‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 135 sur 251 · V. — Sur la découverte de l'Amérique · texte numérisé non relu

V. — Sur la découverte de l'Amérique

Page 119, sur ce que j’ai dit de la découverte de l’Amérique, un critique, plus judicieux que l’auteur des Lettres à un Américain , m’a reproché l’espèce de tort que je fais à la mémoire d’un aussi grand homme que Christophe Colomb : c'est , dit-il , le confondre avec ses matelots , que de penser qu'il a pu croire que la mer s'élevait vers le ciel , et que peut-être l’un et l'autre se touchaietit du côté du midi. Je souscris de bonne grâce à cette critique, qui me paraît juste ; j’aurais dû atténuer ce fait que j’ai tiré de quelque relation; car il est à présumer que ce grand navigateur devait avoir une notion très-distincte de la figure du globe, tant par ses propres voyages que par ceux des Portugais au cap de Bonne-Espérance et aux Indes orientales. Cependant on sait que Colomb, lorsqu’il fut arrivé aux terres du nouveau continent, se croyait peu éloigné de celles de l’orient de l’Asie : comme l’on n’avait pas encore fait le tour du monde, il ne pouvait en connaître la circonférence et ne jugeait pas la terre aussi étendue qu’elle l’est en effet. D’ailleurs, il faut avouer que ce premier navigateur vers l’occident ne pouvait qu’être étonné de voir qu’au-dessous des Antilles il ne lui était pas possible de gagner les plages de midi, et qu’il était continuellement repoussé: cet obstacle subsiste encore aujourd’hui ; on ne peut aller des Antilles à la Guyane dans

1 . Voyez, sur le dernier voyage du capitaine Cook, sur celui de La Pérouse, etc., etc., l’Abrégé de la Géogr. univ. de Maltebrun , 1848.

2. Date assez exacte. L’Europe doit l’usage de la boussole aux Arabes, qui l’avaient, euxmèmes, empruntée aux Chinois.

ADDITIONS

aucune saison, tant les courants sont rapides et constamment dirigés de la Guyane a ces îles. Il faut deux mois pour le retour, tandis qu'il ne faut que cinq ou six jours pour venir de la Guyane aux Antilles ; pour retourner, on est obligé de prendre le large à une très-grande distance du côté de notre continent, d’où l’on dirige sa navigation vers la terre ferme de l’Amérique méridionale. Ces courants rapides et constants de la Guyane aux Antilles sont si violents qu’on ne peut les surmonter à l’aide du vent; et, comme cela est sans exemple dans la mer Atlantique, il n’est pas surprenant que Colomb qui cherchait à vaincre ce nouvel obstacle, et qui, malgré toutes les ressources de son génie et de ses connaissances dans l’art de la navigation, ne pouvait avancer vers ces plages du midi, n’ait pensé qu’il y avait quelque chose de très-extraordinaire et peut-être une élévation plus grande dans cette partie de la mer que dans aucune autre ; car ces courants de la Guyane aux Antilles coulent réellement avec autant de rapidité que s’ils descendaient d’un lieu plus élevé pour arriver à un endroit plus bas.

Les rivières, dont le mouvement peut causer les courants de Cayenne aux Antilles, sont :

1° Le fleuve des Amazones, dont l’impétuosité est très-grande, l’embouchure large de soixante-dix lieues, et la direction plus au nord qu’au sud.

2° La rivière Ouassa, rapide et dirigée de même, et d'à peu près une lieue d’embouchure.

3° L’Oyapok, encore plus rapide que l’Ouassa et venant de plus loin, avec une embouchure à peu près égale.

4° L’Aprouak, à peu près de même étendue de cours et d’embouchure que l’Ouassa.

5° La rivière Raw, qui est plus petite, tant de cours que d’embouchure, mais trèsrapide, quoiqu’elle ne vienne que d’une savane noyée à vingt-cinq ou trente lieues de la mer.

6° L’Oyak, qui est une rivière très-considérable, qui se sépare en deux branches à son embouchure, pour former l’ile de Cayenne : cette rivière Oyak en reçoit une autre à vingt ou vingt-cinq lieues de distance, qu’on appelle l’Oraput, laquelle est très-impétueuse et qui prend sa source dans une montagne de rochers, d’où elle descend par des torrents très-rapides.

7° L'un des bras de l’Oyak se réunit près de son embouchure avec la rivière de Cayenne, et ces deux rivières réunies ont plus d’une lieue de largeur ; l’autre bras de l’Oyak n’a guère qu’une demi-lieue.

8° La rivière de Kourou, qui est très-rapide et qui a plus d’une demi-lieue de largeur vers son embouchure, sans compter le Macousia, qui ne vient pas de loin, mais qui ne laisse pas de fournir beaucoup d’eau.

