Voyez la note 1 de la page
3. La simplicité de la nature. On n’atteint j usqu’à la simplicité de la nature que par une analyse longue et profonde des phénomènes, et l’on voit alors combien la limite en est reculée : il ne faut pas se trop presser de poser cette limite.
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vitrioliqiie est le plus puissant des acides, il s’est cru fondé à le regarder comme l'acide primitif; c’était ce qu'il pouvait penser de mieux dans un temps ofi l’on n’avait que des idées confuses de l’acide aérien, qui est nonseulement plus simple, mais plus universel que l’acide vitriolique; mais lorsque cet habile homme a prétendu que son acide universel et primitif n’est composé que de terre et d’eau, il n’a fait que mettre en avant une supposition dénuée de preuves et- contraire à tous les phénomènes, puisque de fait, l’air et le feu entrent peut-être plus que la terre et l’eau dans la substance de tout acide, et que ces deux éléments constituent seuls l’essence de l’acide primitif.
Des quatre éléments qui sont les vrais principes de tous les corps, le feu seul est actif; et lorsque l’air, la terre et l’eau exercent quelque impression, ils n’agissent que par le feu qu’ils renferment, et qui seul peut leur donner une puissance active: l’air surtout, dont l’essence est plus voisine de celle du feu que celle des deux derniers éléments, est aussi plus actif. L’atmosphère est le réceptacle général de toutes les matières volatiles ; c’est aussi le grand magasin de l’acide primitif, et d’ailleurs tout acide considéré en lui-même, surtout lorsqu’il est concentré, c’est-à-dire séparé autant qu’il est possible de l’eau et de la terre, nous présente les propriétés du feu animé par l’air : la corrosion par les acides minéraux n’est-elle pas une espèce de brûlure? La saveur acide, amère ou âcre de tous les sels, n’est-elle pas un indice certain de la présence et de l’action d’un feu qui se développe dès qu’il peut, avec l’air, se dégager de la base aqueuse ou terreuse à laquelle il est uni Et cette saveur, qui n’est que la mise en liberté de l’air et du feu, ne s’opèret-elle pas par le contact de l’eau et de toute matière aqueuse, telle que la salive, et même par l’humidité de la peau? Les sels ne sont donc corrosifs et même sapides que par le feu et l’air qu’ils contiennent. Cette vérité peut se démontrer encore par la grande chaleur que produisent tous les acides minéraux dans leur mélange avec l’eau , ainsi que par leur résistance à l’action de la forte gelée : la présence du feu et de l’air dans le principe salin me paraît donc très-évidemment démontrée par les effets, quand même on regarderait, avec Stahl, l’acide vitriolique comme l’acide primitif et le premier principe salin; car l’air s’en dégage en même temps que le feu par l’intermède de l’eau comme dans la pyrite; et cette action de l’humidité produit non-seulement de la chaleur, mais une espèce de flamme intérieure et de feu réellement actif, qui brûle en corrodant toutes les substances auxquelles l’acide peut s’unir, et ce n’est que par le moyen de l’air que le feu contracte cette union avec l’eau.
L’acide aérien altère aussi tous les sucs extraits des végétaux ; il produit le vinaigre et le tartre; il forme dans les animaux l’acide auquel on a donné le nom ù' acide phosphorique : ces acides des végétaux et des animaux, ainsi que tous ceux qu’on pourrait regarder comme intermédiaires, tels que
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l’acide des citrons, des grenades, de l’oseille, et ceux des fourmis, de la moutarde, etc., tirent également leur origine de l’acide aérien modifié dans chacune de ces substances par la fermentation, ou par le mélange d’une plus ou moins grande quantité d’huile; et même les substances dont la saveur est douce, telles que le sucre, le miel, le lait, etc., ne diffèrent de celles qui sont aigres et piquantes, comme les citrons, le vinaigre, etc., que par la quantité et la qualité du mucilage et de l’huile qui enveloppe l’acide; car leur principe salin est le même, et toutes leurs saveurs, quoique si différentes, doivent se rapporter à l’acide primitif, et à son union avec l’eau, l’huile et la terre mucilaginense des substances animales et végétales'.
