I. — LE ROLLIER d’ABTSSINIE
Cette espèce ressemble beaucoup par le plumage à notre rollier d’Europe : seulement les couleurs en sont plus vives et plus brillantes, ce qui peut s’attribuer à l’influence d’un climat plus sec et plus chaud. D’un autre côté, il se rapproche du rollier d’Angola par la longueur des deux pennes latérales de la queue, lesquelles dépassent toutes les autres de cinq pouces, en sorte que la place de cet oiseau semble marquée entre le rollier d’Europe et celui d’Angola. La pointe du bec supérieur est très- crochue. C’est une espèce tout à fait nouvelle.
Variété du rollier d’Abyssinie.
On doit regarder le rollier du Sénégal ‘, représenté dans les planches enluminées, n“ 326®, comme une variété de celui d’Abyssinie. La principale différence que Ton remarque entre ces deux oiseaux d’Afrique consiste en ce que, dans celui d’Abyssinie, la couleur orangée du dos ne s’étend pas comme dans celui du Sénégal jusque sur le cou et la partie postérieure de la tête, différence qui ne suffit pas à beaucoup près pour constituer deux espèces distinctes, et d’autant moins que les deux rolliers dont il s’agit ici appartiennent à peu près au même climat; qu’ils ont l’un et l’autre à la queue ces deux pennes latérales excédantes, dont la longueur est double de celles des pennes intermédiaires; qu’ils ont tous deux les ailes plus courtes que celles de notre rollier d’Europe ; enfin qu’ils se ressemblent encore par les nuances, l’éclat et la distribution de leurs couleurs.
II. — LE ROLLIER d’aNGOLA** ET LE CUIT* OU LE ROLLIER DE MINDANAO.
Ces deux rolliers ont entre eux des rapports si frappants qu’il n’est pas possible de les séparer. Celui d’Angola ne se distingue du cuit ou rollier de Mindanao que par la longueur des pennes extérieures de sa queue, double
a. Ce rollier du Sénégal est exactement le même que le rollier des Indes à queue d’hirondelle de M. Edwards (planche 327 ); nouvelle preuve de l’incertitude des traditions sur le pays natal des oiseaux. M. Edwards n’a compté que dix pennes à la queue de ce rollier, qui lui a paru parfaite.
b. C’est le nom que les habitants de Mindanao donnent à ce rollier; M. Edwards lui donne celui de geai bleu, planche 326; et Albin celui de geai de Bengale, t. I, n® 17.
* Coracias abyssinica (Linn.).
1. Coracias senegala ( Linn. ). — Simple variété du coracias abyssinica.
** Coracias caudata ( Linn. ). — «Le coracias caudaia n’est qu’un individu de Yabyssinka « défiguré par l’addition de la tête du bengalcnsis, » (Cuvier.)
*** Coracias beagalensis (Guv. ).
QUI ONT RAPPORT AU ROLLIER. ëSD
de la longueur des pennes intermédiaires, et par de légers accidents de couleurs; mais on sait que de telles différences et de plus grandes encore sont souvent l’effet de celles du sexe, de l’ège et même de la mue; et que cela soit ainsi à l’égard des deux rolliers dont il est question, c’est ce qui paraîtra fort probable d’après la comparaison des figures enluminées, n“* 88 et 285 ', et même d’après l’examen des descriptions faites par M. Brisson qui ne peut être soupçonné d’avoir voulu favoriser mon opinion sur l’identité spécifique de ces deux oiseaux, puisqu’il en fait deux espèces distinctes et séparées. Tous deux ont à peu près la grosseur de notre rollier d’Europe, sa forme totale, son bec un peu crochu, ses narines découvertes, ses pieds courts, ses longs doigts, ses longues ailes et même les couleurs de son plumage, quoique distribuées un peu différemment : c’est toujours du bleu, du vert et du brun, tantôt séparés et tranchant l’un sur l’autre, tantôt mêlés, fondus ensemble et formant plusieurs teintes intermédiaires différemment nuancées et donnant des reflets différents, mais de manière que le vert bleuâtre ou vert de mer est répandu sur le sommet de la tête ; le brun plus ou moins foncé, plus ou moins verdâtre, sur tout le dessus du corps et toute la partie antérieure de l’oiseau, avec quelques teintes de violet sur la gorge; le bleu, le vert et toutes les nuances qui résultent de leur mélange, sur le croupion, la queue, les ailes et le ventre. Seulement le rollier de Mindanao a au-dessous de la poitrine une espèce de ceinture orangée que n’a point le rollier d’Angola.
On objectera peut-être contre cette identité d’espèce que le royaume d’Angola est loin du Bengale et bien plus encore des Philippines...; mais est-il impossible, n’est-il pas, au contraire, assez naturel que ces oiseaux soient répandus en différentes parties du même continent et dans des îles qui en sont peu éloignées ou qui y tiennent par une chaîne d’autres îles, surtout les climats étant à peu près semblables? D’ailleurs, on sait qu’il ne faut pas toujours se fier sur tous les points au témoignage de ceux qui nous apportent les productions des pays éloignés, et que même, en supposant ces personnes exactes et de bonne foi, elles peuvent très-bien, vu la communication perpétuelle que les vaisseaux européens établissent entre toutes les parties du monde, trouver en Afrique et apporter de Guinée ou d’Angola des oiseaux originaires des Indes orientales, et c’est à quoi ne prennent point assez garde la plupart des naturalistes lorsqu’ils veulent fixer le climat natal des espèces étrangères : quoi qu’il en soit, si l’on veut attribuer les petites dissemblances qui sont entre le rollier de Mindanao et le rollier d’Angola à la différence de l’âge, c’est le dernier qui sera le plus vieux ; que, si on les attribue à la différence du sexe, ce sera encore lui qui sera le
a. Ornithologie , t. II, pages 72 et 69.