Voyez, ci-après, les notes du chapitre vi
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de la nourriture qui servent à toutes deux, et la preuve que c’est le superflu de la matière qui sert au développement qui est le sujet matériel de la reproduction, c’est que le corps ne commence à être en état de produire que quand il a fini de croître; et l’on voit tous les jours dans les chiens et les autres animaux, qui suivent plus exactement que nous les lois de la nature, que tout leur accroissement est pris avant qu’ils cherchent à se joindre , et dès que les femelles deviennent en chaleur ou que les mâles commencent à chercher la femelle, leur développement est achevé en entier, ou du moins presque en entier : c’est même une remarque pour connaître si un chien grossira ou non, car on peut être assuré que, s’il est en état d’engendrer, il ne croîtra presque plus.
Une troisième raison qui me paraît prouver que c’est le superflu de la nourriture qui forme la liqueur séminale, c’est que les eunuques et tous les animaux mutilés grossissent plus que ceux auxquels il ne manque rien ; la surabondance de la nourriture, ne pouvant être évacuée faute d’organes, change l’habitude de leurs corps ; les hanches et les genoux des eunuques grossissent, la raison m’en paraît évidente : après que leur corps a pris l’accroissement ordinaire, si les molécules organiques superflues trouvaient une issue, comme dans les autres hommes, cet accroissement n’augmenterait pas davantage; mais comme il n’y a plus d’organes pour l’émission de la liqueur séminale, cette même liqueur, qui n’est que le superflu de la matière qui servait à l’accroissement, reste et cherche encore à développer davantage les parties : or on sait que l’accroissement des os se fait par les extrémités qui sont molles et spongieuses, et que, quand les os ont une fois pris de la solidité, ils ne sont plus susceptibles de développement ni d’extension ; et c’est par cette raison que ces molécules superflues ne continuent à développer que les extrémités spongieuses des os, ce qui fait que les hanches, les genoux, etc., des eunuques grossissent considérablement, parce que les extrémités sont en effet les dernières parties qui s’ossifient.
Mais ce qui prouve plus fortement que tout le reste la vérité de notre explication, c’e^t la ressemblance des enfants à leurs parents : le fils ressemble, en général, plus à son père qu’à sa mère, et la fille plus à sa mère qu’à son père, parce qu’un homme ressemble plus à un homme qu’à une femme, et qu’une femme ressemble plus à une femme qu’à un homme pour l’habitude totale du corps; mais pour les traits et pour les habitudes particulières, les enfants ressemblent tantôt au père, tantôt a la mère, quelquefois même ils ressemblent à tous deux; ils auront, par exemple, les yeux du père et la bouche de la mère, ou le teint de la mère et la taille du père, ce qu’il est impossible de concevoir, à moins d’admettre que les deux parents ont contribué à la formation du corps de l’enfant, et que par conséquent il y a eu un mélange des deux liqueurs séminales.
462 DE LA GÉNÉRATION
J’avoue que je me suis fait à moi-même beaucoup de difficultés sur les ressemblances , et qu’avant que j’eusse examiné mûrement la question de la génération, je m’étais prévenu de certaines idées d’un système mixte où j’employais les vers spermatiques et les œufs des femelles, comme premières parties organiques qui formaient le point vivant , auquel par des forces d’attractions je supposais, comme Harvey, que les autres parties venaient se joindre dans un ordre symétrique et relatif ; et comme dans ce système il me semblait que je pouvais expliquer d’une manière vraisemblable tous les phénomènes, à l’exception des ressemblances , je cherchais des raisons pour les combattre et pour en douter, et j en avais même trouvé de très-spécieuses, et qui m’ont fait illusion longtemps , jusqu’à ce qu’ayant pris la peine d’observer moi-même, et avec toute l’exactitude dont je suis capable, un grand nombre de familles, et surtout les plus nombreuses, je n’ai pu résister à la multiplicité des preuves, et ce n’est qu’après m’être pleinement convaincu à cet égard , que j ai commencé à penser différemment et à tourner mes vues du côté que je viens de les présenter.
D’ailleurs, quoique j’eusse trouvé des moyens pour échapper aux arguments qu’on m’aurait faits au sujet des mulâtres, des métis et des mulets, que je croyais devoir regarder, les uns comme des variétés superficielles, et les autres comme des monstruosités, je ne pouvais m’empêcher de sentir que toute explication où l’on ne peut rendre raison de ces phénomènes ne pouvait être satisfaisante. Je crois n’avoir pas besoin d avertir combien cette ressemblance aux parents, ce mélange de parties de la meme espèce dans les métis , ou de deux espèces différentes dans les mulets , confirment mon explication.
Je vais maintenant en tirer quelques conséquences. Dans la jeunesse, la liqueur séminale est moins abondante, quoique plus provocante; sa quantité augmente jusqu’à un certain âge , et cela parce qu à mesure qu’on avance en âge les parties du corps deviennent plus solides, admettent moins de nourriture, en renvoient par conséquent une plus grande quantité, ce qui produit une plus grande abondance de liqueur séminale: aussi lorsque les organes extérieurs ne sont pas usés, les personnes du moyen âge, et même les vieillards, engendrent plus aisément que les jeunes gens; ceci est évident dans le genre végétal, plus un arbre est âgé, plus il produit de fruit ou de graine, par la même raison que nous venons d’exposer.
