Voyez la note 2 delà page
SUR LA GÉNÉRATION
miné cette cicatricule dans des œufs frais et qui n’avaient pas encore été couvés, il a reconnu que le point blanc dont parle Harvey, et qui, selon lui, devient le point animé, est une petite bourse ou une bulle qui nage dans une liqueur contenue par le premier cercle, et dans le milieu de cette bulle il a vu l'embryon 1 ; la membrane de cette petite bourse, qui est l’amnios, étant très-mince et transparente, lui laissait voir aisément le fœtus qu’elle enveloppait. Malpighi conclut avec raison de cette première observation que le fœtus existe dans l’œuf avant même qu’il ait été couvé, ü, que ses premières ébauches ont déjà jeté des racines profondes. Il n’est pas nécessaire de faire sentir ici combien cette expérience est opposée au sentiment d’Harvey, et même à ses expériences; car Harvey n’a rien vu de formé ni d’ébauché pendant les deux premiers jours de l’incubation, et au troisième jour le premier indice du fœtus est, selon lui, un point animé qui est le cœur, au lieu qu’ici l’ébauche du fœtus existe en entier dans l’œuf avant qu’il ait été couvé2, chose qui, comme l’on voit, est bien différente, et qui est en effet d’une conséquence infinie, tant par elle-même que par les inductions qu’on en doit tirer pour l’explication de la génération.
Après s’être assuré de ce fait important, Malpighi a examiné avec la même attention la cicatricule des œufs inféconds que la poule produit sans avoir eu de communication avec le mâle; cette cicatricule, comme je l’ai dit, est plus petite que celle qu’on trouve dans les œufs féconds; elle a souvent des circonscriptions irrégulières, et un tissu qui quelquefois est différent dans les cicatricules de différents œufs : assez près de son centre, au lieu d’une bulle qui renferme le fœtus, il y a un corps globuleux comme une mole, qui ne contient rien d’organisé, et qui étant ouvert ne présente rien de différent de la mole même, rien de formé ni d’arrangé; seulement cette mole a des appendices qui sont remplis d’un suc assez épais, quoique transparent, et cette masse informe est enveloppée et environnée de plusieurs cercles concentriques.
Après six heures d’incubation, la cicatricule des œufs féconds a déjà augmenté considérablement; on reconnaît aisément dans son centre la bulle formée par la membrane amnios, remplie d’une liqueur dans le milieu de laquelle on voit distinctement nager la tête du poulet jointe à l’épine du dos; six heures après, tout se distingue plus clairement, parce que tout a grossi; on reconnaît sans peine la tête et les vertèbres de l’épine. Six heures encore après, c’est-à-dire au bout de dix-huit heures d’incubation, la tête a grossi et l’épine s’est allongée, et au bout de vingt-quatre heures la tète du poulet paraît s’être recourbée, et l’épine du dos paraît toujours de cou-
1. Il a vu l'embryon. Rien n’est moins certain. L 'embryon n’est visible qu’après les premiers effets de l’incubation.
2. Sans doute , quoiqu’il y soit encore invisible : l'incubation , c’est-à-dire la chaleur (car . l'incubation peut être artificielle ) n’est qu’une condition extérieure du développement.
EXPOSITION DES SYSTÈMES
leur blanchâtre ; les vertèbres sont disposées des deux côtés du milieu de l’épine, comme de petits globules, et presque dans le même temps on voit paraître le commencement des ailes, la tête, le col et la poitrine s’allongent; après trente heures d’incubation il ne paraît rien de nouveau, mais tout s’est augmenté, et surtout la membrane amnios; on remarque autour de cette membrane les vaisseaux ombilicaux qui sont d’une couleur obscure; au bout de trente-huit heures, le poulet étant devenu plus fort, montre une tête assez grosse dans laquelle on distingue trois vésicules entourées de membranes qui enveloppent aussi l’épine du dos, à travers lesquelles on voit cependant très-bien les vertèbres. Au bout de quarante heures c’était, dit notre observateur, une chose admirable que de voir le poulet vivant dans la liqueur enfermée par l’amnios; l’épine du dos s’était épaissie, la tête s’était courbée, les vésicules du cerveau étaient moins découvertes, les premières ébauches des yeux paraissaient, le cœur battait et le sang circulait déjà. Malpighi donne ici la description des vaisseaux et de la route du sang, et il croit avec raison que, quoique le cœur ne batte pas avant les trente-huit ou quarante heures d’incubation, il ne laisse pas d’exister auparavant, comme tout le reste du corps du poulet, et en examinant séparément le cœur dans une chambre assez obscure, il n’a jamais vu qu’il produisît la moindre étincelle de lumière, comme Harvey paraît l’insinuer.
