‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 106 sur 251 · Concrétion de chaux carbonatée · texte numérisé non relu

Concrétion de chaux carbonatée

4. Nouvelle allusion ironique au mémoire de Réaumur sur la Formation des cailloux. Voyez la note 1 de la p. 139.

suc lapidifique ou cristallin qui, selon eux, lie non-seulement les parties de la pierre ordinaire, mais même celles du caillou. Ce suc, disent-ils, augmente la densité des pierres par des infiltrations réitérées, il les rend chaque jour plus pierres qu’elles n’étaient, et il les convertit enfin en véritable caillou; et lorsque ce suc s’est fixé ensparr, il reçoit par des infiltrations réitérées de semblables sucs encore plus épurés qui en augmentent la densité etla dureté ; en sorte que cette matière ayant été successivement sparr, verre, ensuite cristal, elle devient diamant : ainsi toutes les pierres, selon eux, tendent à devenir caillou, et toutes les matières transparentes à devenir diamant.

Mais si cela est, pourquoi voyons-nous que dans de très-grands cantons, dans des prorinces entières, ce suc cristallin ne forme que de la pierre, et que dans d’autres provinces il ne forme que du caillou? Dira-t-on que ces deux terrains ne sont pas aussi anciens l’un que l’autre, que ce suc n’a pas eu le temps de circuler et d’agir aussi longtemps dans l’un que dans l’autre? cela n’est pas probable. D'ailleurs, d’où ce suc peut-il venir? S’il produit les pierres et les cailloux, qu’est-ce qui peut le produire lui-même ? Il est aisé de voir qu’il n’existe pas indépendamment de ces matières, qui seules peuvent donner à l’eau qui les pénètre cette qualité pétrifiante1, toujours relativement à leur nature et à leur caractère spécifique : en sorte que dans les pierres elle forme du sparr, et dans les cailloux du cristal ; et il y a autant de différentes espèces de ce suc qu’il y a de matières différentes qui peuvent le produire et desquelles il peut sortir. L’expérience est parfaitement d’accord avec ce que nous disons ; on trouvera toujours que les eaux gouttières des carrières de pierres ordinaires forment des concrétions tendres et calcinables comme ces pierres le sont; qu’au contraire celles qui sortent du roc vif et du caillou forment des congélations dures et vitrifiables, et qui ont toutes les autres propriétés du caillou, comme les premières ont toutes celles de la pierre ; et les eaux qui ont pénétré des lits de matières minérales et métalliques donnent lieu à la production des pyrites, des marcassites et des grains métalliques.

Nous avons dit qu’on pouvait diviser toutes les matières en deux grandes classes et par deux caractères généraux : les unes sont vitrifiables, les autres sont calcinablos; l’argile et le caillou, la marne et la pierre, peuvent être regardés comme les deux extrêmes de chacune de ces classes, dont les intervalles sont remplis par la variété presque infinie des mixtes, qui ont toujours pour base l’une ou l’autre de ces matières.

Les matières de la première classe ne peuvent jamais acquérir la nature et les propriétés de celles de l’autre : la pierre, quelque ancienne qu’on la suppose, sera toujours aussi éloignée de la nature du caillou, que l’argile l'est de la marne : aucun agent connu ne sera jamais capable de les faire

1. Voyez la note de la page 5. Le plaisir qu’il trouve à critiquer Réaumur, conduit ici Buffon à une opinion très-juste sur le prétendu suc pétrifiant.

sortir du cercle de combinaisons propres à leur nature ; les pays où il n’y a que des marbres et de la pierre, n’auront jamais que des marbres et de la pierre, aussi certainement que ceux où il n’y a que du grès, du caillou, du roc vif, n’auront jamais de la pierre ou du marbre.

Si l’on veut observer l’ordre et la distribution des matières dans une colline composée de matières vitrifiables, comme nous l’avons fait tout à l'heure dans une colline composée de matières calcinables, on trouvera ordinairement sous la première couche de terre végétale un lit de glaise ou d’argile, matière vitrifiable et analogue au caillou, et qui n’est, comme je l’ai dit, que du sable vitrifiable décomposé ; ou bien on trouve sous la terre végétale une couche de sable vitrifiable : ce lit d’argile ou de sable répond au lit de gravier qu’on trouve dans les collines composées de matières calcinables; après cette couche d’argile ou de sable on trouve quelques lits de grès qui le plus souvent n’ont pas plus d’un demi-pied d’épaisseur, et qui sont divisés en petits morceaux par une infinité de fentes perpendiculaires, comme le moellon du 3e lit de la colline composée de matières calcinables. Sous ce lit de grès on en trouve plusieurs autres de la même matière, et aussi des couches de sable vitrifiable, et le grès devient plus dur et se trouve en plus gros blocs à mesure que l’on descend. Au-dessous de ces lits de grès on trouve une matière très-dure que j’ai appelée du roc vif, ou du caillou en grande masse : c’est une matière très-dure, très-dense, qui résiste à la lime, au burin, à tous les esprits acides, beaucoup plus que n’y résiste le sable vitrifiable et même le verre en poudre, sur lesquels l’eau-forte paraît avoir quelque prise. Cette matière, frappée avec un autre corps dur, jette des étincelles, et elle exhale une odeur de soufre très-pénétrante : j’ai cru devoir appeler cette matière du caillou en grande masse; il est ordinairement stratifié sur d’autres lits d’argile, d’ardoise, de charbon de terre et de sable vitrifiable d’une très-grande épaisseur, et ces lits de cailloux en grande masse répondent encore aux couches de matières dures et aux marbres qui servent de base aux collines composées de matières calcinables.

L’eau, en coulant par les fentes perpendiculaires et en pénétrant les couches de ces sables vitrifiables, de ces grès, de ces argiles, de ces ardoises, se charge des parties les plus fines et les plus homogènes de ces matières, et elle en forme plusieurs concrétions différentes, telles que les talcs les amiantes 2 et plusieurs autres matières qui ne sont que des productions de ces stillations de matières vitrifiables, comme nous l’expliquerons dans notre Discours sur les minéraux.

Le caillou, malgré son extrême dureté et sa grande densité, a aussi, comme le marbre ordinaire et comme la pierre dure, ses exsudations, d’où résultent des stalactites de différentes espèces, dont les variétés dans la

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