LE TIGRE
la race entière des monslres qa*il produit I Heureusement pour ^e reste de U nature , Tespèce n*ea est pas nombreuse, et paroît confinée aux climats les plus chauds de l'Inde orientide. Elle se trouve au Malabar , à Siam , au Bengale , dans les mêmes contrées qu'habitent Féléphant et le rhinocéros ; on prétend même que souvent le tigre accompagne ce dernier ,~ et qu'il le suit pour manger sa fiente , qui lui sert de purgation ou de rafraîchissement; il fréquente avec lui les bords des fleuves et des lacs; car
étroite à la Ménagerie , où le défaut de mouvement et le mancnie d'espace , Teimui de la prison, la contramte du corps, la nourriture peu convenable , ont abrégé sa vie et " retardé le développement, ou même réduit raccroissement du corps. Nous avons vu, dans rhistoire du cerf, que ces animaux, pris jeunes et renfermés dans des parcs trop peu spacieux*, non seulement ne prennent pas leur croissance entière i mais même se déforment et deviennent radiitiques et bassets avec des jambes torses.
Nous savons comme le sang ne fait que l'altérer, il a ^ d'ailleurs ^ les dissections que nous avons souvent besoin d'eau pour tempérer l'ar- faites d'anmiaux de toute espèce, élevés et deur qui le consume, et d'ailleurs il attend nourris dans des ménageries, qu'ils ne par-
près des eaux les animaux qui y arrivent et que la chaleur du climat contraint d'y venir plusieurs fois chaque jour : c'est là qu'il choisit sa proie , ou plutôt qu'il multiplie ses massacres; car souvent il abandonne les animaux qu'il vient de mettre à morr pour en égorger d'antres; il semble qu'il cherche à goûter de leur sang, il le savoure , il s'en enivre , et lorsqu'il leur fend et déchire le corps , c'est pour y plonger la tète , et pour sucer à longs traits le sang dont il vient d'ouvrir la source, qui tarit presque toujours avant que sa soif s'éteigne. Cependant , quand il a mis a mort quelques gros animaux, conune im cheval, un buffle , il ne les éventre pas sur la place , s'il craint d'y être inquiété : pour les dépecer à son aise, il les emporte dans les bois , en les trainant avec tant de légèreté , que la vitesse de sa course paroit à peine ralentie par la masse énorme qu'il entraine. Ceci seul suffiroit pour juger de sa force ;
mais pour en donner une idée plus juste, et diminuer les facultés actives du déveloparrétons-nous un instant sur les dimensions* pement , puisqu'il détruit celles de la repro-
viennent jamais à leur grandeur entière; que leur corps et leurs membres, qui ne peuvent s'exercer, restent au dessous des dimensions de la nature; que les parties dont l'usage leur est absolument interdit , comme celles de la génération , sont si petites et si peu développées dans tous ces animaux cantifs et célibataires, qu'on a de la peine à les trouver, et que souvent elles nous ont paru presque entièrement oblitérées. La seule différence du climat pourroit encore produire les mêmes effets que le manque d exercice et la captivité. Aucun animal des pays chauds ne peut produire dans les climats froids , y fût-il même trèslibre et très-largement nourri ; et comme la reproductibn n'^t qu'une suite naturelle de la pleine nutrition, il est évident que, la première ne pouvant s'opérer , la seconde ne se fait pas complètement, et que dans ces animaux le froid seul suffit pour restreindre la puissance du moule intérieur.
et les proportions du corps de cet animal terrible. Quelques voyageurs Font comparé, pour la grandeur, à un cheval, d'autres à un bufiQe; d'autres ont seulement dit qu'il étoit beaucoup plus grand que le lion. Mais nous pouvons citer des témoigoages plus récens, et qui méritent une entière confiance. M. de La Lande-Magon nous a fa't assurer qu'il avoit vu aux Indes orientales un tigre de quinze pieds, en y comprenant sans doute la loogueur de la queue : si nous la supposons de quatre ou cinq pieds , ce tigre avoit au moins dix pieds de longueur. H est vrai que celui dont nous avons la dépouille au Cabinet du Roi , n'a qu'environ sept pieds de longueur , depuis l'extrémité du ifiuseau jusqu'à l'origine de la queue ;
duction.
