‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 214 sur 251 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

Je pris trois de ces testicules de trois différents béliers, je les fis couper chacun en quatre parties, je mis chacun des testicules ainsi coupés en quatre dans un bocal de verre avec autant d’eau seulement qu'il en fallait pour les couvrir, et je bouchai exactement les bocaux avec du liège et du parchemin ; je laissai cette chair infuser ainsi pendant quatre jours, après quoi j’examinai au microscope la liqueur de ces trois infusions, je les trouvai toutes remplies d’une infinité de corps en mouvement, dont la plupart étaient ovales et les autres globuleux ; ils étaient assez gros , et ils ressemblaient à ceux dont j’ai parlé (exp. vin). Leur mouvement n’était pas brusque, ni incertain, ni fort rapide, mais égal, uniforme et continu dans toutes sortes de directions ; tous ces corps en mouvement étaient à peu près de la même grosseur dans chaque liqueur, mais ils étaient plus gros dans l’une, un peu moins gros dans l’autre, et plus petits dans la troisième; aucun n’avait de queue, il n’y avait ni filaments ni filets dans cette liqueur où le mouvement de ces petits corps s’est conservé pendant quinze à seize jours; ils changeaient souvent de figure et semblaient se dévêtir successivement de leur tunique extérieure; ils devenaient aussi tous les jours plus petits, et je ne les perdis de vue au seizième jour que par leur petitesse extrême; car le mouvement subsistait toujours lorsque je cessai de les apercevoir.

Au mois d’octobre suivant je fis ouvrir un bélier qui était en rut, et je trouvai une assez grande quantité de liqueur séminale dans l’un des épidi-

EXPERIENCES AU SUJET

dymes ; l’ayant examiné sur-le-champ au microscope, j’y vis une multitude innombrable de corps mouvants ; ils étaient en si grande quantité que toute la substance de la liqueur paraissait en être composée en entier; comme elle était trop épaisse pour pouvoir bien distinguer la forme de ces corps mouvants, je la délayai avec un peu d’eau, mais je fus surpris de voir que l’eau avait arrêté tout à coup le mouvement de tous ces corps ; je les voyais très-distinctement dans la liqueur, mais ils étaient tous absolument immobiles : ayant répété plusieurs fois cette même observation , je m’aperçus que l’eau qui, comme je l’ai dit, délaie très-bien les liqueurs séminales de l’homme, du chien, etc., au lieu de délayer la semence du bélier, semblait au contraire la coaguler ; elle avait peine à se mêler avec cette liqueur, ce qui me fit conjecturer qu’elle pouvait être de la nature du suif, que le froid coagule et durcit; et je me confirmai bientôt dans cette opinion, car ayant fait ouvrir l’autre épididyme où je comptais trouver de la liqueur, je n’y trouvai qu’une matière coagulée, épaissie et opaque; le peu de temps pendant lequel ces parties avaient été exposées à l’air avait suffi pour refroidir et coaguler la liqueur séminale quelles contenaient.

Je fis donc ouvrir un autre bélier, et pour empêcher la liqueur séminale de se refroidir et de se figer, je laissai les parties delà génération dans le corps de l’animal, que l’on couvrait avec des linges chauds; avec ces précautions il me fut aisé d’observer un très-grand nombre de fois la liqueur séminale dans son état de fluidité; elle était remplie d’un nombre infini de corps en mouvement (pi. 3 , fig. 18) , ils étaient tous oblongs, et fisse remuaient en tous sens; mais dès que la goutte de liqueur qui était sur le porte-objet du microscope était refroidie, le mouvement de tous ces corps cessait dans un instant, de sorte que je ne pouvais les observer que pendant une minute ou deux. J’essayai de délayer la liqueur avec de l’eau chaude, le mouvement des petits corps dura quelque temps de plus , c’est-à-dire , trois ou quatre minutes. La quantité de ces corps mouvants était si grande dans cette liqueur, quoique délayée, qu’ils se touchaient presque tous les uns les autres; ils étaient tous de la même grosseur et de la même figure, aucun n’avait de queue, leur mouvement n’était pas fort rapide, et lorsque par la coagulation de la liqueur ils venaient à s’arrêter, ils ne changeaient pas de forme.