On adoucit tous les acides et même l'acide vilriolique, en les mêlant aux substances huileuses, et particulièrement à l’esprit-de-vin ; et c’est dans cet état huileux, mucilagineux et doux, que l’acide aérien se trouve dans plusieurs substances végétales, et dans les fruits dont l’acidité ou la saveur plus douce ne dépend que de la quantité d’eau, d’huile et de terre atténuée et miicilagineuse dans lesquelles cet acide se trouve combiné ; l’acide animal appartient aux végétaux comme aux animaux , car on le tire de la moutarde et de plusieurs autres plantes, aussi bien que des insectes et autres animaux ; on doit donc en inférer que les acides animaux et les acides végétaux sont les mêmes , et qu’ils ne diffèrent que par la quantité ou la qualité des matières avec lesquelles ils sont mêlés; et, en les examinant en particulier, on verra bien que le vinaigre, par exemple, et le tartre étant tous deux des produits du vin, leurs acides ne peuvent différer essentiellement; la fermentation a seulement plus développé celui du vinaigre, et l’a même rendu volatil et presque spiritueux : ainsi tous les acides des animaux ou des végétaux, et même les acerbes, qui ne sont que des acides mêlés d’une huile amère, tirent leur première origine de l’acide aérien.
Les acides minéraux sont beaucoup plus forts que les acides animaux et végétaux. « Ces derniers acides, dit M. Macquer, retiennent toujours de « l’huile, au lieu que les acides minéraux nen contiennent point du tout “. » Il me semble que cette dernière assertion doit être interprétée ; car il faut reconnaître que si les acides minéraux dans leur état de pureté ne contiennent aucune huile, ils peuvent en passant à l’état de sel, par leur union avec diverses terres, se charger en même temps de parties huileuses; et en effet, la matière grasse des sels dans les eaux mères, paraît être une substance huileuse, puisqu’elle se réduit à l’état charbonneux par la combustion*': les sels minéraux contiennent donc une huile qui paraît leur être essentielle.
0. Dictionnaire de Chimie, par M. Macquer, article Sel. b. Lettres de M. Desmeste, t. I, p. 51.
1. Il serait inutile , et presque puéril , de s’arrêter à chacune de ces explications arbitraii’es de phénomènes, alors si peu démêlés encore. La chimie de Buffon est la chimie qu’on imaginait, avant d’avoir trouvé la vraie.
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et celle qui se trouve de plus dans les acides tirés des animaux et des végétaux ne leur est qu’accessoire ; c’est probablement par l’affinité de cette matière grasse avec les huiles végétales et les graisses animales que l’acide minéral peut se combiner dan les végétaux et dans les animaux.
Les acides et les alcalis sont des principes salins, mais ne sont pas des sels : on ne les trouve nulle part dans leur état pur et simple, et ce n’est que quand ils sont unis à quelque matière qui puisse leur servir de base qu’ils prennent la forme de sel, et qu’ils doivent en porter le nom; cependant les chimistes les ont appelés sels simples, et ils ont nommé sels neutres les vrais sels. Je n’ai pas cru devoir employer cette dénomination, parce qu’elle n’est ni nécessaire ni précise; car si l’on appelle sel neutre tout sel dont la base est une et simple, il faudra donner le nom à'hépar aux sels dont la base n’est pas simple, mais composée de deux matières différentes, et donner un troisième, quatrième, cinquième nom, etc., à ceux dont la base est composée de deux, trois, quatre, etc., matières différentes : c’est là le défaut de toutes les nomenclatures méthodiques ; elles sont forcées de disparaître dès que l’on veut les appliquer aux objets réels de la nature.
Nous donnerons donc le nom de sel à toutes les matières dans lesquelles le principe salin est enlré, et qui ont une saveur sensible ; et nous ne présenterons d’abord que les sels qui sont formés par la nature, soit en masses solides dans le sein de la terre, soit en dissolution dans l’air et dans l’eau : on peut appeler sels fossiles ceux qu’on tire de la terre ; les vitriols, l’alun, la sélénite, le natron, l’alcali fixe végétal, le sel marin, le nitre, le sel ammoniac, le borax, et même le soufre et l’arsenic, sont tous des sels formés par la nature ; nous tâcherons de reconnaître leur origine et d’expliqner leur formation , en nous aidant des lumières que la chimie a répandues sur cet objet plus que sur aucun autre, et les réunissant aux faits de l’histoire naturelle qu’on ne doit jamais en séparer.
