‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 219 sur 240 · V. — LA VARDIOLE · texte numérisé non relu

V. — LA VARDIOLE

Seba lui a donné le nom à' oiseau de Paradis , comme il le donne à presque tous les oiseaux étrangers à longue queue; et à ce titre la vardiole le méritait bien, puisque sa queue est plus de deux fois aussi longue que tout le reste de son corps, mesuré depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité opposée; mais il faut avouer que cette queue n’est point faite comme dans l’oiseau de Paradis, ses plus grandes pennes étant garnies de barbes dans toute leur longueur, sans parler de plusieurs autres différences.

Le blanc est la couleur dominante de cet oiseau : il ne faut excepter que la tête et le cou, qui sont noirs, avec des reflets de pourpre très-vifs; les pieds, qui sont d’un rouge clair, les ailes, dont les grandes pennes ont des barbes noires, et les deux pennes du milieu de la queue, qui excèdent de beaucoup toutes les autres, et qui ont du noir le long de la côte, depuis leur base jusqu’à la moitié de leur longueur.

Les yeux de la vardiole sont vifs et entourés de blanc; la base du bec supérieur est garnie de petites plumes noires piliformes, qui reviennent en avant et couvrent les narines ; ses ailes sont courtes, et ne dépassent point l’origine de la queue ; dans tout cela elle se rapproche de la pie, mais elle en diffère par la brièveté de ses pieds, qu’elle a une fois plus courts à proportion, ce qui entraîne d’autres différences dans le port et dans la démarche.

On la trouve dans l’île de Papoe, selon Seba, dont la description, la seule qui soit originale, renferme tout ce que l’on sait de cet oiseau ^

YL — LE ZANOÉ. **

Fernandez compare cet oiseau du Mexique à la pie commune, pour la grosseur, pour la longueur de la queue, pour la perfection des sens, pour le talent de parler, pour l’instinct de dérober tout ce qu’elle trouve à sa bienséance : il ajoute qu’il a le cri comme plaintif et semblable à celui des petits étourneaux, et que son plumage est noir partout, excepté sur le cou et sur la tête, où l’on aperçoit une teinte de fauve.

a. C’est la pie de Vile Papoe de M. Brisson , t. II , p. 45. On l’appelle dans le pays waygehoe et wardioe , d’où j’ai fait vardiole.

b. Voyez Seba, t. Bq p. 85, pl. lu, fig. 3. Voyez aussi Klein , Ordo avium, p. 62, n“ ix.

c. C’est la petite pie du Mexique de M. Brisson, t. II, p. 44. Voyez Fernandez, cap. xxxv Le nom mexicain est tsanahoei.

* « L’oiseau décrit par Buffon sous le nom de vardiole, est un moucherolle (muscipeta) . » (Cuvier.)

** Espèce douteuse.

'iïf"

LE GEAI

LE GEAI

Presque tout ce qui a été dit de l’instinct de la pie peut s’appliquer au geai; et ce sera assez faire connaître celui-ci que d’indiquer les dilférences qui le caractérisent.

L’une des principales, c’est cette marque bleue, ou plutôt émaillée de différentes nuances de bleu, dont chacune de ses ailes est ornée, et qui suffirait seule pour le distinguer de presque tous les autres oiseaux de l’Europe. Il a de plus sur le front un toupet de petites plumes noires, bleues et blanches; en général, toutes ses plumes sont singulièrement douces et soyeuses au toucher, et il sait, en relevant celles de sa tête, se faire une huppe qu’il rabaisse à son gré. Il est d’un quart moins gros que la pie; il a la queue plus courte et les ailes plus longues à proportion, et malgré cela il ne vole guère mieux qu’elle

Le mâle se distingue de la femelle par la grosseur de la tête et par la vivacité des couleurs^; les vieux diffèrent aussi des jeunes par le plumage, et de là en grande partie les variétés et le peu d’accord des descriptions'’; car il n’y a que les bonnes descriptions qui puissent s’accorder; et, pour bien décrire une espèce, il faut avoir vu et comparé un grand nombre d’individus.

Les geais sont fort pétulants de leur nature ; ils ont les sensations vives, les mouvements brusques, et dans leurs fréquents accès de colère ils s’emportent et oublient le soin de leur propre conservation au point de se prendre quelquefois la tête entre deux branches, et ils meurent ainsi suspendus en l’air Leur agitation perpétuelle prend encore un nouveau degré de violence lorsqu’ils se sentent gênés, et c’est la raison pourquoi ils deviennent tout à fait méconnaissables en cage, ne pouvant y conserver la beauté de leurs plumes, qui sont bientôt cassées, usées, déchirées, flétries par un frottement continuel.

