines de jaspe « sont de différentes dimensions ; les unes sont larges de plusieurs pieds , « et les autres seulement de quelques pouces ; et partout où la veine n’est « pas pleine, mais laisse quelques bouillons ou interstices vides, on voit de « belles cristallisations dont plusieurs sont colorées. On peut contempler en « grand ces effets de la nature dans cette belle montagne ; elle est coupée « à pic, par différents groupes, sur trois et quatre cents pieds de hauteur ; « et sur ses flancs couverts d’énormes quartiers rompus et entassés, comme « de vastes ruines, s’élèvent encore d’énormes pyramides de ce même

a. Le jaspe rouge, dans lequel M. Ferber dit avoir vu des coquilles pétrifiées, est certainement un de ces jaspes de seconde formation. Voyez ses Lettres sur la Minéralogie , etc., p. 19; il s’e.xplique lui-mème de manière à n’en laisser aucun donte : « La superficie des montagnes « calcaires des environs de Brescia, dit-il (page 33), est composée de petites couches dans « lesquelles on découvre du jaspe , de la pierre à fusil de couleur rouge et noire; on nomme « ces couches la scaglia; c’est dans ces environs qu’on vient de trouver des coquilles pétrifiées « dans du jaspe rouge mêlé de quartz. » Ce jaspe, produit dans des couches calcaires , est une stillation vitreuse , comme le silex avec lequel il se trouve. Voyez les mêmes Lettres sur la Minéralogie.

b. M. l’abhé Bexon , grand chantre de la Sainte-Chapelle de Paris.

DU JASPE

« rocher, tranché et mis à pic du côté du vallon. Cette montagne, la der- « mère des Yosges lorraines, sur les confins de la Franche-Comté , à rente trée du canton nommé le Val d’Ajol'^, fermait en effet un vallon très-pro- « fond, dont les eaux par un effort terrible ont rompu la barrière de roche, « et se sont ouvert un passage au milieu de la masse de la montagne, dont « les hautes ruines sont suspendues de chaque côté. Au fond coule un tor- « rent, dont le bruit accroît l’émotion qu’inspire l’aspect menaçant et la « sauvage beauté de cet antique temple de la nature, l’un des lieux du « monde peut-être où l’on peut voir une des plus grandes coupes d’une « montagne vitreuse, et contempler plus en grand le travail de la nature « dans ces masses primitives du globe*. »

On trouve, en Provence, comme en Lorraine, de grandes masses de Jaspe, particulièrement dans la forêt de l’Esterelle; il s’en trouve encore plus abondamment en Allemagne, en Bohême, en Saxe, et notamment à Freyberg J’en ai vu des tables de trois pieds de longueur, et l’on m’a assuré qu’on en avait tiré des morceaux de huit à neufs pieds dans une carrière de l’archevêché de Saltzbourg.

Il y aussi des jaspes en Italie*^, en Pologne aux environs de Varsovie et de Grodno % et dans plusieurs autres contrées de l’Europe. On en retrouve en Sibérie ; il y a même près d’Argun f une montagne entière de jaspe

a. Les gens du pays nomment la montagne Chanaroux, et sa vallée les Vargottes; elle est située à deux lieues au midi de la ville de Remiremont , et une lieue à l’orient du bourg de Plombières, fameux par ses eaux minérales chaudes.

h. Mémoires sur l’histoire naturelle de la Lorraine, communiqués par M. l’abbé Bexon.

c. On admire dans une 'salle du Trésor royal de Dresde, dit M. Keysler, un dessus de table d’un jaspe traversé de belles veines de cristal et d’améthyste: ce jaspe se trouve à quatre milles de Dresde , dans le territoire de Freyberg ; il n’y a que peu d’années qu’on le reconnut pour ce qu'il est ; autrefois les paysans se servaient souvent de pierres semblables , pour faire les murs dont ils ont coutume d’entourer quelques-unes de leurs terres. Journal étranger, mois d’octobre 1755 , page 166.

d. On trouve dans les églises, dans les palais et les cabinets d’antiquités de Rome et d’autres villes d’Italie:

1“ Le diaspro sanguigno ou heliotropio, qui est oriental; il est vert avec de petites taches couleur de sang :

2» Diaspro rosso ; on tire-la majeure partie de ce jaspe de la Sicile et de Barga en Toscane; il y en a très-peu qui soit antique ;

3» Diaspro giallo ; ü est brun jaunâtre avec de petites veines ondulées vertes et blanches ;

4» Diaspro fiorilo reticellato ; il est très-beau, le fond est blanc, transparent, agatisé , avec des taches brunes foncées , plus ou moins grandes , irrégulières , et des raies ou rubans de la même couleur : les taches sont entourées d’une ligne blanche opaque , couleur de lait, et quelquefois jaune. On voit, dans la belle maison de campagne de Mondragone et autre part, de très-belles tables composées de plusieurs petits morceaux réunis de cette espèce de pierre, elle est antique et très-rare : on a aussi du diaspro fiorito de Sicile , d’Espagne et de Constantinople, qui ressemble au diaspro fiorito reticellato. Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, pages 335 et 336.