La nature nous offre en stalactites les vitriols du fer, du cuivre et du zinc; l’alun en filets cristallisés; la sélénite en gypse aussi cristallisé ; le natron en masse solide et pure, ou simplement mêlé de terre; le sel marin en cristaux cubiques et en masses immenses; le nitre en efflorescences cristallisées; le sel ammoniac en poudre sublimée par les feux souterrains; le borax en eau gélatineuse, et l’arsenic en terre métallique; elle a d’abord formé l’acide aérien par la seule et simple combinaison de l’air et du feu ; cet acide primitif s’étant ensuite combiné avec toutes les matières terreuses et métalliques, a produit l’acide vitriolique avec la terre vitrifiable, l’arsenic avec les matières métalliques, l’acide marin avec les substances calcaires, l’acide nitreux avec les détriments putréfiés des corps organisés : il a de même produit les alcalis par la végétation; l’acide du tartre et du vinaigre par la fermentation; enfin, il est entré sous sa propre forme dans tous les corps organisés : l’air fixe que l’on tire des matières calcaires, celui qui X. 23
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s’élève par la première fermentation de tous les végétaux, ou qui se forme par la respiration des animaux, n’est que ce même acide aérien, qui se manifeste aussi par sa saveur dans les eaux acidulés, dans les fruits, les légumes et les herbes j il a donc produit toutes les substances salines, il s’est étendu sur tous les règnes de la nature j il est le premier principe de toute saveur *, et, relativement à nous, il est pour l’organe du goût ce que la lumière et les couleurs sont pour le sens de la vue.
Et les odeurs qui ne sont que des saveurs plus fines, et qui agissent sur l’odorat qui n’est qu’un sens de goût plus délicat, proviennent aussi de ce premier principe salin qui s’exhale en parfums agréables dans la plupart des végétaux, et en mauvaises odeurs dans certaines plantes et dans presque tous les animaux; il s’y combine avec leurs huiles grossières ou volatiles, il s’unit à leur graisse, à leurs mucilages; il s’élabore avec leur sève et leur sang, il se transforme en acides aigres, acerbes ou doux, en alcalis fixes ou volatils, par le travail de l’organisation auquel il a grande part; car, c’est après le feu le seul agent de la nature, puisque c’est par ce principe salin que tous les corps acquièrent leurs propriétés actives, non-seulement sur nos sens vivants^ du goût et de l’odorat, mais encore sur les matières brutes et mortes, qui ne peuvent être attaquées et dissoutes que par le feu ou par ce principe salin. C’est le ministre secondaire de ce grand et premier agent qui, par sa puissance sans bornes, brûle, fond ou vitrifie toutes les substances passives, que le principe salin, plus faible et moins puissant, ne peut qu’attaquer, entamer et dissoudre, et cela parce que le feu y est tempéré par l’air auquel il est uni, et que quand il produit de la chaleur ou d’autres efl'ets semblables à ceux du feu, c’est qu’on sépare cet élément de la base passive dans laquelle il était renfermé.
Tous les sels dissous dans l’eau se cristallisent en forme assez régulière, par une évaporation lente et tranquille; mais lorsque l’évaporation de l’eau se fait trop promptement, ou qu’elle est troublée par quelque mouvement extérieur, les cristaux salins ne se forment qu’imparfaitement et se groupent confusément. Les différents sels donnent des crislaux de figures différentes ; iis se produisent principalement à la surface du liquide, à mesure qu’il s’évapore, ce qui prouve que l’air contribue à leur formation, et qu’elle ne dépend pas uniquement du rapprochement des parties salines qui s’unissent, à la vérité, par leur attraction mutuelle, mais qui ont besoin pour cela d’être mises en liberté parfaite : or elles n’obtiennent cette liberté entière qu’à la surface du liquide, parce que sa résistance augmente avec sa densité par l’évaporation; en sorte que les parties salines se trouvent, à la vérité, plus
1. Chaque corps, chaque substance a sa. saveur propre ; acide aérien n’a que la sienne.
2. Il faut dire des odeurs ce qui vient d’être dit des saveurs.
3. Nos sens vivants : Buffon avait soixante-dix-huit ans, lorsqu’il écrivait ces pages, et pourtant comme il a encore l’expression énergique, et comme son imagination va toujours vitel
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voisines par la diminution du volume du liquide , mais elles ont en même temps plus de peine à vaincre sa résistance, qui augmente dans la même proportion que ce volume diminue ; et c’est par cette raison que toutes les cristallisations des sels s’opèrent plus efficacement et plus abondamment à la surface qu’à l’intérieur du liquide en évaporation.