9° Le Sinamari, dont le lit est assez serré, mais qui est d’une grande impétuosité et qui vient de fort loin.

10° Le fleuve Maroni , dans lequel on a remonté très-haut, quoiqu’il soit de la plus grande rapidité: il a plus d’une lieue d’embouchure, et c’est après l’Amazone le fleuve qui fournit la plus grande quantité d'eau; son embouchure est nette, au lieu que les embouchures de l’Amazone et de l’Orénoque sont semées d’une grande quantité d’îles.

1 1° Les rivières de Surinam , de Berbiché et d’Essequebé, et quelques autres jusqu’à l’Orénoque, qui , comme l’on sait, est un fleuve très-grand. Il paraît que c’est de leurs limons accumulés et des terres que ces rivières ont entraînées des montagnes que sont formées toutes les parties basses de ce vaste continent, dans le milieu duquel on ne trouve que quelques montagnes, dont la plupart ont été des volcans , et qui sont trop peu élevées pour que les neiges et les glaces puissent couvrir leurs sommets.

Il paraît donc que c’est par le concours de tous les courants de ce grand nombre de

fleuves que s'est formé le courant général de la mer depuis Cayenne aux Antilles, ou plutôt depuis l’Amazone ; et ce courant général dans ces parages s’étend peut-être à plus de soixante lieues de distance de la côte orientale de la Guyane.

ADDITIONS

A. L’ARTICLE QUI A POUR TITRE : DE LA PRODUCTION DES COUCnES 0D LITS DE TERRE.

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I. — Sur les couches ou lits de terre en différents endroits.

Nous avons quelques exemples des fouilles et des puits , dans lesquels on a observé les différentes natures des couches ou lits de terre jusqu’à de certaines profondeurs ; celle du puits d’Amsterdam, qui descendait à 232 pieds, celle du puits de Marly-la-Ville jusqu’à 100 pieds ; et nous pourrions en citer plusieurs autres exemples, si les observateurs étaient d’accord dans leur nomenclature : mais les uns appellent marne ce qui n’est en effet que de l’argile blanche; les autres nomment cailloux des pierres calcaires arrondies; ils donnent le nom de sable à du gravier calcaire; au moyen de quoi l’on ne peut tirer aucun fruit de leurs recherches, ni de leurs longs M;moires sur ces matières, parce qu’il y a partout incertitude sur la nature des substances dont ils parlent : nous nous bornerons donc aux exemples suivants.

Un bon observateur a écrit à un de mes amis, dans les termes suivants, sur les couches de terre dans le voisinage de Toulon : « Il existe ici, dit-il, un immense dépôt pierreux « qui occupe toute la pente de la chaîne de montagnes que nous avons au nord de la « ville de Toulon , qui s’étend dans la vallée au levant et au couchant , dont une partie « forme le sol de la vallée et va se perdre dans la mer : cette matière lapidiüque est « appelée vulgairement saffre, et c'est proprement ce tuf que les naturalistes appellent « marga toffacea fistulosa. M. Guettard m’a demandé des éclaircissements sur ce « saffre pour en faire usage dans ses mémoires, et quelques morceaux de cette matière « pour la connaître ; je lui ai envoyé les uns et les autres, et je crois qu’il en a été con- « tent, car il m’en a remercié : il vient même de me marquer qu’il reviendra en Pro-

« vence et à Toulon au commencement de mai Quoi qu’il en soit, M. Guettard

« n’aura rien de nouveau à dire sur ce dépôt , car M. de Buffon a tout dit à ce sujet « dans son premier volume de Y Histoire naturelle , à l’article des Preuves de la Théorie « de la terre , et il semble qu’en faisant cet article il avait sous les yeux les montagnes « de Toulon et leur croupe.

« A la naissance de cette croupe, qui est d’un tuf plus ou moins dur, on trouve dans « de petites cavités du noyau de la montagne quelques mines de très-beau sable , qui « sont probablement ces pelotes dont parle M. de Buffon. En cassant en d’autres endroits « la superficie du noyau , nous trouvons en abondance des coquilles de mer incorporées

« avec la pierre J’ai plusieurs de ces coquilles dont l’émail est assez bien conservé;

‘ je les enverrai quelque jour àM. de Buffon 3. »

M. Guettard, qui a fait par lui-même plus d’observations en ce genre qu’aucun autre naturaliste , s’exprime dans les termes suivants , en parlant des montagnes qui environnent Paris.

* Après la terre labourable , qui n’est tout au plus que de deux ou trois pieds , est

a. Lettre de M. Bossy à M. Guenaud de Montbeillard. Toulon, 16 avril 1775.

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