e. Mémoire de M. Guettard, dans ceux de Y Académie des Sciences, année 1762, p. 243.

f. « Il y a en Sibérie une montagne de jaspe, située sur un faux bras de l’Argun: nous « montâmes cette montagne avec beaucoup de peine , parce qu’elle est fort rapide ; elle est

DU JASPE

vert ; enfin on a reconnu des jaspes jusques en Groenland Quelques voyageurs m’onl dit qu’il y en a des montagnes entières dans la haute Égypte, à quelques lieues de distance de la rive orientale du Nil. Il s’en trouve dans plusieurs endroits des Grandes-Indes, ainsi qu’à la Chine et dans d’autres provinces de l’Asie; on en a vu de même en assez grande quantité et de plusieurs couleurs différentes dans les hautes montagnes de l’Amérique ^

Plusieurs jaspes sont d’une seule couleur verte, rouge, jaune, grise, brune, noire et même blanche, et d’autres sont mélangés de ces diverses couleurs : on les nomme jaspes tachés, jaspes veinés, jaspes fleuris, etc. Les jaspes verts et les rouges sont les plus communs ; le plus rare est le jaspe sanguin, qui est d’un beau vert foncé avec de petites taches d’un rouge vif et semblables à des gouttes de sang, et c’est de tous les jaspes celui qui reçoit le plus beau poli. Le jaspe d’un beau rouge est aussi fort rare, et il y en a de seconde formation, puisqu’un morceau de ce jaspe rouge, cité par M. Ferber, contenait des impressions de coquilles Tous les jaspes qui ne

a composée d'ua beau jaspe vert; mais elle est fort eutremêlée de pierres sauvages, et l’on « trouve rarement des morceaux de trois livres pesant, qui soient sans crevasses et purs; car « quoiqu’on rencontre quelquefois des morceaux d’un à deux pieds , ils se fendent en long et « en large, étant exposés pendant quelques jours au grand air. On s’est donné jusqu’à présent « bien des peines inutiles pour trouver de plus gros morceaux dont on pùt faire des colonnes, « des tables, etc. ; il semble, parla même raison, qu’on n’a guère d’espérance d’être plus « heureux dans la suite ; on voit sur toute la montagne, par-ci par-là, des carrières dont on a « tiré anciennement plusieurs milliers de livres de cette pierre précieuse. » Voyage en Sibérie, par M. Gmelin , t. II, p. 81.

a. M. Crantz a vu, dans les montagmes du Groenland, du jaspe, soit jaune, soit rouge, avec des veines d’une blancheur transparente. Hist. gêner, des Voyages, t. XIX, p. 29.

b. Le jaspe est fort recherché à la Chine... on en fait des vases... et diverses sortes de bijoux... ce jaspe se nomme thuse dans le pays. On en distingue de deux espèces, dont l’une, qui est précieuse , est une sorte de gros cailloux qui se pèche dans la rivière de Kotau près de la ville royale de Kashgar... l’autre sorte se tire des carrières pour être scié en pièces d’environ deux pouces de large. Hist. génér. des Voyages , t. VU, p. 413. — Les montagnes de Tsengar, situées à l’une des extrémités septentrionales du Japon, fournissent des cornalines et du jaspe. Ibid , t. X , page 656.

c. Entre les minéraux de la Nouvelle-Espagne, on vante une espèce de jaspe que les Mexicains nomment esteU, de couleur d’herbe, avec quelques petites taches de sang... il s’en trouve une autre qu’ils appellent iztlia, yolli quatzalilztli moucheté de blanc... une troisième nommée tUayctic, de couleur plus obscure et sans taches, mais plus pesante, qui, appliquée sur le nombril, guérit les plus douloureuses coliques (ceci est vraisemblablement le jade, qu’on a, nommé pierre néphrétique)... Les montagnes de Gontacomapa et de Gualtepeque, à peu de distance de Ghiautla au Mexique , fournissent un beau jaspe vert qui approche du porphyre. Hist. génér. des Voyages , t. XII, p. 636... Le gouvernement de Sainte-Marthe a des carrières de jaspe et de porphyre, qui se trouvent dans la province de Tairona. Ibid. , t. XIV, page 403.

d. « Le P. Vigo, dominicain', à Morano, près de Venise, me fît voir, outre les coquilles « pétrifiées dans du jaspe rouge mêlé de quartz des environs de Brescia... des pétrifications et « impressions de cornes d’Amman, dans une pierre de corne ou pierre à fusil grise de l'ile de « Cérigo dans l’Archipel, qui appartient aux Vénitiens. » Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, p. 33.

DU JASPE

sont pas purs et simples, et qui sont mélangés de matières étrangères, sont aussi de seconde formation, et l’on ne doit pas les confondre avec ceux qui ont été produits par le feu primitif, lesquels sont d’une substance uniforme, et ne sont ordinairement que d’une seule couleur dans toute l’épaisseur de leur masse.