Lorsque l’on a tiré par ce moyen tout le sel en cristaux que le liquide chargé de sel peut fournir, il en reste encore dans Veau-mère, mais ce sel y est si fort engagé avec la matière grasse qu’il n’est plus susceptible de rapprochement de cristallisation; et même si cette matière grasse est en trèsgrande quantité, l’eau ne peut plus en dissoudre le sel; cela prouve que la solubilité dans l’eau n’est pas une propriété inhérente et essentielle aux substances salines.
Il en est du caractère de la cristallisation comme de celui de la solubilité: la propriété de se cristalliser n’est pas plus essentielle aux sels que celle de se dissoudre dans l’eau, et l’un de nos plus judicieux physiciens, M. de Morveau, a eu raison de dire «que la saveur est te seul caractère distinctif « des sels, et que les autres propriétés, qu’on a voulu ajouter à celle-ci pour « perfectionner leur définition, n’ont servi qu’à rendre plus incertaines les « limites que l’on voulait fixer..., la solubilité par l’eau ne convenant pas « plus aux sels qu’à la gomme et à d’autres matières : il en est de même de « la cristallisation, puisque tous les corps sont susceptibles de se cristalliser « en passant de l’état liquide à l’état solide; et il en est encore de même, « ajoute-t-il, de la qualité qu’on suppose aux sels de n’être point cornbus- « tibles par eux-mêmes; car, dans ce cas, le nitre ammoniacal ne serait « plus un sel®. »
Nos définitions, qui pèchent si souvent par défaut, pèchent aussi, comme l’on voit, quelquefois par excès ; l’iin nuit au complément, et l’autre à la précision de l’idée qui représente la chose, et les énumérations qu’on se permet de faire en conséquence de cette extension des définitions nuisent encore plus à la netteté de nos vues, et s’opposent au libre exercice de l’esprit en le surchargeant de petites idées particulières, souvent précaires, en lui présentant des méthodes arbitraires qui l’éloignent de l’ordre réel des choses, et enfin, en l’empêchant de s’élever au point de pouvoir généraliser les rapports que l’on doit en tirer. Quoiqu’on puisse donc réduire tous les sels de la nature à un seul principe salin, et que ce principe primitif soit, selon moi, l’acide aérien’, la nombreuse énumération qu’on a faite des sels sous différents noms ne pouvait manquer de s’opposer à cette vue générale ; on a cru jusqu’au temps de Stahl, et plusieurs chimistes croient encore, que les principes salins, dans l’acide nitreux et dans l’acide marin, sont très-dif-
a. Éléments de Chimie, t. I, p. 127.
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férents de celui de l’acide vitrioliqiie, et que ces mêmes principes sont non-seulement dilTérents, mais opposés et contraires dans les acides et dans les alcalis; or n’est-ce pas admettre autant de causes qu’il y a d’elTets dans un même ordre de choses? C’est donner la nomenclature pour la science, et substituer la méthode au génie
De la même manière qu’on a fait et compté trois sortes d’acides relativement aux trois règnes, les acides minéraux, végétaux et animaux, on compte aussi trois sortes d’alcalis, le minéral, le végétal et l’animal; et néanmoins ces trois alcalis doivent se réduire à un seul, et même l’alcali peut aussi se ramener à l’acide, quoiqu’ils paraissent opposés, et qu’ils agissent violemment l’un contre l’autre.
Nous ne suivrons donc pas, en traitant des sels, l’énumération très-nombreuse qu’on en a faite en chimie, d’autant que chaque jour ce nombre peut augmenter, et que les combinaisons qui n’ont pas encore été tentées pourraient donner de nouveaux résultats salins dont la formation, comme celle de la plupart des autres sels, ne serait due qu’à notre art; nous nous contenterons de présenter les divisions générales, en nous attachant particulièrement aux sels que nous offre la nature, soit dans le sein et à la surface de la terre, soit au sommet de ses volcans®.
a. Si l’oa veut se satisfaire à cet égard, ou peut consulter la table ci-jointe, que mon illustre ami, M. de Morveau, vient de publier. Cette nomenclature, quoique très-abrégée , paraîtra néanmoins encore assez nombreuse-