Comme j’étais persuadé non-seulement par ma théorie, mais aussi par l’examen que j’avais fait des observations et des découvertes de tous ceux

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gui avaient travaillé avant moi sur cette matière, que la femelle a, aussi bien que le mâle, une liqueur séminale et vraiment prolifique, et que je ne doutais pas que le réservoir de cette liqueur ne fût la cavité du corps glanduleux du testicule, où les anatomistes prévenus de leur système avaient voulu trouver l’œuf, je fis acheter plusieurs chiens et plusieurs chiennes, et quelques lapins mâles et femelles que je fis garder et nourrir tous séparément les uns des autres. Je parlai à un boucher pour avoir les portières de toutes les vaches et de toutes les brebis qu’il tuerait ;• je l’engageai à me les apporter dans le moment même que la bête viendrait d’expirer ; je m’assurai d’un chirurgien pour faire les dissections nécessaires ; et afin d’avoir un objet de comparaison pour la liqueur de la femelle, je commençai par observer de nouveau la liqueur séminale d’un chien, qu’il avait fournie par une émission naturelle ; j’y trouvai (pl. 4, fig. 19) les mêmes corps en mouvement que j’y avais observés auparavant ; ces corps traînaient après eux des filets qui ressemblaient à des queues 1 dont ils avaient peine à se débarrasser; ceux dont les queues étaient les plus courtes se mouvaient avec plus d’agilité que les autres ; ils avaient tous, plus ou moins, un mouvement de balancement vertical ou de roulis, et en général leur mouvement progressif, quoique fort sensible et très-marqué, n’était pas d’une grande rapidité.

XXYI.

Pendant que j’étais occupé à cette observation , l’on disséquait une chienne vivante qui était en chaleur depuis quatre ou cinq jours , et que le mâle n’avait point approchée. On trouva aisément les testicules qui sont aux extrémités des cornes de la matrice ; ils étaient à peu près gros comme des avelines : ayant examiné l’un de ces testicules, j’y trouvai un corps glanduleux, rouge, proéminent et gros comme un pois; ce corps glanduleux ressemblait parfaitement à un petit mamelon, et il y avait au dehors de ce corps glanduleux une fente très-visible, qui était formée par deux lèvres dont l’une avançait en dehors un peu plus que l’autre; ayant entr’ouvert cette fente avec un stylet, nous en vîmes dégoutter de la liqueur que nous recueillîmes pour la porter au microscope, après avoir recommandé au chirurgien de remettre les testicules dans le corps de l’animal qui était encore vivant, afin de les tenir chaudement. J’examinai donc cette liqueur au microscope, et du premier coup d’œil j’eus la satisfaction d’y voir (pi. 4,

1. Le corps des animalcules spermatiques se termine, en effet, par un filet ou par une queue. On a repris bien des fois, depuis Buffon, l’étude de ces petits êtres; on a reproduit d’anciennes conjectures; on en a ajouté de nouvelles, et M. Cuvier a dit, avec raison, qu’il était peu d’animaux «sur lesquels on eût fondé plus d’hypothèses, et de plus bizarres» ( Règne animal ,

t. III, p. 326).

EXPÉRIENCES AU SUJET

fig. 20) des corps mouvants avec (les queues, qui étaient presque absolument semblables à ceux que je venais de voir dans la liqueur séminale du chien. MM. Needham et Daubenton, qui observèrent après moi, furent si surpris de cette ressemblance, qu’ils ne pouvaient se persuader que ces animaux spermatiques ne fussent pas ceux du chien que nous venions d’observer; ils crurent que j’avais oublié de changer de porte-objet, et qu’il avait pu rester de la liqueur du chien, ou bien que le cure-dent avec lequel nous avions ramassé plusieurs gouttes de cette liqueur de la chienne pouvait avoir servi auparavant à celle du chien. M. Needham prit donc luimême un autre porte-objet, un autre cure-dent, et ayant été chercher de la liqueur dans la fente du corps glanduleux, il l’examina le premier et y revit les mêmes animaux, les mêmes corps en mouvement, et il se convainquit avec moi non-seulement de l’existence de ces animaux spermatiques dans la liqueur séminale de la femelle , mais encore de leur ressemblance avec ceux de la liqueur séminale du mâle '. Nous revîmes au moins dix fois de suite et sur différentes gouttes les mêmes phénomènes, car il y avait une assez bonne quantité de liqueur séminale dans ce corps glanduleux, dont Ja fente pénétrait dans une cavité profonde de près de trois lignes.

