‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 219 sur 251 · Voyez la note de la page 4G · texte numérisé non relu

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DE LA GÉNÉRATION

Comme cette observation est très-singulière et qu’elle prouve incontestaülement que les corps mouvants qui se trouvent dans la laite du calmar ne sont pas des animaux, mais de simples machines, des espèces de pompes, j’ai cru devoir rapporter ici ce qu’en dit M. Needham, ch. vi °.

« Lorsque les petites machines sont , dit-il , parvenues à leur entière « maturité, plusieurs agissent dans le moment qu’elles sont en plein air, « cependant la plupart peuvent être placées commodément pour être vues « au microscope avant que leur action commence ; et même pour qu’elle « s’exécute il faut humecter avec une goutte d’eau l’extrémité supérieure « de l’étui extérieur, qui commence alors à se développer, pendant que les « deux petits ligaments qui sortent hors de l’étui se contournent et s’entor- « tillent en différentes façons. En même temps la vis monte lentement, les « volutes qui sont à son bout supérieur se rapprochent et agissent contre « le sommet de l’étui; cependant celles qui sont plus bas avancent aussi et « semblent être continuellement suivies par d’autres qui sortent du piston ; « je dis qu’elles semblent être suivies, parce que je ne crois pas qu’elles le « soient effectivement : ce n’est qu’une simple apparence produite par la « nature du mouvement de la vis. Le piston et le barillet se meuvent aussi « suivant la même direction, et la partie inférieure qui contient la semence « s’étend en longueur et se meut en même temps vers le haut de l’étui, ce « qu’on remarque par le vide qu’elle laisse au fond. Dès que la vis, avec le « tube dans lequel elle est renfermée, commence à paraître hors de l’étui, « elle se plie, parce qu’elle est retenue par ses deux ligaments ; et cepen- « dant tout l’appareil intérieur continue à se mouvoir lentement , et par « degrés, jusqu’à ce que la vis, le piston et le barillet soient entièrement « sortis : quand cela est fait, tout le reste saute dehors en un moment; le « le piston b se sépare ( pl . 5, fg. 2) du barillet c; le ligament apparent, qui « est au-dessous de ce dernier , se gonfle et acquiert un diamètre égal à « celui de la partie spongieuse qui le suit : celle-ci, quoique beaucoup plus « large que dans l’étui, devient encore cinq fois plus longue qu’auparavant ; « le tube qui renferme le tout s’étrécit dans son milieu, et forme ainsi deux « espèces de nœuds d, e [pl 5, fig. 2 et 3) , distants environ d’un tiers de « sa longueur de chacune de ses extrémités ; ensuite la semence s’écoule « par le barillet c [fig. 2) , et elle est composée de petits globules opaques, « qui nagent dans une matière séreuse, sans donner aucun signe de vie, et « qui sont précisément tels que j’ai dit les avoir vus, lorsqu’ils étaient répan- « dus dans le réservoir de la laite b. Dans la figure, la partie comprise entre

a. Voyez Nouvelles découvertes faites avec le microscope par M. Needham. Leyde, 1747, page 53.

b. Je dois remarquer que M. Needham n’avait pas alors suivi ces globules assez loin, car, s’il les eût observés attentivement , il aurait sans doute reconnu qu’ils viennent à prendre de la vie , ou plutôt de l’activité et du mouvement, comme toutes les autres parties organiques des semences

EXPÉRIENCES AU SUJET

« les deux nœuds d, e, paraît être frangée : quand on l'examine avec atten- « tion, l’on trouve que ce qui la fait paraître telle , c’est que la substance « spongieuse qui est en dedans du tube est rompue et séparée en par- « celles à peu près égales ; les phénomènes suivants prouveront cela « clairement.

« Quelquefois il arrive que la vis et le tube se rompent précisément au- « dessus du piston b, lequel reste dans le barillet c, fig. 3 ; alors le tube se « ferme en un moment et prend une figure conique en se contractant, « autant qu’il est possible, par-dessus l’extrémité de la vis f ; cela démontre « qu’il est très-élastique en cet endroit, et la manière dont il s’accommode « à la figure de la substance qu’il renferme , lorsque celle-ci souffre le « moindre changement, prouve qu’il l’est également partout ailleurs. »

M. Needham dit ensuite qu’on serait porté à croire que l’action de toute cette machine serait due au ressort de la vis; mais il prouve par plusieurs expériences que la vis ne fait au contraire qu’obéir à une force qui réside dans la partie spongieuse; dès que la vis est séparée du reste, elle cesse d’agir et elle perd toute son activité. L’auteur fait ensuite des réflexions sur cette singulière machine.