Leur cri ordinaire est très-désagréable et ils le font entendre souvent ; ils ont aussi de la disposition à contrefaire celui de plusieurs oiseaux qui ne chantent pas mieux, tels que la cresserelle, le chat-huant, etc.®. S’ils

a. Voyez Belon, Nature des oiseaux, p. 290.

h. Olina, Uccellaria , pag. 35.

c. « In picà glandariâ ab Aldrovando descriptâ... maculæ nullæ transversales in caudâ appa- K rent. » Willughby, p. 89. Ses pieds sont gris, suivant Belon ; ils sont d’un brun tirant au couleur de cbair, selon M. Brisson, Ornithologie , t. II, p. 47, et selon nos propres observations.

d. Voyez Gessner, de Avibus, p. 702. Cet instinct rend croyables ces batailles que l’on dit s’étre données entre des armées de geais et des armées de pies. Voyez Belon, p. 290.

e. Frisch, planche 55.

* Corvus glandarius (Linn. ). — Ordre id., famille des Conirostres, genre Corbeaux, sous-genre Geais (Cuv.).

LE GEAI

aperçoivent dans le bois un renard ou quelque autre animal de rapine, ils jettent un certain cri très-perçant, comme pour s’appeler les uns les autres, et on les voit en peu de temps rassemblés en force et se croyant en état d’en imposer par le nombre ou du moins par le bruit®. Cet instinct qu’ont les geais de se rappeler, de se réunir à la voix de l’un d’eux, et leur violente antipathie contre la chouette, offrent plus d’un moyen pour les attirer dans les pièges**, et il ne se passe guère de pipée sans qu’on n’en prenne plusieurs; car, étant plus pétulants que la pie, il s’en faut bien qu’ils soient aussi défiants et aussi rusés; ils n’ont pas non plus le cri naturel si varié, quoiqu’ils paraissent n’avoir pas moins de flexibilité dans le gosier, ni moins de disposition à imiter tous les sons, tous les bruits, tous les cris d’animaux qu’ils entendent habituellement, et même la parole humaine. Le mot richard est celui, dit-on, qu’ils articulent le plus facilement. Ils ont aussi, comme la pie et toute la famille des choucas, des corneilles et des corbeaux, l’habitude d’enfouir leurs provisions superflues® et celle de dérober tout ce qu’ils peuvent emporter; mais ils ne se souviennent pas toujours de l’endroit où ils ont enterré leur trésor, ou bien, selon l’instinct commun à tous les avares, ils sentent plus la crainte de le diminuer que le désir d’en faire usage; en sorte qu’au printemps suivant les glands et les noisettes qu’ils avaient cachées et peut-être oubliées, venant à germer en terre et à pousser des feuilles au dehors, décèlent ces amas inutiles et les indiquent, quoique un peu tard, à qui en saura mieux jouir.

Les geais nichent dans les bois et loin des lieux habités, préférant les chênes les plus touffus et ceux dont le tronc est entouré de lierre <*; mais ils ne construisent pas leurs nids avec autant de précaution que la pie. On m’en a apporté plusieurs dans le mois de mai : ce sont des demi-sphères creuses, formées de petites racines entrelacées, ouvertes par-dessus, sans matelas au dedans, sans défense au dehors; j’y ai toujours trouvé quatre ou cinq œufs; d’autres diœnt y en avoir trouvé cinq ou six; ces œufs sont un peu moins gros que ceux des pigeons, d’un gris plus ou moins verdâtre, avec de petites taches faiblement marquées.

Les petits subissent leur première mue dès le mois de juillet; ils suivent leurs père et mère jusqu’au printemps de l’année suivante ®, temps où ils les quittent pour se réunir deux à deux et former de nouvelles familles : c’est alors que la plaque bleue des ailes, qui s’était marquée de très-bonne heure, paraît dans toute sa beauté.

Dans l’état de domesticité, auquel ils se façonnent aisément, ils s’accou-

a. FriscE, planche 55.

b. Belon prétend que c’est un grand déduit de le voir voler aux oiseaux de fauconnerie, e. aussi de le voir prendre à la passée.

c. Belon, Nature des oiseaux , p. 290.

d. Olina, Uceellaria , pag. 35.

e. Dritish Zoology, page 77.