Au bout de deux jours on voit la bulle ou la membrane amnios remplie d’une liqueur assez abondante dans laquelle est le poulet; la tête, composée de vésicules, est courbée, l’épine du dos s’est allongée, et les vertèbres paraissent s’allonger aussi, le cœur, qui pend hors de la poitrine, bat trois fois de suite, car l’humeur qu’il contient est poussée de la veine par l’oreillette dans les ventricules du cœur, des ventricules dans les artères, et enfin dans les vaisseaux ombilicaux. Il remarque qu’ayant alors séparé le poulet du blanc de son œuf, le mouvement du cœur ne laissa pas de continuer et de durer un jour entier. Après deux jours et quatorze heures, ou soixantedeux heures d’incubation, le poulet, quoique devenu plus fort, demeure toujours la tête penchée dans la liqueur contenue par l’amnios; on voit des veines et des artères qui arrosent les vésicules du cerveau, on voit les linéaments des yeux et ceux de la moelle de l’épine qui s’étend le long des vertèbres, et tout le corps du poulet est comme enveloppé d’une partie de cette liqueur qui a pris alors plus de consistance que le reste. Au bout de trois jours le corps du poulet paraît courbé; on voit dans la tête, outre les deux yeux, cinq vésicules remplies d’humeur, lesquelles dans la suite forment le cerveau ; on voit aussi les premières ébauches des cuisses et des ailes; le corps commence à prendre de la chair, la prunelle des yeux se distingue, et on peut déjà reconnaître le cristallin et l’humeur vitrée. Après le quatrième jour, les vésicules du cerveau s’approchent de plus en plus les unes des autres, les éminences des vertèbres s’élèvent davantage, les ailes et les
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cuisses deviennent plus solides à mesure qu’elles s’allongent, tout le corps est recouvert d’une chair onctueuse, on voit sortir de l’abdomen les vaisseaux ombilicaux; le cœur est caché en dedans, parce que la capacité de la poitrine est fermée par une membrane fort mince. Après le cinquième jour et à la fin du sixième les vésicules du cerveau commencent à se couvrir ; la moelle de l’épine s’étant divisée en deux parties commence à prendre de la solidité et à s’avancer le long du tronc , les ailes et les cuisses s’allongent, et les pieds s’étendent ; le bas-ventre est fermé et tuméfié ; on voit le foie fort distinctement, il n’est pas encore rouge, mais de blanchâtre qu’il était auparavant il est alors devenu de couleur obscure; le cœur bat dans ses deux ventricules ; le corps du poulet est recouvert de la peau, et l’on y distingue déjà les points de la naissance des plumes. Le septième jour la tête du poulet est fort grosse; le cerveau paraît recouvert de ses membranes; le bec se voit très-bien entre les deux yeux; les ailes, les cuisses et les pieds ont acquis leur figure parfaite; le cœur paraît alors être composé de deux ventricules , comme de deux bulles contiguës et réunies à la partie supérieure avec le corps des oreillettes, et on remarque deux mouvements successifs dans les ventricules aussi bien que dans les oreillettes ; c’est comme s’il y avait deux cœurs séparés.
Je ne suivrai pas plus loin Malpighi : le reste n’est qu’un développement plus grand des parties, qui se fait jusqu’au vingt et unième jour que le poulet casse sa coquille après avoir pipé; le cœur est le dernier à prendre la forme qu’il doit avoir, et à se réunir en deux ventricules ; car le poumon paraît à la fin du neuvième jour, il est alors de couleur blanchâtre, et le dixième jour les muscles des ailes paraissent, les plumes sortent , et ce n’est qu’au onzième jour qu’on voit des artères, qui auparavant étaient éloignées du cœur, s’y attacher, comme les doigts à la main, et qu’il est parfaitement conformé et réuni en deux ventricules.
On est maintenant en état de juger sainement de la valeur des expériences d’Harvey 1 ; il y a grande apparence que ce fameux anatomiste ne s’est pas servi de microscope, qui à la vérité n’était pas perfectionné de son temps, car il n’aurait pas assuré, comme il l’a fait, que la cicatricule d’un œuf infécond et celle d’un œuf fécond n’avaient aucune différence2; il n’aurait pas dit que la semence du mâle ne produit aucune altération dans l’œuf,
1. Buffon n’en juge pas sainement. Il repousse ici Harvey, qui a dit que tout animal vient d’un œuf; il repoussera tout à l’heure Graaf, qui a reconnu l'œuf des vivipares jusque dans l’ovaire. Il faut, à tout prix , que le système des œufs disparaisse et cède la place au système des molécules organiques.
Au reste, pour se faire une idée complète du développement du poulet dans l'œuf , aux observations des auteurs que j’ai déjà cités (Voyez la note 1 de la page 483) il faut ajouter les observations de plusieurs anatomistes ou physiologistes de nos jours, particulièrement celles de M. Baër. (Voyez ce dernier travail dans le Traité de physiologie de M. Burdach , t. III , page 202. Traduc. française. )