‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 35 sur 240 · TS · texte numérisé non relu

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LA BONDREE.

On trouve une ample description de cet oiseau dans l’ouvrage de M. Brisson et dans celui d’Albin. Ce dernier auteur, après avoir décrit les parties extérieures de la bondrée, dit qu’elle a les boyaux plus courts que la buse; et i! ajoute qu’on a trouvé dans l’estomac d’une bondrée plusieurs chenilles vertes, comme aussi plusieurs chenilles communes et autres insectes.

Ces oiseaux, ainsi que les buses, composent leur nid avec des bûchettes, et le tapissent de laine à l’intérieur, sur laquelle ils déposent leurs œufs, qui sont d’une couleur cendrée et marquetée de petites taches brunes. Quelquefois ils occupent des nids étrangers; on en a trouvé dans un vieux nid de milan. Ils nourrissent leurs petits de chrysalides, et particulièrement de celles des guêpes. On a trouvé des têtes et des morceaux de guêpes dans un nid où il y avait deux petites bondrées. Elles sont, dans ce premier âge, couvertes d’un duvet blanc, tacheté de noir; elles ont alors les pieds d’un jaune pâle, et la peau qui est sur la base du bec, blanche. On a aussi trouvé dans l’estomac de ces oiseaux, qui est fort large, des grenouilles et des lézards entiers. La femelle est dans cette espèce , comme dans toutes celles des grands oiseaux de proie, plus grosse que le mâle; et tous deux piettent et courent, sans s’aider de leurs ailes, aussi vite que nos coqs de bassecour.

Quoique Belon dise qu’il n’y a petit berger, dans la Lirnagne d’Auvergne, qui ne sache connaître la bondrée, et la prendre par engin avec des grenouilles, quelquefois aussi aux gluaux, et souvent au lacet, il est cependant très-vrai qu’elle est aujourd’hui beaucoup plus rare en France que la buse commune. Dans plus de vingt buses qu’on m’a apportées en différents temps, en Bourgogne, il ne s’est pas trouvé une seule bondrée; et je ne sais de quelle province est venue celle que nous avons au cabinet du Roi. M. Salerne dit que, dans le pays d’Orléans, c’est la buse ordinaire qu’on appelle bondrée; mais cela n’empêche pas que ce ne soient deux oiseaux différents.

La bondrée se tient ordinairement sur les arbres en plaine, pour épier sa proie. Elle prend les mulots, les grenouilles, les lézards, les chenilles et les autres insectes. Elle ne vole guère que d’arbre en arbre et de buissons en buissons, toujours bas et sans s’élever comme le milan , auquel du reste elle ressemble assez par le naturel, mais dont on pourra toujours la distinguer de loin et de près, tant par son vol que par sa queue, qui n’est pas fourchue comme celle du milan. On tend des pièges à la bondrée, parce qu’en hiver elle est très-grasse et assez bonne à manger.

L’OISEAU SAINT-MARTIN

L’OISEAU SAINT-MARTIN."'

Les naturalistes moLlernes ont donné à cet oiseau “le nom de faucon-laniet ou lanier cendré; mnh il nous paraît être non-seulement d’une espèce, mais d’un genre différent de ceux du faucon et du lanier. Il est un peu plus gros qu’une corneille ordinaire, et il a proportionnellement le corps plus mince et plus dégagé; il a les jambes longues et menues, en quoi il diffère des faucons qui les ont robustes et courtes, et encore du lanier que Belon dit être plus court empiété qu’aucun faucon, mais par ce caractère des longues jambes, il ressemble au jean-le-blanc et à la soubuse; il n’a donc d’autre rapport au lanier que l’habitude de déchirer avec le bec tous les petits animaux qu’il saisit, et qu’il n’avale pas entiers, comme le font les autres gros oiseaux de proie. Il faut, dit M. Edwards, le ranger dans la classe des faucons à longues ailes : ce serait, à mon avis, plutôt avec les buses qu’avec les faucons que cet oiseau devrait être rangé, ou plutôt il faut lui laisser sa place auprès de la soubuse, à laquelle il ressemble par un grand nombre de caractères et par les habitudes naturelles.

Au reste, cet oiseau se trouve assez communément en France, aussi bien qu’en Allemagne et en Angleterre. M. Frisch a donné deux planches de ce même oiseau , n“® 79 et 80 , qui ne diffèrent pas assez l’une de l’autre pour qu’on doive les regarder avec lui comme étant d’espèce différente; car les variétés qu’il remarque entre ces deux oiseaux sont trop légères, pour ne les pas aüi'ibuer au sexe ou à l’âge. M. Edwards, qui a aussi donné la figure de cet oiseau, dit que celui de sa planche enluminée a été tué près de Londres, et il ajoute que, quand on l’aperçut, il voltigeait autour du pied de quelques vieux arbres, dont il paraissait quelquefois frapper le tronc avec le bec et les serres, en continuant cependant à voltiger, ce dont on ne put découvrir la raison qu’après l’avoir tué et ouvert; car on lui trouva dans l’estomac une vingtaine de petits lézards, déchirés ou coupés en deux ou trois morceaux.

