‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 158 sur 251 · DU FOND DE LA MER · texte numérisé non relu

DU FOND DE LA MER

« tout ailleurs. Comme cette pointe est plus près de l’endroit où les eaux s’arrêtent , la « pente y est aussi plus forte; et plus les eaux du courant s’étendent vers les îles de « Woerœnet de Roest, plus il perd de sa vitesse

« Après cela , il est aisé de concevoir pourquoi ce courant est toujours diamétralement « opposé à celui des eaux de la mer. Rien ne s’oppose à celles-ci , soit qu’elles montent, « soit qu'elles descendent ; au lieu que celles qui sont arrêtées au-dessus de la pointe de a Lofœde ne peuvent se mouvoir ni en ligne droite, ni au-dessus de cette même pointe « tant que la mer n’est point descendue plus bas et n’a pas , en se retirant , emmené les < eaux que celles qui sont arrêtées au-dessus de Lofœde doivent remplacer

« Au commencement du flux et du reflux, les eaux de la mer ne peuvent pas détourner « celles du courant ; mais, lorsqu'elles ont monté ou descendu à moitié , elles ont assez « de force pour changer sa direction. Comme il ne peut alors se tourner vers l’est, « parce que l’eau est toujours stable près de la pointe de Lofœde, ainsi que je l’ai déjà « dit, il faut nécessairement qu'il aille vers l’ouest où l'eau est plus basse a. » Cette explication me paraît bonne et conforme aux vrais principes de la théorie des eaux courantes.

Nous devons encore ajouter ici la description du fameux courant de Carybde et Scylla, près de la Sicile , sur lequel M. Bridone a fait nouvellement des observations qui semblent prouver que sa rapidité et la violence de tous ses mouvements est fort diminuée.

« Le fameux rocher de Scylla est sur la côte de la Calabre, le cap Pelore sur celle de « Sicile, et le célèbre détroit du Phare court entre les deux. L’on entend, à quelques « milles de distance de l’entrée du détroit, le mugissement du courant; il augmente à « mesure qu’on s’approche , et en plusieurs endroits l’eau forme de grands tournants , » lors même que tout le reste de la mer est uni comme une glace. Les vaisseaux sont <> attirés par ces tournants d’eau ; cependant on court peu de danger quand le temps « est calme; mais, si les vagues rencontrent ces tournants violents, elles forment une <■ mer terrible. Le courant porte directement vers le rocher de Scylla : il est à environ « un mille de l’entrée du Phare. 11 faut convenir que réellement ce fameux Scylla n’ap- « proche pas de la description formidable qu'Homère en a faite ; le passage n’est pas « aussi prodigieusement étroit ni aussi difficile qu’il le représente : il est probable que, « depuis ce temps, il s’est fort élargi, et que la violence du courant a diminué en même « proportion. Le rocher a près de 200 pieds d'élévation ; on y trouve plusieurs cavernes « et une espèce de fort bâti au sommet. Le fanal est à présent sur le cap Pelore. L’en- « trée du détroit entre ce cap et la Coda-di-Volpe, en Calabre, paraît avoir à peine un « mille de largeur ; son canal s’élargit , et il a quatre milles auprès de Messine , qui est « éloignée de douze milles de l'entrée du détroit. Le célèbre gouffre ou tournant de « Carybde est près de l’entrée du havre de Messine ; il occasionne souvent dans l’eau un « mouvement si irrégulier que les vaisseaux ont beaucoup de peine à y entrer. Aristote « fait une longue et terrible description de ce passage difficile b. Homère, Lucrèce, « Virgile , et plusieurs autres poètes , l’ont décrit comme un objet -qui inspirait la plus « grande terreur. Il n’est certainement pas si formidable aujourd’hui , et il est très- « probable que le mouvement des eaux, depuis ce temps, a émoussé les pointes escarpées « des rochers , et détruit les obstacles qui resserraient les flots. Le détroit s’est élargi « considérablement dans cet endroit. Les vaisseaux sont néanmoins obligés de ranger « la côte de Calabre de très-près , afin d’éviter l’attraction violente occasionnée par le « tournoiement des eaux ; et, lorsqu’ils sont arrivés à la partie la plus étroite et la plus « rapide du détroit, entre le cap Pelore et Scylla, ils sont en grand danger d’être jetés

а. Description du courant de Mosckoe, etc. Journal étranger, février 1758, p. 25.

б. Aristote. De admirandis, cap. 125.

ADDITIONS

« directement contre ce rocher. De là vient le proverbe : incidit in Scyllam cupiens « vitare Carybdin. On a placé un autre fanal pour avertir les marins qu’ils approchent « de Carybde, comme le fanal du cap Pelore les avertit qu’ils approchent de Scylla a. »

ADDITIONS

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