Ayant ensuite examiné l’autre testicule, j’y trouvai un corps glanduleux dans son état d’accroissement; mais ce corps n’était pas mûr, il n’y avait point de fente à l’extérieur, il était bien plus petit et bien moins rouge que le premier, et l’ayant ouvert avec un scalpel je n’y trouvai aucune liqueur; il y avait seulement une espèce de petit pli dans l’intérieur, que je jugeai être l’origine de la cavité qui doit contenir la liqueur. Ce second testicule avait quelques vésicules lymphatiques très-visibles à l’extérieur ; je perçai l’une de ces vésicules avec une lancette, et il en jaillit une liqueur claire et limpide que j’observai tout de suite au microscope; elle ne contenait rien de semblable à celle du corps glanduleux, c’était une matière claire, composée de très-petits globules qui étaient sans aucun mouvement; ayant répété souvent cette observation, comme on le verra dans la suite, je m’assurai que cette liqueur que renferment les vésicules n’est qu’une espèce de lymphe qui ne contient rien d’animé, rien de semblable à ce que l’on voit dans la semence de la femelle, qui se forme et qui se perfectionne dans le corps glanduleux.

1. Le testicule , ou, pour parler plus exactement, V ovaire de la femelle ne contient point d’ animalcules spermatiques. Toutes ces expériences de Buffon sur les prétendus animalcules spermatiques de la femelle doivent être rejetées. L’ovaire de la femelle ne contient que l’œuf, que l 'ovule.

DÉ LA GÉNÉRATION

Quinze jours après je fis ouvrir une autre chienne qui était en chaleur depuis sept ou huit jours, et qui n’avait pas été approchée par le mâle : je fis chercherles testicules; ils sont contigus aux extrémités des cornes de la matrice ; ces cornes sont fort longues , leur tunique extérieure enveloppe les testicules, et ils paraissent recouverts de cette membrane comme d’uu capuchon. Je trouvai sur chaque testicule un corps glanduleux en pleine maturité; le premier que j’examinai était entrouvert, et il avait un conduit ou un canal qui pénétrait dans le testicule et qui était rempli de la liqueur séminale; le second était un peu plus proéminent et plus gros, et la fente ou le canal qui contenait la liqueur était au-dessous du mamelon qui sortait au dehors. Je pris de ces deux liqueurs, et les ayant comparées je les trouvai tout à fait semblables ; cette liqueur séminale de la femelle est au moins aussi liquide que celle du mâle; ayant ensuite examiné au microscope ces deux liqueurs tirées des deux testicules, j’y trouvai [pl. 4, fig. 21 ) les mêmes corps en mouvementée revis à loisir les mêmes phénomènes que j’avais vus auparavant dans la liqueur séminale 1 de l’autre chienne; je vis de plus plusieurs globules qui se remuaient très-vivement, qui tâchaient de se dégager du mucilage qui les environnait, et qui emportaient après eux des filets ou des queues; il y en avait une aussi grande quantité que dans la semence du mâle.

J’exprimai de ces deux corps glanduleux toute la liqueur qu’ils contenaient, et l’ayant rassemblée et mise dans un petit cristal de montre il y en eut une quantité suffisante pour suivre ces observations pendant quatre ou cinq heures; je remarquai qu’elle faisait un petit dépôt au bas, ou du moins que la liqueur s’y épaississait un peu. Je pris une goutte de cette liqueur plus épaisse que l’autre, et l’ayant mise au microscope, je reconnus [pi. 4, fig. 22) que la partie mucilagineuse de la semence s’était condensée, et qu’elle formait comme un tissu continu ; au bord extérieur de ce tissu, et dans une étendue assez considérable de sa circonférence, il y avait un torrent ou un courant qui paraissait composé de globules qui coulaient avec rapidité; ces globules avaient des mouvements propres, ils étaient même très-vifs, très-actifs, et ils paraissaient être absolument dégagés de leur enveloppe mucilagineuse et de leurs queues ; ceci ressemblait si bien au

1. Bufîon veut trouver une liqueur séminale dans la femelle ; il veut que cette liqueur contienne des animalcules spermatiques ; il veut que cette liqueur soit produite parle corps glanduleux. ho. femelle n’a point de liqueur séminale , point dé animalcules spermatiques par conséquent; et, quant au corps glanduleux , ou corps jaune, on se souvient qu’il n’est que la vésicule de Yovaire , vésicule qui s’est gonflée après avoir jeté son œuf. ( Voyez la note de la page 406.)

