Tous les schorls sont différents des feklspaths
2. Ce ne sont pas les substances les plus simples. ( Voyez les notes précédentes. )
DES HOCHES VITFÎEUSES.
liant seulement deux à deux, ont pu former dix matières différentes, et de ces dix combinaisons il n’y en a que trois qui n’existent pas ou du moins qui ne soient pas connues.
Les dix combinaisons de ces cinq verres primitifs pris deux à deux sont :
1“ Le quartz et le jaspe : cette matière se trouve dans les fentes perpendiculaires et dans les autres endroits où le jaspe est contigu au quartz; ils sont même quelquefois comme fondus ensemble dans leur jonction, et quelquefois aussi le quartz forme des veines dans le jaspe. J’ai vu une plaque de jaspe noir traversée d’une veine de quartz blanc.
2“ Le quartz et le mica : cette matière est fort commune, et se trouve par grandes masses et même par montagnes ; on pourrait l’appeler quartz micacé
a. « La pierre, dit M. Ferber, que les Allemands appellent schiste corné ou schiste de corne, a est formée de quartz et de mica, et ce schiste de corne n’est pas la même chose que la pierre « de corne ; celle-ci est une espèce de silex ou pierre à fusil. »
Nous ne pouvons nous dispenser d’observer que cet habile minéralogiste est ici tombé dans une double méprise : d’abord il n’y a aucun schiste qui soit formé de quartz et de mica, et il n’eût point dû appliquer à ce composé de quartz et de mica le nom de sch'ste de cm ne, puisqu’il dit que ce sclriste de corne n’a rien de commun avec la pierre de corne qui, selon lui, est un silex, ce qui est une seconde méprise, car la pierre de corne ‘ n’est point un silex, mais une pierre composée de schiste et de matière calcaire; tout quartz mêlé de mica doit être appelé quartz micacé tant que le mica n’a pas changé de nature, et, lorsque par sa décomposition il s’est converti en argile ou en schiste, il faut nommer quartz schisteux ou schiste quarlzeiix lo. par pierre composée des deux.
« 11 y a dans le Piémont, continué M. Ferber, des montagnes calcaires et des montagnes « quartzeuses; celles-ci ont des raies plus ou moins foites de mica, et c’est de cette espèce de « pierres que sont formées les montagnes voisines de Turin. On les nomme sarris; on s’en sert « pour les fondations des bâtiments, pour des colonnes, etc. » Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, page 456.
Le même M. Ferber (page 344), en parlant d’un prétendu granit à deux substances, quartz et mica, s’exprime encore dans les termes suivants ; « Quand il n’entre point du tout de spath « dur ( feldspath) dans la composition des granités, on nomme alors ce mélange de quartz et de « mica hornberg, hornfels, gestellstein, ce qui vient de l’usage qu’on en fait dans les fourneaux « de fonderie ; lorsque le mica y est plus abondant, la pierre est schisteuse. »
Le nom de gestellstein (pierre de fondement ou base des fourneaux), me parait aussi impropre que celui de schiste corné , pour désigner la matière vitreuse qui n'est composée que de quartz et de mica et non de schiste; et M. le baron de Dietrich remarque avec raison (p. 4U1 et 492 des Lettres sur la Minéralogie, note du traducteur ) « qu’il y a beaucoup dérochés com- « posées qui n’ont aucune dénomination; que d’autres, au contraire, en ont tant et de si indé- « terminées que l’on ne s’entend point lorsqu’on se sert de ces noms : par exemple, le granité, « la roche cornée, ce qu’on nomme en allemand gestellstein, sont des noms que l’on confond « souvent et que Ton applique mal. Chaque granité, proprement dit, doit renfermer du quartz, « du spath dur (feldspath) et du mica; mais on nomme aussi grande cette même espèce de « pierre quand il n’y a pas de feldspath, tandis qu’ alors elle doit être nommée roche cornée « (en suédois , graeberg); caries parties essentielles de la roche cornée sont du quartz, dans « lequel il y a des taches ou des raies grossières de mica , séparées les unes des autres ; mais « lorsque ces raies de mica sont très-rapprochées, et que par là la roche devient schisteuse ou « feuilletée, on la nomme en allemand gestellstein , d’après l’usage que l’on en fait pour les
1 (a). Pierre de corne. On a donné ce nom à trois espèces de roches différentes, dont l’aspect offre plus ou moins d’analogie avec la corne ; au quartz-agate grossier, au pétrosilex, et à la corné enne , ou amphibole compacte.
