‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 193 sur 251 · DE LÀ NUTRITION ET DU DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

DE LÀ NUTRITION ET DU DÉVELOPPEMENT

Le corps d’un animal est une espèce de moule1 intérieur, dans lequel la matière qui sert à son accroissement se modèle et s’assimile au total; de manière que, sans qu’il arrive aucun changement à l’ordre et à la proportion des parties, il en résulte cependant une augmentation dans chaque partie prise séparément, et c’est cette augmentation de volume qu’on appelle développement, parce qu’on a cru en rendre raison en disant que l’animal étant formé en petit comme il l’est en grand, il n’était pas difficile de concevoir que ses parties se développaient à mesure qu’une matière accessoire venait augmenter proportionnellement chacune de ces parties.

Mais cette même augmentation, ce développement, si on veut en avoir une idée nette, comment peut-il se faire, si ce n’est en considérant le corps de l’animal, et même chacune de ses parties qui doivent se développer, comme autant de moules intérieurs qui ne reçoivent la matière accessoire que dans l’ordre qui résulte de la position de toutes leurs parties ? et ce qui prouve que ce développement ne peut pas se faire, comme on se le persuade ordinairement, par la seule addition aux surfaces, et qu’au contraire il s’opère par une susception intime et qui pénètre la masse, c’est que dans la partie qui se développe le volume et la masse augmentent proportionnellement et sans changer de forme ; dès lors il est nécessaire que la matière qui sert à ce développement pénètre, par quelque voie que ce puisse être, l’intérieur de la partie et la pénètre dans toutes les dimensions; et cependant

1. Le corps de l’animal est le moule. (Voyez la note de la page 443.)

DE LA NUTRITION

il est en même temps tout aussi nécessaire que cette pénétration de substance se fasse dans un certain ordre et avec une certaine mesure, telle qu’il n’arrive pas plus de substance à un point de l’intérieur qu a un autre point, sans quoi certaines parties du tout se développeraient plus vite que d’autres, et dès lors la forme serait altérée. Or, que peut-il y avoir qui prescrive en effet à la matière accessoire cette règle, et qui la contraigne à arriver également et proportionnellement à tous les points de l’intérieur, si ce n’est le moule intérieur?

11 nous paraît donc certain que le corps de l’animal ou du végétal est un moule intérieur qui a une forme constante, mais dont la masse et le volume peuvent augmenter proportionnellement, et que l’accroissement, ou, si l’on veut, le développement de l’animal ou du végétal, ne se fait que par l’extension de ce moule dans toutes ses dimensions extérieures et intérieures, que cette extension se fait par l’intussusception d’une matière accessoire et étrangère qui pénètre dans l’intérieur, qui devient semblable à la forme et identique avec la matière du moule.

Mais de quelle nature est cette matière que l’animal ou le végétal assimile à sa substance? quelle peut être la force ou la puissance qui donne à cette matière l’activité et le mouvement nécessaires pour pénétrer le moule intérieur? et, s’il existe une telle puissance, ne serait-ce pas par une puissance semblable que le moule intérieur lui-même pourrait être reproduit?

Ces trois questions renferment, comme l’on voit, tout ce qu’on peut demander sur ce sujet, et me paraissent dépendre les unes des autres, au point que je suis persuadé qu’on ne peut pas expliquer d’une manière satisfaisante la reproduction de l’animal et du végétal, si l’on n’a pas une idée claire de la façon dont peut s’opérer la nutrition : il faut donc examiner séparément ces trois questions, afin d’en comparer les conséquences.

La première, par laquelle on demande de quelle nature est celte matière que le végétal assimile à sa substance, me parait être en partie résolue par les raisonnements que nous avons faits, et sera pleinement démontrée par des observations que nous rapporterons dans les chapitres suivants. Nous ferons voir qu’il existe dans la nature une infinité de parties organiques vivantes1, que les êtres organisés sont composés de ces parties organiques, que leur production ne coûte rien à la nature, puisque leur existence est constante et invariable, que les causes de destruction ne font que les séparer sans les détruire : ainsi la matière que l’animal ou le végétal assimile à sa substance est une matière organique qui est de la même nature que celle de l’animal ou du végétal , laquelle par conséquent peut en augmenter

1. Après les petits touts, après les moules, voici les parties organiques vivantes, les molécules organiques.

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