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cours du sang lorsqu’on l’observe dans les petites veines transparentes, que quoique la rapidité de ce courant de globules de la semence fût plus grande, et que de plus ces globules eussent des mouvements propres et particuliers, je fus frappé de cette ressemblance, car ils paraissaient non-seulement être animés par leurs propres forces, mais encore être poussés par une force commune, et comme contraints de se suivre en troupeau. Je conclus, de cette observation et de la ixe et xn% que quand le fluide commence à se coaguler ou à s’épaissir, soit par le dessèchement ou par quelques autres causes, ces globules actifs rompent et déchirent les enveloppes mucilagineuses dans lesquelles ils sont contenus, et qu’ils s’échappent du côté où la liqueur est demeurée plus fluide. Ces corps mouvants n’avaient alors ni fdets ni rien de semblable à des queues; ils étaient pour la plupart ovales et paraissaient un peu aplatis par-dessous , car ils n’avaient aucun mouvement de roulis, du moins qui fût sensible.

Les cornes de la matrice étaient à l’extérieur mollasses, et elles ne paraissaient pas être remplies d’aucune liqueur; je les fis ouvrir longitudinalement et je n’y trouvai qu’une très-petite quantité de liqueur ; il y en avait cependant assez pour qu’on pût la ramasser avec un cure-dent. J’observai cette liqueur au microscope; c’était la même que celle que j’avais exprimée des corps glanduleux du testicule, car elle était pleine de globules actifs qui se mouvaient de la même façon et qui étaient absolument semblables en tout à ceux que j’avais observés dans la liqueur tirée immédiatement du corps glanduleux; aussi ces corps glanduleux sont posés de façon qu’ils versent aisément cette liqueur sur les cornes de la matrice, et je suis persuadé que tant que la chaleur des chiennes dure, et peut-être encore quelque temps après, il y a une stillation ou un dégouttemenf continuel de cette liqueur, qui tombe du corps glanduleux dans les cornes de la matrice, et que cette stillation dure jusqu’à ce que le corps glanduleux ait épuisé les vésicules du testicule auxquelles il correspond ; alors il s'affaisse peu à peu, il s’efface, et il ne laisse qu’une petite cicatrice rougeâtre qu’on voit à l’extérieur du testicule.

Je pris cette liqueur séminale qui était dans l’une des cornes de la matrice et qui contenait des corps mouvants ou des animaux spermatiques, semblables à ceux du mâle , et ayant pris en même temps de la liqueur séminale d’un chien, qu’il venait de fournir par une émission naturelle, et qui contenait aussi, comme celle de la femelle, des corps en mouvement, j’essayai de mêler ces deux liqueurs en prenant une petite goutte de cha-

DG LA GÉNÉRATION

cime, et ayant examiné ce mélange au microscope, je ne vis rien de nouveau, la liqueur étant toujours la même, les corps en mouvement les mêmes; ils étaient tous si semblables qu’il n’était pas possible de distinguer ceux du mâle et ceux de la femelle; seulement j'e crus m’apercevoir que leur mouvement était un peu ralenti, mais à cela près je ne vis pas que ce mélange eût produit la moindre altération dans la liqueur.

Ayant fait disséquer une autre chienne qui était jeunes qui n’avait pas porté, et qui n’avait point encore été en chaleur, je 11e trouvai sur l’un des testicules qu’une petite protubérance solide, que je reconnus aisément pour être l’origine d’un corps glanduleux qui commençait à pousser, et qui aurait pris son accroissement dans la suite, et sur l’autre testicule je 11e vis aucun indice du corps glanduleux; la surface de ces testicules était lisse et unie, et on avait peine à y voir à l’extérieur les vésicules lymphatiques, que je trouvai cependant fort aisément en faisant séparer les tuniques qui revêtent ces testicules; mais ces vésicules n’étaient pas considérables, et ayant observé la petite quantité de liqueur que je pus ramasser dans ces testicules avec le cure-dent, je ne vis que quelques petits globules sans aucun mouvement, et quelques globules, beaucoup plus gros et plus aplatis, que je reconnus aisément pour être les globules du sang dont cette liqueur était, en effet, un peu mêlée.

