ET DU DEVELOPPEMENT
qualités, que nous prenons pour des principes, ne sont autre chose que des façons de voir? et ne pouvons-nous pas penser que si nos sens étaient autrement conformés, nous reconnaîtrions dans la matière des qualités très-différentes de celles dont nous venons de faire l’énumération? Ne vouloir admettre dans la matière que les qualités que nous lui connaissons me parait une prétention vaine et mal fondée ; la matière peut avoir beaucoup d’autres qualités générales que nous ignorerons toujours; elle peut en avoir d’autres que nous découvrirons, comme celle de la pesanteur, dont on a dans ces derniers temps fait une qualité générale, et avec raison, puisqu’elle existe également dans toute la matière que nous pouvons toucher, et même dans celle que nous sommes réduits à ne connaître que par le rapport de nos yeux : chacune de ces qualités générales deviendra un nouveau principe tout aussi mécanique qu’aucun des autres, et l’on ne donnera jamais l’explication ni des uns, ni des autres. La cause de l’impulsion, ou de tel autre principe mécanique reçu, sera toujours aussi impossible à trouver que celle de l’attraction ou de telle autre qualité générale qu’on pourrait découvrir; et dès lors n’est-il pas très- raisonnable do dire que les principes mécaniques ne sont autre chose que les effets généraux que l’expérience nous a fait remarquer dans toute la matière, et que toutes les fois qu’on découvrira, soit par des réflexions, soit par des comparaisons, soit par des mesures ou des expériences, un nouvel effet général, on aura un nouveau principe mécanique qu’on pourra employer avec autant de sûreté et d’avantage qu’aucun des autres.
Le défaut de la philosophie d’Aristote était d’employer comme causes tous les effets particuliers; celui de celle de Descartes est de ne vouloir employer comme causes qu’un petit nombre d’effets généraux, en donnant l’exclusion à tout le reste. Il me semble que la philosophie sans défaut serait celle où l’on n’emploierait pour causes que des effets généraux , mais où l’on chercherait en même temps à en augmenter le nombre, en bâchant de généraliser les effets particuliers.
J’ai admis, dans mon explication du développement et de la reproduction, d’abord les principes mécaniques reçus, ensuite celui de la force pénétrante de la pesanteur qu’on est obligé de recevoir, et par analogie j’ai cru pouvoir dire qu’il y avait d’autres forces pénétrantes qui s’exercaient dans les corps organisés, comme l’expérience nous en assure. J’ai prouvé par des faits que la matière tend à s’organiser, et qu’il existe un nombre infini de parties organiques ; je n’ai donc fait que généraliser les observations, sans avoir rien avancé de contraire aux principes mécaniques, lorsqu'on entendra par ce mot ce que l’on doit entendre e* effet, c’est-à-dire, les effets généraux de la nature.
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DE LA GÉNÉRATION