U n'est donc pas étonnant que ce tigre dont le squelette et la peau nous sont venus de la Ménagerie du roi ne soit pas parvenu à sa juste grandeur : cependant la seule vue de cette peau bourrée donne encore l'idée d'un animal formidable; et l'examen du squelette ne permet pas d'en douter. L'cm voit, sur les os des jambes , des rugosités qui marquent des attaches de muscles encore plus fbrtes que celles du lion : ces os sont aussi solides , mais, plus courts ; et, comme nous l'avons dit, la nauteur des jambes dans le tigre n'est pas proportionnée à la grande longueur du corps. Ainsi cette vitesse terrible dont parle Pline , et que le nom même du tigre paroît indiquer, ne
mais il avoit éié pris, amené tout jeune, doit pas s'entendre des mouvemens ordiet ensuite toujours enfermé dans une loge naires de la démarche/ ni même de la celé*
if
filé dci psB dans VBtt
CWKOt <|n Jf«ITlC les JSBHMS COOTtO , ■
AMMAUlL CAà5ASSIER5c
les ont pr «jpof tkjuiitBfKai jplas lo»- « ; mais cette vitesse terrât s^ippBqae « bien anx boods nrodinein oq'H àait «
petit BiàirhttT oi cuMiir ânm Tîte ^ue • ^BÎ les ont
jÇWS
trcs-bien anx boods prodigiein ^'0 Crire sans eflbrt r car en ho supposant, pn^* pnrtfon eardee , autant de feree et oe sovplesie qn'ao chat, qni Ivi mKmMe besiicoTip par la confonnatHMi, et ^m, dans rinttant éTna rfin-d'onl fiîit on sant de pfnsieors pieds d'étendue , on sentira qne le tigre, dont le corps est dix fois pins long, peut dans nn instant pmque anssi conrt ùân m bond de plusieurs toises. Ce n*est donc point la célérité de sa rourw , maïs la TÎte^se do sant , que Pline a touIu désigner, et qui rend en effet cet animal terriMe, parce qn il n'est pas possible d'en ériter l'effet.
Le tigre est peut-être le seul de tous les animaux dont on ne puisse fléchir le naturel : ni la force , ni la contrainte , ni la Tfolence, ne peurent le dompter. Il s'irrite des bons comme des mauvais traitenens; la douce habitude, qui peut tout, ne pent rien sur cette nature de fer : le temps, loin de FamoUir en tempérant ses humeurs féroces , ne &it qu'aigrir le fiel de sa rage; 0 déchire la main qui le nourrit comme celle qui le frappe ; il rugit h la Tue de tout être ▼irant : cnaque objet lui parott une non- ▼dle proie qu'il dévore d'avance de ses regards avides , qu'il menace par des frémis* semens affreux , mêlés d'un grincement de dents f et vers lequel il s'élance souvent malgré les chaînes et les grilles qui brisent sa foreur sans pouroir la cahner.