a. Belon n’iiésite pas à dire qu’il est de la même espèce que le jean-le-blanc, et en même temps il convient qu’il approche beaucoup du milan : « Il est, dit-il, encore une autre espèce de « jean-le-blanc ou oiseau saint-martin, semblablement nommée blanche queue, de même espèce « que le susdit ; mais il ressemble beaucoup mieux à la couleur d’un milan royal, n’était qu’il

« est de moindre corpulence Il ressemble au milan royal de si près qu’on n’y tronverait

« différence, n’était qu’il est plus petit et plus blanc sous le ventre, ayant les plumes qui touchent « le croupion en la queue, tant dessus que dessous, de couleur blanche ; aussi est-ce de cela qu’il « est nommé queue blanche, n Hist. nat. des Oiseaux, p. 104.

* Falco cyaneus et falco albicans (Linn.l. — La soubuse (Cuv.l. — Ordre id. , famille id. , genre id., sous-genre Busards [Cm.). — uh’oiseau Saint-Martin n’est que le mâle de la « seconde année. » — «C’est aussi le falco communis et le falco albus de Frisch , le falco mon- « lanus et le falco griseus de Gmelin , et même son falco bohemicus. » (Cuvier.) — Voyez la note de la page 75.

L’OISEAU SAINT-MARTIN

En comparant cet oiseau avec ce que dit Belon de son second oiseau saint-martin, on ne pourra douter que ce ne soit le même, et indépendamment des rapports de grandeur, de figure et de couleur, ces habitudes naturelles de voler bas et de cbercber avec avidité et constance les petits reptiles, appartiennent moins aux faucons et aux autres oiseaux nobles qu’à la buse, à la harpaye et aux autres oiseaux de ce genre, dont les mœurs sont plus ignobles et approchent de celles des milans. Cet oiseau, bien décrit et très-bien représenté par M. Edwards, n’est pas, comme le disent les auteurs de la Zoologie britannique, le henharrier, dont ils ont donné la figure. Ce sont des oiseaux différents, dont le premier, que nous appelons, d’après Belon , Voiseau saint-martin , a, comme je l’ai dit , été indiqué par MM. Frisch et Brisson, sous le nom de faiicon-lanier et lanier cendré; le second de ces oiseaux, qui est le subbiiteo de Gessner, et que nous appelons soubuse , a été nommé aigle à queue blanche par Albin, et faucon à collier par M. Brisson. Au reste, les fauconniers nomment cet oiseau saint-martin : la harpaye-épervier. Harpaye est parmi eux un nom générique qu’ils donnent non-seulement à l’oiseau saint-martin, mais encore à la soubuse et au busard roux ou rousseau, dont nous parlerons dans la suite.

LA SOUBUSE. *

La soubuse ressemble à l’oiseau saint-martin par le naturel et les mœurs: tous deux volent bas pour saisir des mulots et des reptiles; tous deux entrent dans les basses-cours, fréquentent les colombiers pour prendre les jeunes pigeons, les poulets; tous deux sont oiseaux ignobles, qui n’attaquent que les faibles, et dès lors on ne doit les appeler ni faucons ni laniers comme l’ont fait nosnomenclateurs. Je voudrais donc retrancher de la liste des faucons ce faucon à collier, et ne lui laisser que le nom de soubuse, comme au lanier cendré celui A’oiseau saint-martin.

Le mâle dans la soubuse est, comme dans les autres oiseaux de proie, considérablement plus petit que la femelle; mais l’on peut remarquer en les comparant qu’il n’a point comme elle de collier, c’est-à-dire de petites plumes hérissées autour du cou : cette différence, qui paraîtrait être un caractère spécifique nous portait à croire que l’oiseau qui n’a pas ce collier n’était pas le mâle de la soubuse femelle; mais de très-habiles fauconniers nous ont assuré la chose comme certaine , et en y regardant de près, nous avons en effet trouvé les mêmes proportions entre la queue et les ailes, la même distribution dans les couleurs, la même

* Falco 'pygargv.s {Linn. ). — La soubuse (Cuv.). — Voyez la nomenclature de Voiseau saint, martin.

LA SOÜBÜSE.

forme de cou, de tête el de bec, etc... ; en sorte que nous n’avons pu résister à leur avis ; ce qui sur cela nous rendait plus difficiles, c’est que presque tous les naturalistes ont donné à la soubuse un mâle tout différent, et qui est celui que nous avons appelé oiseau saint-martin' ; et ce n’est qu’après mille et mille comparaisons, que nous avons cru pouvoir nous déterminer avec fondement contre leur autorité. Nous observerons que la soubuse se trouve en France aussi bien qu’en Angleterre; qu’elle a les jambes longues et menues comme l’oiseau saint-martin; qu’elle pond trois ou quatre œufs rougeâtres dans des nids qu’elle construit sur des buissons épais; qu’enfin ces deux oiseaux, avec celui dont nous parlerons dans l’article suivant sous le nom de harpaye, semblent former un petit genre à part plus voisin de celui des milans et des buses que de celui des faucons.