Dans une autre chienne qui était encore plus jeune et qui n’avait que trois ou quatre mois, il n’y avait sur les testicules aucune apparence du corps glanduleux, ils étaient blancs à l’extérieur, unis, sans aucune protubérance, et recouverts de leur capuchon comme les autres; il y avait quelques petites vésicules, mais qui ne me parurent contenir que peu de liqueur, et même la substance intérieure des testicules ne paraissait être que de la chair assez semblable à celle d’un ris de veau, et à peine pouvait-on remarquer quelques vésicules à l’extérieur, ou plutôt à la circonférence de cette chair. J’eus la curiosité de comparer l’un de ces testicules avec celui d’un jeune chien de même grosseur à peu près que la chienne; ils me parurent tout à fait semblables à l’intérieur *, la substance de la chair était, pour ainsi dire, de la même nature. Je ne prétends pas contredire par pette remarque ce que les anatomistes nous ont dit au sujet des testicules des mâles, qu’ils assurent n’être qu’un peloton de vaisseaux qu’on peut dévider,

1. Tout à fait semblables... Rien n’est , au contraire , plus dissemblable. Comme l’assurent les anatomistes , le testicule des mâles n’est qu’un peloton de vaisseaux qu’on peut dévider.

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et qui sont fort menus et fort longs; je dis seulement que l’apparence de la substance intérieure des testicules des femelles est semblable à celle des testicules des mâles, lorsque les corps glanduleux n’ont pas encore poussé.

XXXIY.

On m’apporta une portière de vache qu’on venait de tuer, et comme il y avait près d’une demi-lieue de l’endroit où on l’avait tuée jusque chez moi, on enveloppa cette portière dans des linges chauds, et on la mit dans un panier sur un lapin vivant, qui était lui-même couché sur du linge au fond du panier; de cette manière elle était, lorsque je la reçus, presque aussi chaude qu’au sortir du corps de l’animal. Je fis d’abord chercher les testicules, que nous n’eûmes pas de peine à trouver ; ils sont gros comme de petits œufs de poule, ou au moins comme des œufs de gros pigeons; l’un de ces testicules avait un corps glanduleux gros comme un gros pois, qui était protubérant au dehors du testicule , à peu près comme un petit mamelon ; mais ce corps glanduleux n’était pas percé, il n’y avait ni fente ni ouverture à l’extérieur, il était ferme et dur ; je le pressai avec les doigts, il n’en sortit rien ; je l’examinai de près, et à la loupe, pour voir s’il n’avait pas quelque petite ouverture imperceptible : je n’en aperçus aucune, il avait cependant de profondes racines dans la substance intérieure du testicule. J’observai, avant que de faire entamer ce testicule, qu’il y avait deux autres corps glanduleux à d’assez grandes distances du premier; mais ces corps glanduleux ne commençaient encore qu’à pousserais étaient dessous la membrane commune du testicule, ils n’étaient guère plus gros que de grosses lentilles; leur couleur était d’un blanc jaunâtre, au lieu que celui qui paraissait avoir percé la membrane du testicule , et qui était au dehors, était d’un rouge couleur de rose. Je fis ouvrir longitudinalement ce dernier corps glanduleux qui approchait, comme l’on voit, beaucoup plus de sa maturité que les autres 1 ; j’examinai avec grande attention l’ouverture qu’on venait de faire, et qui séparait ce corps glanduleux par son milieu, je reconnus qu’il y avait au fond une petite cavité; mais ni cette cavité, ni tout le reste de la substance de ce corps glanduleux ne contenait aucune liqueur : je jugeai donc qu’il était encore assez éloigné de son entière maturité.

XXXY.

