DU FOND DE LA MER
« intervalles. Le fond ancien ou permanent , qu’on peut nommer fond général , et « le fond accidentel ou particulier. Le premier, qui doit faire la base d’un tableau « général , est le sol même du bassin de la mer. Il est composé des mêmes couches que « nous trouvons partout dans le sein de la terre, telles que la marne, la pierre , la « glaise, le sable , les coquillages , que nous voyons disposés horizontalement , d’une o épaisseur égale, sur une fort grande étendue... Ici, ce sera un fond de marne ; là, un « de glaise, de sable, de roches. Enfin, le nombre des fonds généraux qu’on peut dis- « cerner par la sonde , ne va guère qu’à six ou sept espèces. Les plus étendues et les « plus épaisses de ces couches, se trouvant découvertes ou coupées en biseau, forment « dans la mer de grands espaces, où l’on doit reconnaître le fond général , mdépen- « damment de ce que les courants et autres circonstances peuvent y déposer d’étranger « à sa nature. Il est encore des fonds permanents , dont nous n’avons point parlé : ce « sont ces étendues immenses de madrépores, de coraux, qui recouvrent souvent un « fond de rochers, et ces bancs d'une énorme étendue de coquillages , que la prompte « multiplication ou d’autres causes y a accumulés ; ils y sont comme par peuplades. « Une espèce paraît occuper une certaine étendue ; l’espace suivant est occupé par une « autre, comme on le remarque à l’égard des coquilles fossiles, dans une grande partie « de l’Europe, et peut-être partout. Ce sont même ces remarques sur l’intérieur de la « terre, et des lieux où la mer découvre beaucoup, où l’on voit toujours une espèce « dominer comme par cantons, qui nous ont mis à portée de conclure sur la prodigieuse « quantité des individus, et sur l’épaisseur des bancs du fond de la mer, dont nous ne « pouvons guère connaître par la sonde que la superficie.
« Le fond accidentel ou particulier est composé d’une quantité prodigieuse de
« pointes d’oursins de toutes espèces , que les marins nomment pointes d'aleines ; de « fragments de coquilles, quelquefois pourries ; de crustacés, de madrépores, de plantes « marines, de pyrites, de granités arrondis par le frottement, de particules de nacre, de « mica , peut-être même de talc , auxquels ils donnent des noms conformes à l’appa- « rence; quelques coquilles entières, mais en petite quantité, et comme semées dans « des étendues médiocres; de petits cailloux, quelques cristaux, des sables colorés, « un léger limon, etc. Tous ces corps, disséminés par les courants, l’agitation de la « mer, etc., provenant en partie des fleuves, des éboulements de falaises, et autres « causes accidentelles, ne recouvrent souvent qu’imparfaitement le fond général qui se « représente à chaque instant, quand on sonde fréquemment dans les mêmes parages... « J’ai remarqué que, depuis près d'un siècle, une grande partie des fonds généraux « du golfe de Gascogne et de la Manche u'ont presque pas changé , ce qui fonde « encore mon opinion sur les deux fonds a. »
IL — Sur les courants de la mer , page 224.
On doit ajouter, à l’énumération des courants de la mer, le fameux courant de Mosckœ , Mosche ou Male *, sur les côtes de Norvège, dont un savant suédois nous a donné la description dans les termes suivants :
« Ce courant, qui a pris son nom du rocher de Moschensicle , situé entre les « deux îles de Lofœde et de Woerœn, s’étend à quatre milles vers le sud et vers le « nord.
« Il est extrêmement rapide, surtout entre le rocher de Mosche et la pointe de
a. Journal de physique, par M. l’abbé Rozier. Mois de décembre 1773 , p. 438 et suiv.