DES ROCHES VITREUSES
3“ Le quartz et le feldspath : il y a des roches de celte matière en Provence et en Laponie, d’où M. de Maiipertuis nous en a apporté un échantillon Quelques naturalistes ont appelé cette pierre (jranite simple , parce qu’elle ne contient que du quartz et du feldspath sans mélange de mica ni de schorl ; et c’est de cette même composition qu’est formée la roche de Provence décrite par M. Angerslein*' sous le nom mal appliqué de pélrosilex.
« fourneaux On désigne aussi par roche de corne quelques cailloux [pétrosilex] on ne
« devrait donner le nom de schiste corné qu’à l’espèce de pierre dans laquelle le quartz est O intimement lié avec le mica, de manière qu’ils ne sauraient être distingués l'un de l’autre à « la vue. »
Le savant traducteur finit, comme l’on voit, à l’égard du prétendu schiste corné, par tomber dans la mauvaise application des noms qu’il censure.
а. Il s’en est aussi trouvé depuis. dans les Alpes : « J’ai trouvé dans les environs de Genève , « dit M. de Saussure, deux variétés du granité simple, c’est-à-dire composé seulement de « quartz et de feldspath : dans l’une, un feldspath blanc forme le fond de la pierre, et le quartz « y est parsemé par petits grains; dans l’autre un feldspath de couleur fauve est entremêlé, à « dose à peu près égale, avec du quartz blanc fragile. » Voyage dans les Alpes, t. 1, p. 103.
б. « Dans la forêt de l'Esterelle en Provence , entre Cannes et Fréjus, il y a une montagne « de roche grossière et grisâtre , entremêlée de mica , de quartz et de feldspath , les mêmes « espèces qui entrent dans la composition des granités, avec cette différence qu’elles sont plus « mûres, plus fines et plus compactes dans ceux-ci que dans l’autre... Et plus loin ou trouve « une pierre rougeâtre appelée pétrosilex , c’est-à-dire caillou de roche, qui est la mère des « porphyres et des jaspes, de même que la pierre brute grise, dont je viens de parler, est « la mère des granités. On trouve des pétrosilex qui sont noirs, bruns, rougeâtres, verts et « bleuâtres.
« A mesure qu’on avance, cette pierre devient plus dure; on y voit des taches opaques d’un « petit feldspath, semblables à celles qu’on voit dans le porphyre d’Égypte : on y aper çoit aussi « de petites taches de plomb, lesquelles se trouvent aussi, quoiqire rarement, dans les por- <( phyres antiques ; ces taches sont cristallisées comme les autres ; mais on j uge par la couleur « que c’est un minéral qu’on appelle molybdène, lequel, aussi bien que le schorl ou le corneus « cristallisatus, peut être compté parmi les minéraux inconnus... Vers le sommet de la mon- « tagne de l’Esterelle, ce même porphyre acquiert encore une autre sorte de taches qui, par leur « transparence, ressemblent au verre, étant formées en cristaux spatheux, pyramidaux et « pointus aux deux bouts ; mais, à mesure que les taches nouvelles s’accroissent, les autres dis- « paraissent. Ce nouveau porphyre est plus beau que l’autre dans son poli, et ses taches devien- « lient entièrement transparentes quand on le scie en plaques minces. »
Je remarquerai que cette pierre, que M. Angerstein a ci-devant regardée comme la mère du porphyre , devient ici une matière dont la finesse de grain, la dureté et la consistance l’ont déterminé à placer cette pierre parmi les jaspes.