L’autre testicule n’avait aucun corps glanduleux qui fût proéminent au dehors, et qui eût percé la membrane commune qui recouvre le testicule;

1. Approchait plus de sa maturité que les autres. Bu ffon prend toujours le corps glanduleux pour un corps qui va donner son fruit; et c’est, au contraire, la capsule, restée vide, du fruit qui a été produit. (Voyez la note de la page 537. )

DE LA GÉNÉRATION

il y avait seulement deux petits corps glanduleux qui commençaient à naître et à former chacun une petite protubérance au-dessous de cette membrane; je les ouvris tous les deux avec la pointe du scalpel, il n’en sortit aucune liqueur, c’étaient des corps durs, blanchâtres, un peu teints de jaune : on y voyait à la loupe quelques petits vaisseaux sanguins. Ces deux testicules avaient chacun quatre ou cinq vésicules lymphatiques, qu’il était très-aisé de distinguer à leur surface; il paraissait que la membrane qui recouvre le testicule était plus mince dans l’endroit où étaient ces vésicules, et elle était comme transparente : cela me fit juger que ces vésicules contenaient une bonne quantité de liqueur claire et limpide; et en effet, en ayant percé une dans son milieu avec la pointe d’une lancette, la liqueur jaillit à quelques pouces de distance, et ayant percé de même les autres vésicules, je ramassai une assez grande quantité de cette liqueur pour pouvoir l’observer aisément et à loisir, mais je n’y découvris rien du tout; cette liqueur est une lymphe pure, très-transparente, et dans laquelle je ne vis que quelques globules très-petits, et sans aucune sorte de mouvement : après quelques heures j’examinai de nouveau cette liqueur des vésicules ; elle me parut être la même, il n’y avait rien de différent, si ce n’est un peu moins de transparence dans quelques parties de la liqueur ; je continuai à l’examiner pendant deux jours, jusqu’à ce qu’elle fût desséchée, et je n’y reconnus aucune altération, aucun changement, aucun mouvement.

Huit jours après on m’apporta deux autres portières de vaches qui venaient d’être tuées, et qu’on avait enveloppées et transportées de la même façon que la première; on m’assura que l’une était d’une jeune vache qui n’avait pas encore porté, et que l’autre était d’une vache qui avait fait plusieurs veaux, et qui cependant n’était pas vieille. Je fis d’abord chercher les testicules de cette vache qui avait porté, et je trouvai sur l’un de ces testicules un corps glanduleux, gros et rouge comme une bonne cerise; ce corps paraissait un peu mollasse à l’extrémité de son mamelon ; j’y distinguai très-aisément trois petits trous où il était facile d’introduire un crin : ayant un peu pressé ce corps glanduleux avec les doigts, il en sortit une petite quantité de liqueur que je portai sur-le-champ au microscope, et j’eus la satisfaction d’y voir [pi. 22) des globules mouvants, mais différents

de ceux que j’avais vus dans les autres liqueurs séminales : ces globules étaient petits et obscurs; leur mouvement progressif, quoique fort distinct et fort aisé à reconnaître, était cependant fort lent, la liqueur n’était pas épaisse ; ces globules mouvants n’avaient aussi aucune apparence de queues ou de fdets, et ils n’étaient pas à beaucoup près tous en mouvement, il y en avait un bien plus grand nombre qui paraissaient très-semblables

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aux autres, et qui cependant n’avaient aucun mouvement. Yoila tout ce que je pus voir dans cette liqueur que ce corps glanduleux m’avait fournie; comme il n’y en avait qu’une très-petite quantité qui se dessécha bien vite, je voulus presser une seconde fois le corps glanduleux, mais il ne me fournit qu’une quantité de liqueur encore plus petite et mêlée d’un peu de sang; j’y revis les petits globules en mouvement, et leur diamètre, comparé à celui des globules du sang qui était mêlé dans cette liqueur, me parut être au moins quatre fois plus petit que celui de ces globules sanguins.