Pour achever de donner une idée de la force de ce cruel animal , nous croyons devoir citer ici ce que le P. Tachard , témoin oculaire, rapporte d'un combat du tigre contre des éléphans. « On avoit élevé , dit « cet auteur, une haute palissade de bam- « bous , d'enriron cent pas en carré : au « milieu de l'enceinte -étoient entrés trois « éléphans destinés pour combattre le tigre ; « ils avoient une espèce de grand plastron, « en forme de masque , qui leur coovroit la « tète et une partie de la trompe. Dès que « nous fûmes arrivés sur le lieu , on fit sop- « tir de la loge, qui étoit dans nn enfonce- ' « ment , un tigre d'une figure et d'une cou- « leur qui parurent nouvelles aux François « qui assistoient à ce combat; car, outre « qu'il étoit bien plus grand , bien plus gros « et d'une taille moins effilée que ceux que « nous avions vus en France, sa peau n'étoit « pas mouchetée de même ; mats , au Im
«qa
*scs qœ ,-que
• aroît
« nonsa dit qn'Q f en m de pins gros trao « qu'un joor , étant à h « il en vit on de fort près qni cfoîl gnud « comme on moief. H y en aanasi de pctiis « dans le pavs, seaabhfaies à eenx qu'on ap- « porte d'Afrique en Empe, et on nous
• en montra un le uilnn jonr à Lonvo.
« On ne lâcha pas d'afaavd le tigre qui « devoit combattre; mais oo le tint «ttadié «par deux cordes; de sorte qne, navant «pas la liberté de s'élancer, le premier « éléphant qni l'apfirorha , lui donna deux « oo ittris coups «le sa troupe anr le dos : « ce choc fut si mde, qne le tigre en fut « renvenè, et dcnenniqnelqne tcaqiséiendu « sur la plaee, sans monveoMot, canne s'il « eût été mort. Cependant, dès qu'on l'eât « délié, quoique cette première attaque eàt « bien rabattu de sa furie, il fit un cri hor- « rible , et voulut se jeter sur la trompe de « l'éléphant qui s^afançoit pour le frapper; « mais celui-ci, la repbant adroitement, la « mit à couvert par ses défenses, cpi'i) pré- « senta en même temps , et dont il atteignit « le tigre si à propos, qu'il loi fit fiûre un " grand sant en Pair. Cet animal en fut si « étourdi, qu'il n'osa plus approcher. Il fil « plusieurs tours le long de la palissade , « s'élançant quelqnefais vers les personnes « qui paroissoient vers les galeries. On « poussa ensuite trois éléphans contre lui, « qui loi donnèrent tour à tour de si rades « coups, qu'il fit encore une fois le mort, « et ne pensa plus qu'à éviter leur rencontre : « ils l'eussent tué sans doute, si Ton n'eâl « fait finir le combat. » Il est clair, par la description même du P. Tachard , que ce tigre qu'il a vu combattre des éléphans , est le vrai tigre ; qu'il parut aux François un animal nouveau , parce que probablement ils n'avoient vu en France , dans les ménageries , que des panthères ou des léopSuxb d'Afrique , ou bien des jaguars d'Amérique ; et.les petits tigres ^'il vit a Louto, a'é*
lÈltGllE.
toient de même que daa ^^aatLèreB» On sent aussi , par ce simple récit , quelle. doit être la force et la fureur de cet animal, puisque celui-ci, quoique jeune eocoçe, jet ii'ayaAt pas pris tdut son aooroisseméntt ^oique réduit en Captivité, quoique retenu par des liens, quoique seul contre trois, étoit encore assez redoiitable aujLcolosses c|u'îl contbattoit, pour mi'dn fût obligé de les couvrir d'un pkistron dans toutes les parties de lemr corps que la natinre n'a pas cuirassées, comme les autres , d*une enveloppe impénétrable.
