‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 49 sur 251 · SUR LA PRODUCTION DES COUCHES OU LITS DE TERRE · texte numérisé non relu

SUR LA PRODUCTION DES COUCHES OU LITS DE TERRE

Nous avons fait voir, dans l’article premier, qu’en vertu de l’attraction démontrée mutuelle entre les parties de la matière, et en vertu de la force centrifuge qui résulte du mouvement de rotation sur son axe, la terre a nécessairement pris la forme d’un sphéroïde dont les diamètres diffèrent d’une 230e partie1 ; et que ce ne peut être que par les changements arrivés à la surface et causés par les mouvements de l’air et des eaux, que cette différence a pu devenir plus grande, comme on prétend le conclure par les mesures prises à l’équateur et au cercle polaire. Cette figure de la terre, qui s’accorde si bien avec les lois de l’hydrostatique et avec notre théorie, suppose que le globe a été dans un état de liquéfaction dans le temps qu’il a pris sa forme, et nous avons prouvé que le mouvement de projection et celui de rotation ont été imprimés en même temps par une même impulsion. On se persuadera facilement que la terre a été dans un état de liquéfaction produite par le feu2, lorsqu’on fera attention à la nature des matières que renferme le globe, dont la plus grande partie, comme les sables et les glaises, sont des matières vitrifiées ou vitrifiables3, et lorsque d’un autre côté on réfléchira sur l’impossibilité qu’il y a que la terre ait jamais pu se trouver dans un état de fluidité produite par les eaux, puisqu’il y a infiniment plus de terre que d'eau, et que d’ailleurs l’eau n’a pas la puissance de dissoudre les sables, les pierres et les autres matières dont la terre est composée.

Je vois donc que la terre n’a pu prendre sa figure que dans le temps où elle a été liquéfiée par le feu, et en suivant notre hypothèse je conçois qu’au sortir du soleil la terre n’avait d’autre forme que celle d’un torrent de matières fondues et de vapeurs enflammées, que ce torrent se rassembla par l’attraction mutuelle des parties, et devint un globe auquel le mouvement de rotation donna la figure d’un sphéroïde, et lorsque la terre fut refroidie les vapeurs qui s’étaient d’abord étendues, comme nous voyons s’étendre les queues des comètes, se condensèrent peu à peu, tombèrent en eau sur la surface du globe, et déposèrent en même temps un limon

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