LA HARPAYE.^

Harpaye est un ancien nom générique que l’on donnait aux oiseaux du genre des busards ou busards de marais, et à quelques autres espèces voisines, telles que la soubuse et l’oiseau saint-martin, qu’on appelait harpayeépervier : nous avons rendu ce nom spécifique en l’appliquant à l’espèce dont il est ici question, à laquelle les fauconniers d’aujourd’hui donnent le nom de harpaye-rousseau ; nos nomenclateurs l’ont nommé busard-roux, et M. Frisch l’a appelé improprement vautour lanier moyen, comme il a de même, et tout aussi improprement, appelé le busard de marais grand vautour lanier : nous avons préféré le nom simple de harpaye, parce qu’il est certain que cet oiseau n’est ni un vautour ni un busard : il a les mômes habitudes naturelles que les deux oiseaux dont nous avons parlé dans les deux articles précédents ; il prend le poisson comme le jean-le-blanc, et le tire vivant hors de l’eau ; il paraît, dit M. Frisch, avoir la vue plus perçante que tous les autres oiseaux de rapine, ayant les sourcils plus avancés sur les yeux. 11 se trouve en France comme en Allemagne, et fréquente de préférence les lieux bas et les bords des fleuves et des étangs ; et comme pour le reste de ses habitudes naturelles il ressemble aux précédents, nous n’entrerons pas à son sujet dans un plus grand détail.

î. Voyez la nomenclature de Yoiseau saint-martin.

* Falco rufus ( Linn. ). — La harpaye (Cuv. ). — Ordre, famille, genre et sous-genre id.

LE BUSARD

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LE BUSARD

On appelle communément cet oiseau le busard de marais ; mais comme il n’existe réellement dans notre climat que cette seule espèce de busard, nous lui avons conservé ce nom simple : on l’appelait autrefois fau-perdrieux , et quelques fauconniers le nomment aussi harpaye à fêle blanche; cet oiseau est plus vorace et moins paresseux que la buse, et c’est peut-être par cette seule raison qu’il paraît moins stupide et plus méchant : il fait une cruelle guerre aux lapins, et il est aussi avide de poisson que de gibier; au lieu d’habiter, comme la buse, les forêts en montagne, il ne se tient que dans les buissons, les haies, les joncs, et à portée des étangs, des marais et des rivières poissonneuses : il niche dans les terres basses, et fait son nid à peu de hauteur de terre, dans des buissons, ou même sur des mottes couvertes d’herbes épaisses : il pond trois œufs, quelquefois quatre, et quoiqu’il paraisse produire en plus grand nombre que la buse, qu’il soit, comme elle, oiseau sédentaire et naturel en France, et qu’il y demeure toute l’année, il est néanmoins bien plus rare ou bien plus difficile à trouver.

On ne confondra pas le busard avec le milan noir, quoiqu’il lui ressemble à plusieurs égards, parce que le busard a, comme la buse, la bondrée, etc., le cou gros et court, au lieu que les milans l’ont beaucoup plus long; et on distingue aisément le busard de la buse : 1® par les lieux qu’il habite; 2“ par le vol qu’il a plus rapide et plus ferme; 3“ parce qu’il ne se perche pas sur de grands arbres, et que communément il se tient à terre ou dans des buissons; 4° on le reconnaît à la longueur de ses jambes, qui, comme celles de l’oiseau saint-martin et de la soubuse, sont à proportion plus hautes et plus menues que celles des autres oiseaux de rapine.

Le busard chasse de préférence les poules d’eau , les plongeons , les canards et les autres oiseaux d’eau ; il prend les poissons vivants et les enlève dans ses serres : au défaut de gibier ou de poisson , il se nourrit de reptiles , de crapauds, de grenouilles et d’insectes aquatiques : quoiqu’il soit plus petit que la buse, il lui faut une plus ample pâture, et c’est vraisemblablement parce qu’il est plus vif et qu’il se donne plus de mouvement qu’il a plus d’appétit; il est aussi bien plus vaillant. Belon assure en avoir vu qu’on avait élevés à chasser et prendre des lapins, des perdrix et des cailles; il vole plus pesamment que le milan, et, lorsqu’on veut le faire chasser par des faucons, il ne s’élève pas comme celui-ci, mais fuit horizontalement ; un seul faucon ne suffit pas pour le prendre, il saurait s’en

* Falco tpragmoras ( Limi. ). Le busard de marais ( Cuv. ). — « Le busard de marais passe « pour le même oiseau que la harpaye , mais plus âgé ; cepeudant il est des observateurs qui le « prétendent différent par l’espèce. » ( Cuvier. )

LE BUSARD

débarrasser et même l’abattre; il descend au duc comme le milan , mais il se défend mieux, et il a plus de force et de courage ; en sorte qu’au lieu d’un seul faucon, il en faut lâcher deux ou trois pour en venir à bout. Les hobereaux et les cresserelles le redoutent, évitent sa rencontre, et même fuient lorsqu’il les approche.

OISEAUX ÉTRANGERS

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