‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 197 sur 251 · Voyez la note de la page · texte numérisé non relu

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DE LA GÉNÉRATION

Je réponds à la première question que, si l’on a bien entendu ce que j’ai dit au sujet de la pénétration du moule intérieur par les molécules organiques dans la nutrition ou le développement, on concevra facilement que ces molécules organiques, ne pouvant plus pénétrer les parties qu’elles pénétraient auparavant, elles seront nécessitées de prendre une autre route, et par conséquent d’arriver quelque part, comme dans les testicules et les vésicules séminales, et qu’ensuite elles se peuvent réunir pour former un petit être organisé, par la même puissance qui leur faisait pénétrer les différentes parties du corps auxquelles elles étaient analogues; car vouloir, comme je l’ai dit, expliquer l’économie animale et les différents mouvements du corps humain, soit celui de la circulation du sang ou celui des muscles, etc., par les seuls principes mécaniques auxquels les modernes voudraient borner la philosophie, c’est précisément la même chose que si un homme, pour rendre compte d’un tableau, se faisait boucher les yeux et nous racontait tout ce que le toucher lui ferait sentir sur la toile du tableau ; car il est évident que ni la circulation du sang, ni le mouvement des muscles, ni les fonctions animales, ne peuvent s’expliquer par l’impulsion ni par les autres lois de la mécanique ordinaire; il est tout aussi évident que la nutrition, le développement et la reproduction se font par d’autres lois. Pourquoi donc ne veut-on pas admettre des forces pénétrantes et agissantes sur les masses des corps, puisque d’ailleurs nous en avons des exemples dans la pesanteur des corps, dans les attractions magnétiques, dans les affinités chimiques? et comme nous sommes arrivés, par la force des faits et par la multitude et l’accord constant et uniforme des observations, au point d’être assurés qu’il existe dans la nature des forces qui n’agissent pas par la voie d’impulsion, pourquoi n’emploierions-nous pas ces forces comme principes mécaniques? pourquoi les exclurions-nous de l’explication des phénomènes que nous savons qu’elles produisent? pourquoi veut-on se réduire à n’employer que la force d’impulsion? n’est-ce pas vouloir juger du tableau par le toucher? n’est-ce pas vouloir expliquer les phénomènes de la masse par ceux de la surface, la force pénétrante par l’action superficielle? n’est-ce pas vouloir se servir d’un sens, tandis que c’est un autre qu’il faut employer? n’est-ce pas enfin borner volontairement sa faculté de raisonner sur autre chose que sur les effets qui dépendent de ce petit nombre de principes mécaniques auxquels on s’est réduit?

Mais ces forces étant une fois admises, n’est -il pas très-naturel d’imaginer que les parties les plus analogues seront celles qui se réuniront et se lieront ensemble intimement; que chaque partie du corps s’appropriera les molécules les plus convenables, et que du superflu de toutes ces molécules il se formera une matière séminale qui contiendra réellement toutes les molécules nécessaires pour former un petit corps organisé, semblable en tout à celui dont cette matière séminale est l’extrait? une force toute semblable à

DES ANIMAUX

celle qui était nécessaire pour les faire pénétrer dans chaque partie et produire le développement, ne suffit-elle pas pour opérer la réunion de ces molécules organiques, et les assembler en effet en forme organisée et semblable à celle du corps dont elles sont extraites?

Je conçois donc que dans les aliments que nous prenons il y a une grande quantité de molécules organiques, et cela n’a pasbesoin d’être prouvé, puisque nous ne vivons que d’animaux ou de végétaux, lesquels sont des êtres organisés : je vois que dans l’estomac et les intestins il se fait une séparation des parties grossières et brutes qui sont rejetées par les voies excrétoires; le chyle, que je regarde comme l’aliment divisé, et dont la dépuration est commencée, entre dans les veines lactées, et de là est porté dans le sang avec lequel il se mêle ; le sang transporte ce chyle dans toutes les parties du corps; il continue à se dépurer, par le mouvement de la circulation, de tout ce qui lui restait de molécules non organiques; cette matière brute et étrangère est chassée par ce mouvement, et sort par les voies des sécrétions et de la transpiration; mais les molécules organiques restent, parce qu’en effet elles sont analogues au sang, et que dès lors il y a une force d’affinité qui les retient. Ensuite, comme toute la masse du sang passe plusieurs fois dans toute l’habitude du corps, je conçois que dans ce mouvement de circulation continuelle chaque partie du corps attire à soi les molécules les plus analogues, et laisse aller celles qui le sont le moins; de cette façon toutes les parties se développent et se nourrissent, non pas, comme on le dit ordinairement, par une simple addition de parties et par une augmentation superficielle, mais par une pénétration intime, produite par une force qui agit dans tous les points de la masse; et lorsque les parties du corps sont au point de développement nécessaire, et qu’elles sont presque entièrement remplies de ces molécules analogues, comme leur substance est devenue plus solide, je conçois qu’elles perdent la faculté d’attirer ou de recevoir ces molécules, et alors la circulation continuera de les emporter et de les présenter successivement à toutes les parties du corps, lesquelles ne pouvant plus les admettre , il est nécessaire qu’il s’en fasse un dépôt quelque part, comme dans les testicules et les vésicules séminales. Ensuite cet extrait du mâle, étant porté dans l’individu de l’autre sexe, se mêle avec l’extrait de la femelle, et, par une force semblable à la première, les molécules qui se conviennent le mieux se réunissent, et forment par cette réunion un petit corps organisé semblable à l’un ou à l’autre de ces individus, auquel il ne manque plus que le développement qui se fait ensuite dans la matrice de la femelle.

La seconde question, savoir si la femelle a en effet une liqueur séminale, demande un peu de discussion : quoique nous soyons en état d’y satisfaire pleinement, j’observerai, avant tout, comme une chose certaine, que la manière dont se fait l’émission de la semence de la femelle est moins mar-

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