Ce corps glanduleux était situé à l’une des extrémités du testicule, du côté de la corne de la matrice, et la liqueur qu’il préparait et qu’il rendait devait tomber dans cette corne : cependant ayant fait ouvrir cette corne de la matrice, je n’y trouvai point de liqueur dont la quantité fût sensible. Ce corps glanduleux pénétrait fort avant dans le testicule, et en occupait plus du tiers de la substance intérieure; je le fis ouvrir et séparer en deux longitudinalement, j’y trouvai une cavité assez considérable , mais entièrement vide de liqueur : il y avait sur le même testicule, à quelque distance du gros corps glanduleux, un autre petit corps de même espèce, mais qui commençait encore à naître, et qui formait sous la membrane de ce testicule une petite protubérance de la grosseur d’une bonne lentille ; il y avait aussi deux petites cicatrices, à peu près de la même grosseur d’une lentille, qui formaient deux petits enfoncements, mais très-superficiels ; ils étaient d’un rouge foncé • ces cicatrices étaient celles des anciens corps glanduleux qui s’étaient oblitérés. Ayant ensuite examiné l’autre testicule de cette même vache qui avait porté, j’y comptai quatre cicatrices et trois corps glanduleux, dont le plus avancé avait percé la membrane; il n’était encore que d’un rouge couleur de chair, et gros comme un pois ; il était ferme et sans aucune ouverture à l’extrémité, et il ne contenait encore aucune liqueur ; les deux autres étaient sous la membrane , et quoique gros comme de petits pois, ils ne paraissaient pas encore au dehors, ils étaient plus durs que le premier, et leur couleur était plus orangée que rouge. Il ne restait sur le premier testicule que deux ou trois vésicules lymphatiques 1 bien apparentes, parce que le corps glanduleux de ce testicule, qui était arrivé à son entière maturité, avait épuisé les autres vésicules, au lieu que sur le second testicule où le corps glanduleux n'avait encore pris que le quart de son accroissement, il y avait un beaucoup plus grand nombre de vésicules lymphatiques; j’en comptai huit à l’extérieur de ce testicule , et ayant examiné au microscope la liqueur de ces vésicules de l’un et de

\. Vésicules lymphatiques. Vésicules , prises pour les œufs mêmes par Graaf, et contenant le véritable œuf, entouré d’une sorte de lymphe. ( Voyez la note 2 de la page 490.)

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l’autre testicule, je ne vis qu’une matière fort transparente et qui ne contenait rien de mouvant, rien de semblable à ce que je venais de voir dans la liqueur du corps glanduleux.

J’examinai ensuite les testicules de l’autre vache qui n’avait pas porté; ils étaient cependant aussi gros, et peut-être un peu plus gros que ceux de la vache qui avait porté; mais il est vrai qu’il n’y avait point de cicatrice ni sur l’un ni sur l’autre de ces testicules; l’un était même absolument lisse, sans protubérance et fort blanc; on distinguait seulement à sa surface plusieurs endroits plus clairs et moins opaques que le reste, et c’étaient les vésicules lymphatiques qui y étaient en grand nombre : on pouvait en compter aisément jusqu’à quinze, mais il n’y avait aucun indice de la naissance des corps glanduleux. Sur l’autre testicule je reconnus les indices de deux corps glanduleux, dont l’un commençait à naître, et l’autre était déjà gros comme un petit pois un peu aplati ; ils étaient tous deux recouverts de la membrane commune du testicule, comme le sont tous les corps glanduleux dans le temps qu’ils commencent à se former; il y avait aussi sur ces testicules un grand nombre de vésicules lymphatiques; j’en fis sortir avec la lancette de la liqueur1 que j’examinai et qui ne contenait rien du tout2, et ayant percé avec la même lancette les deux petits corps glanduleux il n’en sortit que du sang.

Je fis couper chacun de ces testicules en quatre parties, tant ceux de la vache qui n’avait pas porté que ceux de la vache qui avait porté, et les ayant mis chacun séparément dans des bocaux, j’y versai autant d’eau pure qu’il en fallait pour les couvrir, et après avoir bouché bien exactement les bocaux , je laissai cette chair infuser pendant six jours; après quoi ayant examiné au microscope l’eau de ces infusions, j’y vis (pl. 4, fig. 23) une quantité innombrable de petits globules mouvants; ils étaient tous, et dans toutes ces infusions, extrêmement petits, fort actifs, tournant la plupart en rond et sur leur centre; ce n’était, pour ainsi dire, que des atomes, mais qui se mouvaient avec une prodigieuse rapidité et en tout sens. Je les observai de temps à autre pendant trois jours, ils me parurent toujours devenir plus petits, et, enfin, ils disparurent à mes yeux, par leur extrême petitesse, le troisième jour.

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