‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 216 sur 251 · XL · texte numérisé non relu

XL

On m’apporta encore, à différentes fois, plusieurs autres portières de vaches; je trouvai dans les unes les testicules chargés de corps glanduleux presque mûrs; dans les testicules de quelques autres je vis que les corps glanduleux étaient dans différents états d'accroissement , et je ne remarquai rien de nouveau, sinon que dans deux testicules de deux vaches différentes je vis le corps glanduleux dans son état d’affaissement; la base de l’un de ces corps glanduleux était aussi large que la circonférence d’une cerise, et cette base n’avait pas encore diminué de largeur, mais l’extrémité du mamelon était mollasse, ridée et abattue; on y reconnaissait aisément deux petits trous par où la liqueur s’était écoulée. J’y introduisis avec assez de peine un petit crin, mais il n’y avait plus de liqueur dans le canal, non plus que dans la cavité intérieure, qui était encore sensible, comme je le reconnus en faisant fendre avec un scalpel ce corps glanduleux ; l’affaissement du corps glanduleux commence donc par la partie la plus extérieure, par l’extrémité du mamelon; il diminue de hauteur d’abord, et ensuite il commence à diminuer en largeur, comme je l’observai sur un autre testicule où ce corps glanduleux était diminué de près des trois quarts; il était presque entièrement abattu, ce n’était, pour ainsi dire, qu’une peau d’un rouge obscur qui était vide et ridée; et la substance du testicule qui l’environnait à sa base avait resserré la circonférence de cette base et l’avait déjà réduite à plus de moitié de son diamètre.

Comme les testicules des femelles de lapin sont petits et qu’il s’y forme plusieurs corps glanduleux qui sont aussi fort petits, je n’ai pu rien observer exactement au sujet de leur liqueur séminale, quoique j’aie fait ouvrir plusieurs de ces femelles devant moi; j’ai seulement reconnu que les testicules des lapines sont dans des états très-différents les uns des autres, et qu’aucun de ceux que j’ai vus ne ressemble parfaitement à ce que Graaf a fait graver; car les corps glanduleux n’enveloppent pas les vésicules lymphatiques, et je ne leur ai jamais, vu une extrémité pointue comme il la dépeint; mais je n’ai pas assez suivi ce détail anatomique pour en rien dire de plus.

J’ai trouvé, sur quelques-uns des testicules de vaches que j’ai examinés, des espèces de vessies pleines d’une liqueur transparente et limpide; j’en ai remarqué trois qui étaient dans différents états : la plus grosse était grosse comme un gros pois, et attachée à la membrane extérieure du testicule par

EXPÉRIENCES AU SUJET

un pédicule membraneux et fort; une autre un peu plus petite était encore attachée de même par un pédicule plus court; et la troisième, qui était à peu près de la même grosseur que la seconde, paraissait n’être qu’une vésicule lymphatique beaucoup plus éminente que les autres. J’imagine donc que ces espèces de vessies qui tiennent au testicule, ou qui s’en séparent quelquefois, qui aussi deviennent quelquefois d’une grosseur très-considérable, et que les anatomistes ont appelées des hydatides1, pourraient bien être de la même nature que les vésicules lymphatiques du testicule; car, ayant examiné au microscope la liqueur que contiennent ces vessies, je la trouvai entièrement semblable à celle des vésicules lymphatiques du testicule; c’était une liqueur transparente, homogène, et qui ne contenait rien de mouvant. Au reste, je ne prétends pas dire que toutes les hydatides que l'on trouve, ou dans la matrice, ou dans les autres parties de l’abdomen, soient semblables à celles-ci ; je dis seulement qu’il m’a paru que celles que j’ai vues attachées aux testicules semblaient tirer leur origine des vésicules lymphatiques et qu’elles étaient en apparence de la même nature.

XLTV.

Dans ce même temps je fis des observations sur de l’eau d’huîtres, sur de l’eau où l’on avait fait bouillir du p livre, et sur de l’eau où l’on avait simplement fait tremper du poivre, et encore sur de l’eau où j’avais mis infuser de la graine d’œillet; les bouteilles qui contenaient ces infusions étaient exactement bouchées. Au bout de deux jours je vis dans l'eau d’huîtres une grande quantité de corps ovales et globuleux qui semblaient nager comme des poissons dans un étang, et qui avaient toute l’apparence d’être des animaux; cependant ils n’ont point de membres, et pas même de queues; ils étaient alors transparents, gros et fort visibles; je les ai vus changer de figure sous mes yeux, je les ai vus devenir successivement plus petits pendant sept ou huit jours de suite qu’ils ont duré, et que je les ai observés tous les jours ; et, enfin, j’ai vu dans la suite, avec M. Needham. des animaux si semblables dans une infusion de gelée de veau rôti, qui avait aussi été bouchée très-exactement, que je suis persuadé que ce ne sont pas de vrais animaux2, au moins dans l’acception reçue de ce terme, comme nous l’expliquerons dans la suite.

L’infusion d’œillet m’offrit au bout de quelques jours un spectacle que je ne pouvais me lasser de regarder; la liqueur était remplie d’une multitude innombrable de globules mouvants, et qui paraissaient animés

1. Les hydatides ( les vraies hydatides ) sont des animaux parasites , des animaux de l’ordre des vers intestinaux. (Voyez Cuvier, Règne animal , t. III, p. 271.)

2. Les animaux de toutes ces infusions (de poivre, d’œillet, d’huitre, de veau, etc. ) sont des animaux infusoires , de vrais animaux , mais très-différents des animaux spermatiques.

DE LA GÉNÉRATION

comme ceux des liqueurs séminales et de l’infusion de la chair des animaux; ces globules étaient même assez gros les premiers jours, et dans un grand mouvement, soit sur eux-mêmes autour de leur centre, soit en droite ligne, soit en ligne courbe, les uns autour des autres; cela dura plus de trois semaines; ils diminuèrent de grandeur peu à peu, et ne disparurent que par leur extrême petitesse.

Je vis la même chose, mais plus tard, dans l’eau de poivre bouillie, et encore la même chose, mais encore plus tard, dans celle qui n’avait pas bouilli. Je soupçonnai dès lors que ce qu’on appelle fermentation pouvait bien n’être que l’effet du mouvement de ces parties organiques des animaux et des végétaux, et pour voir quelle différence il y avait entre cette espèce de fermentation et celle des minéraux1, je mis au microscope un tant soit peu de poudre de pierre sur laquelle on versa une petite goutte d’eau forte, ce qui produisit des phénomènes tout différents; c’étaient de grosses bulles qui montaient à la surface et qui obscurcissaient dans un instant la lentille du microscope, c’était une dissolution de parties grossières et massives qui tombaient à côté et qui demeuraient sans mouvement, ôt il n’y avait rien qu’on pût comparer en aucune façon avec ce que j’avais vu dans les infusions d’œillet et de poivre.

Page 1