Voyez la note 3 de la page
DES MERS ET DES LACS, province du même nom : ce lac a plus de 60 ou 70 lieues d’étendue en longueur.
Enfin dans l’Amérique méridionale il y en a un petit à la source du Maragnon, un autre plus grand à la source de la rivière du Paraguai, le lac Titicares dont les eaux tombent dans le fleuve de la Plata, deux autres plus petits dont les eaux coulent aussi vers ce même fleuve, et quelques autres, qui ne sont pas considérables, dans l'intérieur des terres du Chili.
Tous les lacs dont les fleuves tirent leur origine, tous ceux qui se trouvent dans le cours des fleuves ou qui en sont voisins et qui y versent leurs eaux, ne sont point salés; presque tous ceux au contraire qui reçoivent des fleuves sans qu’il en sorte d’autres fleuves, sont salés, ce qui semble favoriser l’opinion que nous avons exposée au sujet de la salure de la mer1, qui pourrait bien avoir pour cause les sels que les fleuves détachent des terres, et qu’ils transportent continuellement à la mer ; car l’évaporation ne peut pas enlever les sels fixes, et par conséquent ceux que les fleuves portent dans la mer y restent ; et, quoique l’eau des fleuves paraisse douce, on sait que cette eau douce ne laisse pas de contenir une petite quantité de sel , et par la succession des temps la mer a dû acquérir un degré de salure considérable, qui doit toujours aller en augmentant. C’est ainsi, à ce que j’imagine, que la mer Noire, la mer Caspienne , le lac Aral, la mer Morte, etc., sont devenus salés ; les fleuves qui se jettent dans ces lacs, y ont amené successivement tous les sels qu’ils ont détachés des terres, et l’évaporation n’a pu les enlever. A l’égard des lacs qui sont comme des mares, qui ne reçoivent aucun fleuve et desquels il n'en sort aucun, ils sont ou doux ou salés, suivant leur différente origine : ceux qui sont voisins de la mer sont ordinairement salés, et ceux qui en sont éloignés sont doux, et cela parce que les uns ont été formés par des inondations de la mer, et que les autres ne sont que des fontaines d’eau douce, qui, n’ayant pas d’écoulement, forment une grande étendue d’eau. On voit aux Indes plusieurs étangs et réservoirs faits par l’industrie des habitants, qui ont jusqu’à deux ou trois lieues de superficie, dont les bords sont revêtus d’une muraille de pierre ; ces réservoirs se remplissent pendant la saison des pluies, et servent aux habitants pendant Tété, lorsque l’eau leur manque absolument à cause du grand éloignement où ils sont des fleuves et des fontaines.
Les lacs qui ont quelque chose de particulier, sont la mer Morte, dont les eaux contiennent beaucoup plus de bitume que de sel; ce bitume, qu’on appelle bitume de Judée, n’est autre chose que de l’asphalte , et aussi quelques auteurs ont appelé la mer Morte lac Asphaltite. Les terres aux environs du lac contiennent une grande quantité de ce bitume : bien des
1. On ne sait pas encore, d'une manière précise, quelle est l'origine de la salure de la mer. Ce qui est certain , c’est que les eaux des fleuves contiennent à peine quelques atomes de sel marin ( chlorure de sodium).
DU FLUX ET DU REFLUX
gons se sont persuadé, au sujet de ce lac, des choses semblables à celles que les poètes ont écrites du lac d’Averne, que le poisson ne pouvait y vivre, que les oiseaux qui passaient par-dessus étaient suffoqués , mais ni l’un ni l’autre de ces lacs ne produit ces funestes effets, ils nourrissent tous deux du poisson, les oiseaux volent par-dessus, et les hommes s’y baignent sans aucun danger.
Il y a, dit-on, en Bohême, dans la campagne de Boleslaw, un lac où il y a des trous d’une profondeur si grande qu’on n’a pu la sonder, et il s’élève de ces trous des vents impétueux qui parcourent toute la Bohême et qui, pendant l’hiver, élèvent souvent en l’air des morceaux de glace de plus de 100 livres de pesanteur. (Voyez Ad. Lips., an. 1682, pag. 246.) On parle d’un lac en Islande qui pétrifie; le lac Néagh en Irlande a aussi la même propriété; mais ces pétrifications, produites par l’eau de ces lacs, ne sont sans doute autre chose que des incrustations comme celles que fait l’eau d’Arcueil.