LE GEAI

iLiment à toutes sortes de nourritures et vivent ainsi huit à dix ans“ : dans l’état de sauvage, ils se nourrissent non-seulement de glands et de noisettes, mais de châtaignes, de pois, de fèves, de sorbes, de groseilles, de cerises, de framboises, etc. Ils dévorent aussi les petits des autres oiseaux, quand ils peuvent les surprendre dans le nid en l’absence des vieux, et quelquefois les vieux, lorsqu’ils les trouvent pris au lacet; et, dans cette circonstance, ils vont, suivant leur coutume, avec si peu de précaution qu’ils se prennent quelquefois eux-mêmes, et dédommagent ainsi l’oiseleur du tort qu’ils ont fait à sa chasse*; car leur chair, quoique peu délicate, est mangeable, surtout si on la fait bouillir d’abord, et ensuite rôtir; on dit que, de cette maniéré, elle approche de celle de l’oie rôtie.

Les geais ont la première phalange du doigt extérieur de chaque pied unie à celle du doigt du milieu, le dedans de la bouche noir, la langue de la même couleur, fourchue, mince, comme membraneuse et presque transparente, la vésicule du fiel oblongue, l’estomac moins épais et revêtu de muscles moins forts que le gésier des granivores; il faut qu’ils aient le gosier fort large, s’ils avalent, comme on dit, des glands, des noisettes et même des châtaignes tout entières, à la manière des ramiers cependant je suis sûr qu’ils n’avalent jamais les calices d’œillets tout entiers, quoiqu’ils soient très-friands de la graine qu’ils renferment. Je me suis amusé quelquefois à considérer leur manège : si on leur donne un œillet, ils le prennent brusquement; si on leur en donne un second, ils le prennent de même, et ils en prennent ainsi tout autant que leur bec en peut contenir, et même davantage ; car il arrive souvent qu’en happant les nouveaux ils laissent tomber les premiers, qu’ils sauront bien retrouver ; lorsqu’ils veulent commencer à manger, ils posent tous les autres œillets et n’en gardent qu’un seul dans leur bec; s’ils ne le tiennent pas d’une manière avantageuse, ils savent fort bien le poser pour le reprendre mieux-; ensuite ils le saisissent sous le pied droit , et à coups de bec ils emportent en détail d’abord les pétales de la fleur, puis l’enveloppe du calice, ayant toujours l’œil au guet et regardant de tous côtés; enfin, lorsque la graine est à découvert, ils la mangent avidement et se mettent tout de suite à éplucher un second œillet.

On trouve cet oiseau en Suède, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, et je ne crois pas qu’il soit étranger à aucune contrée de l’Europe, ni même à aucune des contrées correspondantes de l’Asie.

Pline parle d’une race de geai ou de pie à cinq doigts, laquelle apprenait mieux à parler que les autres*^ : cette race n’a rien de plus extraordinaire que celle des poules à cinq doigts, qui est connue de tout le monde, d’autant

a. Olina, Uccellaria, pag. 33. — Frisch , planche 53.

b. Frisch, loco citatu. — British Zoology, loco citato , etc.

c. Belon, Nature des oiseaux.

d. « Addiscere alias (picas) negant posse quam quæ ex genere eanim sunt quæ glande ves- « cuntur, et inter eas faciliùs quihus quini sunt digiti in pedibus. » Lib. x , cap. xui.

LE GEAI

plus que les geais deviennent encore plus familiers, plus domestiques que les poules; et l’on sait que les animaux qui vivent le plus avec l’homme sont aussi les mieux nourris, conséquemment qu’ils abondent le plus en molécules organiques superflues et qu’ils sont plus sujets à ces sortes de monstruosités par excès. C’en serait une que les phalanges des doigts multipliées dans quelques individus au delà du nombre ordinaire, ce qu’on a attribué trop généralement à toute l’espèce®.

Mais une autre variété plus généralement connue dans l’espèce du geai, c’est le geai blanc ; il a la marque bleue aux ailes*' et ne düTère du geai ordinaire que par la blancheur presque universelle de son plumage, laquelle s’étend jusqu’au bec et aux ongles, et par ses yeux rouges, tels qu’en ont tant d’autres animaiix blancs. Au reste, il ne faut pas croire que la blancheur de son plumage soit bien pure : elle est souvent altérée par une teinte jaunâtre plus ou moins foncée. Dans un individu que j’ai observé, les couvertures, qui bordent les ailes pliées, étaient ce qu’il y avait de plus blanc; ce même individu me parut aussi avoir les pieds plus menus que le geai ordinaire.

Page 1