« En avançant quelques lieues, continue-t-il, dans les bois de l’Esterelle , on ne remarque « plus qu’une continuité de ce changement alternatif de porphyre et de jaspe; mais dans « certains endroits, et surtout du côté de Fréjus, ces deux sortes de pierre sont amoncelées et « congelees l'une avec l’autre , et forment un produit qui a le caractère du marbre sérancolin « des Pyrénées.
« Au sud-ouest, on trouve au piel de la mmtagne le pétrosilex: dans cet endroit il est tantôt « rouge brun, tantôt tirant sur le bleu céleste , tantôt sur le vert; ce qui fait présumer que l’on « pourrait y trouver encore des jaspes et des porphyres verts et bleuâtres, parce qu’on a vu « ci-devant que le pétrosilex, ou le caillou de roche d’un rouge brun, a donné l’origine aux « jaspes et aux porphyres de la même couleur.
« Eu dernier lieu , on remarque une petite colline d’une pierre appelée corneus, d’un gris K foncé, mêlée de fibres en forme de petits filets, et de taches de spath cristallisé à quatorze
DES ROCHES VITREUSES
4“ Le quartz et le scliorl : cette matière est composée de quartz blanc ou blaiicluâtre et de scliorl, tantôt noir et tantôt vert ou verdâtre, distribué par taches irrégulières j ce premier mélange, taché de noir sur un fond blanc, a été nommé improprement /ors/ic d’Égypte et granité oriental, et le second mélange a été tout aussi mal nommé porphyre vert. Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire d’avertir que cette pierre quartzeuse, tachetée de noir ou de vert par le mélange d’un schorl de l’une ou de l’autre de ces couleurs, n’est ni jaspe, ni granité, ni porphyre; j’ignore si cette matière se trouve çn grande masse, mais je sais qu’elle reçoit un beau poli et qu’elle frappe agréablement les yeux par le contraste des couleurs.
5° Le jaspe et le mica ; cette combinaison n’existe peut-être pas dans la nature ; du moins je ne connais aucune substance qui la représente; et lorsque le mica se trouve avec le jaspe il est seulement uni légèrement à sa surface et non pas incorporé dans sa substance.
6“ Le jaspe et le feldspath , et 7" le jaspe et le schorl : ces deux mélanges forment également des porphyres.
8“ Le mica et le feldspath : il en est de ce mélange, à peu près comme du cinquième , c’est-à-dire de celui du jaspe et du mica; on trouve en effet du feldspath couvert et chargé de mica, mais qui n’est point incorporé dans sa substance.
9" Le mica et le schorl : cette combinaison ne m’est pas mieux connue, et peut-être n’existe pas plus dans la nature que la précédente et la cinquième.
10“ Le feldspath et le schorl : ce miîlange est celui qui a formé la matière des ophites *, dont il y a plusieurs variétés; mais toutes com-
« pans, et quelquefois congelées en forme de grappes : arrivé à Fréjus, toutes ces pierres dis- « paraissent. » Remarques sur les montagnes de Provence, par M. Angerstein , dans les Mém ires des savants étrangers , t. II.