« Si j’avais vu, dit-il, les animalcules qu’on prétend être dans la semence « d’un animal vivant, peut-être serais-je en état de déterminer si ce sont « réellement des créatures vivantes, ou simplement des machines prodi- « gieusement petites, et qui sont en miniature ce que les vaisseaux du « calmar sont en grand. »

Par cette analogie et par quelques autres raisonnements , M. Needham conclut qu’il y a grande apparence que les vers spermatiques des autres animaux ne sont que des corps organisés, et des espèces de machines semblables à celles-ci, dont l’action se fait en différents temps; car, dit-il, supposons que dans le nombre prodigieux de vers spermatiques qu’on voit en même temps dans le champ du microscope, il y en ait seulement quelques milliers qui agissent et se développent en même temps, cela suffira pour nous faire croire qu’ils sont tous vivants : concevons de même, ajoute-t-il , que le mouvement de chacun de ces vers spermatiques dure , comme celui des machines du calmar, environ une demi-minute ; alors , comme il y aura succession d’action et de machines les unes aux autres , cela pourra durer longtemps, et les prétendus animaux paraîtront mourir successivement. D’ailleurs, pourquoi le calmar seul n’aurait-il dans sa semence que

animales ; et de même , si dans ce temps il eût observé la première liqueur laiteuse dans les vues qu’il a eues depuis, d’après ma théorie que je lui ai communiquée, je ne doute pas, et il le croit lui-mème, qu’il aurait vu entre ces globules quelque mouvement d’approximation, puisque les machines se sont formées de l’assemblage de ces globules ; car on doit observer que les ressorts, qui sont les parties qui paraissent les premières , sont entièrement détachés du vaisseau séminal qui les contient , et qu’ils nagent librement, dans la liqueur, ce qui prouve qu’ils sont formés immédiatement de cette même liqueur.

DE LA GÉNÉRATION

des machines, tandis que tous les autres animaux auraient des vers spermatiques, de vrais animaux? L’analogie est ici d’une si grande force, qu’il ne paraît pas possible de s’y refuser. M. Needham remarque encore trèsbien que les observations mêmes de Leeuwenhoek semblent indiquer que les vers spermatiques ont beaucoup de ressemblance avec les corps organisés de la semence du calmar. J’ai pris, dit Leeuwenhoek en parlant de la semence du cabillau, ces corps ovales pour ceux des animalcules qui étaient crevés et distendus, parce qu’ils étaient quatre fois plus gros que les corps des animalcules lorsqu’ils étaient en vie ; et dans un autre endroit, j’ai remarqué, dit-il, en parlant de la semence du chien, que ces animaux changent souvent de figure, surtout quand la liqueur dans laquelle ils nagent s’évapore; leur mouvement progressif ne s’étend pas au delà du diamètre d’un cheveu. (Voyez Leeuwenhoek, Arc. nat., pages 306 , 309 et 319.)

Tout cela étant pesé et examiné, M. Needham a conjecturé que les prétendus animaux spermatiques pouvaient bien n’être en effet que des espèces de machines naturelles , des corps bien plus simplement organisés que le corps d’un animal. J’ai vu à son microscope, et avec lui, ces mêmes machines de la laite du calmar , et on peut être assuré que la description qu’il en a donnée est très-fidèle et très-exacte. Ces observations nous font donc voir que la semence est composée de parties qui cherchent à s’organiser, qu’elle produit en effet dans elle-même des corps organisés, mais que ces corps organisés ne sont pas encore des animaux ni des corps organisés semblables à l’individu qui les produit. On pourrait croire que ces corps organisés ne sont que des espèces d’instruments qui servent à perfectionner la liqueur séminale et à la pousser avec force, et que c’est par cette action vive et intérieure qu’elle pénètre plus intimement la liqueur de la femelle.

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