liogabale fit venir ceux, qu'il vouUHt.attcler à son char pour contrefaire le dieu Bacchus. L'espèce du tigre a donc toujours été plus rare et beauopup moins péj^ndue en Europe due oelle du lion : cependant la tigresse produit, comme la lionne, quatre ou cinq petits. Elle est furieuse en tout temps ; mais sa rage éevient extrême lonqu'oa V» lai rarit; elle brave tous les périls; elle suit le» ravisseurs , qui, se trouvant pressés, sont obligés de hii relâcher un de ses petits; elle s'urête, te saisit, l'emporte pour le mettre à l'abri, Mvient quelques instans après, ei les poiirsuk
Le tigre dont le P. Gouie a communi- jusqu'aux portes des villes ou jusqu'à lem« que à l'Académie des Sciences une descrip- vaisseaux ; et lorsqu'elle a perdu tout espoir
tion anatemique , feîte par les PP. jésuites à la Chine, paroft être de l'espèce du vrai tigre , aussi bien que celui que les Portugais ont appelé tigre royal y duquel M. Perrault fait mention dans ses Mémoires sur les Animaux , et dont il dit que la description a été faite à Siam. DeDon, dans ses Voyages ^ dit expressément que te Malabar est le pays des Indes oà il y a lé plus de tigres; qu'il y en a de plusieurs espèces; mais que le plus grand de Ions , cehn que les Portugais appefleni tigre royai^ est extrêmement rare; qu'il est grand comme un cheval , etc.
Le tigre royal ne paroit donc pas Mvt une espèce particulière et différente decdle du vrai tigre; il ne se trouve du'aux Indes «rientales, et non pas au Brésil, comme l'ont écrit qUelques-nni de nos naturalistes: Je .«uis même porté à croire que le vrai tigre ne se trouve qu'en Asie et dans les parties les plus méridionales de l'Afrique , dans l'intérieur des terres ; car la plupart des voyageurs qui ont fréquenté les côtes de fAnique, parlent à la vérité des tigres ; et disent même qu'ils y sont très-communs ; néanmoins il est aisé de voir, par les notices mêmes qu'ils dotment de ces animaux , Sie ce ne sont pas de vrais tigres y mais des opards, des panthères ou des onces , etc. Le docteur Shaw dit expressément qu'an royaume de Tunis et d'Alger le>lton et la
E anthère tiennent le premier rang entre \tà êtes féroces, mais que le tigre ne se trouve pas dans cette partie de la Barbarie. Cela paroit vrai; car ce furent des ambassadeurs indiens, et non pas des Africains qui présentèrent à Auguste, dans le temps qu'il étoît à Samos, le premier tigre qui ait été vu des Bomains; et ce fut aussi de$ Indes qu'Hè*
de recouvrer sa perte , des cris forcenés et lugubres , des hurlemens affreux exprimefiC sa douleur cruelle , et font encore frémir ceux qui les entendent de krin.
Le tigre fait mouvoir la peau de sa faoe , grince des dents , frémit , rugk comme Mt le lion; mais son rugissement est différent; quelques voyageurs Tout comparé av cri de certains granck oiseaux. Tigrid^ê indamitm rancant. rughmtifue leonts (auotor Philo* melae). Ce mot rûncant n'a point d équivalent en fran^is : ne nonrrions-nous pas lei en donner un , et dire : « Les tigres rat^
Suent, et les lions rugissent?» car le son e la vdix du tigre est en effet très-rauque. Jja peau de ces animaux est asset estimée,' surtout à la Chine : les mandarins militaiie| en couvrent leurs diaises dans les marches publiques; ils en font aussi des couvertures de coussins pour l'hiver* En Europe, ces peaux, ouoique rares, ne sont pas d'uit grand pnx ; on fait beaucoup plu%ae cas de celle du léopard de Guinée et du Sénégal , mie nos fourreurs appellent tigre. Au reste^ <?est la seule petite utilité qu'on pnisse tirer de cet afiimdl très-nuisible, dont on a^prê* tendu que la sueur éioit un venin , et le poil de la moustache un poison sûr pour le^ hommes et peur les animaux; mais c'est assee du mal très-réel qu'il fait de son vitant , saiis cherî^h^ etieore des qualités ima-» ginaires et dès poisottir dans sa dépmiille , d'autant que les Indiens mandent de s»
chair, et ne. la trouvent ni nelseine ni neii« vaise , et que si le poil de sa mquMaeke pris en pilule tue, c'est qu'étant der et roide, vam feUe pihile ^t dans Testoma^ le méiM effet qu'uU {)iiqttet de petite» aiguilles.
ANIUADX (UANASSIERS.