Nous devons faire observer que cette idée de M. Angerstein, de regarder la roche grossière et grisâtre de la forêt de TEsterelle en Provence comme la mère des granités , est sans aucun fondement; car les granités ne sont pas des pierres enfantées immédiatement par d’autres pierres, et cette prétendue mère des granités n’est elle-même qu’un granité gris qui ressemble aux autres par sa composition , puisqu’il contient du quartz, du mica et de feldspath , de l’aveu même de l’auteur II dit de même que son pétrosilex est la mère des porphyres et des jaspes, ce qui n’est pas plus fondé , puisque ni le jaspe ni le porphyre ne contiennent point do q artz ; tandis que ce prétendu pétrosilex, étant composé de quartz et de feldspath, n’a point de rapport avec les jaspes î il est du nombre des matières de la troisième combinaison dont nous venons de parler, ou, si l’on veut, il fait la nuance entre cette pierre et les granités, parce qu’on y voit quelques taches de plomb noir ou molybdène, qui, comme Ton sait, est une mati're micacée ; il n’est donc pas possible que ce pétrosilex ait produit des jaspes, puisqu’il n’en contient pas la matière; ainsi la distinction que cet observateur fait entre le granité, la roche grisâtre, mère des granités, et son pétrosilex, mère des porphyres et des jaspes, ne me parait pas établie sur une juste comparaison; et, de plus, nous verrons que le vrai pétrosilex est une matière différente de celle à laquelle M. Angerstein en applique ici le nom.
1. Ophites. Ce nom a été donné à des roches très-différentes : aux porphyres verts, à la dioritine , etc., etc.
DES ROCHES VITREUSES
posées de feldspath plus ou moins mêlé de schorl de différentes couleurs.
Des dix combinaisons de ces mêmes cinq verres primitifs, pris trois à trois, et qui dans la spéculation paraissent être également possibles, nous n’en connaissons néanmoins que trois, dont deux forment les granités, et la troisième un porphyre différent des deux premiers : car, 1° le quartz , le feldspath et le mica composent la substance de plusieurs granités; 2“ d’autres granités au lieu de mica sont mêlés de schorl; et 3" il y a du porphyre composé de jaspe, de feldspath et de schorl.
Enfin des quatre combinaisons des cinq verres primitifs pris quatre à quatre, nous n’en connaissons qu’une qui est encore un granité, dans la la composition duquel le quartz, le mica , le feldspath et le schorl se trouvent réunis. Je doute qu’il y ait aucune matière de première formation qui contienne ces cinq matières ensemble ; tant il est vrai que la nature ne s’est jamais soumiseànos abstractions! carde ces vingt-cinq combinaisons, toutes également possibles en spéculation, nous n’en pouvons compter en réalité que onze, et peut-être même dans ce nombre y en a-t-il quelquesunes qui n’ont pas été produites comme les autres par le feu primitif, et qui n’ont été formées que des détriments des premières réunis par l’intermède de l’eau.
Quoi qu’il en soit, le porphyre' est la plus précieuse de ces matières composées; c'est, après le jaspe, la plus belle des substances vitreuses en grandes masses; il est, comme nous venons de le dire, formé de jaspe, de feldspath et de petites parties de schorl incorporées ensemble. On ne peut le confondre avec les jaspes, puisque ceux-ci sont d’une substance simple et ne contiennent ni feldspath, ni schorl ; on ne doit pas non plus mettre le porphyre au nombre des granités, parce qu’aucun granité ne contient du jaspe, et qu’ils sont composés de trois et même de quatre autres substances qui sont le quartz, le feldspath, le schorl et le mica; de ces trois ou quatre substances, il n’y a que le feldspath et le schorl qui soient communs aux deux; le porphyre a donc sa nature propre et particulière, et il parait être plus éloigné du granité que du jaspe; car le quartz, qui entre toujours dans la composition des granités ne se trouve point dans les porphyres qui tous ne contiennent que du jaspe, du feldspath et du schorl.
Le nom de porphyre semblerait désigner exclusivement une matière d’un rouge de pourpre, et c’est en effet la couleur du plus beau porphyre; mais cette dénomination s’est étendue à tous les porphyres de quelque cou-
1. On nomme porphyres des roches composées d’une pâte compacte de pélrosilex amphiboleux, et enveloppant des cristaux de feldspath, des grains de quartz, de mica, etc.
2. Le quartz entre dans quelques-unes des variétés du porphyre.