Le jade, que plusieurs naturalistes ont regardé comme un jaspe, me paraît approcher beaucoup plus de la nature du quartz ; il est aussi dur, il étincelle de même par le choc de l’acier, il résiste également aux acides, à la lime et à l’action du feu, il a aussi un peu de transparence, il est doux au toucher et ne prend jamais qu’un poli gras \ Tous ces caractères conviennent mieux au quartz qu’au jaspe, d’autant plus que tous les jades des Grandes-Indes et de la Chine sont blancs ou blanchâtres comme le quartz; et que de ces jades blancs au jade vert, on trouve toutes les nuances du blanc au verdâtre et au vert. On a donné à ce jade vert le nom de pierre des Amazones, parce qu’on le trouve en grande quantité dans ce fleuve qui descend des hautes montagnes du Pérou, et entraîne ces morceaux de jade avec les débris du quartz et des granités qui forment la masse de ces montagnes primitives.

DU MICA ET DU TALC

Le mica- est une matière dont la substance est presque aussi simple que celle du quartz et du jaspe, et tous trois sont de la même essence ; la formation du mica est contemporaine à celle de ces deux premiers verres ; il

a. M. de Saussure^ dit aA'oir remarqué dans certains granits, que « le quartz y semble changer « de nature, devenir plus dense et plus compacte, et prendre par gradations les caractères du « jade. » Voyage dans les Alpes, t. I , p. 104.

b. L'igiada des minéralogistes italiens, paraît être une espèce de jade; mais, si cela est, M. Ferber a tort de regarder l’igiada comme un produit de la pierre ollaire verte ; il y aurait bien plus de raison de regarder la pierre ollaire ’ comme une décomposition de la substance du jade en pâte argileuse. Voyer Ferber, p. 119.

1. Le jade est un silicate alcalin d’alumine et de chaux. C’est un feldspath , et non un quarts.

2. Il y a plusieurs variétés de micas , lesquelles diffèrent par leur composition chimique et par leurs propriélés physiques.

A prendre les micas en général, il y entre de la silice, de l’alumine , des oxydes de fer et de manganèse, de la magnésie, de la chaux, de la potasse, du fluor, de la lithine. M. Biot a étudié les propriétés optiques des différents micas.

3 (a). M. Beudant a donné au jade le nom de saussurite, à cause des belles études de Saus sure sur les euphotides des Alpes , roches dans la composition desquelles entre le jade.

4 (6). La pierre ollaire n’est ni un quartz ni un jade. Les pierres ollaires sont des serpentines ou des stéatites.

DU MICA ET DU TALC

ne se trouve pas comme eux en grandes masses solides et dures, mais presque toujours en paillettes et en petites lames minces et disséminées dans plusieurs matières vitreuses; ces paillettes de mica ont ensuite formé les talcs* qui sont de la même nature, mais qui se présentent en lames beaucoup plus étendues; ordinairement les matières en petit volume proviennent de celles qui sont en grandes masses; ici c’est le contraire, le talc en grand volume ne se forme que des parcelles du mica qui a existé le premier, et dont les particules s’étant réunies par l’intermède de l’eau, ont formé le talc , comme le sable quartzeux s’est réuni par le même moyen pour former le grès.

Ces petites parcelles de mica n’affectent que rarement une forme de cristallisation ; et comme le talc réduit en petites particules devient assez semblable au mica, on les a souvent confondus, et il est vrai que les talcs et les micas ont à peu près les mêmes qualités intrinsèques; néanmoins ils diffèrent en ce que les talcs sont plus doux au toucher que les micas, et qu’ils se trouvent en grandes lames, et quelquefois en couches d’une certaine étendue ; au lieu que les micas sont toujours réduits en parcelles, qui, quoique très-minces, sont un peu rudes ou arides au toucher : on pourrait donc dire qu’il y a deux sortes de micas, l’un produit immédiatement par le feu primitif, l’autre d’une formation bien postérieure et provenant des débris meme du talc dont il a les propriétés; mais tout talc paraît avoir commencé par être mica^; cette douceur au toucher, qui fait la qualité spécifique et la différence du talc au mica, ne vient que de la plus grande atténuation de ses parties par la longue impression des éléments humides. Le mica est donc un verre primitif en petites lames et paillettes très-minces, lesquelles d’une part ont été sublimées par le feu ou déposées dans certaines matières, telles que les granités au moment de leur consolidation, et qui d’autre part ont ensuite été entraînées par les eaux, et mêlées avec les matières molles, telles que les argiles, les ardoises et les schistes.

Nous avons dit, dans les volumes précédents que le verre, longtemps exposé à l’air, s’irise et s’exfolie par petites lames minces, et qu’en se décomposant il produit une sorte de mica qui d’abord est assez aigre, et devient ensuite doux au toucher, et enOn se convertit en argile. Tous les verres primitifs ont dû subir ces mêmes altérations lorsqu’ils ont été trèslongtemps exposés aux éléments humides, et il en résulte des substances nouvelles, dont quelques-unes ont conservé les caractères de leur première origine; les micas en particulier, lorsqu’ils ont été entraînés par les eaux, ont formé des amas et même des masses en se réunissant; ils ont produit

a. Tome IX , page 512.

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