Les jeunes gens qui s’épuisent, et qui par des irritations forcées déterminent vers les organes de la génération une plus grande quantité cie liqueur séminale qu’il n’en arriverait naturellement, commencent par cesser de croître ; ils maigrissent et tombent enfin dans le marasme , et cela parce qu’ils perdent par des évacuations trop souvent réitérées la
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substance nécessaire à leur accroissement et à la nutrition de toutes les parties de leur corps.
Ceux dont le corps est maigre sans être décharné, ou charnu sans être gras, sont beaucoup plus vigoureux que ceux qui deviennent gras ; et dès que la surabondance de la nourriture a pris cette route et qu’elle commence à former de la graisse, c’est toujours aux dépens de la quantité de la liqueur séminale et des autres facultés de la génération. Aussi lorsque non -seulement l’accroissement de toutes les parties du corps est entièrement achevé, mais que les os sont devenus solides dans toutes leurs parties, que les cartilages commencent à s’ossifier, que les membranes ont pris toute la solidité qu’elles pouvaient prendre , que toutes les fibres sont devenues dures et raides, et qu’enfin toutes les parties du corps ne peuvent presque plus admettre de nourriture , alors la graisse augmente considérablement, et la quantité de la liqueur séminale diminue, parce que le superflu de la nourriture s’arrête dans toutes les parties du corps, et que les fibres, n’ayant presque plus de souplesse et de ressort, ne peuvent plus le renvoyer, comme auparavant, dans les réservoirs de la génération.
La liqueur séminale non-seulement devient, comme je l’ai dit, plus abondante jusqu’à un certain âge, mais elle devient aussi plus épaisse, et sous le même volume elle contient une plus grande quantité de matière, par la raison que l’accroissement du corps diminuant toujours à mesure qu’on avance en âge, il y a une plus grande surabondance de nourriture, et par conséquent une masse plus considérable de liqueur séminale. Un homme accoutumé à observer, et qui ne m’a pas permis de le nommer , m’a assuré que, volume pour volume, la liqueur séminale est près d’une fois plus pesante que le sang , et par conséquent plus pesante spécifiquement qu’aucune autre liqueur du corps.
Lorsqu’on se porte bien, l’évacuation de la liqueur séminale donne de l’appétit, et on sent bientôt le besoin de réparer par une nourriture nouvelle la perte de l’ancienne : d’où l’on peut conclure que la pratique de mortification la plus efficace contre la luxure est l’abstinence et le jeûne.
Il me reste beaucoup d’autres choses à dire sur ce sujet , que je renvoie au chapitre de l’histoire de l’homme ; mais, avant que de finir celui-ci, je crois devoir faire encore quelques observations. La plupart des animaux ne cherchent la copulation que quand leur accroissement est pris presque en entier; ceux qui n’ont qu’un temps pour le rut ou pour le frai n’ont de liqueur séminale que dans ce temps. Un habile observateur0 a vu se former sous ses yeux non-seulement cette liqueur
a. M. Needham : New microscopical Discoveries. London, 1745.
dans la laite du calmar, mais même les petits corps mouvants et organisés en forme de pompe', les animaux spermatiques, et la laite ellemême; il n’y en a point dans la laite jusqu’au mois d’octobre, qui est le temps du frai du calmar sur les côtes de Portugal , où il a fait cette observation ; et dès que le temps du frai est passé, on ne voit plus ni liqueur séminale ni vers spermatiques dans la laite qui se ride, se dessèche et s’oblitère, jusqu’à ce que, l’année suivante, le superflu de la nourriture vient former une nouvelle laite et la remplir comme l’année précédente. Nous aurons occasion de faire voir dans l’histoire du cerf les différents effets du rut ; le plus général est l’exténuation de l’animal , et dans les espèces d’animaux dont le rut ou le frai n’est pas fréquent et ne se fait qu’à de grands intervalles de temps, l’exténuation du corps est d’autant plus grande que l'intervalle du temps est plus considérable.
Comme les femmes sont plus petites et plus faibles que les hommes, qu’elles sont d’un tempérament plus délicat et qu’elles mangent beaucoup moins, il est assez naturel d’imaginer que le superflu de la nourriture n’est pas aussi abondant dans les femmes que dans les hommes, surtout ce superflu organique qui contient une si grande quantité de matière essentielle ; dès lors elles auront moins de liqueur séminale ; cette liqueur sera aussi plus faible et aura moins de substance que celle de l’homme; et puisque la liqueur séminale des femelles contient moins de parties organiques que celle des mâles, ne doit-il pas résulter du mélange des deux liqueurs un plus grand nombre de mâles que de femelles? C’est aussi ce qui arrive, et dont on croyait qu’il était impossible de donner une raison. Il naît environ un seizième d’enfants mâles de plus que de femelles, et on verra dans la suite que la même cause produit le même effet dans toutes les espèces d’animaux sur lesquelles on a pu faire cette observation.